Semaine du 11 au 17 mai 2005

 

La trame du mercredi

A chacun ses arouch

 

 
 
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A chacun ses arouch

Le FLN, qui milite sans désemparer pour la réconciliation nationale, réussira-t-il du moins à restaurer la concorde dans ses propres rangs ? Son secrétaire général a effectivement beau jeu, dans les meetings organisés avec la base, de rappeler l’attachement du parti à un principe qu’il a porté dès l’origine, mais il s’exprime chaque fois devant une foule turbulente qu’un rien indispose. Elle n’hésite pas à le reprendre quand il dévie de ce qu’elle a envie d’entendre. Dans la mesure toutefois où elle parle d’une seule voix, ce qui est l’exception, la règle étant désormais la cacophonie, et l’attaque enrobée, l’attaque recommencée, le trait savamment dosé, et qui fait mouche. Comme si le FLN n’avait pas assez de problèmes avec lui-même, voilà qu’une nouvelle structure s’évertue à ajouter à la crise dont il peine étrangement à sortir. Elle est d’autant plus redoutable qu’elle se présente comme un mouvement associatif, une sorte de mouvement citoyen, qui se garde d’arborer ses chefs, ses ambitions, ou même ses contours physiques. En somme, à chacun ses arouch ! Ceux que le FLN a suscités autour de lui, et qui maintenant le harcèlent, sont plus pernicieux que ceux qui ont fait la loi en Kabylie d’avril 2001 jusqu’à récemment encore. Ils se proclament apolitiques, mais savent très exactement à quel moment donner de la voix dans la salle pour couvrir celle du secrétaire général. Ils n’ont pas de nom, d’où une difficulté supplémentaire pour en parler. Les journalistes les désignent tantôt sous la dénomination d’alliance présidentielle, ce qui leur confère une franche allure de formation politique, tantôt de coordination des comités de soutien, et plus souvent encore de comités de soutien, sans s’apercevoir de l’absurdité qu’il y a à ne pas préciser à quel bord va le soutien en question. Il est vrai que si le soleil n’est pas nommé, sa présence toutefois est parmi nous, dit le poète.

A Skikda, la semaine dernière, A. Belkhadem a pris la parole devant les représentants de pas moins de 46 wilayas de ces comités, et ça n’a pas été de tout repos pour lui. On se demande même s’il aurait pu aller jusqu’au bout de son discours s’il n’y avait pas dans la salle Rabha Tounsi pour concentrer sur elle l’exaspération de la salle – en vain, d’ailleurs, puisque rien n’a réussi à la faire sortir, ni les huées nourries, ni les menaces, ni les voies de fait. La fureur de ces comités est d’autant plus étrange qu’elle se manifeste dans le cadre des activités d’un parti non seulement “redressé”, mais dont le président n’est autre que le président de la République. On imagine un peu le climat orageux qui règnerait dans ces réunions s’il n’en était pas tout à fait ainsi, si par exemple le FLN voulait marquer son indépendance ! Or il semble bien que tant de gages de bonne volonté ne suffisent pas pour désarmer la suspicion des partisans inconditionnels du Président. Ils tiennent encore à montrer à Abdelaziz Belkhadem qu’ils ne sont pas entièrement satisfaits des efforts qu’il fait pour rendre le FLN un comité de soutien sinon comme un autre, du moins aussi discipliné qu’un autre. Ils subodorent chez lui un penchant à l’autonomie de nature à se développer en tendance plutôt contrariante.

Le redéploiement des comités de soutien dès maintenant dit clairement que le dispositif mis en place sur la lancée de l’élection du 8 avril n’apparaît pas comme très sûr pour conduire au-delà de 2009. La campagne présidentielle commence déjà selon toute vraisemblance. Le rouleau compresseur est en marche, gare au grain de sable qui tente d’enrayer la machine ! Ceux qui doivent tout au Président lui doivent à tout le moins la loyauté. Le marché est passé, il ne convient pas de revenir dessus en cours de route, qu’on se le dise. Toutefois, semblent dire ces néo-arouch, il n’est encore trop tard pour personne de se raviser et de sortir de la colonne. Malheur à qui donnerait prise par la suite au soupçon de vouloir s’engager sur les traces d’Ali Benflis, il sera broyé, balayé, refoulé dans les ténèbres.

M. Habili

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