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Francophonie
L'Algérie n'a pas fait son "coming
out"
A-t-elle adhéré, n'a-t-elle pas adhéré ? La question s'est posée dès
lors que notre confrère Liberté a publié, dans son édition du 2
octobre, une information sur le changement de statut de l'Algérie au
sein de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF).
Reprise un peu partout dans le monde, l'information est présentée
comme celle du quotidien algérien. Le journal a abordé le changement
de statut de l'Algérie, qui a donc décidé d'adhérer à l'OIF. Pour la
presse internationale, Abdelaziz Bouteflika a expliqué sa position à
Jacques Chirac et fait comprendre que la francophonie n'est devenue
une alternative pour l'Algérie qu'une fois sortie de son ambition
purement linguistique. Pourtant, cette adhésion ressemble à
l'Arlésienne et n'a laissé aucune trace nulle part, même pas dans la
déclaration finale du XIe Sommet de la francophonie tenu
à Bucarest, en Roumanie.
Le
message adressé par Abdelaziz Bouteflika au Sommet souligne que
c'est la troisième fois que le Président algérien est convié à cette
importante rencontre (même s'il s'est fait représenter par le
ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bédjaoui cette fois-ci).
Il s'agit, pour l'Algérie, d'"un
témoignage d'amitié envers la Roumanie, un pays proche de longue
date, qui a ouvert ses institutions de formation aux étudiants de ma
génération venus faire connaître la cause algérienne et se préparer
pour relever les défis de l'avenir".
Le
président Bouteflika, à propos de la présence de l'Algérie, a
déclaré : "Je
me réjouis de ce que la présence de l'Algérie ici corresponde aussi
à un intérêt soutenu de mon ami, le président Jacques Chirac, qui
situe fort bien la langue française en Algérie comme un élément
d'une mémoire partagée entre nos deux peuples qui intègre tant de
données distinctives auxquelles l'histoire donne une densité et unes
portée toutes particulières."
Le
président algérien note, aussi, les mutations profondes qui marquent
cette organisation qui, dit-il,
"désormais s'impose graduellement comme un
forum de rassemblement et de solidarité et va au-delà de l'espace
culturel qui en est le creuset originel, forum dans lequel les
thèmes de l'actualité internationale et les questions pressantes de
la paix, de la sécurité, du développement humain et durable sont
débattues".
Point d'adhésion honteuse, comme le supposeraient certains esprits
malades, et l'Algérie demeure le second pays francophone dans le
monde par sa population dans le même message.
S'il
fallait un autre élément probant que l'Algérie n'a toujours pas
adhéré (et si l’on ne veut absolument se perdre dans les méandres
des non-dits), il est à relever dans un communiqué du Conseil
représentatif des institutions juives de France (CRIF), publié une
semaine après le sommet de Bucarest. Cette organisation regrette
qu'Israël soit toujours tenu à l'écart de l'OIF, tout en faisant la
liste des nouveaux adhérents que sont l'Albanie, Andorre,
l'ex-République yougoslave de Macédoine et la Grèce, moins
francophone qu'Israël et certainement bien moins que l'Algérie. Par
ailleurs, Chypre, le Ghana, le Mozambique, la Serbie et l'Ukraine
ont été admis en tant qu'observateurs et membres associés, alors
qu'à l'occasion de ce XIe Sommet, le Soudan a présenté sa
demande d'adhésion, qui n’a pas été acceptée(1).
Finalement, l'Algérie est-elle en train de perdre un temps précieux
pour agir dans un tel contexte alors que l'OIF devient une
organisation avec des fondements géopolitiques certains ? Elle rate
en tout cas une bonne occasion de présenter ses idées et de donner
son avis alors que d'autres se pressent de rejoindre une
organisation dont les sommets sont aussi suivis que l'AG de l'ONU ou
le sommet de la Ligue arabe.
L'Algérie
se fait-elle désirer ?
En
fait, depuis 2002, l'adhésion de l'Algérie à l'OIF est attendue et
espérée par les membres de cette institution tant son absence parmi
les 68 Etats membres avant le dernier sommet (membres à part
entière, observateurs et membres associés) ressemble à une
aberration.
Si
on a hésité longtemps en Algérie, présentant ce regroupement comme à
forts relents néocolonialistes, depuis 2002 l'hésitation est
demeurée au plan de l'adhésion formelle mais elle a certainement
fait son chemin au niveau de l'idée. La présence d’Abdelaziz
Bouteflika au sommet de Beyrouth avait été annoncée comme le premier
pas vers l'adhésion, même si le président algérien répondait à
l'invitation de son homologue libanais Emile Lahoud. Depuis, trois
sommets durant, l'Algérie jouit de ce statut particulier d'invité
d'honneur spécial.
Bien
entendu, la question fondamentale est de savoir ce que l'Algérie
gagnerait à rejoindre ce regroupement international. Il est
difficile d'y répondre, mais il est évident que si elle n'avait rien
à perdre, elle ne tiendrait pas à son statut particulier puisque
malgré le froid qui a marqué les relations entre l'Algérie et la
France (le traité d'amitié toujours pas signé, les péripéties de la
loi du 23 février sur les bienfaits de la colonisation…) elle n'a
pas adopté la politique de la chaise vide et le message du président
Bouteflika est plein d'égards et d'amitié à l'adresse du président
Jacques Chirac.
Par
ailleurs, la lutte idéologique qui sous-tendait le rejet
systématique de l'adhésion à la francophonie n'a plus cours en
Algérie. La question sur la place de la langue française ne se pose
plus dès lors que l'on a résolu le problème de l'identité et que le
français n'est plus en compétition avec la langue arabe en Algérie(2).
Ce qui est attendu, le message de Bouteflika le dit bien, c'est
cette évolution de l'Organisation qui ne se construit plus autour de
la seule appartenance culturelle mais en s'impliquant dans des
questions d'ordre stratégique et prospectif. Il semble que le sommet
de Bucarest a bien marqué ce changement. A quand l'adhésion donc ?
Le prochain sommet est prévu au Canada, à Québec, en 2008.
Amine Esseghir
L'Algérie plus présente que jamais
En
marge du sommet de l'OIF à Bucarest, le Prix des cinq continents de
la francophonie a été remis à Ananda Devi, de l'île Maurice,
lauréate 2006 pour son roman, Ève de ses décombres (éditions
Gallimard), alors que la mention spéciale du jury a été attribuée à
Pierre Yergeau (Canada, Québec) pour son roman La Cité des vents
(éditions L'Instant même).
Il
faut savoir que parmi le jury du prix, présidé par l'écrivain
congolais Henri Lopes, on trouve aux côtés de Paula Jacques (France-Egypte),
de Vénus Khoury-Ghata (Liban), de Jean-Marie Gustave Le Clézio
(Maurice), de René de Obaldia (Hong Kong), l'Algérienne Leïla
Sebbar.
1 -
La demande d’adhésion du Soudan à l'OIF a suscité un grand débat et
si elle a été rejetée, cela est du aux violations des droits de
l'homme constatées dans ce pays. La Déclaration de Bucarest
souligne, dans un paragraphe, une dénonciation claire des violations
des droits humains et une attention particulière pour ce qui se
passe au Darfour.
Pour
ce qui est de l'adhésion à l'OIF, l'Etat ou le gouvernement qui
souhaite faire partie de la francophonie institutionnelle doit faire
une demande officielle.
Le
Sommet de la francophonie, qui se tient tous les deux ans, délibère
à huis clos sur la base des recommandations de la conférence
ministérielle, décide d'accueillir ou non le nouveau requérant. La
décision doit être prise à l'unanimité. Il n'est pas obligatoire que
le français soit la langue officielle du pays requérant, c'est la
place qu'occupe la langue française dans le pays candidat qui est un
critère déterminant d'admissibilité, en plus d'autres critères
politiques.
2-
Dans une réflexion sur la place de la langue française en Algérie,
le spécialiste français de l'islam et du Monde arabe Gilbert
Grandguillaume écrit : "Car
c'est une promotion des deux langues qui est nécessaire, dans une
coopération pédagogique qui aide l'arabe à se moderniser et le
français à être approprié. C'est seulement à cette condition que la
perspective de diversité culturelle pourrait témoigner de sa
sincérité, alors qu'une victoire trop facile du français sur
l'arabe, à la faveur des déboires subis par la politique
d'arabisation, pourrait réserver des lendemains amers."
Un
colloque tenu à l'Institut du monde arabe, organisé par le ministère
des Affaires étrangères (qui vient de mettre en place, en
coopération avec l'Algérie, un important programme de formation de
professeurs de français), a semblé admettre cette perspective, mais
sa mise en œuvre ne pourra se faire que
"si la
francophonie n'est plus perçue comme un nouvel impérialisme
linguistique, mais comme un cadre qui veut réserver ses chances à
toutes les langues, à plus forte raison à une langue comme l'arabe
qui plonge ses racines dans une longue histoire culturelle, dans
laquelle l'Algérie reconnaît une part de son identité".
(In
Revue Hermes, Francophonie et mondialisation, Editions du CNRS,
n°40, Paris- octobre 2004, pp.75-79).
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