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Un
"paix sociale"
à 12 000 DA
Les maigres
résultats obtenus par la Centrale syndicale lors de la dernière
tripartite confirment, une fois de plus, les limites objectives du
syndicalisme officiel. Après plus d’une année de négociations, l’UGTA
n’a réussi à obtenir qu’une petite hausse de 2 000 DA du salaire
national minimum garanti (SNMG) avec, en prime, un Pacte national
économique et social qui interdit toute contestation syndicale pour
une durée renouvelable de quatre années. Durs moments en perspective
pour le syndicalisme en Algérie.
Les travailleurs
ne cracheront certainement pas sur la rallonge de 2 000 DA du SNMG,
mais ils étaient en droit d’attendre beaucoup plus. Au moins deux
fois et demi ce qui leur a été proposé, soit un SNMG à 15 000 DA au
lieu de 12 000 DA applicable à partir du 1er janvier
2007.
Un salaire minimum
à 15 000 DA, l’UGTA en parle depuis le milieu des années 1990, à
l’époque de feu Benhamouda. Plus de 10 ans après, non seulement le
but n’a pas été atteint, mais l’unique partenaire social agréé par
l’Etat ne semble même avoir envie de batailler pour arracher plus.
Pourtant, l’UGTA sait mieux que quiconque que le salaire minimum
pour vivre décemment dans l’Algérie de 2006 ne doit pas être
inférieur à 25 000 DA. C’est ce que préconisent, d’ailleurs, les
résultats d’une étude que la Centrale a généreusement distribuée à
la presse écrite.
L’UGTA s’est donc
contentée de ce qu’on a bien voulu lui donner. Il faut dire qu’elle
n’a plus l’esprit à batailler depuis plus décennie au moins. Occupée
à se faire une place de choix auprès des pouvoirs publics, le souci
premier de la Centrale est de rester l’unique interlocuteur de
l’Etat et du patronat. Pour cela, toutes les concessions sont
imaginables, y compris lorsqu’il s’agit de mater tout mouvement de
revendication à l’intérieur même de l’UGTA.
En effet, à peine
trois jours après la signature du Pacte, la machine UGTA s’est mise
en branle pour signifier aux récalcitrants parmi ses adhérents
qu’elle reste la seule habilitée à parler au nom des travailleurs et
qu’elle entend faire respecter l’accord qu’elle vient de parapher
avec les pouvoirs publics et le patronat.
Mardi dernier,
lors d’une conférence de presse, le secrétaire général de la
Fédération des postes et télécommunications, Mohamed Tchoulak, a
violement réagi contre une action syndicale que comptent organiser
plusieurs sections syndicales d’Algérie Poste. Les revendications
(vieilles de plusieurs années) de la base syndicale sont perçues par
M. Tchoulak comme "un coup de couteau dans le dos de l’UGTA".
"Personne n’a le droit de décréter la grève après la signature du
Pacte social", a-t-il déclaré en réponse au mouvement de neuf
sections syndicales d’Algérie Poste dont les six revendications ne
comportent aucun mot d’ordre de grève. Mieux, il a même menacé de
"sanctionner ceux qui sortiront de la légalité".
Il faut dire que
l’un des objectifs du Pacte est de "réduire les tensions sociales".
Ce qui veut dire, en termes clairs, de différer ou d’annuler toutes
revendications salariales ou autres jusqu’à ce que les "objectifs de
croissance" soient atteints. Le Pacte préconise un "engagement" de
"tous les partenaires sociaux en faveur des objectifs d’une
croissance durable et forte, et d’une répartition équitable des
fruits du développement".
La Centrale
s’occupera désormais de calmer, si besoin par la menace, comme l’a
fait le SG de la Fédération des postes et télécommunications envers
les syndicalistes de son secteur, les mouvements de revendication,
surtout ceux qui peuvent déboucher sur des grèves. D’ailleurs, il
est clairement dit dans les dispositions du Pacte relatives à la
"contribution des travailleurs à travers l’UGTA" que cette dernière
se doit de "préserver la stabilité sociale indispensable à toute
politique de développement, par le recours au dialogue, à la
concertation, à l’arbitrage et la pratique de la médiation et ce
dans un souci de prévention de l’émergence de conflits sociaux et de
contribution à leur règlement".
Ce rôle attribué
par les pouvoirs publics à l’UGTA – considérée à tort comme l’unique
représentant des travailleurs algériens du secteur public – pourrait
être élargi à ceux du secteur privé si ces derniers étaient tentés
par une quelconque action syndicale de revendication. C’est la
signification qu’il faut donner à la bipartite UGTA-patronat privé.
Contre toute logique et tout bon sens, la Centrale a négocié avec
les patrons privés alors qu’il n’existe aucune section syndicale (UGTA
ou autre) dans les entreprises privées. Du rôle de "représentant des
travailleurs", l’UGTA endossera celui de "délégué patronal" auprès
des collectifs travailleurs.
Quant à la grogne
qui pourrait émaner des syndicats autonomes, c’est l’administration
qui se chargera de la calmer. La justice s’est déjà chargée de
déclarer systématiquement illégales toutes les grèves observées par
les collectifs de travailleurs (parfois majoritaires dans certains
secteurs) auxquelles ont appelé les syndicats autonomes. "Les
initiateurs d’actions revendicatives sont systématiquement pris à
partie et font l’objet de sanctions administratives, de suspensions
de salaires et de pressions de tout genre (même lorsqu’il s’agit
d’enseignants universitaires ou de médecins spécialistes, ndlr). Ils
se heurtent au déni de service public pour la constitution
d’associations légales", constate à juste titre un collectif de
syndicats autonomes.
"La politique des
revenus doit tenir compte de l’amélioration réelle du niveau de
productivité, et de la performance des entreprises", est-il précisé
dans le Pacte national économique et social. Le document signé par
le gouvernement, le patronat et l’UGTA n’évoque pas la problématique
du pouvoir d’achat qui ne cesse de dégringoler pour la majorité des
travailleurs du secteur public, mais aussi du privé. Par contre, il
leur est demandé de se mobiliser "en faveur d’une amélioration de la
productivité, de la qualité et de la compétitivité de la production
nationale". Des objectifs ô combien louables mais qui manquent de
visibilité économique puisque l’on n’évoque à aucun moment la
nécessité de l’investissement productif public, seul à même de
relancer la machine économique.
Vouloir lutter
contre le travail au noir, le secteur informel, le trabendo, la
corruption qui atteint et se généralise à une allure hallucinante
dans le bas de l’échelle sociale devient franchement illusoire si de
tels objectifs ne sont pas accompagnés de moyens (salaires,
conditions de travail et programmes d’investissements publics) à
même de libérer le travailleur pour qu’il se consacre et s’applique
à son travail.
Les pouvoirs
publics, l’UGTA et le patronat arracheront par la force une
"stabilité sociale" mais ils se rendront compte, quatre ans plus
tard, que la contestation ne fera qu’augmenter. Mais à ce moment-là,
il sera peut être trop tard car le prix du baril du pétrole risque
de baisser d’ici là.
Abdelkader
Djalil
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Tripartite
Sans les
syndicats autonomes…
La douzième
tripartite tant attendue par les travailleurs depuis que le
Président de la République avait, lors du 50e anniversaire de l’UGTA
en février 2006, demandé à ce que l’épineux dossier des salaires
soit enfin pris en charge, a enfin eu lieu. Cette rencontre qui a
réuni gouvernement, UGTA et patronat, a adopté trois grands
dossiers, à savoir : le Pacte économique et social, l’augmentation
des salaires et enfin les conventions de branches du secteur
économique, aussi bien public que privé. Une tripartite à laquelle
les syndicats autonomes n’ont pas été conviés…
Aux dires des
parties, gouvernement, UGTA et patronat, qui ont participé à cette
rencontre, les résultats obtenus ne pourraient être plus
satisfaisants. Cette satisfaction semble tenir son origine, surtout,
de la signature officielle du Pacte économique et social. Un Pacte
vivement souhaité par le président Abdelaziz Bouteflika, qui n’a pas
manqué, lors du 50e anniversaire de la création de l’UGTA et de la
nationalisation des hydrocarbures, d’exprimer son vœu de voir la
tripartite accorder l’importance qu’il faut à ce document qui permet
d’avoir une vision lointaine. La signature de ce Pacte est
considérée par les participants comme l’événement le plus important
de la tripartite.
Cette décision est
considérée comme une "grande victoire, car ce Pacte permettra de
solutionner les problèmes posés à ce jour", a déclaré le président
de la LAP, tout en soulignant que "c’est un véritable cahier des
charges régissant les relations entre les partenaires concernés".
Donc, le Pacte
économique et social, s’il accorde, pour la première fois,
l’importance qui revient de droit à l’entreprise dans le processus
du développement, reconnaît aussi et surtout que l’entreprise privée
en constitue le noyau central. En un mot, il définit les
responsabilités de chaque partie. Cela peut aussi être considéré
comme un pas de plus dans les réformes économiques, car l’on
remarque que l’Etat se démarque peu à peu de son rôle de régulateur
et laisse ce soin aux opérateurs économiques qui en sont les
véritables acteurs.
Mais avant
l’application de ce Pacte, il est clair qu’une commission sera mise
sur pied pour suivre et contrôler sa bonne application par chaque
partie.
Si le Pacte social
a été, pour les participants, l’événement le plus important, il faut
savoir que d’autres dossiers ont été étudiés comme les conventions
de branches du secteur économique, dont les révisions avaient déjà
démarré en juin 2006. Ces conventions sont en fait des outils
importants pour l’encadrement des différentes parties dans le monde
du travail, c’est pour cela qu’il est important de les actualiser et
de les adapter aux nouvelles réalités des secteurs d’activités et
des entreprises qui en dépendent.
La nouveauté,
cette fois, réside dans le fait que le processus de négociation de
ces conventions sera élargi au secteur privé. Il s’agit, pour ce
secteur, d’adopter la convention collective cadre. Ce secteur, qui a
été longtemps tenu à l’écart, sera-t-il enfin une partie prenante
dans le processus du développement du pays, surtout quand on sait
qu’il existe des entreprises privées dont la production n’a rien à
envier à celle importée en devises fortes et qui contribuent
effectivement à réduire le taux du chômage dans le pays ?
Mais si les deux
dossiers – le pacte économique et social et les conventions de
branches – sont jugés très importants par les membres de la
tripartite parce qu’ils définissent clairement la contribution de
chaque partie et encadrent au mieux les relations dans le monde du
travail, le citoyen reste beaucoup plus intéressé par la
revalorisation des salaires. Une revendication que les travailleurs,
tous secteurs confondus, n’ont pas cessé de brandir à travers les
mouvements de mécontentement et de protestation qui se sont fait
très nombreux ces dernières années, en raison de la cherté de la vie
et du pouvoir d’achat qui n’a pas cessé de se dégrader au point
qu’il était devenu acrobatique d’arriver à boucher les fins de mois.
Donc pour le
citoyen, l’acquis majeur de cette tripartite reste la revalorisation
du SNMG, qui sera porté à 12.000 DA à partir de janvier 2007. Ce qui
permettra aux travailleurs non de vivre un peu mieux, mais de gérer
le budget familial d’une manière plus aisée. Cela veut dire que
leurs dépenses resteront les mêmes, car il n’est pas question
d’acheter les produits superflus, sinon c’est carrément le retour au
point de départ. Car nul n’ignore qu’avec l’avènement de l’économie
de marché, les prix des produits de consommation se sont carrément
envolés au détriment du citoyen qui se contente d’acheter le strict
minimum, de payer les factures de plus en plus élevées du loyer, de
l’eau et de l’électricité, et d’attendre la fin du mois, date à
laquelle il touche son salaire, qu’il s’évertue dès le départ à
partager entre les différentes dépenses obligatoires.
Relever le SNMG à
12.000 DA lui permettra donc de mieux répartir ce salaire, mais à
son grand malheur, il devra patienter quatre longues années avant de
pouvoir demander une autre augmentation. Quatre années, c’est bien
long pour qui a une famille à charge, avec des enfants scolarisés
qui ont souvent besoin de cahiers, de livres, qui usent chaussures
et cartables avec une rapidité étonnante, qui prennent souvent froid
et se retrouvent avec un gros rhume. Des dépenses qui, accumulées
tout au long de l’année, rognent le budget familial.
Mais si la
tripartite est pour ceux qui y ont pris part une vraie réussite à
cause des trois importants dossiers qui ont été adoptés, il reste à
dire que l’absence des syndicats autonomes a été très remarquée. Ils
n’ont tout simplement pas été conviés à assister à cette rencontre.
Ce qui signifie qu’on ne reconnaît pas officiellement leur présence.
Pourtant, ces syndicats sont présents dans tous les secteurs
d’activités et ont certainement leur mot à dire au sein d’une
tripartite considérée comme le meilleur cadre de concertation et de
dialogue. Le dialogue aurait été certainement plus riche et les
propositions plus variées. Car ne dit-on pas que de la diversité
naît la richesse ?
L’absence des
syndicats autonomes à la tripartite ne doit-il pas être considéré
comme un déni au droit d’expression ? C’est aussi une façon de
légitimer l’UGTA après le creux dans lequel elle s’est retrouvée
avec les démissions collectives des adhérents et la création des
syndicats autonomes.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
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