|
Accueil
Le successeur
de James Baker nommé à un nouveau poste
Y a-t-il un diplomate pour s’occuper
du dossier ?
Neuf mois après sa nomination en tant
que représentant du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara
occidental, Alvaro de Soto a été nommé à un autre poste par Kofi
Annan. Une décision qui renforce l’idée de l’échec de Nations unies
à résoudre ce conflit.
Le contexte est on ne peut plus tendu.
“S’il n’y a pas eu de violation du
cessez-le-feu qui a pris effet le 6 septembre 1991, et si rien
n’indique que les dirigeants de l’une ou l’autre partie aient
l’intention d’engager les hostilités, je tiens toutefois à exprimer
ma préoccupation devant l’ampleur des violations de l’accord
militaire”, affirmait Kofi Annan à la lecture de son dernier rapport
sur le Sahara occidental au Conseil de sécurité.
Pour le SG de l’ONU, le blocage
constaté se corse avec le départ de Alvaro de Soto, qui n’est plus
son représentant pour le Sahara occidental.
La nouvelle a été annoncée samedi 7
mai. “Le Secrétaire général a informé le Conseil de sécurité de son
intention de nommer Alvaro de Soto au poste de Coordonnateur spécial
pour le processus de paix au Moyen-Orient et de représentant
personnel auprès de l’Organisation de libération de Palestine et de
l’Autorité palestinienne”, a annoncé un communiqué du porte-parole
de M. Annan.
Avec cette nouvelle mission, M. de Soto
se voit débarrassé du dossier du Sahara, auquel il n’aura consacré
que neuf mois. Rappelons que le désormais ex-représentant personnel
du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara avait obtenu
ce titre en août 2004. Auparavant, il occupait le poste de
représentant spécial pour le Sahara avec un rang de secrétaire
général adjoint.
Diplomate de carrière, il a assumé
plusieurs hautes responsabilités au sein du ministère péruvien des
Affaires étrangères avant de rejoindre l’ONU. Appelé à s’occuper du
dossier du Proche-Orient, de Soto devra être remplacé, dans les
prochaines semaines, par un nouveau représentant personnel du
Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara.
Ce poste, désormais vacant, qui semble
n’intéresser personne. En effet, depuis la démission du prédécesseur
d’Alvaro de Soto, le diplomate américain James Baker, Kofi Annan
semble avoir du mal à trouver un diplomate capable d’assumer la
responsabilité du dossier du Sahara.
Dans son dernier rapport au Conseil de
sécurité sur la situation au Sahara occidental, daté du 19 avril,
Kofi Annan notait que “malgré une certaine amélioration du climat
politique dans la région, je regrette de devoir à nouveau signaler
que, comme je l’ai indiqué dans mes deux précédents rapports, les
parties ne sont toujours pas parvenues à un accord sur la façon de
sortir de l’impasse dans laquelle elles se trouvent, pour permettre
à la population du Sahara occidental d’exercer son droit à
l’autodétermination”.
Au début d’avril 2005, la composante
militaire de la Minurso comptait 227 observateurs militaires, commis
d’administration et membres du personnel de l’unité médicale, par
rapport à l’effectif autorisé de 230 personnes. Placée sous le
commandement du général de division György Száraz (Hongrie), la
Minurso a continué de surveiller le cessez-le-feu au Sahara
occidental, qui a pris effet le 6 septembre 1991. Dans l’ensemble,
la zone placée sous sa responsabilité est demeurée calme.
Selon le rapport onusien, la Minurso a
effectué 1 343 patrouilles sur le terrain et 109 patrouilles
aériennes afin de visiter et d’inspecter les unités de l’Armée
royale marocaine, dont les effectifs étaient supérieurs à ceux d’une
compagnie, et les forces militaires du Front Polisario, conformément
à l’accord militaire entre l’Armée royale marocaine et la Minurso,
d’une part, et les forces militaires du Front Polisario et la
Minurso, de l’autre.
Chacune des deux parties a élevé des
protestations contre les actions présumées de l’autre partie, que la
Minurso n’a pu confirmer. La partie marocaine en particulier
considère les manifestations occasionnelles organisées dans la zone
tampon par des partisans civils du Front Polisario (venant pour la
plupart de l’extérieur de la région) comme une provocation et une
violation du cessez-le-feu, notamment parce que les manifestants
seraient escortés par des membres du personnel militaire armé du
Polisario.
L’entrée des forces armées de l’une ou
l’autre des parties dans la zone tampon est interdite, aux termes de
l’accord militaire, mais la Minurso n’était pas en mesure de
vérifier par elle-même la présence de membres armés du Polisario
lors de la dernière de ces manifestations.
Bruit de bottes
Le Front Polisario, quant à lui, a
élevé des protestations au sujet d’un incident lors duquel un civil
aurait été la victime de tirs délibérés à travers le mur de défense.
Il a également affirmé que les migrants clandestins, mentionnés dans
des rapports antérieurs, étaient maltraités par le personnel
marocain.
Le Maroc a nié ces incidents mais les
résultats de l’enquête menée par la Minurso au sujet des deux
incidents n’ont pas été concluants.
Les mesures prises par les parties, si
elles étaient poursuivies ou maintenues, constitueraient en fait une
violation de l’accord militaire. Du reste, les deux adversaires
avaient informé la Minurso, à l’époque, que ces mesures visaient à
mettre fin aux migrations illégales et aux activités des passeurs.
Malgré ses ressources limitées et la
charge de travail accrue, la Minurso a pu achever, en mars 2005, une
évaluation interne du respect des accords militaires par les
parties, mettant en place, au cours de cette opération, une base de
données qui permettra de suivre et d’analyser de manière
systématique les informations obtenues par les observateurs
militaires. S’agissant de l’accord militaire, elle a noté une grave
détérioration concernant son respect. A vrai dire, c’est surtout
l’installation continue de nouveaux radars et moyens de surveillance
par l’Armée royale marocaine dans plus de 40 sites, sur toute la
longueur du mur de défense, et le perfectionnement de ceux qui sont
déjà en place, bien que l’accord interdise le renforcement du
matériel dans les zones soumises à des restrictions (deux zones de
30 kilomètres de large au nord et à l’ouest du mur de défense pour
la première, et au sud et à l’est du mur pour la seconde) et
l’amélioration de l’infrastructure de défense, y compris la
construction d’une deuxième section du mur de défense par l’Armée
royale marocaine, alors que l’accord interdit toute amélioration de
cette infrastructure, en particulier la construction de nouvelles
lignes de défense que ce soit en sable, pierre ou béton. De plus, le
rapport dénonce “les manouvres à tirs réels effectuées par l’Armée
royale marocaine, allant parfois jusqu’aux zones soumises à des
restrictions”, vers le secteur nord-est du Territoire, alors que
l’accord n’autorise les manœuvres à tirs réels que dans les zones
soumises à des restrictions limitées (les bandes de terre situées
des côtés nord et ouest de la première zone soumise à des
restrictions et des côtés sud et est de la seconde) sous réserve de
notification préalable à la Minurso si des armes d’un calibre
supérieur à 9 millimètres sont utilisées.
En réaction, il est rapporté “le
déploiement continu par le Front Polisario d’une unité d’hommes
armés avec des armes antiaériennes” dans la zone connue sous le nom
de “Fort espagnol” dans la zone soumise à des restrictions, située à
l’est du mur de défense, et le renforcement des murs du Fort à
l’aide de béton, bien que l’accord interdise tout redéploiement
tactique de troupes, unités, matériel et armes ; le rapport indique
aussi les incursions répétées dans la zone tampon de 5 kilomètres de
large au sud et à l’est du mur de défense par des membres armés du
Polisario circulant dans des véhicules militaires, bien que l’accord
interdise l’accès à la zone tampon, par voie terrestre ou aérienne,
de personnel et de matériel des forces militaires des deux parties.
La confusion totale
En établissant ces tendances générales,
la Minurso n’a pas été en mesure de déterminer à quel moment son
non-respect a effectivement commencé à compromettre sérieusement la
lettre et l’esprit de l’accord militaire. Il ne fait toutefois aucun
doute que cette situation se poursuivait déjà depuis un certain
temps lorsque les faits mentionnés dans le dernier rapport ont été
découverts par la Minurso. Divers facteurs ont contribué au fait que
cette situation a été découverte tardivement, en particulier le
nombre limité d’observateurs militaires de la Minurso et de sites
pour les équipes dans une zone de responsabilité étendue, comme
indiqué dans le dernier rapport, et les limitations des patrouilles
nocturnes des observateurs militaires.
Ce qui rend la situation complexe,
c’est le fait, selon Kofi Anan, que le Front Polisario continue de
détenir 410 prisonniers de guerre marocains, dont certains étaient
maintenus en captivité depuis de nombreuses années. “Le 12 février
2005, d’après des informations non confirmées, deux de ces détenus
se seraient échappés et auraient regagné le Maroc. Le Comité
international de la Croix-Rouge (CICR) continue à suivre la question
des personnes qui sont toujours portées disparues du fait du
conflit”, est-il révélé.
En revanche, le Programme alimentaire
mondial (PAM, 40 millions de dollars de septembre 2004 à août 2005
au profit des réfugiés sahraouis) n’a bénéficié des dons nécessaires
qu’à hauteur de 29% des ressources nécessaires. Les instances
onusiennes (PAM et HCR) renforcent leurs capacités en matière de
surveillance et de logistique dans les camps de réfugiés de Tindouf.
Dans ce contexte, les deux organisations ont organisé une mission de
contrôle conjointe dans les camps, du 5 au 12 mars 2005, afin
d’examiner les mécanismes de distribution de vivres. En attendant
les résultats de cette mission et les applications supplémentaires
de plusieurs donateurs importants, la situation alimentaire
demeurera critique jusqu’à la fin de l’année, dès juin 2005. Il est
à espérer qu’une communauté de vues prévaudra sur les mécanismes de
distribution de vivres et qu’il n’y aura plus d’interruption à
l’avenir.
Une visite de donateurs dans les camps
de réfugiés de Tindouf a été organisée du 16 au 19 mars 2005, par le
PAM, le HCR et la Minurso, avec la participation de 11 représentants
de pays donateurs, de l’Office d’aide humanitaire de la Commission
européenne, du Fonds des Nations unies pour l’enfance, de
l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel et
de diverses ONG. Elle a permis de sensibiliser les pays donateurs à
cette situation de réfugiés qui dure depuis longtemps et de préciser
un certain nombre de points concernant notamment les questions
relatives à la distribution de vivres, y compris les interruptions
fréquentes dans l’acheminement des produits alimentaires. Cette
inspection a été une occaison d’examiner les questions relatives à
l’échange d’informations et à la coordination entre les acteurs
humanitaires.
Un espoir infime…
Pour Kofi Annan, la récente réduction
des déclarations négatives et l’augmentation des contacts de haut
niveau dans la région (allusion faite au sommet Bouteflika-Mohamed
VI à Alger) constituent une évolution encourageante. “Toutefois,
l’amélioration générale du climat politique au niveau régional n’a
pas encore entraîné de changements dans les positions des parties
sur la question du Sahara occidental et la question fondamentale
concernant la manière dont la population du Territoire peut exercer
son droit à l’autodétermination”, estime Kofi Annan. En effet, le
SG de l’ONU déplore le blocage, “parce qu’il n’est pas recouru aux
voies existantes pour rechercher un terrain d’entente”.
L’impasse dans laquelle se trouve ce
conflit qui perdure contraint des dizaines de milliers de réfugiés
sahraouis à vivre dans des conditions déplorables, comptant pour
leur survie sur la générosité de la communauté internationale.
“J’espère donc sincèrement que toutes les parties concernées
manifesteront la volonté politique nécessaire pour sortir de
l’impasse et permettre ainsi à l’ONU de renouveler ses efforts pour
aider les parties à parvenir à une solution politique mutuellement
acceptable”, a ajouté M. Annan , qui recommande que “les deux
parties s’abstiennent de faire des déclarations incendiaires ou de
prendre des mesures (…) qui auraient pour effet de compliquer
davantage la recherche d’une solution ou de causer des frictions
inutiles”. “Je suis donc préoccupé par la déclaration que les
dirigeants du Front Polisario auraient faite tout récemment, selon
laquelle une reprise des armes était peut-être plus proche que
jamais”, ne peut s’empêcher de déplorer le SG de l’ONU.
Nabil Benali
Haut
E-mail :contact@lesdebats.com |