Semaine du 11 au 17 janvier 2006 

Nordine Grim journaliste économique

« Le système se maintient grâce au secteur public »

Opérateurs économiques

La réussite, en prime

Choix économiques de l’Algérie

Quelle doctrine ?

 

 
 
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  Nordine Grim journaliste économique

« Le système se maintient grâce au secteur public »

 

Nordine Grim est un ancien gestionnaire qui a connu et pratiqué l’économie algérienne sous ses divers visages et évolutions depuis les années 70 à nos jours avant de se convertir, avec succès, au journalisme depuis près de 15 ans. En fin observateur de l’économie algérienne, il explique comment le système économique sécrète ses propres élites politiques tout en préfigurant l’avenir économique de l’Algérie qui pour lui se fera avec le privé ou ne se fera pas et de la même manière ce privé sécrètera ses propres élites politiques. Entretien

  

Les Débats : A ce que nous savons vous publierez bientôt un ouvrage regroupant ce que vous appelez les élites économiques algériennes

Nordine Grim : Oui  le livre doit paraître en avril ou en mai, c’est une véritable galère en ce moment alors que nous cherchons toujours le bon papier, le bon imprimeur, le bon façonneur…

Mais en même temps en quoi un livre qui répertorie des chefs d’entreprises est important ?

Le livre sera certainement un événement car il recense et il implique les élites de la nouvelle économie  de  manière officielle par les trophées remis par Le Club excellence management et MDI. Ce sont trente personnalités qui comptent et influent dans le paysage économique national.

Des élites du secteur privé ?

Vous savez la législation algérienne ne fait pas de distinction entre privé et public, l’EPE  et du point de vue de la loi une entreprise de droit privé. Pour une fois nous avons  tenu compte de cela et on a traité Aoun de la même manière qu’on a traité Rebrab. Ils ont du mérite tous les deux  et peut être que Aoun en a d’avantage en tant que gestionnaire d’une entreprise propriété de l’Etat car il a moins de marges de manœuvres à gérer du fait des coups de fils qu’il peut recevoir qui peuvent lui faire faire des choses en contradiction avec une gestion rationnelle d’une entreprise. Les conseils d’administration des EPE ne sont pas des propriétaires t dons ont du mal à prendre des décisions. Ce qui n’est pas le cas chez Rebrab qui gère avec ses enfants, tous propriétaires, tous impliqués, alors qu’à Saidal ce sont des fonctionnaires qui peuvent bloquer parfois parce qu’ils ignorent ce qui se passe dans l’entreprise.

D’où vient l’idée de distinguer ces élites et finalement comment sont elles nées ?

Grosso modo les réformes économiques et sociales ont élargi le champs des élites économiques. Avant cela n’était élite que les directeurs généraux des sociétés nationales. Aujourd’hui il y a des élites chez le privé et dans le public, les élites sont plus diverses, elles ont des parcours différents et elles s’imposent alors qu’avant elles n’avaient même pas le droit d’exister.

Des élites économiques qui sont prépondérantes sur les autres ou bien parce que ce sont les seules qui existent concrètement puis qu’elles détiennent en plus des idées, l’argent qui permet de les concrétiser ?

Oui les élites sont diverses, la presse possède ses élites, les organisations féminines, les organisations syndicales ont les leurs aussi. Des élites qui valent ce qu’elles valent mais elles sont là, elles se font entendre, ce sont des leaders d’opinion. Mais dans le même temps on se demande  pourquoi est-ce que les élites économiques sont importantes ou les plus importantes ? Parce que tout simplement elles préfigurent dans le monde d’aujourd’hui, tel qu’il est  et tel qu’il fonctionne, les élites politiques de demain.

Mais est ce que ce n’est pas la prépondérance des idées politiques qui façonne les autres élites chez nous ?

Certes le champs des élites politique s’est également élargie, mais lorsqu’on observe le champs des élites politiques on remarque qu’elles vieillissent et qu’il n y a pas de renouvellement.

Aujourd’hui, dans tous les pays du monde ce sont  les élites économiques qui déterminent le champs politique, ce sera peut être plus vérifiable chez nous.

Comment se distinguent ces élites économiques ?

Dans le champs économique, il y a une profusion d’élite qui ont l’avantage d’être riche, d’être jeune et de supposer qu’ils seront encore plus riche à l’avenir. Haddad n’a que 40 ans -  je ne le cite pas parce que c’est celui qui se distingue le plus mais parce qu’il est   de mon patelin-   et sont moins vieillissantes. Ce sont assurément ces élites qui forment le champs politique de l’avenir. Aujourd’hui elles ont tous les moyens d’agir, elles ont été formées  en dix ans et

L’ouverture, les plans de relance favorisent l’accumulation primitive de la riche comme dit Marx.

Mais si on  remplace le concept « élite économique » par « opérateurs économiques » on se rend bien compte aussi que ces opérateurs éprouvent toutes les difficultés à voir leurs affaires évoluer et progresser dans un environnement propice. Dans le même temps on appelle ardemment les investisseurs  étrangers qui s’ils occupent  sérieusement le terrain des affaires, ils devront à ce moment là opérer les recrutements de leur propre élite politique pour préserver leurs intérêts. Des gens qu’ils trouveront dans le personnel politique qui a favorisé et facilité leur entrée et qui ne sont pas forcément favorables à cette élite nationale ?

On parle de l’investissement étranger, on parle des IDE, mais on les cherche toujours et on ne les trouve pas. L’argent va là où il y a la sécurité, la stabilité politique, le gouvernement fort, l’Etat de droit. Tout cela  nous  ne l’avons pas encore. Les IDE sont venus là où il y a le pétrole et les hydrocarbures et dès qu’il y a eu une loi spéciale ils se sont pressés de venir. Ailleurs, les IDE on va longtemps les chercher sans les trouver.  Entre temps le privé national va faire son bonhomme de chemin, il va s’enrichir et asseoir plus sa position. On l’a vu la préférence  des IDE va au  privé parce que là ils trouvent des propriétaires de leurs biens qui peuvent  décider. Un patron d’entreprise publique c’est un gestionnaire qui pour agir doit attendre les ordres de son propriétaire, l’Etat,  c’est à dire personne et tout le monde.

On l’a vu. Les grandes « joint ventures » sont faites avec des privés les projets  de partenariat  avec les entreprises publiques sont restés au stade de projets. D’autant que l’investissement étranger ça ne veut plus dire grand-chose à l’ère de l’économie mondialisée. En France les 40 entreprises du Cac 40 sont détenues par les fonds de pensions américains.

Mais qu’est ce qui fait qu’un privé qui a tout pour réussir  tarde autant à s’emparer concrètement de l’économie nationale ?

Ce privé n’existe réellement que depuis 15 oui 20 ans. Pour rappel la charte nationale qualifiait  le privé d’exploiteur. Mais depuis 20 ans l’essentiel de la richesse est réalisé par le privé. Il est partout dans le logement, dans l’informatique, dans l’industrie sans parler de l’agriculture où  malgré tout, ce qui a été fait est pour  l’essentiel dû au privé.

Mais qu’est ce que 20 ans dans la vie d’un pays.

Le privé  a tendance à aller de plus en plus  loin c’est la direction générale mondiale. C’est la mondialisation, c’est l’ouverture des frontières. La question est de savoir si le capitalisme jeune peut affronter les grosses multinationales ? Il y a beaucoup d’entreprises qui veulent placer  leurs produits, il y a un petit peu qui est placé. Il y a aussi le reflex de survie  pour chaque entreprise. Ils sont nombreux à s’être mis à l’ISO et ils le font sans attendre quoi que ce soit de l’Etat, ni directives ni aides particulières.

Ce même privé semble peu s’impliquer dans les grandes tendances économiques du pays, il parait par exemple peu intéressé par les privatisations

Cela c’est une affaire de système politique qui ne tient que par le secteur économique publique…

…c’est à dire  le système rentier et bureaucratique comme le définissait feu Hachemi Cherif…

Oui c’est à cela que je veux en venir. Le système est resté le même. Il ne veut pas partir et il se fonde sur le secteur publique et sur ce qui s’appelle les organisations de masses qui font l’unanimismes. Ces organisations n’existent que par l’existence du secteur  public.

L’UGTA n’ a pratiquement pas d’adhérents en dehors du secteur public. L’UNPA n’existe que parce qu’existe des EAC et EAI. Et lors qu’il y a des élections ou des enjeux qui nécessitent la mobilisation, qui est corvéable à merci ? Ce sont les entreprises publiques. Elles mobilisent les personnes les moyens et même l’argent il y a un certain temps. Le système pour se maintenir a  besoin du secteur publique pour des années encore. C’est ainsi que l’on a vu des  entreprises publiques qui n’ont plus d’actifs net  qui ne sont plus solvables vis-à-vis de leurs créanciers sont maintenues en vie envers et contre tout. Elles sont plus de 400 entreprises dans cette situation que l’on maintien artificiellement en vie par  des assainissement financiers à répétition  par l’intermédiaire des banques – car les créances douteuses  c’est les banques publiques qui les détiennent – on a ainsi dépensé  25 milliards de dollars.

Sans ce système il n y a pas tout ce qui gravite autour du pouvoir, autour du FLN. Il faut  continuer à payer les cadres de l’UGTA et les détachements en tous genres. L’effondrement du secteur public c’est l’effondrement de cette machine qui crée l’unanimisme et pour que le système sécrète toujours ses mêmes élites et propose les mêmes personnes au pouvoir.

Mais alors à quoi bon parler de privatisations et ouvrir un débat dont on n’a pas besoin ?

Dans cette situation effectivement les privatisations n’ont aucune chance d’avancer. Le discours sur les privatisations est uniquement destiné à la consommation interne, mais fondamentalement on n’en veut pas. Pour entretenir l’illusion on privatise une briqueterie ou une limonaderie, il  y a eu ainsi un peu plus de 200 entreprises publiques privatisées et on a créé en parallèle 500 filiales. Le secteur publique reste numériquement toujours important car le système ne peut pas vivre en dehors.

Mais on a justifié aussi un ralentissement des privatisations pour des raisons sociales. On voulait éviter des compressions et des mises à la retraites ou des licenciements  économiques…

Cela était valable un temps lorsque il y a eu le Plan d’ajustement structurel, mais cela  c’était le sale boulot qui a été fait dans les années  1996, 1997, 1998 lorsqu’on a mis à la porte 400 000 à 500 000 personnes. On a vu alors de gens s’opposer aux privatisations en pensant qu’il fallait préserver l’emploi. Mais entre temps les travailleurs n’ont pas vu leur situation évoluer. Rien n’a changé pour eux et ils entendent même dire que les entreprises privatisées c’est mieux.

Propos recueillis par

Amine Esseghir

 

Nordine Grim journaliste au quotidien  El Watan est l'auteur de «l'économie algérienne otage de la politique» édition Casbah, Alger - 2004. L’ouvrage en cours d’édition est intitulé «les leaders de la nouvelle économie». Référencie les détenteurs du trophée club Excellence management et MDI.

 

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Opérateurs économiques

La réussite, en prime

Quel crédit accorder à ceux qui affirment dur comme fer que l'Algérien n'est bon que pour consommer ce qu'il est incapable de fabriquer lui-même ? Faut-il tomber dans le panneau et conforter cette thèse ? Le mieux pour se situer par rapport à cet avis, pas toujours partagé, serait de faire le tour de quelques opérateurs économiques, et on se rend compte alors que l'Algérien, quand on prend la peine de le remarquer, dispose d'une force de production assez conséquente, et malgré les lenteurs administratives et autres tracas, il en est des Algériens dont le sérieux et la rigueur dans le travail n'ont rien à envier à ceux d'outre-mer.

Cevital, Trèfle, Granitex, Gofast, Groupement Aberkane, SPS, Sadem… autant de secteurs d'activité et autant d'appellations, certaines que tout le monde connaît, d'autres qui nous interpellent à travers des affiches publicitaires. La liste des opérateurs économiques est loin d'être limitative. D'autres opérateurs ont si bien réussi le challenge de s'imposer dans un environnement pas toujours encourageant, où la concurrence déloyale des produits importés qui inondent le marché national, constitue une menace pour les produits qu'ils usinent, surtout quand on connaît la tendance qu'ont les consommateurs de toujours préférer les articles importés, même s'ils sont, pour la plupart du temps, contrefaits.

Toutes ces difficultés et bien d'autres, Isaâd Rebrab les avait en tête quand il crée Cevital, une entreprise dont le chiffre d'affaires est de 500 millions USD et qui fait partie d'un groupe d'une vingtaine d'entreprise qui activent dans cinq secteurs, à savoir : l'agroalimentaire, la métallurgie, les transports terrestres et maritimes, l'information et la communication, et la distribution automobile.

Ce complexe qui est considéré comme l'un des plus grands d'Algérie, est le fruit d'un travail acharné et d'une gestion des plus judicieuse de celui qui, en 1966, postulait pour un poste de chef comptable à la tannerie de Rouiba, et qui, deux ans plus tard, crée son propre cabinet d'expertise comptable. Mais l'aventure commence quand en 1971, l'un de ses clients actionnaire dans une petite entreprise spécialisée dans la transformation métallique, lui propose 20 % de parts dans cette entreprise. Rebrab accepte et c'est l'occasion pour lui de se découvrir des dons de gestionnaire. Les actionnaires à qui il conseille de réinvestir leurs bénéfices chaque année, écoutent son conseil et la petite entreprise devient de plus en plus prospère.

En 1975, Rebrab crée Profilor, mais sa réussite est de plus éclatante avec Cevital, dont le chiffre d'affaire est de 70 % du chiffre d'affaires global du groupe. Cette entreprise regroupe une raffinerie d'huile alimentaire qui produit 1.800 tonnes par jour, soit 140 %  des besoins du marché national. Une margarinerie qui produit 550.000 tonner par jour et ne raffinerie de sucre, dont la capacité de production est de 600.000 tonnes par jour, ce qui représente 60 % des besoins du marché national.

En quatre années d'existence, Cevital a créé 2.356 postes d'emplois. Le patron de Cevital ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, beaucoup de projets sont en perspectives à commencer la construction d'une unité de production de jus de fruits plus un complexe de production de verre dont 75 % de la production sera destinée à l'exportation, ce complexe, dira M. Rebrab, fera de l'Algérie le douzième exportateur de verre dans le monde et permettra de créer 3.000 emplois directs et plus de 50.000 indirects.

Ce même sérieux on le retrouve chez M. Arezki Idjerouidène, qui, en 1983, crée Gofast qui, maintenant, compte pas moins de six filiales : Aigle Azur, Gofast, Travel, Air Protect, Gofast USA, dont M. Idjerouidène détient 100 % de parts, Gofast logistique transit, dont il détient 85 % de parts et Pactrans à Marseille, dont il détient 850 personnes. La compagnie Aigle Azur assure à elle seule plus de 80 vols hebdomadaires au départ de la France, ce qui lui fait une moyenne d'un million et demi de voyageurs, transportés par an, ce qui n'est pas rien et c'est aussi ce qui a fait sérieusement grimper son chiffre d'affaires de 5 millions d'euros à 200 millions d'euros au bout de quatre ans.

Pour Youcef Semmad, gérant de la Société algérienne de distribution et d'équipement médical, les choses ne sont pas différentes. Après une première association malheureuse, le revoilà qui saute à pieds joints dans un domaine où la concurrence est presque inexistante, il s'agit de la fabrication et la commercialisation du matériel orthopédique. Agréé par le ministère de la Santé, la SADEM contribue largement à satisfaire les besoins des personnes handicapées, qui ne sont plus obligées de s'adresser à l'ONAAPH, institution publique qui n'arrive pas toujours à satisfaire toutes les demandes. Malgré les lenteurs administratives et bancaires, le gérant de la SADEM continue son chemin avec une grande sérénité et beaucoup d'espoirs pour que les choses s'arrangent.

Le Groupement Aberkane qui regroupe quatre entreprises, REMELEC, GMEE, SALCHI et ABH, et qui emploie 300 personnes, est une réussite. En effet, les quatre entreprises REMELEC, spécialisée dans la distribution, la commercialisation et la préparation d'appareil électriques, transformateurs et groupes électrogènes , GMEE, spécialisée dans l'électro-mécanique de moyenne et basse tensions : SALCHI, spécialisée dans la fabrication de produits chimiques et matériels de l'industrie chimique et enfin ABH spécialisée dans les produits hydrauliques, sont une fierté pour M. Cherif Aberkane, dont la devise essentielle est d'offrir au client des services de qualité qui vont de l'étude jusqu'à la mise en place de la machine.

M. Aberkane qui ambitionne de créer au moins 500 nouveaux postes d'emplois, a pourtant un petit regret, celui de ne pas pouvoir exporter ses produits, mais a tout de même une consolation. "Nous n'exportons pas à l'étranger, mais nous faisons de grandes économies en devises au pays", dit-il.

Ce regret est partagé par M. Mahmoud Tlemçani, dont les produits de marque "Trèfle" sont connus de tout le monde. "Le l'ben est très demandé par les pays européens, mais à cause des lenteurs administratives, nous n'arrivons pas à exporter", ceci n'empêche que depuis 2001, année de la production a commencé, "Trèfle" a connu une croissance de 40 % de son chiffre d'affaires par an. Avec une liste de 25 produits, cette marque que beaucoup de consommateurs apprécient, détient 26 % des parts du marché.

Si ces opérateurs et beaucoup d'autres ont si bien réussi, ce n'est certainement pas un coup du hasard. La réussite vient avec le travail acharné, la rigueur, le sérieux, mais aussi et surtout l'amour de ce qu'on entreprend. Ce n'est pas un hasard que ces opérateurs économiques créent des postes d'emplois, et participent de façon active à l'économie nationale.

Certains sont même capables d'exporter leurs produits, mais les lenteurs administratives ne les encouragent pas. C'est certainement ce qui fait dire à Mahmoud Tlemçani, patron de "Trèfle", qu'il est nécessaire de créer un bureau spécialisé dans l'assistance aux exportateurs. En attendant le jour où cette institution voit le jour, il est une réalité qu'il faut reconnaître : beaucoup d'opérateurs en Algérie fabriquent des produits qui répondent aux normes internationales, car ils 'inspirent de ce qui se fait sous d'autres cieux.

C'est le cas de Granitex qui fournit des produits destinés au secteur du bâtiment, des travaux publics et de génie civil, et notamment des adjuvants pour béton et mortier. Ces adjuvants utilisés aux USA, s'ils ajoutent un coût supplémentaire de 12 %, rendent le béton plus durable et réduisent de 35 % l'utilisation de l'eau dans le béton. Une économie utile quand on sait que l'eau est une denrée plutôt rare.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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Choix économiques de l’Algérie

Quelle doctrine ?

Dans tous les rapports ayant trait à la situation et à l’environnement économiques en Algérie établis par des institutions internationales ou des revues spécialisées, il est soulevé l’ambiguïté du statut de la démarche algérienne qui n’est ni libérale ni socialiste mais à cheval entre les deux doctrines.

Il est certain que l’algérien respire depuis l’ouverture économique qui a commencé dès la fin des années 80. Aux nostalgiques des années GSE, il faut rappeler que le « bien être » économique de l’époque ne pouvait être qu’éphémère étant donné qu’il était basé sur un schéma rentier dans lequel la faiblesse de la production et de la productivité donnait lieu à des primes !

Le système de la libre entreprise est plus proche de la réalité économique que l’homme a connue depuis la nuit des temps. Donc c’est dans la logique des choses que l’économie algérienne renoue avec la normalité économique, celle qui consiste à faire de l’homme le maître de son propre destin. Néanmoins, la démarche suivie jusque là en Algérie ne semble pas assez claire. Le système économique n’est pas très lisible. Il n’est pas socialiste mais n’est pas libéral non plus. Il vante l’économie de marché, mais tarde à adopter toutes les règles de cette économie. Si l’on peut considérer que la « réforme bancaire » commence à avancer (néanmoins beaucoup reste à faire), il n’en est pas de même pour d’autres domaines comme les problèmes liés au foncier industriel, au droit de propriété, aux prêts bancaires, à la modernisation du système fiscal, la réalisation des grandes infrastructures (autoroute Est-Ouest, développement du réseau ferroviaire…), l’indépendance et l’impartialité de la justice, ainsi que d’autres obstacles bureaucratiques.

Les problèmes de croissances qui se posent à l’Algérie se situent à quatre niveaux : un taux d’investissement insuffisant, un taux d’épargne domestique peu élevé, et une allocation du capital qui souffre du poids excessif des entreprises publiques et, comme conséquence de tout cela, un taux de chômage assez important. Il n’est pas dit que l’Algérie doit adopter le libéralisme dans le moindre de ses détails, mais le pays gagnerait à être plus entreprenant notamment dans la conduite des réformes qu’il a annoncées en particulier dans le dossier des privatisations.

Quelle place pour le privé ?

L’économie moderne, c’est donner toutes ses chances à l’initiative privée. Un réseau de 200.000 PME qui emploie chacune 5 personnes c’est un million d’emplois. Si l’on étudie attentivement les produits introduits en Algérie par nos dizaines de milliers d’importateurs, il y a lieu de déceler des centaines de milliers d’opportunités de création de Petites et Moyennes Entreprises pour réduire la dépendance vis-à-vis des importations, créer de la richesse et de l’emploi.

Mais sommes-nous dans une situation où le privé algérien veut véritablement investir ? Dans une étude intitulée « Image de la région MEDA pour les investisseurs », publiée au début de l’année 2005 par le Réseau Euro-Méditerranéen d’Agences de Promotion de l’Investissement (ANIMA dont est membre l’ANDI), il est considéré que plusieurs parmi les pays 12 pays de la zone MEDA « n’ont pas d’économie autonome de l’Etat ». « Il y a sans doute des hommes d’affaires – mais qui n’envisagent pas d’investissement industriel, cas de l’Algérie ou du Maroc », affirme un directeur commercial d’une « firme européenne de sous-traitance automobile » cité dans cette étude. Pour le cas algérien, il est évident que pour la majorité des opérateurs inscrits au registre de commerce, il est plus facile d’importer que de produire. C’est d’abord une question de culture. Créer son entreprise, c’est risquer son capital. Acheter pour revendre, c’est certainement plus facile et largement plus rentable. Mais l’Etat se doit d’encourager ceux qui veulent s’engager dans le développement économique du pays. C’est à lui que revient de donner le signal politique à ces opérateurs qui n’attendent qu’encouragement pour montrer ce dont ils sont capables.

Jusqu’à présent, et malgré les discours pompeux, la réalité montre que les structures de l’Etat ne répondent pas favorablement à toute demande allant dans le sens de la consolidation de l’économie nationale par l’accélération de la transition qui n’en finit pas du système rentier vers un système ouvert (à ne pas confondre avec sauvage !).

Comment espérer privatiser des entreprises nationales lorsque les banques algériennes ne sont pas capables d’accompagner une opération de type « Ousratic » qui consiste à doter 100.000 familles algériennes (dans un premier temps) de micro-ordinateurs ? Là encore, les autorités sont appelées à remettre à l’ordre les banques publiques pour qu’elles s’impliquent dans le processus économique.

L’ouverture économique est nécessaire pour contrebalancer les réticences internes. Si l’Algérie avait attendu que les banques publiques fassent le pas pour financer des investissements d’Algérie Télécom, le secteur de le téléphonie mobile n’aurait jamais atteint le boum qu’on lui connaît actuellement.

Abdelkader Djalil

 

Lutte contre la corruption dites-vous ?

« Une loi contre la corruption sans déclaration de patrimoine n’a pas sa raison d’être », a souligné à juste titre un récent communiqué de l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC), en réaction à la décision d’une majorité de députés de l’APN lors du vote de la loi contre la corruption.

Mais quelle mouche a donc piqué les députés du FLN et du MSP de rejeter la principale disposition que contient la loi contre la corruption présentée par le ministère de la Justice ? L’article 7 obligeait les élus et les cadres supérieurs de l’Etat de déclarer leurs biens et leurs fortunes et, dans le cas contraire, il prévoyait la levée de l’immunité pour les premiers et la suspension pour les seconds.

Les « représentants du peuple » ont tué dans l’œuf la nouvelle loi en lui ôtant une disposition indispensable car, pour lutter efficacement contre la corruption, il faut commencer par ceux qui ont le pouvoir de donner quelque chose (un service, une information…) en échange d’argent ou toute autre moyen de corruption.

Et comme le souligne AACC, la démarche des députés est « plus grave encore » puisque la loi votée abroge, dans son article 71, l’ordonnance du 11 janvier 1997 portant déclaration de patrimoine. « Les députés auront fait ainsi d’une pierre deux coups : rejeter des dispositions qui les gênaient et abroger à travers le vote de cette loi l’ordonnance de 1997. Résultat : il n’y a plus de dispositif législatif sur la déclaration de patrimoine, déjà que l’ordonnance de 1997 ne s’était pas distinguée par son effectivité ».

S’il est vrai qu’une loi ne peut suffire pour endiguer la corruption, elle a l’avantage au moins de fixer les règles en la matière et de constituer une étape importante dans la lutte contre ce fléau qui prend de l’ampleur dans les pays où il y a confusion entre les missions de l’Etat et les intérêts personnels.

Beau sera le discours officiel pour convaincre que l’Etat prend toutes les mesures pour lutter contre la corruption et pour demander aux algériens de ne pas y succomber.

Mais, le plus grave dans cette affaire c’est l’image donnée par les députés du FLN et du MSP (tout deux se réclamant de principes nationalistes et religieux qui sont fortement contre la corruption !) aux partenaires étrangers qui sont déjà basés en Algérie, et à ceux qui souhaiteraient éventuellement y investir.

D’autant que les députés qui ont « bataillé » pour l’abrogation de l’article 7 n’ont donné aucune justification valable. Ont-ils des choses à se reprocher ? Ont-ils peur qu’on aille fouiner dans leurs fortunes ? L’on sait bien que la députation est un tremplin pour assurer ses arrières. Que les députés réclament de meilleurs salaires (ils perçoivent déjà assez !), mais qu’ils aident le pays à se protéger contre un mal qui ronge les sphères décisionnelles de l’Algérie.

Tout le monde sait que la corruption est très bien implantée en Algérie, et que parmi les réticences des entreprises étrangères c’est justement de devoir donner une « Tchipa de haute facture », comme la qualifiait en « off » un diplomate occidental basé à Alger, à plusieurs échelons de notre administration.

Souhaitons, comme le suggère l’Association algérienne membre de Transparency International, que Conseil de la Nation va rejeter cette loi, et que le gouvernement la renvoie à une seconde lecture. A défaut, comme le souligne AACC, « il vaut mieux pour le moment qu’il n’y ait pas du tout de loi spécifique à la lutte contre la corruption, plutôt que celle qui  vient d’être votée par les députés et qui est une coquille vide consacrant l’impunité  des « agents publics » (élus et fonctionnaires) ».

A. D.

 

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