Semaine du 11 au 17 janvier 2006

 

L'apprentissage de la lecture au cours préparatoire

Les méthodes employées

 

 
 
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L'apprentissage de la lecture au cours préparatoire

Les méthodes employées

"Sans la lecture, l'enfant ne sait pas sa langue et il n'y a pour lui ni savoir ni culture possibles."

Utilisera-t-on au début la méthode syllabique, la méthode globale ou la méthode mixte ? Disons-le : notre œuvre scolaire a échoué si elle n'a pas fait passer la lecture dans le domaine de l'automatisme, puis si elle n'a pas, par le contact des œuvres belles, émouvantes et vivantes, développé chez l'enfant le goût et le besoin de la lecture, lui fournissant ainsi, quand il sera homme, le moyen de travailler à sa culture personnelle. L'effort pour retenir est soutenu par le plaisir de lire. Dès la première leçon, l'élève découvre que lire, c'est comprendre un message, qu'écrire, c'est exprimer une pensée.

Lire, pour un adulte cultivé, c'est prendre connaissance de la pensée d'autrui par l'intermédiaire de la lecture. L'enfant ne peut rien apprendre s'il ne sait pas lire, il n'apprend rien volontiers s'il ne sait lire aisément. Il doit donc, pendant l'apprentissage de la lecture, faire la conquête d'un symbolisme complexe à deux degrés : des signes aux sens, des sens aux idées, tout l'effort de l'entraînement visant à permettre le passage aussi rapide que possible des signes aux idées. L'intelligence de l'enfant sera d'abord orientée vers le montage des mécanismes de la lecture par une mobilisation de son attention et ensuite vers l'automatisation de ce mécanisme par l'habitude de lire.

Dans son livre Propos sur l'éducation, Alain précise que "savoir lire, ce n'est pas seulement connaître les lettres et faire sonner les assemblages de lettres. C'est aller vite, c'est explorer d'un coup d'œil la phrase entière, c'est reconnaître les mots à leur gréement, comme le matelot reconnaît les navires".

L'effort pour retenir est soutenu par le plaisir de lire. Dès la première leçon, l'élève découvre que lire, c'est comprendre un message. Il faut donc lui donner le plus vite possible l'habitude de lire sans effort, et l'on ne peut pas la lui donner sans multiplier les exercices.

Lire est un fait social, un fait psychologique, un fait physiologique. C'est aussi en même temps un savoir en soi et un savoir instrumental. On ne répètera jamais assez que savoir lire se prépare à l'école maternelle et s'élabore au cours préparatoire.

La démocratisation des classes enfantines dans notre pays, de façon que chaque groupe scolaire ait sa classe maternelle, tarde à venir. Leur création est une nécessité dans ce monde qui évolue à grands pas, où le savoir est assimilé par une génération de plus en plus jeune grâce à l'avancée des sciences psycho-pédagogiques, à la modernité des méthodes, du matériel pédagogique, de l'audiovisuel et l'introduction de l'outil informatique.

L'enseignement essentiel, au cours préparatoire, est la lecture. Le cours préparatoire est avant tout un cours de lecture. Cette prédominance de la lecture se traduit dans l'emploi du temps qui comporte dix heures de lecture par semaine, soit deux heures par jour, soit encore quatre leçons d'un demi-heure par jour. Respecter cet emploi du temps c'est recourir à des répétitions fréquentes pour assurer la fixation des connaissances acquises, ensuite fixer l'attention de l'enfant et s'intéresser à une activité au-delà d'un laps de temps de courte durée (aptitude limitée de l'enfant). Pour cela utilise-t-on la méthode d'épellation ou méthode syllabique, la méthode décrolyenne ou méthode globale ; puis vient la méthode intermédiaire, la méthode semi-globale qu'on appelle aussi méthode mixte. La meilleure sera celle qui donnera les résultats les plus rapides et les plus solides…

Toutefois, les procédés qui nous paraissent devoir l'emporter sont ceux qui amènent l'enfant à s'intéresser à cette tâche ingrate qui consiste à associer des sens et des formes sans rapport apparent. L'essentiel est que l'enfant prenne plaisir à cet apprentissage difficile en faisant appel constamment à l'effort et en l'associant au maître dans la recherche de la vérité par l'action, l'intuition et l'induction.

Qu'est-ce que la méthode globale ?

"Lire, ce n'est pas traduire par la parole des signes ou des combinaisons de signes ; c'est cueillir les pensées d'autrui pour les ajouter à son propre fonds, à son trésor de pensées." (Mme Kergomard)

On l'appelle aussi méthode idéo-visuelle ou analytique. Elle a été élaborée dans sa forme moderne par le docteur belge Decroly, et elle est une des formes de son système d'éducation. Elle a pour principes :

L'intérêt  des enfants, considéré comme origine et condition fondamentale du besoin et de la volonté d'apprendre à lire. L'on peut partir d'un ensemble qui offre un sens : un texte, une phrase. De la connaissance de phrases qui servent de point de départ aux leçons, l'esprit arrive à la distinction des mots, puis par rapprochement et comparaison, il découvre les syllabes dans les mots et les lettres dans les syllabes. Parti de l'ensemble, l'apprenant va progressivement à l'élément graphique simple qui est isolé : il procède par analyse.

La compréhension intelligente : d'emblée l'enfant est amené à découvrir que la lecture est un mode d'expression nouveau pour lui, mais identique dans son essence au langage. Il retrouve le texte qu'il a élaboré dans les phrases copiées par le maître au tableau ou sur des étiquettes. Sa mémoire est mise à contribution sans cesse tout en s'efforçant de deviner le sens de ce qui lui est présenté. Il veut, par lui-même, comprendre ce que disent les phrases qu'on lui écrit. Ainsi, l'apprentissage de la lecture est justifié aux yeux de l'enfant ; la lecture lui apparaît dans sa nature véritable comme un instrument d'expression et de compréhension, un acte d'intelligence.

Pourquoi appelle-t-on cette méthode "globale" ? Parce qu'elle présente l'ensemble avant les détails, le tout avant les parties, les phrases et les mots avant les syllabes et les lettres.

Les disciples du docteur Decroly établissent leurs premiers textes d'après le centre d'intérêt en cours d'étude. Ils associent étroitement la lecture aux exercices d'observation ; d'autres s'inspirent d'un conte, d'une suite de chansons, de courts poèmes, d'une histoire de jouets ou d'animaux. Les plus hardis donnent aux enfants la joie de la création et de l'expression : ils rédigent avec eux la phrase qui exprime le fait dominant de la journée : un incident, une surprise, une émotion. La majorité de ceux qui pratiquent la méthode globale sont des éducateurs de choix. Ils doivent tirer le meilleur parti possible de ce qui leur est donné, improviser perpétuellement et s'adapter, être toujours disponible, toujours en éveil, et aller à une vision claire des buts à atteindre, avec la plus grande souplesse et la plus grande ingéniosité quant aux moyens d'y parvenir. Ils ne ménagent ni leur temps ni leur peine et joignent souvent à l'enthousiasme pour cette méthode une connaissance approfondie de leur métier et de la psychologie enfantine.

La méthode globale se renouvelle et se métamorphose chaque année en fonction de l'intérêt des enfants. On ne doit pas l'imposer à tous ceux qui enseignent à la section préparatoire, surtout pas aux enseignants débutants. Mal employée, elle risque de conduire à des désastres, à de lamentables échecs ; bien employée, elle conduit à un épanouissement des enfants, du maître, de la classe.

La méthode globale est ainsi une invention permanente, une création continue dans un milieu où maîtres et élèves sont étroitement associés et qu'ils transforment par leur action réciproque.

La méthode syllabique

"La lecture doit être un exercice intelligent et non un pur mécanisme."

La méthode syllabique, qu'on appelle parfois synthétique parce qu'elle part des lettres et des syllabes pour aboutir aux mots, est fort ancienne. Ma génération et celle d'après ont appris à lire avec.

A partir des lettres considérées comme les matériaux de base du langage, on étudie successivement les séries de syllabes constituées par l'assemblage des voyelles avec les différentes consonnes, puis on apprend ensuite les syllabes complexes, et ce qu'on appelait naguère les diphtongues. Ainsi s'édifie une construction qui satisfait pleinement la logique abstraite de l'adulte, selon une progression rigoureuse allant apparemment du simple au complexe. S'appuyant d'abord sur la mémoire pour l'enregistrement des mécanismes, la méthode syllabique atteint en dernier lieu l'exercice de l'intelligence par la lecture véritable. Mais il a fallu pour cela de longues semaines où l'enfant a répété des syllabes et des mots qu'il ne comprenait pas toujours.

Pour tromper l'ennui de l'enfant, on s'efforce de l'amuser, d'agrémenter la leçon d'attraits extérieurs, de lier la lettre étudiée à tel geste, à tel dessin… Des générations d'écoliers ont appris à lire de cette manière.

La méthode mixte

"L'enseignement de la lecture sera lié dans la plus large mesure possible à celui du langage."

Entre la méthode syllabique et la méthode globale, il est possible de rechercher une voie moyenne. C'est la méthode semi-globale. Elle est à point de départ globale ; elle va de la lecture de la phrase acquise après la leçon de langage au mot, donc de la réalité vivante à l'analyse des éléments.

L'enseignement de la lecture sera lié dans la plus large mesure possible à celui du langage. Supposons que la leçon de langage ait porté sur "la pomme". La phrase "je pèle la pomme" va nous permettre de procéder à l'étude de son "p".

La leçon se déroule en trois temps :

1. - Fixation au tableau, sous la forme écrite, prise de possession globale de cette forme écrite par une répétition du déchiffrage suffisante.

2. - Effort d'analyse : les efforts procèdent successivement à l'isolement des mots-clés, à l'isolement des syllabes, à l'isolement du son :

Je pèle la pomme

Pèle     pomme

Pé        po

P          p

3. - Effort de synthèse : retour à la syllabe (pa, pe, pi, po, pé, pê) ; retour au mot, reprise des mots-clés et en trouver d'autres dans les leçons de langage précédentes. Faire composer les petites phrases oralement ou à l'aide de petits cartons, par groupement de mots-clés, des mots découverts et des mots déjà connus.

Ainsi, la leçon de lecture part du langage parlé et y revient, assurant simultanément déchiffrage et compréhension. C'est la méthode la plus utilisée à la fin des années 1950 et dans les années 1960. Elle a donné de bons résultats avec le fameux livre Ali va à l'école, conçu par le pédagogue émérite Aït-Ouyahia.

La leçon de lecture perd tout caractère abstrait et mécanique. Tout en assurant la connaissance des signes graphiques et leur correspondance avec les signes phoniques, elle part de la pensée verbalement exprimée et y revient, prenant ainsi son véritable caractère fonctionnel. Partir de la vie des enfants, leur apprendre à parler, à fixer leur pensée par l'écriture, à remonter des signes à la pensée par la lecture, tel est le but. C'est pourquoi il y a intérêt à lier l'enseignement de la lecture et de l'écriture à celui du langage.

Alors méthode globale, méthode syllabique, méthode mixte ? La solution se trouve dans une méthode vivante et active, c'est-à-dire une méthode qui réclame constamment la participation de l'enfant, sa présence effective à la leçon, une leçon qu'il recrée avec l'aide du maître. Une méthode vivante et active sera aussi méthode concrète, appuyée  sur l'observation et l'action. Des enquêtes ont montré que, pour des enfants de six ans normalement doués, les résultats étaient identiques, quel qu'ait été le procédé employé et c'est du maître, de sa connaissance de l'enfant, de ses dons de vie et de suggestion que dépend la réussite. Chaque maître adoptera donc la méthode qui correspondra le mieux à sa propre nature, et l'inspecteur primaire n'interviendra que si la méthode choisie par l'enseignant est maladroitement appliquée.

Procédé utilisé par notre système éducatif

"C'est l'enseignement de la lecture et lui seul qui conditionne le succès de toutes les autres disciplines."

La réforme de l'école a mis en circulation de nouveaux manuels de lecture en arabe et en français. Etudions de près leur contenu.

Durant les six jours d'école par semaine, l'élève a droit à deux séances de lecture par jour de trente minutes chacune, soit six heures environ de lecture par semaine. C'est insuffisant.

La leçon commence par le commentaire de la gravure du livre. On décrit la scène, les personnages. On résume l'événement qui constitue le point de départ de la leçon. Du texte, l'enseignant tire des phrases, puis les mots-clés de ces phrases. C'est la méthode globale pour les 44 premières leçons de lecture, soit pour une durée d'un trimestre. A la 45e, le maître emploi le même procédé mais finit par tirer les mots d'où il extrait la lettre qu'il associe aux voyelles (harakat el-chakl). Il retrouve la méthode mixte décrite plus haut. Des thèmes importants ont été omis, comme la vie à la ferme, les animaux de basse-cour, la cueillette des olives ou des dattes, la vie dans une oasis, les moissons, le port, la pêche, les vacances au bord de la mer. Ils permettront d'enrichir le vocabulaire et feront amplement connaître ce qui se fait dans les autres coins du pays. Cela intéressera sûrement nos écoliers et plus encore ceux qui habitent ces régions.

Pour la langue française (elle est enseignée à partir de la 2e année), il y a trois séances d'une heure chacune par semaine, soit trois heures au total. C'est très suffisant.

Le livre de lecture Le monde de Didine comporte deux tomes. Chaque leçon débute par le commentaire de l'image. On résume, on dégage des phrases et des mots, puis on fait découvrir les sons qu'on combine avec les voyelles. Le nouveau procédé par opposition, employé ici, fait ressortir deux lettres par leçon : t et d, l et r, m et n… qu'on associe ensuite aux voyelles i, a, o. La mémorisation n'est pas facile à réaliser. Le procédé est plus global que mixte.

Les éducateurs chargés de ces cours ont des difficultés pour mener à bien leur travail par manque de programmes, d'instructions et de directives pédagogiques. Ils ont besoin d'être regroupés souvent avec leurs responsables pour discuter des contenus et de la progression à suivre.

Les classes préparatoires sont les cours les plus difficiles du premier cycle et il est conseillé aux chefs d'établissement de ne pas les attribuer aux maîtres débutants qui voudraient garder leurs élèves tout le long du parcours primaire (de la 1re à la 6e année). Suivre ses élèves est un procédé à bannir même pour les autres enseignants.

Les manuels d'arabe et de français sont identiques pour tout le pays. Nous souhaitons leur diversification dans l'intérêt des enfants et aussi pour que l'éducateur puisse choisir sa méthode et ses textes. Il faut rappeler que tous les élèves ne relèvent pas de la même pédagogie. Il est absurde de les mesurer tous à la même aune.

Vouloir les faire progresser en les coulant tous dans le même moule alors qu'ils n'ont pas les mêmes aptitudes, la même forme et le même rythme d'acquisition des connaissances serait nuisible. Une différenciation pédagogique est indispensable si l'on veut respecter le principe de l'égalité des chances qui n'est pas de donner à tous la même chose, mais de donner à chacun selon ses besoins.

Les rythmes scolaires

"Savoir livre vraiment, sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c'est la clé de tout, c'est la clé de voûte de l'enseignement primaire."

Maintenant que la plupart des établissements primaires possèdent une seule vacation, pourquoi ne pas aller ver les six heures journellement (deux fois trois heures) et bénéficier de deux jours de repos hebdomadaires ? Samedi classe, dimanche classe, lundi repos, mardi classe, mercredi classe, jeudi classe, vendredi repos, par exemple.

Durant trois heures de cours coupées par une récréation, l'enseignant pourra pratiquer deux séances de lecture le matin, deux autres l'après-midi. Il disposera de plus de temps pour les autres matières, surtout quand le nombre d'élèves dépasse les trente.

Sous d'autres cieux, on expérimente la semaine de quatre jours tout en raccourcissant la durée des vacances d'hiver, de printemps et d'été. Les initiateurs en sont satisfaits. L'élève, durant les autres jours, pratique son sport favori, participe à des activités culturelles, fait ses devoirs, révise ses leçons… Les enfants sont moins nerveux, moins fatigués, progressent mieux qu'avec l'ancien emploi du temps, constatent leurs parents et leurs encadreurs.

Notre longue semaine de six jours de classe, mise en place depuis les années 1980, fait des mécontents. En effet, directeurs et enseignants se plaignent de ce rythme imposé, stressant et incommodant. Ils espèrent sa modification. En donnant une autre vacance d'un jour, notre élève pourra participer à des rencontres sportives entre établissements ou s'impliquer dans une chorale, faire du théâtre ou participer à des visites guidées (musées, sites archéologiques…), à un reboisement ou apprendre à jouer d'un instrument de musique, fréquenter une bibliothèque…

Notre monde scolaire est une vaste pépinière de jeunes talents en hibernation. Il est temps de les réveiller !

Abdelhamid Benzerari

(Directeur d'école en retraite)

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