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Nordine Grim journaliste économique
« Le système se maintient grâce au
secteur public »
Nordine Grim est un ancien gestionnaire qui a connu et pratiqué
l’économie algérienne sous ses divers visages et évolutions depuis
les années 70 à nos jours avant de se convertir, avec succès, au
journalisme depuis près de 15 ans. En fin observateur de l’économie
algérienne, il explique comment le système économique sécrète ses
propres élites politiques tout en préfigurant l’avenir économique de
l’Algérie qui pour lui se fera avec le privé ou ne se fera pas et de
la même manière ce privé sécrètera ses propres élites politiques.
Entretien
Les Débats : A
ce que nous savons vous publierez bientôt un ouvrage regroupant ce
que vous appelez les élites économiques algériennes
Nordine Grim :
Oui le livre doit paraître en avril ou en mai, c’est une véritable
galère en ce moment alors que nous cherchons toujours le bon papier,
le bon imprimeur, le bon façonneur…
Mais en même
temps en quoi un livre qui répertorie des chefs d’entreprises est
important ?
Le livre sera
certainement un événement car il recense et il implique les élites
de la nouvelle économie de manière officielle par les trophées
remis par Le Club excellence management et MDI. Ce sont trente
personnalités qui comptent et influent dans le paysage économique
national.
Des élites du
secteur privé ?
Vous savez la
législation algérienne ne fait pas de distinction entre privé et
public, l’EPE et du point de vue de la loi une entreprise de droit
privé. Pour une fois nous avons tenu compte de cela et on a traité
Aoun de la même manière qu’on a traité Rebrab. Ils ont du mérite
tous les deux et peut être que Aoun en a d’avantage en tant que
gestionnaire d’une entreprise propriété de l’Etat car il a moins de
marges de manœuvres à gérer du fait des coups de fils qu’il peut
recevoir qui peuvent lui faire faire des choses en contradiction
avec une gestion rationnelle d’une entreprise. Les conseils
d’administration des EPE ne sont pas des propriétaires t dons ont du
mal à prendre des décisions. Ce qui n’est pas le cas chez Rebrab qui
gère avec ses enfants, tous propriétaires, tous impliqués, alors
qu’à Saidal ce sont des fonctionnaires qui peuvent bloquer parfois
parce qu’ils ignorent ce qui se passe dans l’entreprise.
D’où vient
l’idée de distinguer ces élites et finalement comment sont elles
nées ?
Grosso modo les
réformes économiques et sociales ont élargi le champs des élites
économiques. Avant cela n’était élite que les directeurs généraux
des sociétés nationales. Aujourd’hui il y a des élites chez le privé
et dans le public, les élites sont plus diverses, elles ont des
parcours différents et elles s’imposent alors qu’avant elles
n’avaient même pas le droit d’exister.
Des élites
économiques qui sont prépondérantes sur les autres ou bien parce que
ce sont les seules qui existent concrètement puis qu’elles
détiennent en plus des idées, l’argent qui permet de les
concrétiser ?
Oui les élites
sont diverses, la presse possède ses élites, les organisations
féminines, les organisations syndicales ont les leurs aussi. Des
élites qui valent ce qu’elles valent mais elles sont là, elles se
font entendre, ce sont des leaders d’opinion. Mais dans le même
temps on se demande pourquoi est-ce que les élites économiques sont
importantes ou les plus importantes ? Parce que tout simplement
elles préfigurent dans le monde d’aujourd’hui, tel qu’il est et tel
qu’il fonctionne, les élites politiques de demain.
Mais est ce que
ce n’est pas la prépondérance des idées politiques qui façonne les
autres élites chez nous ?
Certes le champs
des élites politique s’est également élargie, mais lorsqu’on observe
le champs des élites politiques on remarque qu’elles vieillissent et
qu’il n y a pas de renouvellement.
Aujourd’hui, dans
tous les pays du monde ce sont les élites économiques qui
déterminent le champs politique, ce sera peut être plus vérifiable
chez nous.
Comment se
distinguent ces élites économiques ?
Dans le champs
économique, il y a une profusion d’élite qui ont l’avantage d’être
riche, d’être jeune et de supposer qu’ils seront encore plus riche à
l’avenir. Haddad n’a que 40 ans - je ne le cite pas parce que c’est
celui qui se distingue le plus mais parce qu’il est de mon
patelin- et sont moins vieillissantes. Ce sont assurément ces
élites qui forment le champs politique de l’avenir. Aujourd’hui
elles ont tous les moyens d’agir, elles ont été formées en dix ans
et
L’ouverture, les
plans de relance favorisent l’accumulation primitive de la riche
comme dit Marx.
Mais si on
remplace le concept « élite économique » par « opérateurs
économiques » on se rend bien compte aussi que ces opérateurs
éprouvent toutes les difficultés à voir leurs affaires évoluer et
progresser dans un environnement propice. Dans le même temps on
appelle ardemment les investisseurs étrangers qui s’ils occupent
sérieusement le terrain des affaires, ils devront à ce moment là
opérer les recrutements de leur propre élite politique pour
préserver leurs intérêts. Des gens qu’ils trouveront dans le
personnel politique qui a favorisé et facilité leur entrée et qui ne
sont pas forcément favorables à cette élite nationale ?
On parle de
l’investissement étranger, on parle des IDE, mais on les cherche
toujours et on ne les trouve pas. L’argent va là où il y a la
sécurité, la stabilité politique, le gouvernement fort, l’Etat de
droit. Tout cela nous ne l’avons pas encore. Les IDE sont venus là
où il y a le pétrole et les hydrocarbures et dès qu’il y a eu une
loi spéciale ils se sont pressés de venir. Ailleurs, les IDE on va
longtemps les chercher sans les trouver. Entre temps le privé
national va faire son bonhomme de chemin, il va s’enrichir et
asseoir plus sa position. On l’a vu la préférence des IDE va au
privé parce que là ils trouvent des propriétaires de leurs biens qui
peuvent décider. Un patron d’entreprise publique c’est un
gestionnaire qui pour agir doit attendre les ordres de son
propriétaire, l’Etat, c’est à dire personne et tout le monde.
On l’a vu. Les
grandes « joint ventures » sont faites avec des privés les projets
de partenariat avec les entreprises publiques sont restés au stade
de projets. D’autant que l’investissement étranger ça ne veut plus
dire grand-chose à l’ère de l’économie mondialisée. En France les 40
entreprises du Cac 40 sont détenues par les fonds de pensions
américains.
Mais qu’est ce
qui fait qu’un privé qui a tout pour réussir tarde autant à
s’emparer concrètement de l’économie nationale ?
Ce privé n’existe
réellement que depuis 15 oui 20 ans. Pour rappel la charte nationale
qualifiait le privé d’exploiteur. Mais depuis 20 ans l’essentiel de
la richesse est réalisé par le privé. Il est partout dans le
logement, dans l’informatique, dans l’industrie sans parler de
l’agriculture où malgré tout, ce qui a été fait est pour
l’essentiel dû au privé.
Mais qu’est ce que
20 ans dans la vie d’un pays.
Le privé a
tendance à aller de plus en plus loin c’est la direction générale
mondiale. C’est la mondialisation, c’est l’ouverture des frontières.
La question est de savoir si le capitalisme jeune peut affronter les
grosses multinationales ? Il y a beaucoup d’entreprises qui veulent
placer leurs produits, il y a un petit peu qui est placé. Il y a
aussi le reflex de survie pour chaque entreprise. Ils sont nombreux
à s’être mis à l’ISO et ils le font sans attendre quoi que ce soit
de l’Etat, ni directives ni aides particulières.
Ce même privé
semble peu s’impliquer dans les grandes tendances économiques du
pays, il parait par exemple peu intéressé par les privatisations
Cela c’est une
affaire de système politique qui ne tient que par le secteur
économique publique…
…c’est à dire
le système rentier et bureaucratique comme le définissait feu
Hachemi Cherif…
Oui c’est à cela
que je veux en venir. Le système est resté le même. Il ne veut pas
partir et il se fonde sur le secteur publique et sur ce qui
s’appelle les organisations de masses qui font l’unanimismes. Ces
organisations n’existent que par l’existence du secteur public.
L’UGTA n’ a
pratiquement pas d’adhérents en dehors du secteur public. L’UNPA
n’existe que parce qu’existe des EAC et EAI. Et lors qu’il y a des
élections ou des enjeux qui nécessitent la mobilisation, qui est
corvéable à merci ? Ce sont les entreprises publiques. Elles
mobilisent les personnes les moyens et même l’argent il y a un
certain temps. Le système pour se maintenir a besoin du secteur
publique pour des années encore. C’est ainsi que l’on a vu des
entreprises publiques qui n’ont plus d’actifs net qui ne sont plus
solvables vis-à-vis de leurs créanciers sont maintenues en vie
envers et contre tout. Elles sont plus de 400 entreprises dans cette
situation que l’on maintien artificiellement en vie par des
assainissement financiers à répétition par l’intermédiaire des
banques – car les créances douteuses c’est les banques publiques
qui les détiennent – on a ainsi dépensé 25 milliards de dollars.
Sans ce système il
n y a pas tout ce qui gravite autour du pouvoir, autour du FLN. Il
faut continuer à payer les cadres de l’UGTA et les détachements en
tous genres. L’effondrement du secteur public c’est l’effondrement
de cette machine qui crée l’unanimisme et pour que le système
sécrète toujours ses mêmes élites et propose les mêmes personnes au
pouvoir.
Mais alors à
quoi bon parler de privatisations et ouvrir un débat dont on n’a pas
besoin ?
Dans cette
situation effectivement les privatisations n’ont aucune chance
d’avancer. Le discours sur les privatisations est uniquement destiné
à la consommation interne, mais fondamentalement on n’en veut pas.
Pour entretenir l’illusion on privatise une briqueterie ou une
limonaderie, il y a eu ainsi un peu plus de 200 entreprises
publiques privatisées et on a créé en parallèle 500 filiales. Le
secteur publique reste numériquement toujours important car le
système ne peut pas vivre en dehors.
Mais on a
justifié aussi un ralentissement des privatisations pour des raisons
sociales. On voulait éviter des compressions et des mises à la
retraites ou des licenciements économiques…
Cela était valable
un temps lorsque il y a eu le Plan d’ajustement structurel, mais
cela c’était le sale boulot qui a été fait dans les années 1996,
1997, 1998 lorsqu’on a mis à la porte 400 000 à 500 000 personnes.
On a vu alors de gens s’opposer aux privatisations en pensant qu’il
fallait préserver l’emploi. Mais entre temps les travailleurs n’ont
pas vu leur situation évoluer. Rien n’a changé pour eux et ils
entendent même dire que les entreprises privatisées c’est mieux.
Propos
recueillis par
Amine Esseghir
Nordine Grim
journaliste au quotidien El Watan est l'auteur de «l'économie
algérienne otage de la politique» édition Casbah, Alger - 2004.
L’ouvrage en cours d’édition est intitulé «les leaders de la
nouvelle économie». Référencie les détenteurs du trophée club
Excellence management et MDI.
Haut
Opérateurs économiques
La réussite, en
prime
Quel crédit
accorder à ceux qui affirment dur comme fer que l'Algérien n'est bon
que pour consommer ce qu'il est incapable de fabriquer lui-même ?
Faut-il tomber dans le panneau et conforter cette thèse ? Le mieux
pour se situer par rapport à cet avis, pas toujours partagé, serait
de faire le tour de quelques opérateurs économiques, et on se rend
compte alors que l'Algérien, quand on prend la peine de le
remarquer, dispose d'une force de production assez conséquente, et
malgré les lenteurs administratives et autres tracas, il en est des
Algériens dont le sérieux et la rigueur dans le travail n'ont rien à
envier à ceux d'outre-mer.
Cevital, Trèfle,
Granitex, Gofast, Groupement Aberkane, SPS, Sadem… autant de
secteurs d'activité et autant d'appellations, certaines que tout le
monde connaît, d'autres qui nous interpellent à travers des affiches
publicitaires. La liste des opérateurs économiques est loin d'être
limitative. D'autres opérateurs ont si bien réussi le challenge de
s'imposer dans un environnement pas toujours encourageant, où la
concurrence déloyale des produits importés qui inondent le marché
national, constitue une menace pour les produits qu'ils usinent,
surtout quand on connaît la tendance qu'ont les consommateurs de
toujours préférer les articles importés, même s'ils sont, pour la
plupart du temps, contrefaits.
Toutes ces
difficultés et bien d'autres, Isaâd Rebrab les avait en tête quand
il crée Cevital, une entreprise dont le chiffre d'affaires est de
500 millions USD et qui fait partie d'un groupe d'une vingtaine
d'entreprise qui activent dans cinq secteurs, à savoir :
l'agroalimentaire, la métallurgie, les transports terrestres et
maritimes, l'information et la communication, et la distribution
automobile.
Ce complexe qui
est considéré comme l'un des plus grands d'Algérie, est le fruit
d'un travail acharné et d'une gestion des plus judicieuse de celui
qui, en 1966, postulait pour un poste de chef comptable à la
tannerie de Rouiba, et qui, deux ans plus tard, crée son propre
cabinet d'expertise comptable. Mais l'aventure commence quand en
1971, l'un de ses clients actionnaire dans une petite entreprise
spécialisée dans la transformation métallique, lui propose 20 % de
parts dans cette entreprise. Rebrab accepte et c'est l'occasion pour
lui de se découvrir des dons de gestionnaire. Les actionnaires à qui
il conseille de réinvestir leurs bénéfices chaque année, écoutent
son conseil et la petite entreprise devient de plus en plus
prospère.
En 1975, Rebrab
crée Profilor, mais sa réussite est de plus éclatante avec Cevital,
dont le chiffre d'affaire est de 70 % du chiffre d'affaires global
du groupe. Cette entreprise regroupe une raffinerie d'huile
alimentaire qui produit 1.800 tonnes par jour, soit 140 % des
besoins du marché national. Une margarinerie qui produit 550.000
tonner par jour et ne raffinerie de sucre, dont la capacité de
production est de 600.000 tonnes par jour, ce qui représente 60 %
des besoins du marché national.
En quatre années
d'existence, Cevital a créé 2.356 postes d'emplois. Le patron de
Cevital ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, beaucoup de
projets sont en perspectives à commencer la construction d'une unité
de production de jus de fruits plus un complexe de production de
verre dont 75 % de la production sera destinée à l'exportation, ce
complexe, dira M. Rebrab, fera de l'Algérie le douzième exportateur
de verre dans le monde et permettra de créer 3.000 emplois directs
et plus de 50.000 indirects.
Ce même sérieux on
le retrouve chez M. Arezki Idjerouidène, qui, en 1983, crée Gofast
qui, maintenant, compte pas moins de six filiales : Aigle Azur,
Gofast, Travel, Air Protect, Gofast USA, dont M. Idjerouidène
détient 100 % de parts, Gofast logistique transit, dont il détient
85 % de parts et Pactrans à Marseille, dont il détient 850
personnes. La compagnie Aigle Azur assure à elle seule plus de 80
vols hebdomadaires au départ de la France, ce qui lui fait une
moyenne d'un million et demi de voyageurs, transportés par an, ce
qui n'est pas rien et c'est aussi ce qui a fait sérieusement grimper
son chiffre d'affaires de 5 millions d'euros à 200 millions d'euros
au bout de quatre ans.
Pour Youcef Semmad,
gérant de la Société algérienne de distribution et d'équipement
médical, les choses ne sont pas différentes. Après une première
association malheureuse, le revoilà qui saute à pieds joints dans un
domaine où la concurrence est presque inexistante, il s'agit de la
fabrication et la commercialisation du matériel orthopédique. Agréé
par le ministère de la Santé, la SADEM contribue largement à
satisfaire les besoins des personnes handicapées, qui ne sont plus
obligées de s'adresser à l'ONAAPH, institution publique qui n'arrive
pas toujours à satisfaire toutes les demandes. Malgré les lenteurs
administratives et bancaires, le gérant de la SADEM continue son
chemin avec une grande sérénité et beaucoup d'espoirs pour que les
choses s'arrangent.
Le Groupement
Aberkane qui regroupe quatre entreprises, REMELEC, GMEE, SALCHI et
ABH, et qui emploie 300 personnes, est une réussite. En effet, les
quatre entreprises REMELEC, spécialisée dans la distribution, la
commercialisation et la préparation d'appareil électriques,
transformateurs et groupes électrogènes , GMEE, spécialisée dans l'électro-mécanique
de moyenne et basse tensions : SALCHI, spécialisée dans la
fabrication de produits chimiques et matériels de l'industrie
chimique et enfin ABH spécialisée dans les produits hydrauliques,
sont une fierté pour M. Cherif Aberkane, dont la devise essentielle
est d'offrir au client des services de qualité qui vont de l'étude
jusqu'à la mise en place de la machine.
M. Aberkane qui
ambitionne de créer au moins 500 nouveaux postes d'emplois, a
pourtant un petit regret, celui de ne pas pouvoir exporter ses
produits, mais a tout de même une consolation. "Nous n'exportons pas
à l'étranger, mais nous faisons de grandes économies en devises au
pays", dit-il.
Ce regret est
partagé par M. Mahmoud Tlemçani, dont les produits de marque
"Trèfle" sont connus de tout le monde. "Le l'ben est très demandé
par les pays européens, mais à cause des lenteurs administratives,
nous n'arrivons pas à exporter", ceci n'empêche que depuis 2001,
année de la production a commencé, "Trèfle" a connu une croissance
de 40 % de son chiffre d'affaires par an. Avec une liste de 25
produits, cette marque que beaucoup de consommateurs apprécient,
détient 26 % des parts du marché.
Si ces opérateurs
et beaucoup d'autres ont si bien réussi, ce n'est certainement pas
un coup du hasard. La réussite vient avec le travail acharné, la
rigueur, le sérieux, mais aussi et surtout l'amour de ce qu'on
entreprend. Ce n'est pas un hasard que ces opérateurs économiques
créent des postes d'emplois, et participent de façon active à
l'économie nationale.
Certains sont même
capables d'exporter leurs produits, mais les lenteurs
administratives ne les encouragent pas. C'est certainement ce qui
fait dire à Mahmoud Tlemçani, patron de "Trèfle", qu'il est
nécessaire de créer un bureau spécialisé dans l'assistance aux
exportateurs. En attendant le jour où cette institution voit le
jour, il est une réalité qu'il faut reconnaître : beaucoup
d'opérateurs en Algérie fabriquent des produits qui répondent aux
normes internationales, car ils 'inspirent de ce qui se fait sous
d'autres cieux.
C'est le cas de
Granitex qui fournit des produits destinés au secteur du bâtiment,
des travaux publics et de génie civil, et notamment des adjuvants
pour béton et mortier. Ces adjuvants utilisés aux USA, s'ils
ajoutent un coût supplémentaire de 12 %, rendent le béton plus
durable et réduisent de 35 % l'utilisation de l'eau dans le béton.
Une économie utile quand on sait que l'eau est une denrée plutôt
rare.
Khadidja
Mohamed Bouziane
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Choix économiques
de l’Algérie
Quelle doctrine ?
Dans tous les
rapports ayant trait à la situation et à l’environnement économiques
en Algérie établis par des institutions internationales ou des
revues spécialisées, il est soulevé l’ambiguïté du statut de la
démarche algérienne qui n’est ni libérale ni socialiste mais à
cheval entre les deux doctrines.
Il est certain
que l’algérien respire depuis l’ouverture économique qui a commencé
dès la fin des années 80. Aux nostalgiques des années GSE, il faut
rappeler que le « bien être » économique de l’époque ne pouvait être
qu’éphémère étant donné qu’il était basé sur un schéma rentier dans
lequel la faiblesse de la production et de la productivité donnait
lieu à des primes !
Le système de la
libre entreprise est plus proche de la réalité économique que
l’homme a connue depuis la nuit des temps. Donc c’est dans la
logique des choses que l’économie algérienne renoue avec la
normalité économique, celle qui consiste à faire de l’homme le
maître de son propre destin. Néanmoins, la démarche suivie jusque là
en Algérie ne semble pas assez claire. Le système économique n’est
pas très lisible. Il n’est pas socialiste mais n’est pas libéral non
plus. Il vante l’économie de marché, mais tarde à adopter toutes les
règles de cette économie. Si l’on peut considérer que la « réforme
bancaire » commence à avancer (néanmoins beaucoup reste à faire), il
n’en est pas de même pour d’autres domaines comme les problèmes liés
au foncier industriel, au droit de propriété, aux prêts bancaires, à
la modernisation du système fiscal, la réalisation des grandes
infrastructures (autoroute Est-Ouest, développement du réseau
ferroviaire…), l’indépendance et l’impartialité de la justice, ainsi
que d’autres obstacles bureaucratiques.
Les problèmes de
croissances qui se posent à l’Algérie se situent à quatre niveaux :
un taux d’investissement insuffisant, un taux d’épargne domestique
peu élevé, et une allocation du capital qui souffre du poids
excessif des entreprises publiques et, comme conséquence de tout
cela, un taux de chômage assez important. Il n’est pas dit que
l’Algérie doit adopter le libéralisme dans le moindre de ses
détails, mais le pays gagnerait à être plus entreprenant notamment
dans la conduite des réformes qu’il a annoncées en particulier dans
le dossier des privatisations.
Quelle place pour
le privé ?
L’économie
moderne, c’est donner toutes ses chances à l’initiative privée. Un
réseau de 200.000 PME qui emploie chacune 5 personnes c’est un
million d’emplois. Si l’on étudie attentivement les produits
introduits en Algérie par nos dizaines de milliers d’importateurs,
il y a lieu de déceler des centaines de milliers d’opportunités de
création de Petites et Moyennes Entreprises pour réduire la
dépendance vis-à-vis des importations, créer de la richesse et de
l’emploi.
Mais sommes-nous
dans une situation où le privé algérien veut véritablement
investir ? Dans une étude intitulée « Image de la région MEDA pour
les investisseurs », publiée au début de l’année 2005 par le Réseau
Euro-Méditerranéen d’Agences de Promotion de l’Investissement (ANIMA
dont est membre l’ANDI), il est considéré que plusieurs parmi les
pays 12 pays de la zone MEDA « n’ont pas d’économie autonome de l’Etat ».
« Il y a sans doute des hommes d’affaires – mais qui n’envisagent
pas d’investissement industriel, cas de l’Algérie ou du Maroc »,
affirme un directeur commercial d’une « firme européenne de
sous-traitance automobile » cité dans cette étude. Pour le cas
algérien, il est évident que pour la majorité des opérateurs
inscrits au registre de commerce, il est plus facile d’importer que
de produire. C’est d’abord une question de culture. Créer son
entreprise, c’est risquer son capital. Acheter pour revendre, c’est
certainement plus facile et largement plus rentable. Mais l’Etat se
doit d’encourager ceux qui veulent s’engager dans le développement
économique du pays. C’est à lui que revient de donner le signal
politique à ces opérateurs qui n’attendent qu’encouragement pour
montrer ce dont ils sont capables.
Jusqu’à présent,
et malgré les discours pompeux, la réalité montre que les structures
de l’Etat ne répondent pas favorablement à toute demande allant dans
le sens de la consolidation de l’économie nationale par
l’accélération de la transition qui n’en finit pas du système
rentier vers un système ouvert (à ne pas confondre avec sauvage !).
Comment espérer
privatiser des entreprises nationales lorsque les banques
algériennes ne sont pas capables d’accompagner une opération de type
« Ousratic » qui consiste à doter 100.000 familles algériennes (dans
un premier temps) de micro-ordinateurs ? Là encore, les autorités
sont appelées à remettre à l’ordre les banques publiques pour
qu’elles s’impliquent dans le processus économique.
L’ouverture
économique est nécessaire pour contrebalancer les réticences
internes. Si l’Algérie avait attendu que les banques publiques
fassent le pas pour financer des investissements d’Algérie Télécom,
le secteur de le téléphonie mobile n’aurait jamais atteint le boum
qu’on lui connaît actuellement.
Abdelkader Djalil
Lutte contre la
corruption dites-vous ?
« Une loi contre
la corruption sans déclaration de patrimoine n’a pas sa raison
d’être », a souligné à juste titre un récent communiqué de
l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC), en
réaction à la décision d’une majorité de députés de l’APN lors du
vote de la loi contre la corruption.
Mais quelle
mouche a donc piqué les députés du FLN et du MSP de rejeter la
principale disposition que contient la loi contre la corruption
présentée par le ministère de la Justice ? L’article 7 obligeait les
élus et les cadres supérieurs de l’Etat de déclarer leurs biens et
leurs fortunes et, dans le cas contraire, il prévoyait la levée de
l’immunité pour les premiers et la suspension pour les seconds.
Les
« représentants du peuple » ont tué dans l’œuf la nouvelle loi en
lui ôtant une disposition indispensable car, pour lutter
efficacement contre la corruption, il faut commencer par ceux qui
ont le pouvoir de donner quelque chose (un service, une
information…) en échange d’argent ou toute autre moyen de
corruption.
Et comme le
souligne AACC, la démarche des députés est « plus grave encore »
puisque la loi votée abroge, dans son article 71, l’ordonnance du 11
janvier 1997 portant déclaration de patrimoine. « Les députés auront
fait ainsi d’une pierre deux coups : rejeter des dispositions qui
les gênaient et abroger à travers le vote de cette loi l’ordonnance
de 1997. Résultat : il n’y a plus de dispositif législatif sur la
déclaration de patrimoine, déjà que l’ordonnance de 1997 ne s’était
pas distinguée par son effectivité ».
S’il est vrai
qu’une loi ne peut suffire pour endiguer la corruption, elle a
l’avantage au moins de fixer les règles en la matière et de
constituer une étape importante dans la lutte contre ce fléau qui
prend de l’ampleur dans les pays où il y a confusion entre les
missions de l’Etat et les intérêts personnels.
Beau sera le
discours officiel pour convaincre que l’Etat prend toutes les
mesures pour lutter contre la corruption et pour demander aux
algériens de ne pas y succomber.
Mais, le plus
grave dans cette affaire c’est l’image donnée par les députés du FLN
et du MSP (tout deux se réclamant de principes nationalistes et
religieux qui sont fortement contre la corruption !) aux partenaires
étrangers qui sont déjà basés en Algérie, et à ceux qui
souhaiteraient éventuellement y investir.
D’autant que les
députés qui ont « bataillé » pour l’abrogation de l’article 7 n’ont
donné aucune justification valable. Ont-ils des choses à se
reprocher ? Ont-ils peur qu’on aille fouiner dans leurs fortunes ?
L’on sait bien que la députation est un tremplin pour assurer ses
arrières. Que les députés réclament de meilleurs salaires (ils
perçoivent déjà assez !), mais qu’ils aident le pays à se protéger
contre un mal qui ronge les sphères décisionnelles de l’Algérie.
Tout le monde
sait que la corruption est très bien implantée en Algérie, et que
parmi les réticences des entreprises étrangères c’est justement de
devoir donner une « Tchipa de haute facture », comme la qualifiait
en « off » un diplomate occidental basé à Alger, à plusieurs
échelons de notre administration.
Souhaitons, comme
le suggère l’Association algérienne membre de Transparency
International, que Conseil de la Nation va rejeter cette loi, et que
le gouvernement la renvoie à une seconde lecture. A défaut, comme le
souligne AACC, « il vaut mieux pour le moment qu’il n’y ait pas du
tout de loi spécifique à la lutte contre la corruption, plutôt que
celle qui vient d’être votée par les députés et qui est une
coquille vide consacrant l’impunité des « agents publics » (élus et
fonctionnaires) ».
A. D.
Haut
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