Semaine du 11 au 17 mai 2005

 

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L’ayatollah Rafsandjani veut reprendre du service

 

 
 
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L’ayatollah Rafsandjani veut reprendre du service

Les joutes politiques se font âpres en Iran, à quelques encablures de l’élection présidentielle prévue le 17 juin. Les empoignades ne se déroulent pas, cette fois, entre conservateurs et réformateurs, mais au sein même des gardiens du temple. Ces derniers sont nombreux à avoir déposé leur candidature, le plus en vue restant néanmoins l’ayatollah Akbar Hachemi Rafsandjani.

 

L’ancien Président se présente depuis des mois comme l’un des rares à pouvoir régler les problèmes du pays et améliorer les relations avec les Etats-Unis, estimant qu’il n’a d’autre choix que “d’avaler cette potion amère”.

Celui qui a été le chef de l’Etat iranien de 1989 à 1997 et qui est resté l’un des plus hauts personnages du régime islamique a entretenu depuis des mois le mystère sur ses intentions, déclarant qu’il préférerait voir une autre personnalité “capable” de briguer la présidence et lui épargner ainsi ce qu’il décrit comme le sacrifice de sa personne.

Il a opposé sa stature d’homme d’Etat à celle des autres candidats, conservateurs déclarés, et joué sur le risque d’une faible participation dont les officiels ont fait un enjeu important pour déjouer, disent-ils en ayant recours à la même rhétorique, “les complots” de ceux qui, en Iran ou à l’étranger, contestent la légitimité du régime. Argument de Rafsandjani : “Les gens ne vont pas porter leur vote de confiance sur quelqu’un qu’ils ne connaissent pas.”

Rafsandjani, 70 ans, est aujourd’hui le numéro deux officieux du régime, derrière le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Il dirige le Conseil de discernement, la plus haute instance d’arbitrage politique de la République islamique. Ce fidèle de la première heure de l’imam Khomeiny entre en politique lors de la révolte de 1963, lorsque le futur fondateur de la République islamique est arrêté par la police politique du shah. Il sera lui-même arrêté à plusieurs reprises.

Avec l’avènement de la révolution, il ne cesse de s’élever et est élu président du Parlement en 1980. La guerre contre l’Irak (1980-1988) renforce son autorité. Il prend directement langue avec les Américains dans l’Irangate, quand l’administration Reagan vend secrètement des armes à l’Iran contre la libération des otages occidentaux au Liban.

Ses années à la tête de l’Exécutif, à partir de 1989, restent synonymes de réformes économiques et de redressement après la guerre, à défaut d’ouverture politique. Sa présidence coïncide aussi avec les assassinats d’opposants, dont celui de Chapour Bakhtiar, dernier Premier ministre du shah, et l’emprisonnement des dissidents. Depuis des mois, son entourage le présente comme “le plus à même d’imposer les changements économiques dont le pays a un besoin criant, de s’opposer à une radicalisation du régime (…), mais aussi de dissiper les tensions internationales exercées sur la République islamique”. Ses proches se réclament de sondages officieux le plaçant largement en tête devant les conservateurs déclarés et les réformateurs épuisés. Ils font valoir l’inexpérience ou le radicalisme des concurrents plus à droite.

Ils sont une pléthore à s’être portés candidats : les anciens chefs de la diplomatie et de la télévision publique, Ali Akbar Velayati et Ali Larijani, aujourd’hui conseiller du Guide suprême, les anciens commandants des Gardiens de la révolution (l’armée idéologique) et de la police, Mohsen Rezaie et Mohammed Qalibaf.

Cette multiplicité de candidatures pourrait imposer un second tour, pour la première fois dans l’histoire de la République islamique. Quoi qu’il en soit, la candidature de plusieurs anciens commandants de l’armée idéologique iranienne au prochain scrutin est devenue un repoussoir utilisé par Rafsandjani, qui joue de la peur d’une militarisation du régime.

Reste que ces joutes électorales paraissent de plus en plus déconnectées des préoccupations de la société. Le taux de chômage élevé et la frustration née de la dureté des lois islamiques en vigueur dans le pays sont à l’origine d’un mécontentement croissant de la population et de sa désaffection vis-à-vis de la chose politique.

 

Taux de participation : la grande inconnue

Entre 42% et 51% des Iraniens ont pour le moment l’intention de voter à la présidentielle du 17 juin, selon des sondages du ministère de l’Intérieur. Il faut par conséquent revoir ces chiffres à la baisse.

En 2001, la participation à la présidentielle avait été de 63,31%. Ce taux de participation constitue de nouveau un enjeu important de la consultation à venir.

Aux législatives de 2004, la participation avait été de 50,57%, le taux le plus faible jamais enregistré en 25 ans de République islamique. Dans les grandes villes du pays, notamment à Téhéran, elle avait à peine dépassé 30%.

 

La presse muselée

Le Parlement conservateur iranien a suspendu une loi précédemment votée par la majorité réformatrice de l’ancien Parlement, qui avait pour objectif d’assurer aux journalistes des procès équitables. Cette loi, remontant à 2003, stipulait que les journalistes jugés par des tribunaux de la presse bénéficiaient d’un jury représenté par des responsables de la profession et d’autres groupes sociaux.

Adoptée à l’époque par les réformateurs qui dominaient l’Assemblée, la loi, qui n’a jamais été totalement appliquée, visait à assurer une certaine protection aux journalistes, fréquemment cibles de la justice ultra-conservatrice.

Depuis 2000, cette justice a en effet fermé plus d’une centaine de journaux, pour la plupart réformateurs, et a emprisonné et condamné des dizaines de journalistes. Comme alternative, les députés conservateurs, qui dominent l’Assemblée depuis mai 2004, ont proposé, pour les procès des délits de presse, que l’on en revienne à la formule précédente où le jury est formé de représentants nommés par les institutions officielles du pouvoir.

 

Haro sur la candidature des femmes

Le prix Nobel de la paix, l’avocate iranienne Shirin Ebadi, a critiqué le régime islamique de n’avoir pas autorisé les femmes à se présenter à l’élection présidentielle du 17 juin, affirmant que la procédure actuelle remettait en cause le caractère libre et sain du scrutin.

Le Conseil des gardiens de la Constitution, contrôlé par les “durs” et chargé d’approuver les candidatures, a affirmé qu’il s’en tenait à son interprétation de la Constitution selon laquelle les femmes ne peuvent devenir présidente de la République.

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