|
Accueil
A chacun ses arouch
Le FLN, qui milite
sans désemparer pour la réconciliation nationale, réussira-t-il du
moins à restaurer la concorde dans ses propres rangs ? Son
secrétaire général a effectivement beau jeu, dans les meetings
organisés avec la base, de rappeler l’attachement du parti à un
principe qu’il a porté dès l’origine, mais il s’exprime chaque fois
devant une foule turbulente qu’un rien indispose. Elle n’hésite pas
à le reprendre quand il dévie de ce qu’elle a envie d’entendre. Dans
la mesure toutefois où elle parle d’une seule voix, ce qui est
l’exception, la règle étant désormais la cacophonie, et l’attaque
enrobée, l’attaque recommencée, le trait savamment dosé, et qui fait
mouche. Comme si le FLN n’avait pas assez de problèmes avec
lui-même, voilà qu’une nouvelle structure s’évertue à ajouter à la
crise dont il peine étrangement à sortir. Elle est d’autant plus
redoutable qu’elle se présente comme un mouvement associatif, une
sorte de mouvement citoyen, qui se garde d’arborer ses chefs, ses
ambitions, ou même ses contours physiques. En somme, à chacun ses
arouch ! Ceux que le FLN a suscités autour de lui, et qui maintenant
le harcèlent, sont plus pernicieux que ceux qui ont fait la loi en
Kabylie d’avril 2001 jusqu’à récemment encore. Ils se proclament
apolitiques, mais savent très exactement à quel moment donner de la
voix dans la salle pour couvrir celle du secrétaire général. Ils
n’ont pas de nom, d’où une difficulté supplémentaire pour en parler.
Les journalistes les désignent tantôt sous la dénomination
d’alliance présidentielle, ce qui leur confère une franche allure de
formation politique, tantôt de coordination des comités de soutien,
et plus souvent encore de comités de soutien, sans s’apercevoir de
l’absurdité qu’il y a à ne pas préciser à quel bord va le soutien en
question. Il est vrai que si le soleil n’est pas nommé, sa présence
toutefois est parmi nous, dit le poète.
A Skikda, la
semaine dernière, A. Belkhadem a pris la parole devant les
représentants de pas moins de 46 wilayas de ces comités, et ça n’a
pas été de tout repos pour lui. On se demande même s’il aurait pu
aller jusqu’au bout de son discours s’il n’y avait pas dans la salle
Rabha Tounsi pour concentrer sur elle l’exaspération de la salle –
en vain, d’ailleurs, puisque rien n’a réussi à la faire sortir, ni
les huées nourries, ni les menaces, ni les voies de fait. La fureur
de ces comités est d’autant plus étrange qu’elle se manifeste dans
le cadre des activités d’un parti non seulement “redressé”, mais
dont le président n’est autre que le président de la République. On
imagine un peu le climat orageux qui règnerait dans ces réunions
s’il n’en était pas tout à fait ainsi, si par exemple le FLN voulait
marquer son indépendance ! Or il semble bien que tant de gages de
bonne volonté ne suffisent pas pour désarmer la suspicion des
partisans inconditionnels du Président. Ils tiennent encore à
montrer à Abdelaziz Belkhadem qu’ils ne sont pas entièrement
satisfaits des efforts qu’il fait pour rendre le FLN un comité de
soutien sinon comme un autre, du moins aussi discipliné qu’un autre.
Ils subodorent chez lui un penchant à l’autonomie de nature à se
développer en tendance plutôt contrariante.
Le redéploiement
des comités de soutien dès maintenant dit clairement que le
dispositif mis en place sur la lancée de l’élection du 8 avril
n’apparaît pas comme très sûr pour conduire au-delà de 2009. La
campagne présidentielle commence déjà selon toute vraisemblance. Le
rouleau compresseur est en marche, gare au grain de sable qui tente
d’enrayer la machine ! Ceux qui doivent tout au Président lui
doivent à tout le moins la loyauté. Le marché est passé, il ne
convient pas de revenir dessus en cours de route, qu’on se le dise.
Toutefois, semblent dire ces néo-arouch, il n’est encore trop tard
pour personne de se raviser et de sortir de la colonne. Malheur à
qui donnerait prise par la suite au soupçon de vouloir s’engager sur
les traces d’Ali Benflis, il sera broyé, balayé, refoulé dans les
ténèbres.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com |