Semaine du 11 au 17 mai 2005

 

Le successeur de James Baker nommé à un nouveau poste

Y a-t-il un diplomate pour  s’occuper du dossier ?

 

 
 
 Sahara occidental

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Le successeur de James Baker nommé à un nouveau poste

Y a-t-il un diplomate pour  s’occuper du dossier ?

Neuf mois après sa nomination en tant que représentant du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, Alvaro de Soto a été nommé à un autre poste par Kofi Annan. Une décision qui renforce l’idée de l’échec de Nations unies à résoudre ce conflit.

Le contexte est on ne peut plus tendu.

“S’il n’y a pas eu de violation du cessez-le-feu qui a pris effet le 6 septembre 1991, et si rien n’indique que les dirigeants de l’une ou l’autre partie aient l’intention d’engager les hostilités, je tiens toutefois à exprimer ma préoccupation devant l’ampleur des violations de l’accord militaire”, affirmait Kofi Annan à la lecture de son dernier rapport sur le Sahara occidental au Conseil de sécurité.

Pour le SG de l’ONU, le blocage constaté se corse avec le départ de Alvaro de Soto, qui n’est plus son représentant pour le Sahara occidental.

La nouvelle a été annoncée samedi 7 mai. “Le Secrétaire général a informé le Conseil de sécurité de son intention de nommer Alvaro de Soto au poste de Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient et de représentant personnel auprès de l’Organisation de libération de Palestine et de l’Autorité palestinienne”, a annoncé un communiqué du porte-parole de M. Annan.

Avec cette nouvelle mission, M. de Soto se voit débarrassé du dossier du Sahara, auquel il n’aura consacré que neuf mois. Rappelons que le désormais ex-représentant personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara avait obtenu ce titre en août 2004. Auparavant, il occupait le poste de représentant spécial pour le Sahara avec un rang de secrétaire général adjoint.

Diplomate de carrière, il a assumé plusieurs hautes responsabilités au sein du ministère péruvien des Affaires étrangères avant de rejoindre l’ONU. Appelé à s’occuper du dossier du Proche-Orient, de Soto devra être remplacé, dans les prochaines semaines, par un nouveau représentant personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara.

Ce poste, désormais vacant, qui semble n’intéresser personne. En effet, depuis la démission du prédécesseur d’Alvaro de Soto, le diplomate américain James Baker, Kofi Annan semble avoir du mal à trouver un diplomate capable d’assumer la responsabilité du dossier du Sahara.

Dans son dernier rapport au Conseil de sécurité sur la situation au Sahara occidental, daté du 19 avril, Kofi Annan  notait que “malgré une certaine amélioration du climat politique dans la région, je regrette de devoir à nouveau signaler que, comme je l’ai indiqué dans mes deux précédents rapports, les parties ne sont toujours pas parvenues à un accord sur la façon de sortir de l’impasse dans laquelle elles se trouvent, pour permettre à la population du Sahara occidental d’exercer son droit à l’autodétermination”.

Au début d’avril 2005, la composante militaire de la Minurso comptait 227 observateurs militaires, commis d’administration et membres du personnel de l’unité médicale, par rapport à l’effectif autorisé de 230 personnes. Placée sous le commandement du général de division György Száraz (Hongrie), la Minurso a continué de surveiller le cessez-le-feu au Sahara occidental, qui a pris effet le 6 septembre 1991. Dans l’ensemble, la zone placée sous sa responsabilité est demeurée calme.

Selon le rapport onusien, la Minurso a effectué 1 343 patrouilles sur le terrain et 109 patrouilles aériennes afin de visiter et d’inspecter les unités de l’Armée royale marocaine, dont les effectifs étaient supérieurs à ceux d’une compagnie, et les forces militaires du Front Polisario, conformément à l’accord militaire entre l’Armée royale marocaine et la Minurso, d’une part, et les forces militaires du Front Polisario et la Minurso, de l’autre.

Chacune des deux parties a élevé des protestations contre les actions présumées de l’autre partie, que la Minurso n’a pu confirmer. La partie marocaine en particulier considère les manifestations occasionnelles organisées dans la zone tampon par des partisans civils du Front Polisario (venant pour la plupart de l’extérieur de la région) comme une provocation et une violation du cessez-le-feu, notamment parce que les manifestants seraient escortés par des membres du personnel militaire armé du Polisario.

L’entrée des forces armées de l’une ou l’autre des parties dans la zone tampon est interdite, aux termes de l’accord militaire, mais la Minurso n’était pas en mesure de vérifier par elle-même la présence de membres armés du Polisario lors de la dernière de ces manifestations.

Bruit de bottes

Le Front Polisario, quant à lui, a élevé des protestations au sujet d’un incident lors duquel un civil aurait été la victime de tirs délibérés à travers le mur de défense. Il a également affirmé que les migrants clandestins, mentionnés dans des rapports antérieurs, étaient maltraités par le personnel marocain.

Le Maroc a nié ces incidents mais les résultats de l’enquête menée par la Minurso au sujet des deux incidents n’ont pas été concluants.

Les mesures prises par les parties, si elles étaient poursuivies ou maintenues, constitueraient en fait une violation de l’accord militaire. Du reste, les deux adversaires avaient informé la Minurso, à l’époque, que ces mesures visaient à mettre fin aux migrations illégales et aux activités des passeurs.

Malgré ses ressources limitées et la charge de travail accrue, la Minurso a pu achever, en mars 2005, une évaluation interne du respect des accords militaires par les parties, mettant en place, au cours de cette opération, une base de données qui permettra de suivre et d’analyser de manière systématique les informations obtenues par les observateurs militaires. S’agissant de l’accord militaire, elle a noté une grave détérioration concernant son respect. A vrai dire, c’est surtout l’installation continue de nouveaux radars et moyens de surveillance par l’Armée royale marocaine dans plus de 40 sites, sur toute la longueur du mur de défense, et le perfectionnement de ceux qui sont déjà en place, bien que l’accord interdise le renforcement du matériel dans les zones soumises à des restrictions (deux zones de 30 kilomètres de large au nord et à l’ouest du mur de défense pour la première, et au sud et à l’est du mur pour la seconde) et l’amélioration de l’infrastructure de défense, y compris la construction d’une deuxième section du mur de défense par l’Armée royale marocaine, alors que l’accord interdit toute amélioration de cette infrastructure, en particulier la construction de nouvelles lignes de défense que ce soit en sable, pierre ou béton. De plus, le rapport dénonce “les manouvres à tirs réels effectuées par l’Armée royale marocaine, allant parfois jusqu’aux zones soumises à des restrictions”, vers le secteur nord-est du Territoire, alors que l’accord n’autorise les manœuvres à tirs réels que dans les zones soumises à des restrictions limitées (les bandes de terre situées des côtés nord et ouest de la première zone soumise à des restrictions et des côtés sud et est de la seconde) sous réserve de notification préalable à la Minurso si des armes d’un calibre supérieur à 9 millimètres sont utilisées.

En réaction, il est rapporté “le déploiement continu par le Front Polisario d’une unité d’hommes armés avec des armes antiaériennes” dans la zone connue sous le nom de “Fort espagnol” dans la zone soumise à des restrictions, située à l’est du mur de défense, et le renforcement des murs du Fort à l’aide de béton, bien que l’accord interdise tout redéploiement tactique de troupes, unités, matériel et armes ; le rapport indique aussi les incursions répétées dans la zone tampon de 5 kilomètres de large au sud et à l’est du mur de défense par des membres armés du Polisario circulant dans des véhicules militaires, bien que l’accord interdise l’accès à la zone tampon, par voie terrestre ou aérienne, de personnel et de matériel des forces militaires des deux parties.

La confusion totale

En établissant ces tendances générales, la Minurso n’a pas été en mesure de déterminer à quel moment son non-respect a effectivement commencé à compromettre sérieusement la lettre et l’esprit de l’accord militaire. Il ne fait toutefois aucun doute que cette situation se poursuivait déjà depuis un certain temps lorsque les faits mentionnés dans le dernier rapport ont été découverts par la Minurso. Divers facteurs ont contribué au fait que cette situation a été découverte tardivement, en particulier le nombre limité d’observateurs militaires de la Minurso et de sites pour les équipes dans une zone de responsabilité étendue, comme indiqué dans le dernier rapport, et les limitations des patrouilles nocturnes des observateurs militaires.

Ce qui rend la situation complexe, c’est le fait, selon Kofi Anan, que le Front Polisario continue de détenir 410 prisonniers de guerre marocains, dont certains étaient maintenus en captivité depuis de nombreuses années. “Le 12 février 2005, d’après des informations non confirmées, deux de ces détenus se seraient échappés et auraient regagné le Maroc. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) continue à suivre la question des personnes qui sont toujours portées disparues du fait du conflit”, est-il révélé.

En revanche, le Programme alimentaire mondial (PAM, 40 millions de dollars de septembre 2004 à août 2005 au profit des réfugiés sahraouis) n’a bénéficié des dons nécessaires qu’à hauteur de 29% des ressources nécessaires. Les instances onusiennes (PAM et HCR) renforcent leurs capacités en matière de surveillance et de logistique dans les camps de réfugiés de Tindouf. Dans ce contexte, les deux organisations ont organisé une mission de contrôle conjointe dans les camps, du 5 au 12 mars 2005, afin d’examiner les mécanismes de distribution de vivres. En attendant les résultats de cette mission et les applications supplémentaires de plusieurs donateurs importants, la situation alimentaire demeurera critique jusqu’à la fin de l’année, dès juin 2005. Il est à espérer qu’une communauté de vues prévaudra sur les mécanismes de distribution de vivres et qu’il n’y aura plus d’interruption à l’avenir.

Une visite de donateurs dans les camps de réfugiés de Tindouf a été organisée du 16 au 19 mars 2005, par le PAM, le HCR et la Minurso, avec la participation de 11 représentants de pays donateurs, de l’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne, du Fonds des Nations unies pour l’enfance, de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel et de diverses ONG. Elle a permis de sensibiliser les pays donateurs à cette situation de réfugiés qui dure depuis longtemps et de préciser un certain nombre de points concernant notamment les questions relatives à la distribution de vivres, y compris les interruptions fréquentes dans l’acheminement des produits alimentaires. Cette inspection a été une occaison d’examiner les questions relatives à l’échange d’informations et à la coordination entre les acteurs humanitaires.

Un espoir infime…

Pour Kofi Annan, la récente réduction des déclarations négatives et l’augmentation des contacts de haut niveau dans la région (allusion faite au sommet Bouteflika-Mohamed VI à Alger) constituent une évolution encourageante. “Toutefois, l’amélioration générale du climat politique au niveau régional n’a pas encore entraîné de changements dans les positions des parties sur la question du Sahara occidental et la question fondamentale concernant la manière dont la population du Territoire peut exercer son droit à l’autodétermination”, estime Kofi Annan.  En effet, le SG de l’ONU déplore le blocage, “parce qu’il n’est pas recouru aux voies existantes pour rechercher un terrain d’entente”.

L’impasse dans laquelle se trouve ce conflit qui perdure contraint des dizaines de milliers de réfugiés sahraouis à vivre dans des conditions déplorables, comptant pour leur survie sur la générosité de la communauté internationale. “J’espère donc sincèrement que toutes les parties concernées manifesteront la volonté politique nécessaire pour sortir de l’impasse et permettre ainsi à l’ONU de renouveler ses efforts pour aider les parties à parvenir à une solution politique mutuellement acceptable”, a ajouté M. Annan , qui recommande que “les deux parties s’abstiennent de faire des déclarations incendiaires ou de prendre des mesures (…) qui auraient pour effet de compliquer davantage la recherche d’une solution ou de causer des frictions inutiles”. “Je suis donc préoccupé par la déclaration que les dirigeants du Front Polisario auraient faite tout récemment, selon laquelle une reprise des armes était peut-être plus proche que jamais”, ne peut s’empêcher de déplorer le SG de l’ONU.

Nabil Benali

 

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