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Iran
L’ayatollah
Rafsandjani veut reprendre du service
Les joutes politiques se font âpres en
Iran, à quelques encablures de l’élection présidentielle prévue le
17 juin. Les empoignades ne se déroulent pas, cette fois, entre
conservateurs et réformateurs, mais au sein même des gardiens du
temple. Ces derniers sont nombreux à avoir déposé leur candidature,
le plus en vue restant néanmoins l’ayatollah Akbar Hachemi
Rafsandjani.
L’ancien Président se présente depuis
des mois comme l’un des rares à pouvoir régler les problèmes du pays
et améliorer les relations avec les Etats-Unis, estimant qu’il n’a
d’autre choix que “d’avaler cette potion amère”.
Celui qui a été le chef de l’Etat
iranien de 1989 à 1997 et qui est resté l’un des plus hauts
personnages du régime islamique a entretenu depuis des mois le
mystère sur ses intentions, déclarant qu’il préférerait voir une
autre personnalité “capable” de briguer la présidence et lui
épargner ainsi ce qu’il décrit comme le sacrifice de sa personne.
Il a opposé sa stature d’homme d’Etat à
celle des autres candidats, conservateurs déclarés, et joué sur le
risque d’une faible participation dont les officiels ont fait un
enjeu important pour déjouer, disent-ils en ayant recours à la même
rhétorique, “les complots” de ceux qui, en Iran ou à l’étranger,
contestent la légitimité du régime. Argument de Rafsandjani : “Les
gens ne vont pas porter leur vote de confiance sur quelqu’un qu’ils
ne connaissent pas.”
Rafsandjani, 70 ans, est aujourd’hui le
numéro deux officieux du régime, derrière le guide suprême,
l’ayatollah Ali Khamenei. Il dirige le Conseil de discernement, la
plus haute instance d’arbitrage politique de la République
islamique. Ce fidèle de la première heure de l’imam Khomeiny entre
en politique lors de la révolte de 1963, lorsque le futur fondateur
de la République islamique est arrêté par la police politique du
shah. Il sera lui-même arrêté à plusieurs reprises.
Avec l’avènement de la révolution, il
ne cesse de s’élever et est élu président du Parlement en 1980. La
guerre contre l’Irak (1980-1988) renforce son autorité. Il prend
directement langue avec les Américains dans l’Irangate, quand
l’administration Reagan vend secrètement des armes à l’Iran contre
la libération des otages occidentaux au Liban.
Ses années à la tête de l’Exécutif, à
partir de 1989, restent synonymes de réformes économiques et de
redressement après la guerre, à défaut d’ouverture politique. Sa
présidence coïncide aussi avec les assassinats d’opposants, dont
celui de Chapour Bakhtiar, dernier Premier ministre du shah, et
l’emprisonnement des dissidents. Depuis des mois, son entourage le
présente comme “le plus à même d’imposer les changements économiques
dont le pays a un besoin criant, de s’opposer à une radicalisation
du régime (…), mais aussi de dissiper les tensions internationales
exercées sur la République islamique”. Ses proches se réclament de
sondages officieux le plaçant largement en tête devant les
conservateurs déclarés et les réformateurs épuisés. Ils font valoir
l’inexpérience ou le radicalisme des concurrents plus à droite.
Ils sont une pléthore à s’être portés
candidats : les anciens chefs de la diplomatie et de la télévision
publique, Ali Akbar Velayati et Ali Larijani, aujourd’hui conseiller
du Guide suprême, les anciens commandants des Gardiens de la
révolution (l’armée idéologique) et de la police, Mohsen Rezaie et
Mohammed Qalibaf.
Cette multiplicité de candidatures
pourrait imposer un second tour, pour la première fois dans
l’histoire de la République islamique. Quoi qu’il en soit, la
candidature de plusieurs anciens commandants de l’armée idéologique
iranienne au prochain scrutin est devenue un repoussoir utilisé par
Rafsandjani, qui joue de la peur d’une militarisation du régime.
Reste que ces joutes électorales
paraissent de plus en plus déconnectées des préoccupations de la
société. Le taux de chômage élevé et la frustration née de la dureté
des lois islamiques en vigueur dans le pays sont à l’origine d’un
mécontentement croissant de la population et de sa désaffection
vis-à-vis de la chose politique.
Taux de participation : la grande
inconnue
Entre 42% et 51% des Iraniens ont pour
le moment l’intention de voter à la présidentielle du 17 juin, selon
des sondages du ministère de l’Intérieur. Il faut par conséquent
revoir ces chiffres à la baisse.
En 2001, la participation à la
présidentielle avait été de 63,31%. Ce taux de participation
constitue de nouveau un enjeu important de la consultation à venir.
Aux législatives de 2004, la
participation avait été de 50,57%, le taux le plus faible jamais
enregistré en 25 ans de République islamique. Dans les grandes
villes du pays, notamment à Téhéran, elle avait à peine dépassé 30%.
La presse muselée
Le Parlement conservateur iranien a
suspendu une loi précédemment votée par la majorité réformatrice de
l’ancien Parlement, qui avait pour objectif d’assurer aux
journalistes des procès équitables. Cette loi, remontant à 2003,
stipulait que les journalistes jugés par des tribunaux de la presse
bénéficiaient d’un jury représenté par des responsables de la
profession et d’autres groupes sociaux.
Adoptée à l’époque par les réformateurs
qui dominaient l’Assemblée, la loi, qui n’a jamais été totalement
appliquée, visait à assurer une certaine protection aux
journalistes, fréquemment cibles de la justice ultra-conservatrice.
Depuis 2000, cette justice a en effet
fermé plus d’une centaine de journaux, pour la plupart réformateurs,
et a emprisonné et condamné des dizaines de journalistes. Comme
alternative, les députés conservateurs, qui dominent l’Assemblée
depuis mai 2004, ont proposé, pour les procès des délits de presse,
que l’on en revienne à la formule précédente où le jury est formé de
représentants nommés par les institutions officielles du pouvoir.
Haro sur la candidature des femmes
Le prix Nobel de la paix, l’avocate
iranienne Shirin Ebadi, a critiqué le régime islamique de n’avoir
pas autorisé les femmes à se présenter à l’élection présidentielle
du 17 juin, affirmant que la procédure actuelle remettait en cause
le caractère libre et sain du scrutin.
Le Conseil des gardiens de la
Constitution, contrôlé par les “durs” et chargé d’approuver les
candidatures, a affirmé qu’il s’en tenait à son interprétation de la
Constitution selon laquelle les femmes ne peuvent devenir présidente
de la République.
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