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Éclairages
En ce début d’année 2006, le moins que
nous puissions dire, est que le pays nage laborieusement au milieu
d’un océan d’incertitudes. Beaucoup de questions et très peu de
réponses. Nul ne sait par exemple si oui ou non il y aura un traité
d’amitié avec la France. Nul ne sait si oui ou non il y aura un
pacte économique et social. Nul ne sait si oui ou non il y aura des
textes de mise en œuvre de la charte pour la paix et la
réconciliation nationale. Nul ne sait si oui ou non il y aura une
révision constitutionnelle et encore moins sur quoi elle pourrait
éventuellement porter. Nul ne sait si la loi anti-corruption va
enfin passer le barrage de la coalition FLN-MSP au parlement ? Pour
ne parler que des questions les plus cruciales, sans évoquer celles
liées à la faisabilité d’un plan de soutien à la relance dont
personne n’arrive à saisir les contours. Nous ne dirons pas que la
machine est à l’arrêt, mais en y réfléchissant bien, cela y
ressemble beaucoup et cerise sur le gâteau, personne ne sait comment
elle pourrait redémarrer ni surtout dans quelle direction. Et c’est
là que nous avons tous besoin d’un éclairage un peu plus large pour
tenter de comprendre pourquoi nous en sommes là aujourd’hui et
essayer de savoir si cela a quelque chance de s’améliorer dans les
semaines et les mois à venir.
Mais éliminons d’abord cette mauvaise
explication qui consisterait à dire que ce blocage manifeste est lié
d’une manière ou d’une autre à la maladie du Président. Car même si
ce malheureux accident de santé a pu produire un léger flottement
dans le fonctionnement général de l’Etat, il n’a fait en réalité que
révéler un malaise beaucoup plus profond qui préexiste depuis au
moins le début du second mandat du Président. Un mandat inauguré
d’abord sous le sceau d’une volonté manifeste de resserrer les
boulons de la machine de pouvoir. Un processus qui commencera par un
sérieux lifting qui touchera la quasi-totalité des commandements
militaires en passant évidemment par la mise à la retraite de
l’ancien chef d’état-major Mohamed Lamari et ensuite par
l’écartement de Larbi Belkheir de la Présidence de la République. Ce
dernier acte se soldant par une espèce de désertification de cette
importante institution qui peine jusqu’à aujourd’hui à trouver le
tonus et la vigueur qui doivent être la sienne pour guider l’action
de l’ensemble de l’appareil étatique. Parallèlement à ces
changements de personnels au plus haut niveau de la machine de l’Etat
dans sa version tant civile que militaire, le Président de la
République aura également tenté de matérialiser son grand œuvre
politique qu’est la réconciliation nationale, qu’il concevra comme
un complément direct à ces changements. Les uns devant favoriser
l’autre et vice-versa. Le fond de son intention étant bien sûr
d’aller vers une forme de gouvernement profondément imprégnée d’un
esprit réconciliateur qui ne fait de toute évidence pas consensus au
plus haut niveau du pouvoir d’Etat. Une absence de consensus qui
aboutira à la confection d’un projet de charte pour la paix et la
réconciliation nationale dont Abdelaziz Bouteflika prendra bien soin
de préciser qu’il a été le produit d’équilibres nationaux dans
lesquels il ne semble pas se retrouver tout à fait. Les désaccords
de fond sur ce sujet tenant à la place que le Président de la
République tient absolument à donner à l’islam politique dans notre
pays, pour des raisons de commodités de pouvoir qui ne sont pas
nouvelles puisque Chadli Bendjedid avait lui aussi tenté
d’instrumentaliser le Fis comme outil de contrôle social et de
contrepoids politique avec les conséquences désastreuses que nous
savons. En prônant l’idée d’amnistie générale puis celle d’une
« réconciliation totale », Abdelaziz Bouteflika essayera donc, mais
sans grand succès de desserrer l’étau qui du cœur même de l’Etat
interdit toute manipulation hasardeuse de l’islam politique et
rejette toute mise sur pied d’égalité des différents protagonistes
de la période du terrorisme. Il va sans dire que cette importante
rupture de consensus qui avait tout de même duré d’avril 1999 à
pratiquement la fin de l’année 2004, ne pouvait pas être sans
conséquences sur la bonne marche de l’Etat dans son ensemble et
explique par conséquent en grand partie le flottement que nous
décrivions en début de cet article. Ainsi que l’éclatement qui ne
dit pas son nom d’une alliance présidentielle qui voit son centre de
gravité se déplacer dangereusement de son centre pour aller se
positionner de plus en plus ouvertement en faveur du FLN et du MSP
au détriment du RND, avec toutes les conséquences prévisibles d’un
tel cheminement. Même si par ailleurs le garant de ce fragile et
précaire équilibre se garde bien d’afficher ouvertement ses
préférences, parfaitement conscient des complications que cela
occasionnerait dans la maîtrise d’un appareil d’Etat profondément
marqué par dix ans de lutte anti-terroriste et anti-intégriste. Ce
qui est sûr c’est que les apparences de bonne entente qui continuent
à prédominer vaille que vaille ne pourront pas résister longtemps
encore aux impératifs de survie d’un pays qui après en avoir
terminé avec le terrorisme entend se lancer à présent dans la
bataille du développement et si possible de la démocratie sans
laquelle nous avons bien vu combien les pays arabes sont
vulnérables à n’importe quelle provocation.
A. M.
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