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La trame du mercredi
Cacophonie
A vrai dire,
l’affaire s’était mal emmanchée avec cette histoire de commission
nationale de l’amnistie générale, siglée comme il se doit pourtant,
établie au siège d’un parti à l’existence toute symbolique, et qui a
beaucoup amusé les Algériens avertis. L’épisode en lui-même vaut
surtout par un effet qui n’était sûrement ni souhaité ni prévu : il
permettait avec une précision que n’aurait pas offerte un sondage
réalisé par les meilleurs instituts de faire le départ, notamment
dans le milieu politico-médiatique, entre les jobards impayables,
nés pour avaler toutes les couleuvres qu’on veut bien leur servir,
et qui sont de plus très bruyants car nombreux et disposant de
moyens conséquents, et ceux qui devinent la plaisanterie rien qu’en
humant l’air, tant ils sont pétris de leur pays. Il suffit de se
reporter à cette période, finalement toute récente, pour savoir qui
sont les uns et qui sont les autres. Et puis, il y avait Farouk
Ksentini qui se répandait dans les médias avec autant d’allant que
la CNAG, comme s’il avait pour mission de rabattre dans le filet de
la première tous ceux qui ont refusé de s’y laisser prendre, qui
ratissait aussi large que possible, et qui pour cela n’hésitait pas
à dire une chose puis son contraire. Il n’était pas besoin d’être
grand clerc pour s’apercevoir que s’il parlait autant c’était entre
autres parce qu’il ne maîtrisait pas son sujet. Il ignorait, ou
alors il faisait semblant, qu’une amnistie supposait un préalable :
un changement d’ordre institutionnel. L’une et l’autre seront
démentis plus tard, il est vrai avec des méthodes différentes, la
CNAG, ou plutôt ses membres, faisant montre d’un zèle si grand qu’il
a fallu les menacer de poursuites judiciaires pour leur faire lâcher
prise. Farouk Ksentini, par contre, dont le rôle pourtant n’était
pas si différent de celui de la CNAG, se verra reconduit à la tête
de sa propre commission. A croire qu’on nous prépare quelque chose
requérant de nouveau ses compétences.
La campagne
elle-même, où il est de règle de parler d’une seule voix quand on
est du même camp, comportait deux messages, celui que portait le
secrétaire général du FLN, et un deuxième qui se voulait en
contradiction avec le premier mais sans jamais l’attaquer de front,
dont s’est chargé comme à contrecoeur le chef du gouvernement. C’est
ainsi que Belkhadem faisait campagne pour la révision
constitutionnelle, tandis qu’à Ouyahia était dévolu le rôle
d’atténuer la dureté des propos tenus par le premier.
Rétrospectivement, il est vrai, on serait tenté de s’expliquer ces
deux sons de cloche, qui dans le fond n’en faisait qu’un tant ils
étaient en harmonie pour des oreilles plus fines, par ceci qu’ils
constituaient deux variations sur le même thème. La première, celle
jouée par Belkhadem pariait sur le court terme, et la seconde sur un
délai plus long.
Après le
référendum, ce fut au tour de Zerhouni de s’en mêler, ou plutôt de
donner tort à l’un comme à l’autre, en déclarant qu’il ne voyait pas
pour sa part la nécessité d’une révision constitutionnelle. Il
n’aurait pas été plus clair s’il avait dit que pour autant qu’il
sache, Bouteflika ne briguait pas un troisième mandat. Voilà un bon
argument de campagne…qui vient un peu tard. Il aurait au moins
réussi à contrebalancer dans une certaine mesure l’effet désastreux
des discours de Belkhadem.
Sur un tout autre
plan, mais toutefois dans la même perspective, et tout près de
l’échéance, on a eu droit au coup de théâtre qui vient tout remettre
en cause, alors que jusque-là les choses semblaient évoluer
lentement certes, mais sûrement, vers le but annoncé. Et c’est le
Président en personne qui vient remettre les compteurs à zéro, alors
qu’il pouvait patienter encore un peu, alors qu’il n’y avait pas le
feu à cet endroit précis, mais ailleurs, qui vient désavouer
publiquement les engagements pris par le chef du gouvernement dans
son dialogue avec les arouch. Pas d’officialisation de
tamazight ni aujourd’hui ni demain, en tout cas aussi longtemps
qu’il préside aux destinées du pays.
Au vu d’une telle
cacophonie, et sur des questions cruciales, à quoi faut-il
s’attendre le jour du scrutin, sinon à une abstention considérable ?
On ajouterait presque foi à cette idée que la campagne n’était pas
en réalité destinée à assurer l’adhésion des Algériens, mais à les
troubler d’abord, ensuite à les convaincre insidieusement de rester
chez eux le 29 septembre. Si un tel programme n’était pas d’une
réalisation incroyablement difficile.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com |