Semaine du 11 au 17 octobre 2006

L'éditorial : Par Nabil Benali

Combat à mort

 

 
 
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Combat à mort

Il est regrettable que la dernière sortie médiatique du secrétaire général du Rassemblement national démocratique n’ait pas suscité une analyse plus profonde que celle rencontrée dans l’actuel débat sur la révision constitutionnelle. Car Ahmed Ouyahia n’en finit pas de tourner autour du pot. Hier, il ne voyait aucune raison d’entrer dans le débat auquel le conviait avec insistance le FLN de A. Belkhadem à propos de l’amendement de la loi fondamentale. Il prenait pour argument que l’opportunité de son intervention ne serait indiquée que si une telle initiative émanait du chef de l’Etat. Poussé dans ses derniers retranchements, il finira par dire qu’il n’y voyait guère de pertinence, à moins de la possibilité d’un texte meilleur que la Constitution de 1996. Il avouera d’ailleurs sans ambages qu’il n’est nul besoin de passer par la voie référendaire s’il n’est justement question que de supprimer l’alinéa 2 de l’article 74 afin de permettre au chef de l’Etat de briguer un troisième mandat. De concession en concession, le RND a fini par soutenir une révision constitutionnelle dont il ne sait pas la teneur mais «à condition qu’elle émane du chef de l’Etat et non d’un parti politique qui n’a aucunement droit à ce genre d’initiatives».

Le RND s’oppose-t-il sans oser le dire ou tente-t-il de monnayer un soutien qui n’est un secret pour personne, mais qu’il souhaite juste ne pas voir profiter à son rival direct, le FLN ? Autant dire que la majorité de l’opinion se serait exprimée pour la première réponse si elle devait tenir compte aussi de la multiplication du soutien indéfectible du RND à quoi que décide ou entreprenne le président Bouteflika. 

Mais depuis qu’Ouyahia a déclaré préférer le régime semi-présidentiel, on est subitement en droit de penser tout à fait le contraire. On aurait aimé que l’ex-chef du gouvernement nous en dise plus sur son interprétation de ce type de systèmes politiques et qu’il décline cela en un modèle de fonctionnement des institutions, mais ce serait sans doute lui demander de se déjuger, lui qui pense que cela relève du seul pouvoir du chef de l’Etat.

L’on sait que le modèle par excellence du régime semi-présidentiel reste bien entendu la Constitution de 1958, fondatrice de la Ve République en France et qui semble inspirer de plus en plus d’Etats du tiers monde – qui lui apportent des variantes par toujours démocratiques. Somme toute, la littérature du droit constitutionnel définit le régime semi-présidentiel comme un système où les pouvoirs du Président sont fortement étendus, où celui-ci est secondé par un Premier ministre responsable devant le Parlement. Et si cela ne recèle pas les grandes lignes de la Constitution en vigueur en Algérie, cela y ressemble fortement, en dehors de l’intervention plus élargie au président algérien dans son rôle de législateur jusqu’à l’écrasement complet des deux Chambres du Parlement et le maintien de ce dernier par le cordon ombilical de la dissolution si d’aventure il parvenait à faire tomber le gouvernement qui n’est, autre différence, pas forcément issu de la majorité. En résumé, le régime semi-présidentiel algérien est tout juste caractérisé par un jeu institutionnel qui ne met aucun obstacle devant le chef de l’Etat, surtout pas l’obligation de la cohabitation.

Mais ces différences ne peuvent empêcher de considérer que l’Algérie est formellement sous le régime semi-présidentiel mais pratiquement dans l’ultra-présidentiel.

Aussi, si elle ne révèle pas le refus de toute déchirante révision, la préférence affichée par Ahmed Ouyahia dans ce contexte ressemble à un refus pur et simple d’un amendement qui n’aille dans le sens de la réduction des pouvoirs du chef de l’Etat. Et dans le meilleur des cas, ce que nous pensons être le véritable sous-entendu de la position du RND,  c’est qu’on ne change rien à rien.

Donc oui, Ouyahia tourne autour du pot et il reste étonnant que sa formation, qui trempe jusqu’au cou dans la concrétisation du programme du Président et dans la très vaseuse alliance présidentielle en soit à une position visiblement difficile à tenir. A cela il n’y a qu’une seule explication. Le RND, en se fondant dans la démarche de soutien inconditionnel au Président, n’a donc plus de programme. Il n’est pas dans sa nature, non plus, de basculer dans l’opposition vers où le FLN le pousse sans arrêt sous prétexte d’avoir perdu de l’influence au sein des institutions. Mais le RND n’est pas sans objet, lequel tient à son existence même : réduire au mieux la marge de manœuvre du FLN et surtout l’empêcher d’être la centrifugeuse qui polarise une éventuelle reconfiguration politique.

Jusque-là, le RND a réussi tant bien que mal à remplir sa vocation. En revanche, des guerres de positions sur des sujets comme l’amnistie générale ou la révision de la Constitution ne font que rendre difficile son opposition aux pressions constantes du FLN sur le chef de l’Etat. Autant dire qu’il n’a d’autre choix, donc, que de se radicaliser à mesure que se dénoue le fil des échéances que le FLN est si pressé d’engager. Le reste ne sera alors qu’une question de formes qui sont quelquefois bien difficiles à respecter.

N. B.

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