Semaine du 11 au 17 octobre 2006

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L'Algérie n'a pas fait son "coming out"

 

 
 
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L'Algérie n'a pas fait son "coming out"

A-t-elle adhéré, n'a-t-elle pas adhéré ? La question s'est posée dès lors que notre confrère Liberté a publié, dans son édition du 2 octobre, une information sur le changement de statut de l'Algérie au sein de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Reprise un peu partout dans le monde, l'information est présentée comme celle du quotidien algérien. Le journal a abordé le changement de statut de l'Algérie, qui a donc décidé d'adhérer à l'OIF. Pour la presse internationale, Abdelaziz Bouteflika a expliqué sa position à Jacques Chirac et fait comprendre que la francophonie n'est devenue une alternative pour l'Algérie qu'une fois sortie de son ambition purement linguistique. Pourtant, cette adhésion ressemble à l'Arlésienne et n'a laissé aucune trace nulle part, même pas dans la déclaration finale du XIe Sommet de la francophonie tenu à Bucarest, en Roumanie.

Le message adressé par Abdelaziz Bouteflika au Sommet souligne que c'est la troisième fois que le Président algérien est convié à cette importante rencontre (même s'il s'est fait représenter par le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bédjaoui cette fois-ci).   Il s'agit, pour l'Algérie, d'"un témoignage d'amitié envers la Roumanie, un pays proche de longue date, qui a ouvert ses institutions de formation aux étudiants de ma génération venus faire connaître la cause algérienne et se préparer pour relever les défis de l'avenir".

Le président Bouteflika, à propos de la présence de l'Algérie, a déclaré : "Je me réjouis de ce que la présence de l'Algérie ici corresponde aussi à un intérêt soutenu de mon ami, le président Jacques Chirac, qui situe fort bien la langue française en Algérie comme un élément d'une mémoire partagée entre nos deux peuples qui intègre tant de données distinctives auxquelles l'histoire donne une densité et unes portée toutes particulières."

Le président algérien note, aussi, les mutations profondes qui marquent cette organisation qui, dit-il, "désormais s'impose graduellement comme un forum de rassemblement et de solidarité et va au-delà de l'espace culturel qui en est le creuset originel, forum dans lequel les thèmes de l'actualité internationale et les questions pressantes de la paix, de la sécurité, du développement humain et durable sont débattues".

Point d'adhésion honteuse, comme le supposeraient certains esprits malades, et l'Algérie demeure le second pays francophone dans le monde par sa population dans le même message.

S'il fallait un autre élément probant que l'Algérie n'a toujours pas adhéré (et si l’on ne veut absolument se perdre dans les méandres des non-dits), il est à relever dans un communiqué du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), publié une semaine après le sommet de Bucarest. Cette organisation regrette qu'Israël soit toujours tenu à l'écart de l'OIF, tout en faisant la liste des nouveaux adhérents que sont l'Albanie, Andorre, l'ex-République yougoslave de Macédoine et la Grèce, moins francophone qu'Israël et certainement bien moins que l'Algérie. Par ailleurs, Chypre, le Ghana, le Mozambique, la Serbie et l'Ukraine ont été admis en tant qu'observateurs et membres associés, alors qu'à l'occasion de ce XIe Sommet, le Soudan a présenté sa demande d'adhésion, qui n’a pas été acceptée(1).

Finalement, l'Algérie est-elle en train de perdre un temps précieux pour agir dans un tel contexte alors que l'OIF devient une organisation avec des fondements géopolitiques certains ? Elle rate en tout cas une bonne occasion de présenter ses idées et de donner son avis alors que d'autres se pressent de rejoindre une organisation dont les sommets sont aussi suivis que l'AG de l'ONU ou le sommet de la Ligue arabe.

 L'Algérie se fait-elle désirer ?

 En fait, depuis 2002, l'adhésion de l'Algérie à l'OIF est attendue et espérée par les membres de cette institution tant son absence parmi les  68 Etats membres avant le dernier sommet (membres à part entière, observateurs et membres associés) ressemble à une aberration.

Si on a hésité longtemps en Algérie, présentant ce regroupement comme à forts relents néocolonialistes, depuis 2002 l'hésitation est demeurée au plan de l'adhésion formelle mais elle a certainement fait son chemin au niveau de l'idée. La présence d’Abdelaziz Bouteflika au sommet de Beyrouth avait été annoncée comme le premier pas vers l'adhésion, même si le président  algérien répondait à l'invitation de son homologue libanais Emile Lahoud. Depuis, trois sommets durant, l'Algérie jouit de ce statut particulier d'invité d'honneur spécial.

Bien entendu, la question fondamentale est de savoir ce que l'Algérie gagnerait à rejoindre ce regroupement international. Il est difficile d'y répondre, mais il est évident que si elle n'avait rien à perdre, elle ne tiendrait pas à son statut particulier puisque malgré le froid qui a marqué les relations entre l'Algérie et la France (le traité d'amitié toujours pas signé, les péripéties de la loi du 23 février sur les bienfaits de la colonisation…) elle n'a pas adopté la politique de la chaise vide et le message du président Bouteflika est plein d'égards et d'amitié à l'adresse du président Jacques Chirac.

Par ailleurs, la lutte idéologique qui sous-tendait le rejet systématique de l'adhésion à la francophonie n'a plus cours en Algérie. La question sur la place de la langue française ne se pose plus dès lors que l'on a résolu le problème de l'identité et que le français n'est plus en compétition avec la langue arabe en Algérie(2). Ce qui est attendu, le message de Bouteflika le dit bien, c'est cette évolution de l'Organisation qui ne se construit plus autour de la seule appartenance culturelle mais en s'impliquant dans des questions d'ordre stratégique et prospectif. Il semble que le sommet de Bucarest a bien marqué ce changement. A quand l'adhésion donc ? Le prochain sommet est prévu au Canada, à Québec, en 2008.

Amine Esseghir

 

L'Algérie plus présente que jamais

En marge du sommet de l'OIF à Bucarest, le Prix des cinq continents de la francophonie a été remis à Ananda Devi, de l'île Maurice, lauréate 2006 pour son roman, Ève de ses décombres (éditions Gallimard), alors que la mention spéciale du jury a été attribuée à Pierre Yergeau (Canada, Québec) pour son roman La Cité des vents (éditions L'Instant même).  

Il faut savoir que parmi le jury du prix, présidé par l'écrivain congolais Henri Lopes, on trouve aux côtés de  Paula Jacques (France-Egypte), de Vénus Khoury-Ghata (Liban), de Jean-Marie Gustave Le Clézio (Maurice), de  René de Obaldia (Hong Kong), l'Algérienne Leïla Sebbar.

 

1 - La demande d’adhésion du Soudan à l'OIF a suscité un grand débat et si elle a été rejetée, cela est du aux violations des droits de l'homme constatées dans ce pays. La Déclaration de Bucarest souligne, dans un paragraphe, une dénonciation claire des violations des droits humains et une attention particulière pour ce qui se passe au Darfour. 

Pour ce qui est de l'adhésion à l'OIF, l'Etat ou le gouvernement qui souhaite faire partie de la francophonie institutionnelle doit faire une demande officielle.

Le Sommet de la francophonie, qui se tient tous les deux ans, délibère à huis clos sur la base des recommandations de la conférence ministérielle, décide d'accueillir ou non le nouveau requérant. La décision doit être prise à l'unanimité. Il n'est pas obligatoire que le français soit la langue officielle du pays requérant, c'est la place qu'occupe la langue française dans le pays candidat qui est un critère déterminant d'admissibilité, en plus d'autres critères politiques.

2-  Dans une réflexion sur la place de la langue française en Algérie, le spécialiste français de l'islam et du Monde arabe Gilbert Grandguillaume écrit : "Car c'est une promotion des deux langues qui est nécessaire, dans une coopération pédagogique qui aide l'arabe à se moderniser et le français à être approprié. C'est seulement à cette condition que la perspective de diversité culturelle pourrait témoigner de sa sincérité, alors qu'une victoire trop facile du français sur l'arabe, à la faveur des déboires subis par la politique d'arabisation, pourrait réserver des lendemains amers."

Un colloque tenu à l'Institut du monde arabe, organisé par le ministère des Affaires étrangères (qui vient de mettre en place, en coopération avec l'Algérie, un important programme de formation de professeurs de français), a semblé admettre cette perspective, mais sa mise en œuvre ne pourra se faire que "si la francophonie n'est plus perçue comme un nouvel impérialisme linguistique, mais comme un cadre qui veut réserver ses chances à toutes les langues, à plus forte raison à une langue comme l'arabe qui plonge ses racines dans une longue histoire culturelle, dans laquelle l'Algérie reconnaît une part de son identité".

(In Revue Hermes, Francophonie et mondialisation, Editions du CNRS, n°40, Paris- octobre 2004, pp.75-79).

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