Semaine du 11 au 17 janvier 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Éclairages

 

 
 
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Éclairages

En ce début d’année 2006, le moins que nous puissions dire, est que le pays nage laborieusement au milieu d’un océan d’incertitudes. Beaucoup de questions et très peu de réponses. Nul ne sait par exemple si oui ou non il y aura un traité d’amitié avec la France. Nul ne sait si oui ou non il y aura un pacte économique et social. Nul ne sait si oui  ou non il y aura des textes de mise en œuvre de la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Nul ne sait si oui ou non il y aura une révision constitutionnelle et encore moins sur quoi elle pourrait éventuellement porter. Nul ne sait si la loi anti-corruption va enfin passer le barrage de la coalition FLN-MSP au parlement ? Pour ne parler que des questions les plus cruciales, sans évoquer celles liées à la faisabilité d’un plan de soutien à la relance dont personne n’arrive à saisir les contours. Nous ne dirons pas que la machine est à l’arrêt, mais en y réfléchissant bien, cela y ressemble beaucoup et cerise sur le gâteau, personne ne sait comment elle pourrait redémarrer ni surtout dans quelle direction. Et c’est là que nous avons tous besoin d’un éclairage un peu plus large pour tenter de comprendre pourquoi nous en sommes là aujourd’hui et essayer de savoir si cela a quelque chance de s’améliorer dans les semaines et les mois à venir.

Mais éliminons d’abord  cette mauvaise explication qui consisterait à dire que ce blocage manifeste est lié d’une manière ou d’une autre à la maladie du Président. Car même si ce malheureux accident de santé a pu produire un léger flottement dans le fonctionnement général de l’Etat, il n’a fait en réalité que révéler un malaise beaucoup plus profond qui préexiste depuis au moins le début du second mandat du Président. Un mandat inauguré d’abord sous le sceau d’une volonté manifeste de resserrer les boulons de la machine de pouvoir. Un processus qui commencera par un sérieux lifting qui touchera la quasi-totalité des commandements militaires en passant évidemment par la mise à la retraite de l’ancien chef d’état-major Mohamed Lamari et ensuite par l’écartement de Larbi Belkheir de la Présidence de la République. Ce dernier acte se soldant par une espèce de désertification de cette importante institution qui peine jusqu’à aujourd’hui à trouver le tonus et la vigueur qui doivent être la sienne pour guider l’action de l’ensemble de l’appareil étatique. Parallèlement à ces changements de personnels  au plus haut niveau de la machine de l’Etat dans sa version tant civile que militaire, le Président de la République aura également tenté de matérialiser son grand œuvre politique qu’est la réconciliation nationale, qu’il concevra comme un complément direct à ces changements. Les uns devant favoriser l’autre et vice-versa. Le fond de son intention étant bien sûr d’aller vers une forme de gouvernement profondément imprégnée d’un esprit réconciliateur qui ne fait de toute évidence pas consensus au plus haut niveau du pouvoir d’Etat.  Une absence de consensus qui aboutira à la confection d’un projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale dont Abdelaziz Bouteflika prendra bien soin de préciser qu’il a été le produit  d’équilibres nationaux dans lesquels il ne semble pas se retrouver tout à fait. Les désaccords de fond sur ce sujet tenant à la place que le Président de la République tient absolument à donner à l’islam politique dans notre pays, pour des raisons de commodités de pouvoir qui ne sont pas nouvelles puisque Chadli Bendjedid avait lui aussi tenté d’instrumentaliser le Fis comme outil de contrôle social et de contrepoids politique avec les conséquences désastreuses que nous savons. En prônant l’idée d’amnistie générale puis celle d’une « réconciliation  totale », Abdelaziz Bouteflika essayera donc, mais sans grand succès de desserrer l’étau qui du cœur même de l’Etat interdit toute manipulation hasardeuse de  l’islam politique et rejette toute mise sur pied d’égalité des différents protagonistes de la période du terrorisme. Il va sans dire que cette importante rupture de consensus qui avait tout de même duré d’avril 1999 à pratiquement la fin de l’année 2004, ne pouvait pas être sans conséquences sur la bonne marche de l’Etat dans son ensemble et explique par conséquent en grand partie le flottement que nous décrivions en début de cet article.  Ainsi que l’éclatement qui ne dit pas son nom d’une alliance présidentielle qui voit son centre de gravité se déplacer dangereusement  de son centre pour aller se positionner de plus en plus ouvertement  en faveur du FLN et du MSP  au détriment du RND, avec toutes les conséquences prévisibles d’un tel cheminement. Même si par ailleurs le garant de ce fragile et précaire équilibre se garde bien d’afficher ouvertement ses préférences,  parfaitement conscient des complications que cela occasionnerait dans la maîtrise d’un appareil d’Etat profondément marqué par dix ans de lutte anti-terroriste et anti-intégriste. Ce qui est sûr c’est que les apparences de bonne entente qui continuent à prédominer vaille que vaille ne pourront pas résister longtemps encore aux impératifs de survie  d’un pays qui après en avoir terminé avec le terrorisme entend se lancer à présent dans la bataille du développement et si possible de la démocratie sans laquelle nous avons bien  vu combien les pays arabes sont vulnérables à n’importe quelle provocation.

A. M.  

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