|
Accueil
Champ politique
L’union par le
programme
Quel sens y a-t-il
à faire partie d’un gouvernement quand on reconnaît ne pas disposer
de son propre programme et qu’on se trouve dans l’obligation de
mettre en œuvre des directives concoctées ailleurs ?
Il suffit de
prendre un peu de distance par rapport à l’actualité immédiate pour
s’apercevoir que les partis dits au pouvoir sont dans une situation
difficilement tenable au regard des convenances politiques. Ils
forment le gouvernement, soit ; mais c’est pour appliquer un
programme, celui du Président, qui ne se ramène à aucun des leurs,
ni à une sorte de programme commun qui résulterait d’un compromis
passé entre eux et le chef de l’Etat. Celui-ci du reste tient
particulièrement à souligner qu’il ne leur doit rien, ni à cet égard
ni à d’autres. Pour lui, ils ne sont au gouvernement que pour
appliquer son programme. Dans les faits, ils ne sont responsables
que devant lui. L’équipe gouvernementale est formée par lui ; c’est
encore lui qui vient de la remanier. Il aurait pu très bien changer
de chef de gouvernement ; il ne l’a pas fait parce que tel a été son
bon vouloir. Demain, il pourra changer d’avis sur ce point et
appeler quelqu’un d’autre à cette fonction, quelqu’un qui
n’appartienne à aucun des partis de la coalition.
Cette situation
inconvenante, voire scabreuse, influe grandement sur leur cohésion
interne. Elle laisse mal augurer de leur avenir, qui, pour
l’essentiel, est tributaire, non pas de leurs actions sur eux-mêmes,
mais de facteurs exogènes, et notamment de leur rapport au président
de la République, sujet à des fluctuations. Le FLN, qui n’a évité
l’éclatement que parce que ce dernier a accepté le titre de
président d’honneur qui lui était offert pendant des assises qui
menaçaient de tourner à la débandade, reste dans un état de grande
fragilité. En fait certaines de ses fédérations dans différentes
régions du pays sont traversées par des discordes dont on ne sait si
elles constituent une continuation de la dissension antérieure, ou
si elles tiennent à d’autres causes. Il ne faut pas s’attendre,
évidemment, à ce qu’il y ait de clarification à ce propos. Ce n’est
pas dans la culture politique de ces formations que les choses
soient dites avec franchise, qu’un chat soit appelé un chat.
L’autre formation
du courant nationaliste, le RND, ne profite en rien des luttes
intestines du FLN, dont il est issu. On ne voit pas que ses
positions se confortent de ce que le parti rival éprouve des
difficultés à retrouver sa stabilité interne. Tout porte à penser au
contraire que des élections qui se dérouleraient aujourd’hui
achèveraient de le laminer. Quant au MSP, l’entrée de son chef au
gouvernement, à titre de ministre sans portefeuille, est en train de
le normaliser pour ainsi dire en ce qu’elle déclenche en son sein
une crise aussi pernicieuse que celle qui affecte le parti
majoritaire de la coalition, comme si le mal de celui-ci avait fini
par déteindre sur lui.
Peut-elle être
florissante la situation de partis qui sont au pouvoir sans y être –
étant donné qu’ils n’y sont pas pour mettre en œuvre un programme à
l’élaboration duquel ils auraient participé ? Commettre une
aberration de cet ordre, c’est s’exposer nécessairement à une
réprobation, imprécise dans un premier temps, mais qui irait en
s’enhardissant, diffusant de la périphérie vers le centre de la
formation. Et pour cause, un parti n’est pas au pouvoir du seul fait
que des dirigeants à lui assument des fonctions ministérielles, mais
parce que tout un chacun est en mesure de constater que ce sont ses
thèses qui président à l’action gouvernementale. Les membres d’un
Exécutif sont autre chose que de simples exécutants.
Mais, dira-t-on,
ces partis n’ont tout compte fait que des raisons de se réjouir de
la position qui est la leur car, précisément, ils se trouvent au
gouvernement, à défaut d’être au pouvoir, sans même avoir fait
l’effort d’élaborer un programme et de le défendre devant l’opinion
en vue d’obtenir ses suffrages. Ils se seraient trouvés réellement
au pouvoir qu’ils ne sauraient qu’en faire. A part, bien entendu,
réussir à s’en faire chasser au bout de peu de temps, après avoir
étalé leur impéritie, dans l’attente d’une inspiration qui ne vient
pas. On n’improvise pas un programme après avoir accédé aux
commandes. Un programme, c’est un travail intellectuel multiple et
exigeant, qui requiert de surcroît un large débat au sein d’un parti
(ou d’un courant qui se présente au départ sous forme de plusieurs
organisations) admis comme un horizon vers lequel devront tendre de
concert les forcent qui s’y reconnaissent. Un programme s’adosse à
une doctrine tout en indiquant les finalités qu’il y a lieu
d’atteindre, ainsi que les objectifs intermédiaires par lesquels il
faut d’abord passer.
Le fait est
qu’aucun des partis de la coalition ne dispose d’un programme –
sinon celui de durer, qui ne peut en tenir lieu. Le FLN, abandonnant
pour la première fois la langue de bois, dit, par la bouche de son
secrétaire général, qu’il va s’atteler à en élaborer un. Du même
coup, sa présence au gouvernement devient plus problématique encore.
Quel sens y a-t-il en effet à faire partie d’un gouvernement quand
on reconnaît ne pas disposer de son propre programme et qu’on se
trouve dans l’obligation de mettre en œuvre des directives
concoctées ailleurs ?
S’agissant des
autres partis de la coalition, la question se pose de savoir s’ils
sont du moins conscients d’être dépourvus de projet. La supériorité
du FLN sur eux, c’est qu’il sait, lui, qu’il n’en a pas et ne s’en
cache d’ailleurs pas, tandis qu’eux-mêmes s’imaginent sans doute
savoir très exactement où ils vont.
Pour autant,
reconnaissons-le, l’opposition dans son ensemble n’est pas mieux
lotie à cet égard. Des mots d’ordre si justes soient-ils ne font pas
un programme. C’est qu’il ne s’agit pas seulement de contester les
actes du gouvernement, ce qui bien sûr est utile, à plus forte
raison quand la critique porte juste, mais surtout de démontrer aux
Algériens qu’une autre politique est possible sur à peu près toutes
les questions qui viennent à être débattues, mais aussi sur celles
qui n’appartiennent pas à l’actualité au sens étroit.
Il fut un temps,
révolu, où il suffisait de revendiquer l’une ou l’autre liberté
élémentaire pour se démarquer des tenants du système et pour
paraître un dangereux révolutionnaire. Ce temps n’est plus, non que
ces revendications soient totalement satisfaites, mais parce que des
réformes sont intervenues qui ont modifié le contexte politique.
Dans l’absolu, cependant, ceux qui nient qu’il y ait eu un
changement de nature entre le régime du parti unique et celui
d’aujourd’hui, ne se trompent pas. Mais se contenter de l’affirmer
est sans conséquence désormais. La contestation reste une chose tout
à fait nécessaire, mais elle ne saurait suffire.
L’opposition
démocratique, dans la mesure où elle veut se construire, n’a pas
tant besoin de renouveler son discours que d’élaborer une doctrine
et un programme qui se tiennent, qui ouvrent l’horizon, qui mordent
sur les réalités et qui, surtout, soient convaincants. Aucune des
organisations existantes, pour autant que leurs convictions
politiques ne soient pas douteuses, ne constitue l’embryon de la
grande formation de demain. Il faut d’abord bien sûr acquérir la
certitude que toutes vont dans la même direction au-delà des
spécificités de chacune. Dans le cas où tous ceux qui se disent
démocrates en arrivent à la conclusion que ce qui importe par-dessus
tout c’est de se fédérer pour fonder une seule grande formation,
alors il leur faut admettre qu’ils ne peuvent se rejoindre que sur
un programme. Le temps des regroupements autour d’une personne, si
charismatique soit-elle, on admettra sans grande difficulté qu’il
est largement dépassé. Ce qui unit durablement, ce sont les
convictions partagées. Un programme, c’est comme un contrat que des
groupes et des personnes passent entre eux tous. Il a vocation à
traiter de tous les aspects de la vie sociale et politique. Il dit
ce qui ne va pas de nos jours, et quelles solutions apporter aux
problèmes dûment identifiés ; il explique les changements qui
s’imposent pour éviter que les choses empirent, avec le risque
qu’elles débouchent sur la désagrégation de l’Etat national, péril
qu’on ne doit jamais perdre de vue, l’indépendance étant encore une
réalité toute nouvelle au regard des siècles de domination
étrangère.
M. Habili
Plans de
relance
Quels objectifs ?
L’Assemblée
populaire nationale, la Cour des comptes, et maintenant le CNES,
trois institutions sont écartées de donner leur avis sur les
programmes de relance économique. Elles n’ont pas eu de mot à dire
sur le premier et ne semblent pas sollicitées pour le second, malgré
l’importance de l’enveloppe mise en jeu cette fois. L’Exécutif
est-il à ce point constitué de génies que personne ne peut
contredire, orienter ou contrôler ?
L’Etat va
consacrer 55 milliards de dollars pour un second plan de soutien à
la relance économique, soit 4 200 milliards de dinars
d’investissements publics pour les cinq prochaines années. De quoi
réjouir toutes les entreprises qui vont bénéficier des marchés
publics qui vont être lancés. Mais ce programme va-t-il réellement
permettre de relancer l’économie nationale et la sortir de la
dépendance dramatique des recettes des hydrocarbures ?
Pour répondre à
cette question, il est nécessaire de passer par une évaluation du
premier Plan de soutien à la relance économique (PSRE), qui a été
lancé en septembre 2001 et a pris fin en décembre 2003.
Sur quelle base
peut-on évaluer le premier PSRE ? En se contentant uniquement des
chiffres officiels, des statistiques sans âme fournis par
l’Exécutif, nous aboutirons sans doute à un constat de
“satisfaction”. Les chiffres, on peut leur faire dire ce qu’on veut.
Plusieurs milliers de projets “achevés”, quelque 500 000 emplois
créés dont la moitié permanents, l’“amélioration du cadre de vie
d’une population de 4,3 millions d’habitants”, le “désenclavement de
4 millions d’habitants” (remarquez les chiffres ronds !), le
“développement des infrastructures sportives et de loisirs pour plus
de 3,7 millions d’habitants”, le “raccordement d’assainissement
d’une population estimée à 2,5 millions d’habitants”…. Vu sous cet
angle, il n’y a rien à dire :le premier PSRE a été une réussite.
En l’absence d’une
évaluation plus approfondie que les chiffres qu’on nous jette à la
figure à chaque fois qu’on s’interroge sur la portée de cette
politique et sur les résultats palpables issus de l’injection
d’environ 7 milliards de dollars (478 milliards de dinars), il
apparaît clairement, selon la structuration a été donnée dès le
départ au PSRE, que l’activité productive ne faisait pas partie des
priorités. Elle a bénéficié de 15% de l’ensemble de l’enveloppe
consacrée à la relance. Ainsi, 155 milliards de dinars (MDA) étaient
destinés à “l’amélioration des conditions de vie”, 124 MDA au
“maillage infrastructurel”, 74 aux “activités productives”, 20 à “la
protection du milieu”, 76 aux “ressources humaines et protection
sociale” et 29 MDA aux “infrastructures administratives”.
Dans le chapitre
des “activités productives”, seul le volet agriculture semble avoir
donné des résultats palpables non seulement en termes de production,
d’extension des surfaces arboricoles et de développement de
l’élevage, mais également dans l’amélioration et la rationalisation
des ressources en eau dans ce secteur. D’ailleurs, le gros des
emplois créés par le PSRE l’on été dans l’agriculture. Au chapitre
de l’industrie, le programme ne prévoyait que “la réhabilitation de
21 zones industrielles et 5 zones d’activités” ainsi que “le soutien
à la mise à niveau de 38 unités industrielles”. Mais cela ne suffit
pas pour relancer l’économie. La preuve : le pays dépend toujours
exclusivement de l’exportation des ressources hydrocarbures et n’a
pu à aucun moment inverser la vapeur.
Face à
l’autosatisfaction affichée par l’Exécutif et par la présidence de
la République (étant donné qu’aucune étude critique n’a été élaborée
à propos du PSRE et de sa mise en œuvre), il s’est trouvé une seule
institution qui a pu le disséquer en toute liberté. D’ailleurs, à
vouloir être une institution indépendante et libre dans ses
évaluations et ses critiques, le Conseil national économique et
social (CNES) se voit complètement ignoré et les résultats de ses
travaux n’ont jamais été pris en compte. Le CNES a été la seule
institution qui, après avoir applaudi et appuyé l’idée d’un plan de
relance dans lequel l’Etat stimule la demande, a néanmoins “osé”
émettre les critiques qui s’imposaient. Ses remarques nécessitent
certainement un débat, mais ne peuvent nullement êtres ignorées
comme des bavardages de commères. Une raison de plus lorsque l’Etat
s’apprête à dépenser près de 8 fois la somme consacrée au premier
PSRE. Que pense donc le CNES du précédent plan de relance ? Dans son
rapport sur la conjoncture du 2e semestre 2003, l’institution que
présidait M. Mentouri estimait que “la démarche économique de
l’investissement public semble, dans ses grandes lignes, avoir été
affectée par le désir d’accélérer la consommation des crédits sans
être particulièrement regardante sur les choix de projets”. Elle
pense, à juste titre, que “les efforts considérables en direction
des populations pauvres et des catégories marginalisées ainsi qu’en
direction des rattrapages des déficits sociaux (…) ne peuvent
objectivement suffire en tant que catalyseur d’une relance
économique”.
Le constat
n’échappe à aucun observateur averti que si les projets lancés entre
2001 et 2003 ont pu tirer la croissance vers le haut, “ils n’ont pas
pu la transformer en dynamique de développement portée par des
réformes structurelles”.
Les concepteurs du
futur programme de relance devraient méditer les causes qui ont fait
que le premier PRSE n’a pas pu créer une véritable dynamique de
développement. Parmi la série de causes relevées par le CNES, il y a
lieu de focaliser sur “la rupture des liaisons intersectorielles”,
“les lenteurs observées dans la mise en œuvre des réformes
structurelles” (en particulier dans le système bancaire), “les
limites des capacités nationales d’absorption” et “la faible
implication du secteur privé”.
Pour le CNES, un
véritable projet de relance doit mettre un terme au modèle de
développement basé essentiellement sur les recettes pétrolières. “Il
est particulièrement consternant de constater une épargne de plus en
plus importante qui ne trouve plus à s’employer avec l’accumulation
importante de ressources monétaires et de réserves de change au
niveau des agents économiques (institutions financières, entreprises
et ménages)”, lit-on dans le rapport du CNES.
L’explication de
ce gâchis réside, selon le Conseil, dans le fait que “l’économie est
en butte à un problème fondamental, celui de ne pas être capable de
transformer les disponibilités financières importantes en capacités
d’investissement et de ne pas être capable de créer des dynamiques
d’entreprise et de capital”. La prestation du secteur bancaire est,
pour le CNES, en grande partie responsable de la léthargie de
l’économie nationale. “Les retards d’adaptation des banques
publiques ont rendu les normes d’intervention du secteur
anachroniques, voire archaïques par rapport aux nouvelles exigences
économiques et sociales et les distanciations très importantes par
rapport aux normes de service internationales causent de nombreux
préjudices sur le plan de la mobilisation des ressources
extérieures. Le manque de rigueur et de transparence dans des
opérations bancaires qui couvrent de nombreux procédés peu
orthodoxes participant de la corruption et de l’évasion de capitaux
ont montré la limite des systèmes de contrôle et de régulation mis
en place par les pouvoirs publics.”
L’on comprend
aisément qu’un jugement aussi négatif (assez pertinent par ailleurs)
du secteur bancaire renforce l’idée chez certains de rendre
confidentiels les rapports de cette institution, pour ne pas dire la
dissoudre complètement.
Le CNES estime
qu’en matière de restructuration du secteur public industriel et de
promotion du secteur privé, “beaucoup reste à faire” malgré les
résultats positifs réalisés sur le plan macroéconomique.
Contrairement au discours officiel, le rapport du Conseil considère
que “le tissu de la PME souffre d’un manque d’accompagnement par les
pouvoirs publics pour sa mise à niveau laquelle ne semble pas être
prise en charge correctement, surtout en matière de stratégies et de
politiques”. Plus encore, “la question de la privatisation des
entreprises publiques occupe toujours la scène des débats et masque
les conditions de mise en œuvre faites de prudence enrobée de
pusillanimités”.
Quant au secteur
industriel, le CNES pense qu’il y a lieu de nuancer “le degré de
satisfecit que l’on pourrait attribuer au niveau de croissance
enregistré, considéré comme suffisant pour une reprise de la
création d’emploi”. “Ce secteur occupe une part de plus en plus
faible dans la valeur ajoutée globale (près de 9% en 2002 contre 8%
en 2003 ; elle était de 18% en 1996). De plus, il se caractérise par
: l’absence d’une politique industrielle basée sur une vision de
moyen et long termes (et) un niveau d’investissement insignifiant
dans le secteur public par rapport aux inévitables renouvellements,
modernisations et mises à niveau des équipements et des
installations.”
Tous ces rappels
nous poussent à nous interroger sur la démarche qui sera adoptée
dans le cadre du second PRSE quinquennal de 55 milliards de dollars.
Cette enveloppe sera-t-elle dépensée comme l’ont été les 7 milliards
de dollars ? Le projet du programme de relance sera-t-il discuté
dans le cadre d’un organisme comme le CNES ou d’institutions
constitutionnelles comme l’APN ? Les objectifs de relance seront-ils
liés, cette fois, au démarrage effectif de la machine de production
publique et privée ? Des engagements clairs doivent-ils êtres exigés
de la part de ceux qui espèrent décrocher des marchés afin qu’ils
réinvestissent une partie de leurs bénéfices et accroisent le volume
de leurs activités pour procéder à des recrutements ?
Abdelkader
Djalil
Le poste de
ministre de la Communication vacant
Une absence
inquiétante
Le dernier
remaniement partiel du gouvernement aura été surtout marqué par la
vacance d’un portefeuille apparemment important. Mais du fait même
du report de la nomination d’un ministre, on souligne la marginalité
de ce secteur pouvant être géré pour un moment de manière purement
administrative. C’est, bien entendu, de la communication qu’il
s’agit.
Il est difficile
d’expliquer pourquoi, dans le cadre du remaniement du gouvernement,
il n’a pas été prévu, de remplacer le Dr Boudjemaâ Haïchour si tant
est qu’il était urgent de le nommer aux P & TIC, en remplacement du
tonitruant Amar Tou.
En l’absence d’un
candidat potentiel, malgré les contacts pris avec quelques
personnages en vue, on a préféré surseoir à la nomination d’un
ministre de la Communication plutôt que de reporter le remaniement.
Autant dire aussi que la communication devient un secteur
“casse-gueule” redouté par les hommes politiques.
Mais le
gouvernement a-t-il besoin d’une politique en matière de
communication ? Le secteur est d’abord marqué par l’existence d’une
flopée de journaux privés où l’intervention de l’Etat serait mal
vue. Les grandes décisions liées à ce secteur sont dérisoires et ne
concernent finalement que quelques grandes entreprises qui se
comptent sur les doigts d’une main (télévision, radio,
télédiffusion, APS et ANEP) auxquelles on peut ajouter les
imprimeries publiques. Quant à l’action du gouvernement, les
ministres les plus médiatiques le sont par l’action directe de leurs
chargés de la communication.
Récemment, les
interdictions de diffusion qui ont frappé des publications
étrangères ont démontré le peu d’emprise qu’avait ce même ministère
puisqu’à ce niveau, on confirmait que l’on ne disposait pas des
procédures ou des structures pour censurer ou interdire. Il reste
que les publications ont bien été interdites sans que le ministère
de la Communication ait été d’une quelconque manière concerné.
A l’époque où
l’actuelle ministre de la Culture faisait fonction de ministre de la
Communication mais aussi de porte-parole du gouvernement, cette
mission était marquée par des cafouillages qui en disaient long sur
la manière de communiquer du gouvernement et de son chef qui,
certainement aussi, n’a nul besoin d’un porte-parole.
A l’annonce d’un
banal point de presse de Ouyahia, les journalistes accourent, cela
dure des heures et fait forcément la Une des journaux, alimentant
ensuite les commentaires et les analyses durant des semaines. Dans
le même temps, le président de la République lui-même avait indiqué
un jour être le rédacteur en chef de l’APS. Cela indiquait bien que
la gestion de la communication de l’Etat passait par des rouages et
des circonvolutions où le ministère pourrait éventuellement jouer le
rôle de pignon, mais n’a en aucune manière une tâche qui se
dessinerait en toute indépendance.
Un secteur
pourtant en pleine refonte
Est-ce pour autant
que le secteur de la communication n’a besoin ni de textes de loi ni
de structures pour le gérer au niveau politique ? Certainement pas.
On évoque de manière régulière une refondation de la loi sur
l’information ; on parle de structures à remettre en route – comme
le haut conseil à l’information ; d’un débat sous la houlette du
ministère de la Communication dont les contours se sont dessinés
lorsque le ministre sortant avait débuté ses rencontres avec les
patrons de journaux.
Dans ce contexte
se dessine aussi l’ouverture du secteur de l’audiovisuel au privé.
Même si, au plan politique, cela n’est pas évoqué, le dernier round
de négociation avec l’OMC a débouché sur la question relative à la
libération du secteur des médias lourds.
De plus, pour des
raisons de mise à niveau technologique, l’Algérie doit dans des
délais relativement courts passer à la télévision numérique
terrestre (TNT). Cette technologie, qui devra aussi mobiliser des
investissements très lourds, ne pourra être rentabilisée par la
seule télévision publique malgré ses ambitions de chaîne amazigh et
de télévision thématique. Le principe de la TNT étant de fournir un
faisceau de signaux par voie hertzienne avec une qualité numérique.
Les premières diffusion d’essai devraient avoir lieu dans quelques
semaines grâce notamment à la mise à disposition de TDA, à titre
gratuit, d’un équipement par un prestataire étranger voulant être le
premier sur le marché (la couverture de tout le territoire suppose
500 équipements à acquérir).
Sans les décisions
politiques et la politique censées gérer ce secteur, il va sans dire
que personne n’y verra clair, notamment les partenaires étrangers.
Mais il faudrait d’abord que l’on considère enfin la communication
avant tout comme un secteur économique, indépendamment de ses
implications politiques ou sociales.
Quant à
l’importance que revêt la fonction de communication, il ne faut
certainement pas s’attacher à l’ajournement de le nomination d’un
ministre car ce serait oublier qu’un des premiers, voire le seul, à
avoir vu sa mission prendre fin après une colère épique du président
de la République fut Abdelaziz Rahabi (*) ministre de la
Communication dès la nomination du premier gouvernement de l’ère
Bouteflika, en 1999.
Amine Esseghir
(*) Le
limogeage de Rahabi restera certainement l’illustration de la
manière de faire de la politique lorsqu’on est ministre en Algérie.
Il lui était reproché, d’abord, les libertés et initiatives prises
dans la gestion de son secteur et ses relations avec la presse
écrite.
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |