Semaine du 11 au 17 octobre 2006

Salaires

Un "paix sociale" à 12 000 DA

Tripartite

Sans les syndicats autonomes…

 

 
 
Nation

Accueil

Un "paix sociale" à 12 000 DA

Les maigres résultats obtenus par la Centrale syndicale lors de la dernière tripartite confirment, une fois de plus, les limites objectives du syndicalisme officiel. Après plus d’une année de négociations, l’UGTA n’a réussi à obtenir qu’une petite hausse de 2 000 DA du salaire national minimum garanti (SNMG) avec, en prime, un Pacte national économique et social qui interdit toute contestation syndicale pour une durée renouvelable de quatre années. Durs moments en perspective pour le syndicalisme en Algérie.

Les travailleurs ne cracheront certainement pas sur la rallonge de 2 000 DA du SNMG, mais ils étaient en droit d’attendre beaucoup plus. Au moins deux fois et demi ce qui leur a été proposé, soit un SNMG à 15 000 DA au lieu de 12 000 DA applicable à partir du 1er janvier 2007.

Un salaire minimum à 15 000 DA, l’UGTA en parle depuis le milieu des années 1990, à l’époque de feu Benhamouda. Plus de 10 ans après, non seulement le but n’a pas été atteint, mais l’unique partenaire social agréé par l’Etat ne semble même avoir envie de batailler pour arracher plus. Pourtant, l’UGTA sait mieux que quiconque que le salaire minimum pour vivre décemment dans l’Algérie de 2006 ne doit pas être inférieur à 25 000 DA. C’est ce que préconisent, d’ailleurs, les résultats d’une étude que la Centrale a généreusement distribuée à la presse écrite.

L’UGTA s’est donc contentée de ce qu’on a bien voulu lui donner. Il faut dire qu’elle n’a plus l’esprit à batailler depuis plus décennie au moins. Occupée à se faire une place de choix auprès des pouvoirs publics, le souci premier de la Centrale est de rester l’unique interlocuteur de l’Etat et du patronat. Pour cela, toutes les concessions sont imaginables, y compris lorsqu’il s’agit de mater tout mouvement de revendication à l’intérieur même de l’UGTA.

En effet, à peine trois jours après la signature du Pacte, la machine UGTA s’est mise en branle pour signifier aux récalcitrants parmi ses adhérents qu’elle reste la seule habilitée à parler au nom des travailleurs et qu’elle entend faire respecter l’accord qu’elle vient de parapher avec les pouvoirs publics et le patronat.

Mardi dernier, lors d’une conférence de presse, le secrétaire général de la Fédération des postes et télécommunications, Mohamed Tchoulak, a violement réagi contre une action syndicale que comptent organiser plusieurs sections syndicales d’Algérie Poste. Les revendications (vieilles de plusieurs années) de la base syndicale sont perçues par M. Tchoulak comme "un coup de couteau dans le dos de l’UGTA". "Personne n’a le droit de décréter la grève après la signature du Pacte social", a-t-il déclaré en réponse au mouvement de neuf sections syndicales d’Algérie Poste dont les six revendications ne comportent aucun mot d’ordre de grève. Mieux, il a même menacé de "sanctionner ceux qui sortiront de la légalité".

Il faut dire que l’un des objectifs du Pacte est de "réduire les tensions sociales". Ce qui veut dire, en termes clairs, de différer ou d’annuler toutes revendications salariales ou autres jusqu’à ce que les "objectifs de croissance" soient atteints. Le Pacte préconise un "engagement" de "tous les partenaires sociaux en faveur des objectifs d’une croissance durable et forte, et d’une répartition équitable des fruits du développement".

La Centrale s’occupera désormais de calmer, si besoin par la menace, comme l’a fait le SG de la Fédération des postes et télécommunications envers les syndicalistes de son secteur, les mouvements de revendication, surtout ceux qui peuvent déboucher sur des grèves. D’ailleurs, il est clairement dit dans les dispositions du Pacte relatives à la "contribution des travailleurs à travers l’UGTA" que cette dernière se doit de "préserver la stabilité sociale indispensable à toute politique de développement, par le recours au dialogue, à la concertation, à l’arbitrage et la pratique de la médiation et ce dans un souci de prévention de l’émergence de conflits sociaux et de contribution à leur règlement".

Ce rôle attribué par les pouvoirs publics à l’UGTA – considérée à tort comme l’unique représentant des travailleurs algériens du secteur public – pourrait être élargi à ceux du secteur privé si ces derniers étaient tentés par une quelconque action syndicale de revendication. C’est la signification qu’il faut donner à la bipartite UGTA-patronat privé. Contre toute logique et tout bon sens, la Centrale a négocié avec les patrons privés alors qu’il n’existe aucune section syndicale (UGTA ou autre) dans les entreprises privées. Du rôle de "représentant des travailleurs", l’UGTA endossera celui de "délégué patronal" auprès des collectifs travailleurs.

Quant à la grogne qui pourrait émaner des syndicats autonomes, c’est l’administration qui se chargera de la calmer. La justice s’est déjà chargée de déclarer systématiquement illégales toutes les grèves observées par les collectifs de travailleurs (parfois majoritaires dans certains secteurs) auxquelles ont appelé les syndicats autonomes. "Les initiateurs d’actions revendicatives sont systématiquement pris à partie et font l’objet de sanctions administratives, de suspensions de salaires et de pressions de tout genre (même lorsqu’il s’agit d’enseignants universitaires ou de médecins spécialistes, ndlr). Ils se heurtent au déni de service public pour la constitution d’associations légales", constate à juste titre un collectif de syndicats autonomes.

"La politique des revenus doit tenir compte de l’amélioration réelle du niveau de productivité, et de la performance des entreprises", est-il précisé dans le Pacte national économique et social. Le document signé par le gouvernement, le patronat et l’UGTA n’évoque pas la problématique du pouvoir d’achat qui ne cesse de dégringoler pour la majorité des travailleurs du secteur public, mais aussi du privé. Par contre, il leur est demandé de se mobiliser "en faveur d’une amélioration de la productivité, de la qualité et de la compétitivité de la production nationale". Des objectifs ô combien louables mais qui manquent de visibilité économique puisque l’on n’évoque à aucun moment la nécessité de l’investissement productif public, seul à même de relancer la machine économique.

Vouloir lutter contre le travail au noir, le secteur informel, le trabendo, la corruption qui atteint et se généralise à une allure hallucinante dans le bas de l’échelle sociale devient franchement illusoire si de tels objectifs ne sont pas accompagnés de moyens (salaires, conditions de travail et programmes d’investissements publics) à même de libérer le travailleur pour qu’il se consacre et s’applique à son travail.

Les pouvoirs publics, l’UGTA et le patronat arracheront par la force une "stabilité sociale" mais ils se rendront compte, quatre ans plus tard, que la contestation ne fera qu’augmenter. Mais à ce moment-là, il sera peut être trop tard car le prix du baril du pétrole risque de baisser d’ici là.

Abdelkader Djalil

 

Haut

Tripartite

Sans les syndicats autonomes…

La douzième tripartite tant attendue par les travailleurs depuis que le Président de la République avait, lors du 50e anniversaire de l’UGTA en février 2006, demandé à ce que l’épineux dossier des salaires soit enfin pris en charge, a enfin eu lieu. Cette rencontre qui a réuni gouvernement, UGTA et patronat, a adopté trois grands dossiers, à savoir : le Pacte économique et social, l’augmentation des salaires et enfin les conventions de branches du secteur économique, aussi bien public que privé. Une tripartite à laquelle les syndicats autonomes n’ont pas été conviés…

Aux dires des parties, gouvernement, UGTA et patronat, qui ont participé à cette rencontre, les résultats obtenus ne pourraient être plus satisfaisants. Cette satisfaction semble tenir son origine, surtout, de la signature officielle du Pacte économique et social. Un Pacte vivement souhaité par le président Abdelaziz Bouteflika, qui n’a pas manqué, lors du 50e anniversaire de la création de l’UGTA et de la nationalisation des hydrocarbures, d’exprimer son vœu de voir la tripartite accorder l’importance qu’il faut à ce document qui permet d’avoir une vision lointaine. La signature de ce Pacte est considérée par les participants comme l’événement le plus important de la tripartite.

Cette décision est considérée comme une "grande victoire, car ce Pacte permettra de solutionner les problèmes posés à ce jour", a déclaré le président de la LAP, tout en soulignant que "c’est un véritable cahier des charges régissant les relations entre les partenaires concernés".

Donc, le Pacte économique et social, s’il accorde, pour la première fois, l’importance qui revient de droit à l’entreprise dans le processus du développement, reconnaît aussi et surtout que l’entreprise privée en constitue le noyau central. En un mot, il définit les responsabilités de chaque partie. Cela peut aussi être considéré comme un pas de plus dans les réformes économiques, car l’on remarque que l’Etat se démarque peu à peu de son rôle de régulateur et laisse ce soin aux opérateurs économiques qui en sont les véritables acteurs.

Mais avant l’application de ce Pacte, il est clair qu’une commission sera mise sur pied pour suivre et contrôler sa bonne application par chaque partie.

Si le Pacte social a été, pour les participants, l’événement le plus important, il faut savoir que d’autres dossiers ont été étudiés comme les conventions de branches du secteur économique, dont les révisions avaient déjà démarré en juin 2006. Ces conventions sont en fait des outils importants pour l’encadrement des différentes parties dans le monde du travail, c’est pour cela qu’il est important de les actualiser et de les adapter aux nouvelles réalités des secteurs d’activités et des entreprises qui en dépendent.

La nouveauté, cette fois, réside dans le fait que le processus de négociation de ces conventions sera élargi au secteur privé. Il s’agit, pour ce secteur, d’adopter la convention collective cadre. Ce secteur, qui a été longtemps tenu à l’écart, sera-t-il enfin une partie prenante dans le processus du développement du pays, surtout quand on sait qu’il existe des entreprises privées dont la production n’a rien à envier à celle importée en devises fortes et qui contribuent effectivement à réduire le taux du chômage dans le pays ?

Mais si les deux dossiers – le pacte économique et social et les conventions de branches – sont jugés très importants par les membres de la tripartite parce qu’ils définissent clairement la contribution de chaque partie et encadrent au mieux les relations dans le monde du travail, le citoyen reste beaucoup plus intéressé par la revalorisation des salaires. Une revendication que les travailleurs, tous secteurs confondus, n’ont pas cessé de brandir à travers les mouvements de mécontentement et de protestation qui se sont fait très nombreux ces dernières années, en raison de la cherté de la vie et du pouvoir d’achat qui n’a pas cessé de se dégrader au point qu’il était devenu acrobatique d’arriver à boucher les fins de mois.

Donc pour le citoyen, l’acquis majeur de cette tripartite reste la revalorisation du SNMG, qui sera porté à 12.000 DA à partir de janvier 2007. Ce qui permettra aux travailleurs non de vivre un peu mieux, mais de gérer le budget familial d’une manière plus aisée. Cela veut dire que leurs dépenses resteront les mêmes, car il n’est pas question d’acheter les produits superflus, sinon c’est carrément le retour au point de départ. Car nul n’ignore qu’avec l’avènement de l’économie de marché, les prix des produits de consommation se sont carrément envolés au détriment du citoyen qui se contente d’acheter le strict minimum, de payer les factures de plus en plus élevées du loyer, de l’eau et de l’électricité, et d’attendre la fin du mois, date à laquelle il touche son salaire, qu’il s’évertue dès le départ à partager entre les différentes dépenses obligatoires.

Relever le SNMG à 12.000 DA lui permettra donc de mieux répartir ce salaire, mais à son grand malheur, il devra patienter quatre longues années avant de pouvoir demander une autre augmentation. Quatre années, c’est bien long pour qui a une famille à charge, avec des enfants scolarisés qui ont souvent besoin de cahiers, de livres, qui usent chaussures et cartables avec une rapidité étonnante, qui prennent souvent froid et se retrouvent avec un gros rhume. Des dépenses qui, accumulées tout au long de l’année, rognent le budget familial.

Mais si la tripartite est pour ceux qui y ont pris part une vraie réussite à cause des trois importants dossiers qui ont été adoptés, il reste à dire que l’absence des syndicats autonomes a été très remarquée. Ils n’ont tout simplement pas été conviés à assister à cette rencontre. Ce qui signifie qu’on ne reconnaît pas officiellement leur présence. Pourtant, ces syndicats sont présents dans tous les secteurs d’activités et ont certainement leur mot à dire au sein d’une tripartite considérée comme le meilleur cadre de concertation et de dialogue. Le dialogue aurait été certainement plus riche et les propositions plus variées. Car ne dit-on pas que de la diversité naît la richesse ?

L’absence des syndicats autonomes à la tripartite ne doit-il pas être considéré comme un déni au droit d’expression ? C’est aussi une façon de légitimer l’UGTA après le creux dans lequel elle s’est retrouvée avec les démissions collectives des adhérents et la création des syndicats autonomes.

Khadidja Mohamed Bouziane

Haut

E-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche