Semaine du 11 au 17 mai 2005

 

Remaniement gouvernemental, changement à l’ANP et démission de Mentouri

Mai démarre sur les chapeaux de roues

 

 
 
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Remaniement gouvernemental, changement à l’ANP et démission de Mentouri

Mai démarre sur les chapeaux de roues

Dans un commentaire publié en dernière page, El Watan du jeudi 5 mai souligne que “le mois de mai est historiquement, partout dans le monde, parsemé de grands combats pour les libertés”. C’est le cas entre autres de l’Algérie où, est-il rappelé, des changements sont intervenus. “D’abord pour le droit au travail puis, depuis 1992, chaque 3 du mois, celui pour la liberté de la presse. Sans oublier, est-il ajouté, le 19 mai 1956 par lequel de jeunes lycéens et étudiants ont répondu à l’appel des maquis du combat de libération nationale.”

Qu’en est-il de ce mois de mai 2005 ? Si le commentateur se désole “des reculs dangereux en matière des droits de citoyens” en oubliant la remise en cause des acquis en matière de liberté de presse, il reste que d’une certaine manière ce mois de mai a été fidèle à sa réputation. On en voudra pour preuve le décret présidentiel portant remaniement partiel du gouvernement, pris le dimanche 1er mai par le président de la République.

Une nomination et des… questions

Certes, le changement était attendu et les remplaçants connus, mais il reste quand même, estime Le Jour d’Algérie, que par ce remaniement, le Président a paré “au plus pressé”, qu’il (le changement) a contenu “une seule surprise” qui est, de l’avis du commentateur du Jour d’Algérie (édition du lundi 2 mai) “notable” ; elle consiste en la nomination de Abdelmalek Guenaïzia en qualité de ministre auprès du ministre de la Défense. Reste que ce quotidien, qui rappelle que l’élu au poste “étant connu pour avoir été l’un des proches entre les proches de l’ancien ministre de la Défense Khaled Nezzar”, ne manque pas de soulever une question de fond. A savoir qu’il faille “s’interroger longuement sur le sens d’une nomination qui indique un sensible réajustement des alliances politiques au sommet (…)”.

Un point de vue que Liberté partage sans pour autant l’assumer totalement. D’où le recours à la forme interrogative pour commenter les changements opérés le 4 mai, à la suite donc de la nomination de Guenaïzia à la tête de plusieurs Régions militaires. “Rééquilibrage au sommet ?” annonce ce titre en Une, en prenant également le soin de mettre le mot rééquilibrage entre guillemets. Une prudence peu coutumière à ce quotidien qui relève ainsi que “si, comme de coutume, le communiqué de la Présidence pèche par l’absence de précision sur les motivations de ces changements autant sur les profils des uns et des autres, il reste que certaines observations s’imposent”. Ainsi, de l’avis de Liberté, “il y a d’abord la proximité avec le remaniement gouvernemental”. Sont citées ensuite la “séquentialité” puisque, est-il rappelé, ces changements sont en quelque sorte “le prolongement des répliques” de la démission de Mohamed Lamari et l’évocation de Kamel Abderrahmane, un partant, dans le procès de l’ex-wali d’Oran. Le commentateur ne s’en tiendra pas là puisque, ajoutera-t-il, “ces changements ne peuvent être objectivement dissociés, au regard de la conjoncture, des pressions extérieures, de la nécessaire transition, des impératifs du chantier de la professionnalisation de la grande muette”. Un rappel qui lui permet de conclure en affirmant qu’”en somme, il y a confusément comme une espèce de rééquilibrage (le mot étant toujours mis entre guillemets) au sommet qui tient en ligne de compte toutes ces donnes”.

Le quotidien arabophone Al Fadjr n’a pas manqué de spéculer sur le sens à donner à ce changement, “le troisième en un an” rappelle Le Jour d’Algérie, intervenu à la tête du commandement des Régions militaires. “ Il se pourrait, estime la commentatrice, que ces changements aient été faits en prévision de la démarche de réconciliation nationale”. Une hypothèse basée sur le fait que “les noms écartés du commandement sont connus pour leur opposition à la réconciliation et leur soutien à l’option éradicatrice comme unique alternative pour faire face au terrorisme armé”.

Positivant comme de coutume, la Tribune y voit, avant tout, “un rajeunissement dans les structures de commandement des Régions militaires et de la défense aérienne du territoire”. Du reste, le titre de Une de l’édition annonçant le changement illustre à lui seul ce point vue. Jugez-en : “Une nouvelle génération à la tête des régions militaires.”

El Watan du même jour, jeudi 5 mai, souligne qu’”à ce jour, seuls les services de renseignement n’ont pas été touchés par les changements opérés par le président de la République”.

Qui succèdera à Mentouri ?

Mais ces deux changements n’ont pas été les seuls à émailler ce début du mois de mai. En effet, mercredi 4, quelques titres ont annoncé en Une de leur édition du jour la démission du président du Conseil national économique et social (CNES). “Salah Mentouri claque la porte” souligne El Watan. La raison de “ce coup de théâtre” serait, révèle ce quotidien, l’existence de “profondes divergences avec Ouyahia”. El Watan, qui cite “une source proche de l’organisation”, ajoute que “la détérioration des rapports entre le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia et Mohamed Mentouri a atteint le point de non retour, poussant le premier responsable du CNES à remettre son tablier”.

Plus explicite, Liberté soutient que “le Conseil a subi des pressions extérieures tendant à l’empêcher de jouer sa fonction d’évaluation indépendante de l’action économique et sociale de l’Etat”. Commentant cette démission, le quotidien estime qu’elle “n’augure rien de bon”.

Une crainte partagée par le billettiste du Jour d’Algérie, qui estime que “la petite veilleuse qui continuait encore à éclairer le citoyen sur l’état réel de notre société et de son économie a été soufflée et, ajoutera-t-il, il faut dire que nous allons ainsi bientôt nous retrouver dans le noir absolu”.

Ce même quotidien, qui revient sur les raisons de cette démission, croit savoir que la cause du désaccord est liée au pacte économique et social. Le Jour d’Algérie en arrive à la conclusion que “du côté du gouvernement, comme du côté de la Centrale syndicale, c’est surtout le contenu du pacte qui représente l’enjeu, en ce sens que les deux partenaires n’entendaient pas que le CNES puisse leur couper l’herbe sous le pied en publiant une orientation autre que l’accord devant être entériné à la prochaine rentrée sociale”. Le Soir d’Algérie est déjà dans l’après-Mentouri. Il souligne que la mission du successeur sera “difficile”. Mais pourrait-il en être autrement, lorsque, rappelle le quotidien, le successeur éventuel “devra réussir là où son prédécesseur n’a pas eu la possibilité, notamment, de faire jouer valablement un rôle de veille stratégique”.

Nadia Kerraz

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