Semaine du 11 au 17 octobre 2006

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Irak : qui tue qui ?

 

 
 
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Irak : qui tue qui ?

Ce que les Américains avaient prêché pour justifier l’occupation de l’Irak avait eu  sur le fait même beaucoup de mal à passer,  faisant ainsi mentir l’adage selon lequel plus c’est gros mieux ça passe. Mais cela a fini tout de même par être admis, d’autant que ni les premiers concernés, à savoir les Irakiens, ni le reste du monde, n’étaient de force à s’opposer à la volonté des envahisseurs. Et puis, il n’était pas convenable que les pacifistes et les justes de la planète se mobilisent pour  défendre une infâme dictature. Ce n’était vraiment pas là une bonne cause. En tout cas pas une que même les petits enfants seraient susceptibles de comprendre et d’assumer. C’est qu’il n’est de véritable croisade que celle que mèneraient des enfants. Le malheur c’est que l’innocence a déserté le monde, ou plutôt sa marche, depuis pas mal de temps déjà. On  est sorti de l’ère du soupçon pour entrer dans celle de la culpabilité certaine, à chaque fois. Le jugement correspondant est d’autant plus facile à prononcer que le faiseur pousse le cynisme jusqu’à revêtir son acte de bonnes paroles. Comme c’est l’habitude des Américains, qui ne font décidément rien de répréhensible sans soutenir mordicus qu’on les calomnie, qu’ils ne pensent pas à mal, que ce qu’ils font là, c’est une bonne action, qu’on le reconnaîtra, et qu’on leur sera reconnaissant plus tard. Quand cela fera partie de l’ordre normal des choses, autrement dit.

Une façon de dire que ce temps n’est pas encore arrivé en Irak. Où il est impossible de se  reconnaître.

 Il y a bien des occupants, une armée et une police appartenant à l’Etat en formation, les forces supplétives diront certains, une multitude de groupes de résistants à l’occupation, peu soucieux de se distinguer les uns des autres, à peu près autant de milices qu’il y a de partis et d’obédiences religieuses, des mercenaires au nombre indéterminé mais sans doute peu négligeable, et tous de commettre des attentats et des tueries, sans rien revendiquer, sans se féliciter de rien, sauf quand l’acte de guerre est sans bavure, qu’il soit le fait des occupants ou de la résistance, et encore n’est-ce pas là la règle, mais plutôt l’exception. C’est dire quel chaos règne dans ce malheureux pays, qui n’a échappé à  une dictature féroce que pour se retrouver dans une situation où il est encore plus difficile pour ses habitants  d’assurer leur survie. Dans de pareilles conditions, chacun a le droit de vie ou de mort sur chacun et sur tous. Et chacun peut vraisemblablement proclamer son innocence, même si tout le désigne comme le coupable. Mieux : il est d’autant plus fondé à se dire innocent que toutes les apparences se sont liguées contre lui. Comme par hasard. De sorte que si quelqu’un veut avoir un bon alibi, son intérêt n’est pas d’effacer toute trace à même de le trahir, mais au contraire de signer le forfait avec un luxe d’indices tout ce qu’il y a de plus univoque.

Nous autres les Algériens en savons quelque chose. Nos islamistes, qui voulaient coûte que coûte le pouvoir et qui ne professaient que mépris pour la vie, sont passés maîtres dans cet art, qu’ils ont été d’ailleurs les premiers à pratiquer. Et avec quelle maestria ! A croire qu’ils n’avaient jamais fait que cela. Qu’ils étaient tombés dedans en naissant. Les grands massacres qu’ils ont commis, c’étaient des chefs-d’œuvre du genre : le doute plane encore sur l’identité du coupable. Nul doute que bien plus tard, il s’en trouvera encore des intellectuels pour soutenir que ces abominations n’ont pas pu être commis par ceux que l’on croit, que l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs, qu’il y a des indices troublants qui… et qu’il faut toujours se méfier de certaines évidences, qui ne sont peut-être pas le fait du hasard, et le reste du même acabit

Il y a pourtant une ou deux différences, non négligeable pour l’heure, entre les deux cas, algérien et irakien. D’une part, face au représentant de l’ordre, en l’occurrence l’armée américaine et toutes celles qui lui servent d’alibi, il n’y a pas qu’un seul groupe, mais plusieurs, d’obédiences diverses,  encore qu’ils ne tiennent pas beaucoup à se distinguer les uns des autres. D’autre part, il s’agit bien plus ici de créer le chaos pour lui-même que de terroriser la population tout en chargeant l’ennemi de ses propres crimes.

M. Habili

 

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