Semaine du 12 au 18 octobre 2005

 

La trame du mercredi

Cacophonie

 

 
 
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La trame du mercredi

Cacophonie

A vrai dire, l’affaire s’était mal emmanchée avec cette histoire de commission nationale de l’amnistie générale, siglée comme il se doit pourtant, établie au siège d’un parti à l’existence toute symbolique, et qui a beaucoup amusé les Algériens avertis. L’épisode en lui-même vaut surtout  par un effet qui n’était sûrement ni souhaité ni prévu : il permettait avec une précision que n’aurait pas offerte un sondage réalisé par les meilleurs instituts de faire le départ, notamment dans le milieu politico-médiatique, entre les jobards impayables, nés pour avaler toutes les couleuvres qu’on veut bien leur servir, et qui sont de plus très bruyants car nombreux et disposant de moyens conséquents, et ceux qui devinent la plaisanterie rien qu’en humant l’air, tant ils sont pétris de leur pays. Il suffit de se reporter à cette période, finalement toute récente, pour savoir qui sont les uns et qui sont les autres. Et puis, il y avait Farouk Ksentini qui se répandait dans les médias avec autant d’allant que la CNAG, comme s’il avait pour mission de rabattre dans le filet de la première tous ceux qui ont refusé de s’y laisser prendre, qui ratissait aussi large que possible, et qui pour cela n’hésitait pas à dire une chose puis son contraire. Il n’était pas besoin d’être grand clerc pour s’apercevoir que s’il parlait autant c’était entre autres parce qu’il ne maîtrisait pas son sujet. Il ignorait, ou alors il faisait semblant, qu’une amnistie supposait un préalable : un changement d’ordre institutionnel. L’une et l’autre seront démentis plus tard, il est vrai avec des méthodes différentes, la CNAG, ou plutôt ses membres, faisant montre d’un zèle si grand qu’il a fallu les menacer de poursuites judiciaires pour leur faire lâcher prise. Farouk Ksentini, par contre, dont le rôle pourtant n’était pas si différent de celui de la CNAG, se verra reconduit à la tête de sa propre commission. A croire qu’on nous prépare quelque chose requérant de nouveau ses compétences.

La campagne elle-même, où il est de règle de parler d’une seule voix quand on est du même camp, comportait deux messages, celui que portait le secrétaire général du FLN, et un deuxième qui se voulait en contradiction avec le premier mais sans jamais l’attaquer de front, dont s’est chargé comme à contrecoeur le chef du gouvernement. C’est ainsi que Belkhadem faisait campagne pour la révision constitutionnelle, tandis qu’à Ouyahia était dévolu le rôle d’atténuer la dureté des propos tenus par le premier. Rétrospectivement, il est vrai, on serait tenté de s’expliquer ces deux sons de cloche, qui dans le fond n’en faisait qu’un tant ils étaient en harmonie pour des oreilles plus fines, par ceci qu’ils constituaient deux variations  sur le même thème. La première, celle jouée par Belkhadem pariait sur le court terme, et la seconde sur un délai plus long.

Après le référendum, ce fut au tour de Zerhouni de s’en mêler, ou plutôt de donner tort à l’un comme à l’autre, en déclarant qu’il ne voyait pas pour sa part la nécessité d’une révision constitutionnelle. Il n’aurait pas été plus clair s’il avait dit que pour autant qu’il sache, Bouteflika ne briguait pas un troisième mandat. Voilà un bon argument de campagne…qui vient un peu tard. Il aurait au moins réussi à contrebalancer dans une certaine mesure l’effet désastreux  des discours de Belkhadem.

Sur un tout autre plan, mais toutefois dans la même perspective, et tout près de l’échéance, on a eu droit au coup de théâtre qui vient tout remettre en cause, alors que jusque-là les choses semblaient évoluer lentement certes, mais sûrement, vers le but annoncé. Et c’est le Président en personne qui vient remettre les compteurs à zéro, alors qu’il pouvait patienter encore un peu, alors qu’il n’y avait pas le feu à cet endroit précis, mais ailleurs, qui vient désavouer publiquement les engagements pris par le chef du gouvernement dans son dialogue avec les arouch. Pas d’officialisation de tamazight ni aujourd’hui ni demain, en tout cas aussi longtemps  qu’il préside aux destinées du pays.

Au vu d’une telle cacophonie, et sur des questions cruciales, à quoi faut-il s’attendre le jour du scrutin, sinon à une abstention considérable ? On ajouterait presque foi à cette idée que la campagne n’était pas en réalité destinée à assurer l’adhésion des Algériens, mais à les troubler d’abord, ensuite à les convaincre insidieusement de rester chez eux le 29 septembre. Si un tel programme n’était pas d’une réalisation incroyablement difficile.

M. Habili

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