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Cinq ans après l'intervention alliée
L'Afghanistan
sur la voie de l'Irak ?
S'inspirant de
l'exemple des insurgés irakiens, les taliban adoptent à leur tour
attentats-suicide, guet-apens routiers et décapitations de
prisonniers, le tout filmé et diffusé sur Internet. Cinq ans après
le début de l'intervention conduite par les Etats-Unis en
Afghanistan, les experts militaires occidentaux ne semblent pas
disposer de beaucoup de plus de solutions qu'en Irak. "Nous nous
renforçons dans chaque province, dans chaque district, dans chaque
village", clame Qari Mohammed Yusuf Ahmadi, qui se présente comme
porte-parole des taliban pour le sud de l'Afghanistan. "Nous n'avons
pas d'hélicoptères ni d'avions de combat. Mais nous en faisons baver
à l'Amérique et à ses alliés avec des embuscades, des
attentats-suicide et des bombes le long des routes. Nos frères en
Irak utilisent les mêmes tactiques." Dans un rapport publié le 27
septembre dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU observe que "les
techniques utilisées par Al-Qaîda sont appliquées plus fréquemment
en Afghanistan où l'on a enregistré au moins 56 attentats-suicide à
la bombe entre le 1er janvier et le 27 juillet 2006
contre 21 pour toute l’année 2005 et seulement 10 entre septembre
2001 et décembre 2004". Près de 200 civils sont morts, cette année,
en Afghanistan, dans des attentats-suicide. En outre, "de nouveaux
engins explosifs sont maintenant utilisés en Afghanistan dans le
mois qui suit leur première apparition en Irak", remarque le rapport
du Comité 1267 sur les activités d'Al-Qaîda et des taliban.
Les ressemblances
ne s'arrêtent pas là. Alors que les taliban ont longtemps interdit
caméras et ordinateurs, ils ont finalement adopté les méthodes de
communication qui se sont révélées si efficaces, en terme de
terreur, en Irak. Ils filment désormais leurs attentats avant d'en
diffuser les images en ligne.
Autre utilisation
de la Toile : la formation en ligne aux diverses techniques
d'insurrection, de la meilleure façon de dissimuler un
lance-roquettes à la recette pour confectionner une bombe
télécommandée.
"Nous ne disons
pas qu'ils reçoivent un soutien direct d'Irak", nuance un
responsable militaire américain en Afghanistan. "Ils ont évolué en
adoptant leurs tactiques. Ils ont vu la valeur du kamikaze en Irak.
Pour eux, c'est une arme très efficace et bon marché".
D'après les
estimations de l'armée américaine, environ 6 000 taliban opèrent en
Afghanistan, la plupart depuis des bases situées au Pakistan voisin.
Qari Mohammed Yusuf Ahmadi affirme pour sa part que la milice
talibane compte des dizaines de milliers de membres. Quel que soit
leur nombre, les taliban donnent du fil à retordre aux alliés. Si
l'Afghanistan n'est pas encore aussi violent que l'Irak, les
difficultés sont semblables. Les tactiques américaines, tant
décriées en Irak où elles ont causé des pertes civiles, sont
également utilisées en Afghanistan, provoquant la colère de la
population. D'après les observateurs afghans, ces tactiques, en
alimentant le mécontentement, aident les taliban à recruter de
nouveaux rebelles.
L'armée américaine
et l'OTAN ont lancé de grandes offensives contre les taliban. "Dans
trois à six mois, vous en verrez les effets", a assuré le commandant
Luke Knitting, porte-parole de l'OTAN. "Mais il faudra au moins deux
à cinq ans pour voir l'insurrection mise en échec." Mais au vu de la
situation actuelle, les prévisions de ce commandant américain relève
plutôt du vœu pieu, les rangs des taliban que l’on disait décimés ne
cessant de se renforcer d’Afghans qui souhaitent voir partir au plus
vite la coalition occupante…
Haut
Londres aurait tenté d'infléchir la politique
américaine en Irak
Le gouvernement
britannique a tenté d'infléchir la politique américaine en Irak dès
le déclenchement de l'intervention militaire, en mars 2003, mais n'a
pu obtenir gain de cause, c’est ce qu’a affirmé un ancien ministre
de Tony Blair. David Blunkett, secrétaire au Home Office (ministre
de l'Intérieur) lors de l'invasion, a précisé dans plusieurs
journaux britanniques qu'il a été impossible de détourner le
vice-président américain Dick Cheney et le secrétaire à la Défense
Donald Rumsfeld de leur projet de démanteler totalement le régime
baassiste. La "débaassification" entreprise après la chute de Saddam
Hussein a défait les structures étatiques en Irak et alimenté en
partie les rangs de l'insurrection. "Nous avons démantelé la
structure d'un Etat qui fonctionnait", reconnaît Blunkett, qui
publie prochainement un nouveau tome de son journal intime. Le
gouvernement britannique, ajoute-t-il, prônait le renversement des
hauts responsables du régime de Saddam Hussein, mais pas de la base
de la Fonction publique. "Changez-les par tous les moyens,
décapitez-les même, mais remettez rapidement en marche les bras et
les jambes", dit-il pour résumer l'analyse que faisait alors
Londres.
Mais le
gouvernement travailliste s'est heurté à son impuissance. "La
question, c'était : comment diable pouvons-nous faire ? Et tout ce
que nous pouvions faire, en tant que nation de 60 millions
d'habitants au large de l'Europe continentale, c'était de chercher à
influencer la nation la plus puissante de la planète", poursuit-il.
"Nous avons cherché à les influencer, mais nous n'étions pas aux
responsabilités, c'est donc à tort qu'on pense que si le
gouvernement britannique s'était rendu compte de ce qu'il fallait
faire, la situation aurait été bien différente. Le gouvernement
s'était rendu compte du problème", affirme Blunkett. L'engagement
inébranlable de Blair dans la guerre contre le terrorisme déclenchée
par George Bush après les attentats du 11-Septembre a laminé sa cote
de popularité. Les révélations de Blunkett surviennent alors que la
violence en Irak atteint des proportions sans précédent, avec en
moyenne une centaine de morts par jour dans des attentats à la bombe
ou des agressions armées.
Haut
Iran
Les menaces de
sanctions reviennent au premier plan
Les six grandes
puissances, après une nouvelle réunion à Londres sur le dossier
nucléaire iranien, ont replacé au premier plan la menace de
sanctions contre Téhéran, dans le cadre de l'ONU, face à son refus
de répondre à leurs injonctions de suspendre l'enrichissement
d'uranium. Les diplomates des Six – Etats-Unis, Grande-Bretagne,
France, Allemagne, Russie et Chine – commenceront à travailler dès
cette semaine sur un projet de résolution du Conseil de sécurité de
l'ONU, a annoncé le numéro trois du département d'Etat américain,
Nicholas Burns. "La décision a été prise d'aller vers des sanctions.
La question est de savoir l'étendue de ces sanctions", a-t-il
précisé.
Le ministre
français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a évoqué
"des sanctions proportionnées et réversibles", soulignant que "la
porte du dialogue restera ouverte". Mais comment espère-t-on
promouvoir un dialogue lorsque l’on recourt aux sanctions ? Face à
la détermination de l'Iran, les Six en sont revenus, à l'issue de
cette septième réunion sur ce dossier, au point de vue déjà exprimé
en juillet à Paris lorsqu'ils avaient haussé le ton en brandissant
la menace de sanctions sur la base de l'article 41 du chapitre 7 de
la Charte des Nations unies. Cette clause prévoit des mesures
n'impliquant pas l'emploi de la force armée et peuvent comprendre
des sanctions économiques et diplomatiques. Ce groupe des Six avait
au préalable présenté, en juin, à Téhéran, une offre de coopération
technologique et commerciale subordonnée à la suspension de
l'enrichissement de l'uranium entreprise dans le cadre de son
programme énergétique nucléaire.
Cette activité
sensible peut avoir une finalité militaire et conduire à la bombe
atomique, prétendent les Occidentaux, alors que Téhéran assure la
limiter à un programme strictement civil. "Nous sommes profondément
déçus" après avoir entendu le diplomate en chef de l'Union
européenne Javier Solana nous dire que l'Iran "n'est pas prêt à
suspendre ses activités d'enrichissement nucléaire", a relevé de son
côté, au nom des Six, la ministre britannique des Affaires
étrangères Margaret Beckett. Les grandes puissances n'ont pu que
faire le constat qu'elles en étaient revenues à la case départ après
quatre mois d'initiatives et efforts diplomatiques infructueux,
faute de véritable dialogue
La dernière
réunion de Londres à laquelle la Chine n'était pas représentée au
niveau ministériel et qui a vu le ministre russe, pris par un autre
engagement, partir rapidement après l'arrivée tardive de Condoleezza
Rice, la secrétaire d'Etat américaine, a confirmé des positions
maintes fois exprimées. Comme l'attitude toujours plus compréhensive
de Moscou à l'encontre de Téhéran. Le chef de la diplomatie russe
Sergueï Lavrov a ainsi souligné qu'il n'y avait pas de projet
spécifique de résolution du Conseil de sécurité. "Rien n'a été mis
noir sur blanc et personne n'a parlé de vote au Conseil de sécurité
(...). Les Six ont confirmé que les propositions étaient toujours
sur la table des négociations et je pense que c'est là le principal
résultat de cette réunion", a-t-il dit.
Un haut
responsable du Département d'Etat et une source diplomatique
européenne ont cependant marqué leur satisfaction suite à cet accord
tacite, qu'ils ne jugaient pas acquis avant cette réunion de
Londres, pour un renvoi du dossier au Conseil de sécurité de l'Onu.
De nouvelles consultations au niveau ministériel envisagées pour les
prochains jours ont ainsi été finalement jugées inutiles, le
processus de discussions de possibles sanctions étant lancé sans
équivoque. Les prochains échanges se feront par téléconférence au
niveau des directeurs politiques des ministères des Affaires
étrangères selon M. Burns. Puis les ambassadeurs des six pays à
l'ONU "commenceront, probablement le jour suivant, à se réunir à New
York pour poursuivre ce débat et pour commencer à élaborer un projet
de résolution du Conseil de sécurité", a-t-il indiqué.
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