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La poussée
américaine
Au plan
strictement politique, le projet d’amnistie générale – tout comme
celui de réconciliation nationale – reste un élément décisif de la
vision américaine dans le domaine du règlement des conflits. Sans
préjudice du fait que la réhabilitation du FIS dissous reste inscrit
dans la philosophie politique générale de la Maison-Blanche, qui a
toujours milité pour la promotion de l’islamisme dans le monde arabe
comme moyen idéal de fermer la porte au nez de la France tout en
empêchant les élites modernistes d’accéder au pouvoir.
A étudier le profil du nouveau
gouvernement remanié et celui du nouvel état-major de l’ANP, il est
difficile de ne pas relever une poussée importante de l’arrivée de
ministres et de généraux considérés comme favorables à une plus
grande collaboration avec l’Amérique et à un recul proportionnel de
tous ceux qui auraient plutôt tendance à privilégier la coopération
avec la France. Et comment ne pas relever ce réajustement structurel
au milieu d’une drôle de campagne médiatico-politique organisée
autour d’une commémoration des massacres du 8 mai 45 qui n’a jamais
connu une telle ampleur et qui n’avait en tout cas jamais autant mis
les autorités françaises dans la gêne. Lorsque nous savons que c’est
précisément cette année que devait être signé un traité d’amitié
avec la France, il y a tout de même de quoi se poser quelques
questions. Un traité dont la signature est reportée de semestre en
semestre et dont il faut bien se demander s’il sera signé un jour
tant la cordialité des relations algéro-françaises est en train de
fondre à vue d’œil.
Cela ne veut peut-être rien dire par
ailleurs, mais c’est aussi la première fois qu’une délégation
militaire algérienne de haut rang est invitée aux Etats Unis avec un
programme de projets de coopération à faire pâlir d’envie les
généraux algériens qui étaient en charge de la lutte antiterroriste
durant les années de feu et qui viennent, pour la plupart, d’être
rendus à leurs foyers.
Il est vrai que ce dégel
algéro-américain intervient au lendemain de l’adoption par le
Parlement d’une nouvelle loi sur les hydrocarbures qui ouvre de
larges perspectives d’évolution aux grandes sociétés pétrolières
américaines qui vont pouvoir investir dorénavant dans l’ensemble des
activités liées à l’exploitation et à la commercialisation des
hydrocarbures en Algérie. Sans compter le projet de réalisation d’un
million de logements dont nous savons à présent que jamais il ne
pourra être pris en charge par des entreprises algériennes en l’état
actuel des choses et que seuls de très puissants ensembles
économiques sont capable de mener à terme. Tout cela dans le cadre
d’une adhésion à l’OMC qui n’apportera strictement rien à l’Algérie
et qui la mettra définitivement à la merci des multinationales.
Notons à ce propos que Nouredine Boukrouh, qui freinait autant que
possible cet épineux projet, a été impitoyablement éjecté du circuit
pour être remplacé par un ministre MSP dont les orientations
ultra-libérales, si ce n’est néo-conservatrices, ne sont un secret
pour
personne.
Au plan strictement politique, le
projet d’amnistie générale – tout comme celui de réconciliation
nationale – reste, il ne faut pas l’oublier, un élément décisif de
la vision américaine dans le domaine du règlement des conflits. Sans
préjudice du fait que la réhabilitation du FIS dissous reste inscrit
dans la philosophie politique générale de la Maison-Blanche, qui a
toujours milité pour la promotion de l’islamisme dans le monde arabe
comme moyen idéal de fermer la porte au nez de la France tout en
empêchant les élites modernistes d’accéder au pouvoir.
Comme nous le constatons et comme
l’explique très bien Zbignew Brezinski, les Américains restent
fidèles à leur démarche globalisante qui veut que dans chaque région
du monde où ils s’installent, ils opèrent toujours un maillage total
du pays cible sans y tolérer la moindre concurrence. Ils ne sont
prêts à investir leurs milliards de dollars que lorsqu’ils
contrôlent étroitement les côtés sécuritaire, légal, diplomatique et
politique. Chose qu’ils sont en train de réaliser avec brio chez
nous, au grand dam de la France et des autres pays européens qui se
voient peu à peu poussés vers la sortie au profit de la puissante
Amérique et de ses alliés stratégiques du Golfe, d’Asie et
d’Amérique Latine. Cette profonde recomposition géostratégique
s’accompagnant miraculeusement d’un étonnant réchauffement de nos
relations avec le Maroc et la Libye, dont personne n’ignore les
liens avec Washington, El-Gueddafi affichant même ostensiblement ses
liens avec ses nouveaux protecteurs.
Cependant, la question qui se pose à
présent est celle de savoir s’il est dans notre intérêt de nous
insérer avec autant d’empressement dans l’orbite géostratégique
américaine alors qu’il nous a fallu près de 40 ans pour nous libérer
de la tutelle française. Une libération qui devrait plutôt nous
inciter à veiller à sauvegarder une indépendance économique et
politique chèrement acquise.
A. M.
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