Semaine du 11 au 17 mai 2005

 

Changement du gouvernement

 

Champ politique

L’union par le programme

Plans de relance

Quels objectifs ?

Le poste de ministre de la Communication vacant

Une absence inquiétante

 

 
 
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  Champ politique

L’union par le programme

Quel sens y a-t-il à faire partie d’un gouvernement quand on reconnaît ne pas disposer de son propre programme et qu’on se trouve dans l’obligation de mettre en œuvre des directives concoctées ailleurs ?

Il suffit de prendre un peu de distance par rapport à l’actualité immédiate pour s’apercevoir que les partis dits au pouvoir sont dans une situation difficilement tenable au regard des convenances politiques. Ils forment le gouvernement, soit ; mais c’est pour appliquer un programme, celui du Président, qui ne se ramène à aucun des leurs, ni à une sorte de programme commun qui résulterait d’un compromis passé entre eux et le chef de l’Etat. Celui-ci du reste tient particulièrement à souligner qu’il ne leur doit rien, ni à cet égard ni à d’autres. Pour lui, ils ne sont au gouvernement que pour appliquer son programme. Dans les faits, ils ne sont responsables que devant lui. L’équipe gouvernementale est formée par lui ; c’est encore lui qui vient de la remanier. Il aurait pu très bien changer de chef de gouvernement ; il ne l’a pas fait parce que tel a été son bon vouloir. Demain, il pourra changer d’avis sur ce point et appeler quelqu’un d’autre à cette fonction, quelqu’un qui n’appartienne à aucun des partis de la coalition.

Cette situation inconvenante, voire scabreuse, influe grandement sur leur cohésion interne. Elle laisse mal augurer de leur avenir, qui, pour l’essentiel, est tributaire, non pas de leurs actions sur eux-mêmes, mais de facteurs exogènes, et notamment de leur rapport au président de la République, sujet à des fluctuations. Le FLN, qui n’a évité l’éclatement que parce que ce dernier a accepté le titre de président d’honneur qui lui était offert pendant des assises qui menaçaient de tourner à la débandade, reste dans un état de grande fragilité. En fait certaines de ses fédérations dans différentes régions du pays sont traversées par des discordes dont on ne sait si elles constituent une continuation de la dissension antérieure, ou si elles tiennent à d’autres causes. Il ne faut pas s’attendre, évidemment, à ce qu’il y ait de clarification à ce propos. Ce n’est pas dans la culture politique de ces formations que les choses soient dites avec franchise, qu’un chat soit appelé un chat.

L’autre formation du courant nationaliste, le RND, ne profite en rien des luttes intestines du FLN, dont il est issu. On ne voit pas que ses positions se confortent de ce que le parti rival éprouve des difficultés à retrouver sa stabilité interne. Tout porte à penser au contraire que des élections qui se dérouleraient aujourd’hui achèveraient de le laminer. Quant au MSP, l’entrée de son chef au gouvernement, à titre de ministre sans portefeuille, est en train de le normaliser pour ainsi dire en ce qu’elle déclenche en son sein une crise aussi pernicieuse que celle qui affecte le parti majoritaire de la coalition, comme si le mal de celui-ci avait fini par déteindre sur lui.

Peut-elle être florissante la situation de partis qui sont au pouvoir sans y être – étant donné qu’ils n’y sont pas pour mettre en œuvre un programme à l’élaboration duquel ils auraient participé ? Commettre une aberration de cet ordre, c’est s’exposer nécessairement à une réprobation, imprécise dans un premier temps, mais qui irait en s’enhardissant, diffusant de la périphérie vers le centre de la formation. Et pour cause, un parti n’est pas au pouvoir du seul fait que des dirigeants à lui assument des fonctions ministérielles, mais parce que tout un chacun est en mesure de constater que ce sont ses thèses qui président à l’action gouvernementale. Les membres d’un Exécutif sont autre chose que de simples exécutants.

Mais, dira-t-on, ces partis n’ont tout compte fait que des raisons de se réjouir de la position qui est la leur car, précisément, ils se trouvent au gouvernement, à défaut d’être au pouvoir, sans même avoir fait l’effort d’élaborer un programme et de le défendre devant l’opinion en vue d’obtenir ses suffrages. Ils se seraient trouvés réellement au pouvoir qu’ils ne sauraient qu’en faire. A part, bien entendu, réussir à s’en faire chasser au bout de peu de temps, après avoir étalé leur impéritie, dans l’attente d’une inspiration qui ne vient pas. On n’improvise pas un programme après avoir accédé aux commandes. Un programme, c’est un travail intellectuel multiple et exigeant, qui requiert de surcroît un large débat au sein d’un parti (ou d’un courant qui se présente au départ sous forme de plusieurs organisations) admis comme un horizon vers lequel devront tendre de concert les forcent qui s’y reconnaissent. Un programme s’adosse à une doctrine tout en indiquant les finalités qu’il y a lieu d’atteindre, ainsi que les objectifs intermédiaires par lesquels il faut d’abord passer.

Le fait est qu’aucun des partis de la coalition ne dispose d’un programme – sinon celui de durer, qui ne peut en tenir lieu. Le FLN, abandonnant pour la première fois la langue de bois, dit, par la bouche de son secrétaire général, qu’il va s’atteler à en élaborer un. Du même coup, sa présence au gouvernement devient plus problématique encore. Quel sens y a-t-il en effet à faire partie d’un gouvernement quand on reconnaît ne pas disposer de son propre programme et qu’on se trouve dans l’obligation de mettre en œuvre des directives concoctées ailleurs ?

S’agissant des autres partis de la coalition, la question se pose de savoir s’ils sont du moins conscients d’être dépourvus de projet. La supériorité du FLN sur eux, c’est qu’il sait, lui, qu’il n’en a pas et ne s’en cache d’ailleurs pas, tandis qu’eux-mêmes s’imaginent sans doute savoir très exactement où ils vont.

Pour autant, reconnaissons-le, l’opposition dans son ensemble n’est pas mieux lotie à cet égard. Des mots d’ordre si justes soient-ils ne font pas un programme. C’est qu’il ne s’agit pas seulement de contester les actes du gouvernement, ce qui bien sûr est utile, à plus forte raison quand la critique porte juste, mais surtout de démontrer aux Algériens qu’une autre politique est possible sur à peu près toutes les questions qui viennent à être débattues, mais aussi sur celles qui n’appartiennent pas à l’actualité au sens étroit.

Il fut un temps, révolu, où il suffisait de revendiquer l’une ou l’autre liberté élémentaire pour se démarquer des tenants du système et pour paraître un dangereux révolutionnaire. Ce temps n’est plus, non que ces revendications soient totalement satisfaites, mais parce que des réformes sont intervenues qui ont modifié le contexte politique. Dans l’absolu, cependant, ceux qui nient qu’il y ait eu un changement de nature entre le régime du parti unique et celui d’aujourd’hui, ne se trompent pas. Mais se contenter de l’affirmer est sans conséquence désormais. La contestation reste une chose tout à fait nécessaire, mais elle ne saurait suffire.

L’opposition démocratique, dans la mesure où elle veut se construire, n’a pas tant besoin de renouveler son discours que d’élaborer une doctrine et un programme qui se tiennent, qui ouvrent l’horizon, qui mordent sur les réalités et qui, surtout, soient convaincants. Aucune des organisations existantes, pour autant que leurs convictions politiques ne soient pas douteuses, ne constitue l’embryon de la grande formation de demain. Il faut d’abord bien sûr acquérir la certitude que toutes vont dans la même direction au-delà des spécificités de chacune. Dans le cas où tous ceux qui se disent démocrates en arrivent à la conclusion que ce qui importe par-dessus tout c’est de se fédérer pour fonder une seule grande formation, alors il leur faut admettre qu’ils ne peuvent se rejoindre que sur un programme. Le temps des regroupements autour d’une personne, si charismatique soit-elle, on admettra sans grande difficulté qu’il est largement dépassé. Ce qui unit durablement, ce sont les convictions partagées. Un programme, c’est comme un contrat que des groupes et des personnes passent entre eux tous. Il a vocation à traiter de tous les aspects de la vie sociale et politique. Il dit ce qui ne va pas de nos jours, et quelles solutions apporter aux problèmes dûment identifiés ; il explique les changements qui s’imposent pour éviter que les choses empirent, avec le risque qu’elles débouchent sur la désagrégation de l’Etat national, péril qu’on ne doit jamais perdre de vue, l’indépendance étant encore une réalité toute nouvelle au regard des siècles de domination étrangère.

M. Habili

 

Plans de relance

Quels objectifs ?

L’Assemblée populaire nationale, la Cour des comptes, et maintenant le CNES, trois institutions sont écartées de donner leur avis sur les programmes de relance économique. Elles n’ont pas eu de mot à dire sur le premier et ne semblent pas sollicitées pour le second, malgré l’importance de l’enveloppe mise en jeu cette fois. L’Exécutif est-il à ce point constitué de génies que personne ne peut contredire, orienter ou contrôler ?

L’Etat va consacrer 55 milliards de dollars pour un second plan de soutien à la relance économique, soit 4 200 milliards de dinars d’investissements publics pour les cinq prochaines années. De quoi réjouir toutes les entreprises qui vont bénéficier des marchés publics qui vont être lancés. Mais ce programme va-t-il réellement permettre de relancer l’économie nationale et la sortir de la dépendance dramatique des recettes des hydrocarbures ?

Pour répondre à cette question, il est nécessaire de passer par une évaluation du premier Plan de soutien à la relance économique (PSRE), qui a été lancé en septembre 2001 et a pris fin en décembre 2003.

Sur quelle base peut-on évaluer le premier PSRE ? En se contentant uniquement des chiffres officiels, des statistiques sans âme fournis par l’Exécutif, nous aboutirons sans doute à un constat de “satisfaction”. Les chiffres, on peut leur faire dire ce qu’on veut. Plusieurs milliers de projets “achevés”, quelque 500 000 emplois créés dont la moitié permanents, l’“amélioration du cadre de vie d’une population de 4,3 millions d’habitants”, le “désenclavement de 4 millions d’habitants” (remarquez les chiffres ronds !), le “développement des infrastructures sportives et de loisirs pour plus de 3,7 millions d’habitants”, le “raccordement d’assainissement d’une population estimée à 2,5 millions d’habitants”…. Vu sous cet angle, il n’y a rien à dire :le premier PSRE a été une réussite.

En l’absence d’une évaluation plus approfondie que les chiffres qu’on nous jette à la figure à chaque fois qu’on s’interroge sur la portée de cette politique et sur les résultats palpables issus de l’injection d’environ 7 milliards de dollars (478 milliards de dinars), il apparaît clairement, selon la structuration a été donnée dès le départ au PSRE, que l’activité productive ne faisait pas partie des priorités. Elle a bénéficié de 15% de l’ensemble de l’enveloppe consacrée à la relance. Ainsi, 155 milliards de dinars (MDA) étaient destinés à “l’amélioration des conditions de vie”, 124 MDA au “maillage infrastructurel”, 74 aux “activités productives”, 20 à “la protection du milieu”, 76 aux “ressources humaines et protection sociale” et 29 MDA aux “infrastructures administratives”.

Dans le chapitre des “activités productives”, seul le volet agriculture semble avoir donné des résultats palpables non seulement en termes de production, d’extension des surfaces arboricoles et de développement de l’élevage, mais également dans l’amélioration et la rationalisation des ressources en eau dans ce secteur. D’ailleurs, le gros des emplois créés par le PSRE l’on été dans l’agriculture. Au chapitre de l’industrie, le programme ne prévoyait que “la réhabilitation de 21 zones industrielles et 5 zones d’activités” ainsi que “le soutien à la mise à niveau de 38 unités industrielles”. Mais cela ne suffit pas pour relancer l’économie. La preuve : le pays dépend toujours exclusivement de l’exportation des ressources hydrocarbures et n’a pu à aucun moment inverser la vapeur.

Face à l’autosatisfaction affichée par l’Exécutif et par la présidence de la République (étant donné qu’aucune étude critique n’a été élaborée à propos du PSRE et de sa mise en œuvre), il s’est trouvé une seule institution qui a pu le disséquer en toute liberté. D’ailleurs, à vouloir être une institution indépendante et libre dans ses évaluations et ses critiques, le Conseil national économique et social (CNES) se voit complètement ignoré et les résultats de ses travaux n’ont jamais été pris en compte. Le CNES a été la seule institution qui, après avoir applaudi et appuyé l’idée d’un plan de relance dans lequel l’Etat stimule la demande, a néanmoins “osé” émettre les critiques qui s’imposaient. Ses remarques nécessitent certainement un débat, mais ne peuvent nullement êtres ignorées comme des bavardages de commères. Une raison de plus lorsque l’Etat s’apprête à dépenser près de 8 fois la somme  consacrée au premier PSRE. Que pense donc le CNES du précédent plan de relance ? Dans son rapport sur la conjoncture du 2e semestre 2003, l’institution que présidait M. Mentouri estimait que “la démarche économique de l’investissement public semble, dans ses grandes lignes, avoir été affectée par le désir d’accélérer la consommation des crédits sans être particulièrement regardante sur les choix de projets”. Elle pense, à juste titre, que “les efforts considérables en direction des populations pauvres et des catégories marginalisées ainsi qu’en direction des rattrapages des déficits sociaux (…) ne peuvent objectivement suffire en tant que catalyseur d’une relance économique”.

Le constat n’échappe à aucun observateur averti que si les projets lancés entre 2001 et 2003 ont pu tirer la croissance vers le haut, “ils n’ont pas pu la transformer en dynamique de développement portée par des réformes structurelles”.

Les concepteurs du futur programme de relance devraient méditer les causes qui ont fait que le premier PRSE n’a pas pu créer une véritable dynamique de développement. Parmi la série de causes relevées par le CNES, il y a lieu de focaliser sur “la rupture des liaisons intersectorielles”, “les lenteurs observées dans la mise en œuvre des réformes structurelles” (en particulier dans le système bancaire), “les limites des capacités nationales d’absorption” et “la faible implication du secteur privé”.

Pour le CNES, un véritable projet de relance doit mettre un terme au modèle de développement basé essentiellement sur les recettes pétrolières. “Il est particulièrement consternant de constater une épargne de plus en plus importante qui ne trouve plus à s’employer avec l’accumulation importante de ressources monétaires et de réserves de change au niveau des agents économiques (institutions financières, entreprises et ménages)”, lit-on dans le rapport du CNES.

L’explication de ce gâchis réside, selon le Conseil, dans le fait que “l’économie est en butte à un problème fondamental, celui de ne pas être capable de transformer les disponibilités financières importantes en capacités d’investissement et de ne pas être capable de créer des dynamiques d’entreprise et de capital”. La prestation du secteur bancaire est, pour le CNES, en grande partie responsable de la léthargie de l’économie nationale. “Les retards d’adaptation des banques publiques ont rendu les normes d’intervention du secteur anachroniques, voire archaïques par rapport aux nouvelles exigences économiques et sociales et les distanciations très importantes par rapport aux normes de service internationales causent de nombreux préjudices sur le plan de la mobilisation des ressources extérieures. Le manque de rigueur et de transparence dans des opérations bancaires qui couvrent de nombreux procédés peu orthodoxes participant de la corruption et de l’évasion de capitaux ont montré la limite des systèmes de contrôle et de régulation mis en place par les pouvoirs publics.”

L’on comprend aisément qu’un jugement aussi négatif (assez pertinent par ailleurs) du secteur bancaire renforce l’idée chez certains de rendre confidentiels les rapports de cette institution, pour ne pas dire la dissoudre complètement.

Le CNES estime qu’en matière de restructuration du secteur public industriel et de promotion du secteur privé, “beaucoup reste à faire” malgré les résultats positifs réalisés sur le plan macroéconomique. Contrairement au discours officiel, le rapport du Conseil considère que “le tissu de la PME souffre d’un manque d’accompagnement par les pouvoirs publics pour sa mise à niveau laquelle ne semble pas être prise en charge correctement, surtout en matière de stratégies et de politiques”. Plus encore, “la question de la privatisation des entreprises publiques occupe toujours la scène des débats et masque les conditions de mise en œuvre faites de prudence enrobée de pusillanimités”.

Quant au secteur industriel, le CNES pense qu’il y a lieu de nuancer “le degré de satisfecit que l’on pourrait attribuer au niveau de croissance enregistré, considéré comme suffisant pour une reprise de la création d’emploi”. “Ce secteur occupe une part de plus en plus faible dans la valeur ajoutée globale (près de 9% en 2002 contre 8% en 2003 ; elle était de 18% en 1996). De plus, il se caractérise par : l’absence d’une politique industrielle basée sur une vision de moyen et long termes (et) un niveau d’investissement insignifiant dans le secteur public par rapport aux inévitables renouvellements, modernisations et mises à niveau des équipements et des installations.”

Tous ces rappels nous poussent à nous interroger sur la démarche qui sera adoptée dans le cadre du second PRSE quinquennal de 55 milliards de dollars. Cette enveloppe sera-t-elle dépensée comme l’ont été les 7 milliards de dollars ? Le projet du programme de relance sera-t-il discuté dans le cadre d’un organisme comme le CNES ou d’institutions constitutionnelles comme l’APN ? Les objectifs de relance seront-ils liés, cette fois, au démarrage effectif de la machine de production publique et privée ? Des engagements clairs doivent-ils êtres exigés de la part de ceux qui espèrent décrocher des marchés afin qu’ils réinvestissent une partie de leurs bénéfices et accroisent le volume de leurs activités pour procéder à des recrutements ?

Abdelkader Djalil

 

Le poste de ministre de la Communication vacant

Une absence inquiétante

Le dernier remaniement partiel du gouvernement aura été surtout marqué par la vacance d’un portefeuille apparemment important. Mais du fait même du report de la nomination d’un ministre, on souligne la marginalité de ce secteur pouvant être géré pour un moment de manière purement administrative. C’est, bien entendu, de la communication qu’il s’agit.

Il est difficile d’expliquer pourquoi, dans le cadre du remaniement du gouvernement, il n’a pas été prévu, de remplacer le Dr Boudjemaâ Haïchour si tant est qu’il était urgent de le nommer aux P & TIC, en remplacement du tonitruant Amar Tou.

En l’absence d’un candidat potentiel, malgré les contacts pris avec quelques personnages en vue, on a préféré surseoir à la nomination d’un ministre de la Communication plutôt que de reporter le remaniement. Autant dire aussi que la communication devient un secteur “casse-gueule” redouté par les hommes politiques.

Mais le gouvernement a-t-il besoin d’une politique en matière de communication ? Le secteur est d’abord marqué par l’existence d’une flopée de journaux privés où l’intervention de l’Etat serait mal vue. Les grandes décisions liées à ce secteur sont dérisoires et ne concernent finalement que quelques  grandes entreprises qui se comptent sur les doigts d’une main (télévision, radio, télédiffusion, APS et ANEP) auxquelles on peut ajouter les imprimeries publiques. Quant à l’action du gouvernement, les ministres les plus médiatiques le sont par l’action directe de leurs chargés de la communication.

Récemment, les interdictions de diffusion qui ont frappé des publications étrangères ont démontré le peu d’emprise qu’avait ce même ministère puisqu’à ce niveau,  on confirmait que l’on ne disposait pas des procédures ou des structures pour censurer ou interdire. Il reste que les publications ont bien été interdites sans que le ministère de la Communication ait été d’une quelconque manière concerné.

A l’époque où l’actuelle ministre de la Culture faisait fonction de ministre de la Communication  mais aussi de porte-parole du gouvernement, cette mission était marquée par des cafouillages qui en disaient long sur la manière de communiquer du gouvernement et de son chef qui, certainement aussi, n’a nul besoin d’un porte-parole.

A l’annonce d’un banal point de presse de Ouyahia, les journalistes accourent, cela dure des heures et fait forcément la Une des journaux, alimentant ensuite les commentaires et les analyses durant des semaines. Dans le même temps, le président de la République lui-même avait indiqué un jour être le rédacteur en chef de l’APS. Cela indiquait bien que la gestion de la communication de l’Etat passait par des rouages et des circonvolutions où le ministère pourrait éventuellement jouer le rôle de pignon, mais n’a en aucune manière une tâche qui se dessinerait en toute indépendance.

Un secteur pourtant en pleine refonte

Est-ce pour autant que le secteur de la communication n’a besoin ni de textes de loi ni de structures pour le gérer au niveau politique ? Certainement pas. On évoque de manière régulière une refondation de la loi sur l’information ; on parle de structures à remettre en route – comme le haut conseil à l’information ; d’un débat sous la houlette du ministère de la Communication dont les contours se sont dessinés lorsque le ministre sortant avait débuté ses rencontres avec les patrons de journaux. 

Dans ce contexte se dessine aussi l’ouverture du secteur de l’audiovisuel au privé. Même si, au plan politique, cela n’est pas évoqué, le dernier round de négociation avec l’OMC a débouché sur la question relative à la libération du secteur des médias lourds.

De plus, pour des raisons de mise à niveau technologique, l’Algérie doit dans des délais relativement courts passer à la télévision numérique terrestre (TNT). Cette technologie, qui devra aussi mobiliser des investissements très lourds, ne pourra être rentabilisée par la seule télévision publique malgré ses ambitions de chaîne amazigh et de télévision thématique. Le principe de la TNT étant de fournir un faisceau de signaux par voie hertzienne avec une qualité numérique. Les premières diffusion d’essai devraient avoir lieu dans quelques semaines grâce notamment à la mise à disposition de TDA, à titre gratuit, d’un équipement par un prestataire étranger voulant être le premier sur le marché (la couverture de tout le territoire suppose 500 équipements à acquérir).

Sans les décisions politiques et la politique censées gérer ce secteur, il va sans dire que personne n’y verra clair, notamment les partenaires étrangers. Mais il faudrait d’abord que l’on considère enfin la communication avant tout comme un secteur économique, indépendamment de ses implications politiques ou sociales.

Quant à l’importance que revêt la fonction de communication, il ne faut certainement pas s’attacher à l’ajournement de le nomination d’un ministre car ce serait oublier qu’un des premiers, voire le seul, à avoir vu sa mission prendre fin après une colère épique du président de la République fut Abdelaziz Rahabi (*) ministre de la Communication dès la nomination du premier gouvernement de l’ère Bouteflika, en 1999.

Amine Esseghir

(*) Le limogeage de Rahabi restera certainement l’illustration de la manière de faire de la politique lorsqu’on est ministre en Algérie. Il lui était reproché, d’abord, les libertés et initiatives prises dans la gestion de son secteur et ses relations avec la presse écrite.

 

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