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L'apprentissage de la lecture au cours préparatoire
Les méthodes
employées
"Sans la lecture,
l'enfant ne sait pas sa langue et il n'y a pour lui ni savoir ni
culture possibles."
Utilisera-t-on au
début la méthode syllabique, la méthode globale ou la méthode
mixte ? Disons-le : notre œuvre scolaire a échoué si elle n'a pas
fait passer la lecture dans le domaine de l'automatisme, puis si
elle n'a pas, par le contact des œuvres belles, émouvantes et
vivantes, développé chez l'enfant le goût et le besoin de la
lecture, lui fournissant ainsi, quand il sera homme, le moyen de
travailler à sa culture personnelle. L'effort pour retenir est
soutenu par le plaisir de lire. Dès la première leçon, l'élève
découvre que lire, c'est comprendre un message, qu'écrire, c'est
exprimer une pensée.
Lire, pour un
adulte cultivé, c'est prendre connaissance de la pensée d'autrui par
l'intermédiaire de la lecture. L'enfant ne peut rien apprendre s'il
ne sait pas lire, il n'apprend rien volontiers s'il ne sait lire
aisément. Il doit donc, pendant l'apprentissage de la lecture, faire
la conquête d'un symbolisme complexe à deux degrés : des signes aux
sens, des sens aux idées, tout l'effort de l'entraînement visant à
permettre le passage aussi rapide que possible des signes aux idées.
L'intelligence de l'enfant sera d'abord orientée vers le montage des
mécanismes de la lecture par une mobilisation de son attention et
ensuite vers l'automatisation de ce mécanisme par l'habitude de
lire.
Dans son livre
Propos sur l'éducation, Alain précise que "savoir lire, ce n'est pas
seulement connaître les lettres et faire sonner les assemblages de
lettres. C'est aller vite, c'est explorer d'un coup d'œil la phrase
entière, c'est reconnaître les mots à leur gréement, comme le
matelot reconnaît les navires".
L'effort pour
retenir est soutenu par le plaisir de lire. Dès la première leçon,
l'élève découvre que lire, c'est comprendre un message. Il faut donc
lui donner le plus vite possible l'habitude de lire sans effort, et
l'on ne peut pas la lui donner sans multiplier les exercices.
Lire est un fait
social, un fait psychologique, un fait physiologique. C'est aussi en
même temps un savoir en soi et un savoir instrumental. On ne
répètera jamais assez que savoir lire se prépare à l'école
maternelle et s'élabore au cours préparatoire.
La
démocratisation des classes enfantines dans notre pays, de façon que
chaque groupe scolaire ait sa classe maternelle, tarde à venir. Leur
création est une nécessité dans ce monde qui évolue à grands pas, où
le savoir est assimilé par une génération de plus en plus jeune
grâce à l'avancée des sciences psycho-pédagogiques, à la modernité
des méthodes, du matériel pédagogique, de l'audiovisuel et
l'introduction de l'outil informatique.
L'enseignement
essentiel, au cours préparatoire, est la lecture. Le cours
préparatoire est avant tout un cours de lecture. Cette prédominance
de la lecture se traduit dans l'emploi du temps qui comporte dix
heures de lecture par semaine, soit deux heures par jour, soit
encore quatre leçons d'un demi-heure par jour. Respecter cet emploi
du temps c'est recourir à des répétitions fréquentes pour assurer la
fixation des connaissances acquises, ensuite fixer l'attention de
l'enfant et s'intéresser à une activité au-delà d'un laps de temps
de courte durée (aptitude limitée de l'enfant). Pour cela
utilise-t-on la méthode d'épellation ou méthode syllabique, la
méthode décrolyenne ou méthode globale ; puis vient la méthode
intermédiaire, la méthode semi-globale qu'on appelle aussi méthode
mixte. La meilleure sera celle qui donnera les résultats les plus
rapides et les plus solides…
Toutefois, les
procédés qui nous paraissent devoir l'emporter sont ceux qui amènent
l'enfant à s'intéresser à cette tâche ingrate qui consiste à
associer des sens et des formes sans rapport apparent. L'essentiel
est que l'enfant prenne plaisir à cet apprentissage difficile en
faisant appel constamment à l'effort et en l'associant au maître
dans la recherche de la vérité par l'action, l'intuition et
l'induction.
Qu'est-ce que la
méthode globale ?
"Lire, ce n'est
pas traduire par la parole des signes ou des combinaisons de
signes ; c'est cueillir les pensées d'autrui pour les ajouter à son
propre fonds, à son trésor de pensées." (Mme Kergomard)
On l'appelle
aussi méthode idéo-visuelle ou analytique. Elle a été élaborée dans
sa forme moderne par le docteur belge Decroly, et elle est une des
formes de son système d'éducation. Elle a pour principes :
L'intérêt
des enfants,
considéré comme origine et condition fondamentale du besoin et de la
volonté d'apprendre à lire. L'on peut partir d'un ensemble qui offre
un sens : un texte, une phrase. De la connaissance de phrases qui
servent de point de départ aux leçons, l'esprit arrive à la
distinction des mots, puis par rapprochement et comparaison, il
découvre les syllabes dans les mots et les lettres dans les
syllabes. Parti de l'ensemble, l'apprenant va progressivement à
l'élément graphique simple qui est isolé : il procède par analyse.
La compréhension
intelligente :
d'emblée l'enfant est amené à découvrir que la lecture est un mode
d'expression nouveau pour lui, mais identique dans son essence au
langage. Il retrouve le texte qu'il a élaboré dans les phrases
copiées par le maître au tableau ou sur des étiquettes. Sa mémoire
est mise à contribution sans cesse tout en s'efforçant de deviner le
sens de ce qui lui est présenté. Il veut, par lui-même, comprendre
ce que disent les phrases qu'on lui écrit. Ainsi, l'apprentissage de
la lecture est justifié aux yeux de l'enfant ; la lecture lui
apparaît dans sa nature véritable comme un instrument d'expression
et de compréhension, un acte d'intelligence.
Pourquoi
appelle-t-on cette méthode "globale" ? Parce qu'elle présente
l'ensemble avant les détails, le tout avant les parties, les phrases
et les mots avant les syllabes et les lettres.
Les disciples du
docteur Decroly établissent leurs premiers textes d'après le centre
d'intérêt en cours d'étude. Ils associent étroitement la lecture aux
exercices d'observation ; d'autres s'inspirent d'un conte, d'une
suite de chansons, de courts poèmes, d'une histoire de jouets ou
d'animaux. Les plus hardis donnent aux enfants la joie de la
création et de l'expression : ils rédigent avec eux la phrase qui
exprime le fait dominant de la journée : un incident, une surprise,
une émotion. La majorité de ceux qui pratiquent la méthode globale
sont des éducateurs de choix. Ils doivent tirer le meilleur parti
possible de ce qui leur est donné, improviser perpétuellement et
s'adapter, être toujours disponible, toujours en éveil, et aller à
une vision claire des buts à atteindre, avec la plus grande
souplesse et la plus grande ingéniosité quant aux moyens d'y
parvenir. Ils ne ménagent ni leur temps ni leur peine et joignent
souvent à l'enthousiasme pour cette méthode une connaissance
approfondie de leur métier et de la psychologie enfantine.
La méthode
globale se renouvelle et se métamorphose chaque année en fonction de
l'intérêt des enfants. On ne doit pas l'imposer à tous ceux qui
enseignent à la section préparatoire, surtout pas aux enseignants
débutants. Mal employée, elle risque de conduire à des désastres, à
de lamentables échecs ; bien employée, elle conduit à un
épanouissement des enfants, du maître, de la classe.
La méthode
globale est ainsi une invention permanente, une création continue
dans un milieu où maîtres et élèves sont étroitement associés et
qu'ils transforment par leur action réciproque.
La méthode
syllabique
"La lecture doit
être un exercice intelligent et non un pur mécanisme."
La méthode
syllabique, qu'on appelle parfois synthétique parce qu'elle part des
lettres et des syllabes pour aboutir aux mots, est fort ancienne. Ma
génération et celle d'après ont appris à lire avec.
A partir des
lettres considérées comme les matériaux de base du langage, on
étudie successivement les séries de syllabes constituées par
l'assemblage des voyelles avec les différentes consonnes, puis on
apprend ensuite les syllabes complexes, et ce qu'on appelait naguère
les diphtongues. Ainsi s'édifie une construction qui satisfait
pleinement la logique abstraite de l'adulte, selon une progression
rigoureuse allant apparemment du simple au complexe. S'appuyant
d'abord sur la mémoire pour l'enregistrement des mécanismes, la
méthode syllabique atteint en dernier lieu l'exercice de
l'intelligence par la lecture véritable. Mais il a fallu pour cela
de longues semaines où l'enfant a répété des syllabes et des mots
qu'il ne comprenait pas toujours.
Pour tromper
l'ennui de l'enfant, on s'efforce de l'amuser, d'agrémenter la leçon
d'attraits extérieurs, de lier la lettre étudiée à tel geste, à tel
dessin… Des générations d'écoliers ont appris à lire de cette
manière.
La méthode mixte
"L'enseignement
de la lecture sera lié dans la plus large mesure possible à celui du
langage."
Entre la méthode
syllabique et la méthode globale, il est possible de rechercher une
voie moyenne. C'est la méthode semi-globale. Elle est à point de
départ globale ; elle va de la lecture de la phrase acquise après la
leçon de langage au mot, donc de la réalité vivante à l'analyse des
éléments.
L'enseignement de
la lecture sera lié dans la plus large mesure possible à celui du
langage. Supposons que la leçon de langage ait porté sur "la pomme".
La phrase "je pèle la pomme" va nous permettre de procéder à l'étude
de son "p".
La leçon se
déroule en trois temps :
1. - Fixation au
tableau, sous la forme écrite, prise de possession globale de cette
forme écrite par une répétition du déchiffrage suffisante.
2. - Effort
d'analyse : les efforts procèdent successivement à l'isolement des
mots-clés, à l'isolement des syllabes, à l'isolement du son :
Je pèle la pomme
Pèle pomme
Pé po
P p
3. - Effort de
synthèse : retour à la syllabe (pa, pe, pi, po, pé, pê) ; retour au
mot, reprise des mots-clés et en trouver d'autres dans les leçons de
langage précédentes. Faire composer les petites phrases oralement ou
à l'aide de petits cartons, par groupement de mots-clés, des mots
découverts et des mots déjà connus.
Ainsi, la leçon
de lecture part du langage parlé et y revient, assurant
simultanément déchiffrage et compréhension. C'est la méthode la plus
utilisée à la fin des années 1950 et dans les années 1960. Elle a
donné de bons résultats avec le fameux livre Ali va à l'école, conçu
par le pédagogue émérite Aït-Ouyahia.
La leçon de
lecture perd tout caractère abstrait et mécanique. Tout en assurant
la connaissance des signes graphiques et leur correspondance avec
les signes phoniques, elle part de la pensée verbalement exprimée et
y revient, prenant ainsi son véritable caractère fonctionnel. Partir
de la vie des enfants, leur apprendre à parler, à fixer leur pensée
par l'écriture, à remonter des signes à la pensée par la lecture,
tel est le but. C'est pourquoi il y a intérêt à lier l'enseignement
de la lecture et de l'écriture à celui du langage.
Alors méthode
globale, méthode syllabique, méthode mixte ? La solution se trouve
dans une méthode vivante et active, c'est-à-dire une méthode qui
réclame constamment la participation de l'enfant, sa présence
effective à la leçon, une leçon qu'il recrée avec l'aide du maître.
Une méthode vivante et active sera aussi méthode concrète, appuyée
sur l'observation et l'action. Des enquêtes ont montré que, pour des
enfants de six ans normalement doués, les résultats étaient
identiques, quel qu'ait été le procédé employé et c'est du maître,
de sa connaissance de l'enfant, de ses dons de vie et de suggestion
que dépend la réussite. Chaque maître adoptera donc la méthode qui
correspondra le mieux à sa propre nature, et l'inspecteur primaire
n'interviendra que si la méthode choisie par l'enseignant est
maladroitement appliquée.
Procédé utilisé
par notre système éducatif
"C'est
l'enseignement de la lecture et lui seul qui conditionne le succès
de toutes les autres disciplines."
La réforme de
l'école a mis en circulation de nouveaux manuels de lecture en arabe
et en français. Etudions de près leur contenu.
Durant les six
jours d'école par semaine, l'élève a droit à deux séances de lecture
par jour de trente minutes chacune, soit six heures environ de
lecture par semaine. C'est insuffisant.
La leçon commence
par le commentaire de la gravure du livre. On décrit la scène, les
personnages. On résume l'événement qui constitue le point de départ
de la leçon. Du texte, l'enseignant tire des phrases, puis les
mots-clés de ces phrases. C'est la méthode globale pour les 44
premières leçons de lecture, soit pour une durée d'un trimestre. A
la 45e, le maître emploi le même procédé mais finit par
tirer les mots d'où il extrait la lettre qu'il associe aux voyelles
(harakat el-chakl). Il retrouve la méthode mixte décrite plus haut.
Des thèmes importants ont été omis, comme la vie à la ferme, les
animaux de basse-cour, la cueillette des olives ou des dattes, la
vie dans une oasis, les moissons, le port, la pêche, les vacances au
bord de la mer. Ils permettront d'enrichir le vocabulaire et feront
amplement connaître ce qui se fait dans les autres coins du pays.
Cela intéressera sûrement nos écoliers et plus encore ceux qui
habitent ces régions.
Pour la langue
française (elle est enseignée à partir de la 2e année),
il y a trois séances d'une heure chacune par semaine, soit trois
heures au total. C'est très suffisant.
Le livre de
lecture Le monde de Didine comporte deux tomes. Chaque leçon débute
par le commentaire de l'image. On résume, on dégage des phrases et
des mots, puis on fait découvrir les sons qu'on combine avec les
voyelles. Le nouveau procédé par opposition, employé ici, fait
ressortir deux lettres par leçon : t et d, l et r, m et n… qu'on
associe ensuite aux voyelles i, a, o. La mémorisation n'est pas
facile à réaliser. Le procédé est plus global que mixte.
Les éducateurs
chargés de ces cours ont des difficultés pour mener à bien leur
travail par manque de programmes, d'instructions et de directives
pédagogiques. Ils ont besoin d'être regroupés souvent avec leurs
responsables pour discuter des contenus et de la progression à
suivre.
Les classes
préparatoires sont les cours les plus difficiles du premier cycle et
il est conseillé aux chefs d'établissement de ne pas les attribuer
aux maîtres débutants qui voudraient garder leurs élèves tout le
long du parcours primaire (de la 1re à la 6e année).
Suivre ses élèves est un procédé à bannir même pour les autres
enseignants.
Les manuels
d'arabe et de français sont identiques pour tout le pays. Nous
souhaitons leur diversification dans l'intérêt des enfants et aussi
pour que l'éducateur puisse choisir sa méthode et ses textes. Il
faut rappeler que tous les élèves ne relèvent pas de la même
pédagogie. Il est absurde de les mesurer tous à la même aune.
Vouloir les faire
progresser en les coulant tous dans le même moule alors qu'ils n'ont
pas les mêmes aptitudes, la même forme et le même rythme
d'acquisition des connaissances serait nuisible. Une différenciation
pédagogique est indispensable si l'on veut respecter le principe de
l'égalité des chances qui n'est pas de donner à tous la même chose,
mais de donner à chacun selon ses besoins.
Les rythmes
scolaires
"Savoir livre
vraiment, sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c'est la
clé de tout, c'est la clé de voûte de l'enseignement primaire."
Maintenant que la
plupart des établissements primaires possèdent une seule vacation,
pourquoi ne pas aller ver les six heures journellement (deux fois
trois heures) et bénéficier de deux jours de repos hebdomadaires ?
Samedi classe, dimanche classe, lundi repos, mardi classe, mercredi
classe, jeudi classe, vendredi repos, par exemple.
Durant trois
heures de cours coupées par une récréation, l'enseignant pourra
pratiquer deux séances de lecture le matin, deux autres
l'après-midi. Il disposera de plus de temps pour les autres
matières, surtout quand le nombre d'élèves dépasse les trente.
Sous d'autres
cieux, on expérimente la semaine de quatre jours tout en
raccourcissant la durée des vacances d'hiver, de printemps et d'été.
Les initiateurs en sont satisfaits. L'élève, durant les autres
jours, pratique son sport favori, participe à des activités
culturelles, fait ses devoirs, révise ses leçons… Les enfants sont
moins nerveux, moins fatigués, progressent mieux qu'avec l'ancien
emploi du temps, constatent leurs parents et leurs encadreurs.
Notre longue
semaine de six jours de classe, mise en place depuis les années
1980, fait des mécontents. En effet, directeurs et enseignants se
plaignent de ce rythme imposé, stressant et incommodant. Ils
espèrent sa modification. En donnant une autre vacance d'un jour,
notre élève pourra participer à des rencontres sportives entre
établissements ou s'impliquer dans une chorale, faire du théâtre ou
participer à des visites guidées (musées, sites archéologiques…), à
un reboisement ou apprendre à jouer d'un instrument de musique,
fréquenter une bibliothèque…
Notre monde
scolaire est une vaste pépinière de jeunes talents en hibernation.
Il est temps de les réveiller !
Abdelhamid
Benzerari
(Directeur
d'école en retraite)
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E-mail :contact@lesdebats.com |