Semaine du 12 au 18 octobre 2005

 

Référendum sur la Constitution irakienne le 15 octobre

Sous la menace du rejet sunnite

Serbie

Amertume, cinq ans après la chute de Milosevic

Irak

Un référendum sous haute surveillance

 

 
 
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Référendum sur la Constitution irakienne le 15 octobre

Sous la menace du rejet sunnite

Les Américains sont-ils en train de tout perdre en Irak ? Après l’invasion du pays et fait chute de Saddam Hussein, ils comptaient beaucoup sur une Constitution démocratique et fédéraliste qui rassemblerait toutes les communautés irakiennes tout en laissant la sale besogne de mater la rébellion aux forces irakiennes. Il semble que rien ne va dans le sens espéré par les Américains.

Le 15 octobre, les Irakiens se prononceront sur cette Constitution, trois ans jour pour jour après que Saddam  Hussein se soit octroyé 100% des suffrages dans un simulacre d’élection.

Aux dernières nouvelles, chiites et Kurdes ont rencontré les leaders sunnites pour les convaincre d’appeler à un vote en faveur de la Constitution. Les chefs de partis irakiens tentent d'obtenir le ralliement des sunnites au projet de Constitution. C’est à l'initiative de Massoud Barzani, chef de la région autonome du Kurdistan et leader du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), que ces discussions ont été entamées. Abdelaziz Hakim, le chef du bloc chiite majoritaire au Parlement et dirigeant du Conseil suprême de la Révolution islamique en Irak (CSRII), le grand parti chiite, a été également contacté dans ce sens. La réunion verrait aussi la participation du président Jalal Talabani, un Kurde, et du Premier ministre chiite Ibrahim Jaafari, afin de formuler des propositions.

Le porte-parole du gouvernement irakien Leith Koubba a fait savoir que ces discussions cherchaient à rendre le projet acceptable pour les Arabes sunnites. Les sunnites avaient appelé au vote négatif après l’appel au boycott. Plus que jamais, le vote sunnite paraît décisif et nombreux sont ceux qui créditent le scénario de la division du pays en cas de rejet massif sunnite de la loi fondamentale du pays. Mais plus que jamais aussi, les divisions qui avaient été éteintes, par la raison ou par la force, avant l’occupation américaine, resurgissent de manière violente.

Amr Moussa, qui est en mission en Irak avant le référendum, a estimé que le rejet de la Constitution fait craindre plus que jamais une guerre civile. En fait, le secrétaire général de la Ligue arabe partage l’analyse faite par le groupe de réflexion sur les conflits International Crisis Group (ICG).

Ainsi, dans une récente analyse, ICG soulignait que l'adoption d'un projet de Constitution, vivement rejeté par les sunnites, suivie de l'élection d'un gouvernement dominé par leurs rivaux chiites et kurdes pourrait accélérer la désintégration de l'Irak. ICG joue en  fait au prédicateur du malheur en précisant que "la descente tant redoutée de l'Irak vers la guerre civile et la désintégration, accompagnée d'expulsions dans les secteurs à population mixte (dont ceux de Bagdad, Bassora, Mossoul et Kirkouk) pourrait devenir une réalité".

Le système d’élection adopté par le Parlement irakien permet aux sunnites de peser de tout leur poids  puisque si deux tiers des électeurs dans au moins trois provinces la rejettent, la Constitution ne sera pas adoptée. Les sunnites s’ils ne sont pas majoritaires dans le pays, le sont en tout cas dans les régions du Centre et influent dans les provinces de Bagdad, Al-Bassra, Al-Maoussil et Kirkouk.

Finalement, le risque est pris très au sérieux par les Kurdes et les chiites, qui voyaient le texte passer sans risque si les sunnites boycottaient l’élection ; ils sont revenus à d’autres sentiments une fois que les leaders sunnites aient appelé à rejeter massivement le texte. Une réunion d’urgence a été tenue entre chiites, Kurdes et sunnites pour essayer d’amadouer les sunnites. Une tentative vouée à l’échec dès le départ puisque les sunnites rejettent le fédéralisme, qui est une des bases fondamentale du nouvel Etat irakien doté d’une Constitution toute neuve.

Si on s’accorde quelques coups de canif sur le texte adopté, il ne pourra pas concerner la pomme de discorde essentielle : le fédéralisme fortement soutenu par les chiites et les kurdes.

Bien entendu, autant chez les officiels américains que britanniques, il n'y a pas l’expression d’une once de pessimisme. Pourtant un autre spécialiste,  Toby Dodge, analyste au Queen Mary College de l'université de Londres, souligne que plus que jamais les Américains ont besoin de cette Constitution plus pour rassurer l’opinion américaine que pour permettre à l’Irak de retrouver sa stabilité. Pour cet analyste, la création d'un conseil de gouvernement irakien et les élections de janvier n’ont été que de la poudre aux yeux, des gestes théâtraux dont les effets attendus n’ont jamais été démontrés sur le terrain alors que la violence s’est aggravée faisant des dizaines de milliers de morts parmi les civiles et que le rejet de l’occupation est devenu plus général et plus évident.

Pour autant, si la Constitution était adoptée cela ne réglerait pas pour autant le problème. Charles Tripp, historien à l'Ecole des études africaines et orientales de Londres, s’est demandé récemment, dans une étude, "qui va appliquer les jolis principes de la Constitution ?". L’historien souligne que les principes qui ont dicté la nouvelle Constitution ont renforcé "le clientélisme, le favoritisme et la force qui sont en train de reprendre le dessus au niveau régional". Une remarque que partage quelque part Iyad Alaoui, ancien Premier ministre chiite, soulignant que les milices ont pris le dessus sur les forces nationales liées, pour certaines, à des partis représentés au gouvernement et étendent leur influence dans les rangs de la police, de l'armée et au sein de l'administration.

Au-delà, les sunnites, coupés de la scène politique par absence d’un dirigeant depuis le renversement de Saddam Hussein, sont rongés surtout par le ressentiment qui va au-delà des arguments qu’ils opposent au fédéralisme. Selon Charles Tripp, "ils éprouvent une peur viscérale de ce que sera l'équilibre des pouvoirs dans l'Irak d'après-guerre". Un équilibre sur lequel ils ne pourront plus peser beaucoup.

Amine Esseghir

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Irak

Un référendum sous haute surveillance
Des mesures de sécurité exceptionnelles seront imposées en Irak avant, pendant et après le référendum constitutionnel du 15 octobre, notamment des restrictions aux déplacements et une interdiction des armes. Ce référendum et les élections législatives prévues en décembre ont provoqué des tensions entre la majorité chiite et la minorité sunnite - qui, après avoir dominé l'Irak sous la présidence de Saddam Hussein, craint aujourd'hui d'être éclipsée sur le plan politique. L'Irak est le théâtre d'attentats à l'explosif et d'opérations suicide à peu près quotidiens. Environ 15 millions d'électeurs sont susceptibles de se rendre le 15 octobre dans 6.000 bureaux pour se prononcer sur une constitution élaborée pour l'essentiel par le gouvernement à majorité chiite et Kurde. Des jours fériés seront décrétés à l'échelle nationale du 13 au 16 octobre et les frontières entre provinces ainsi qu'avec les pays voisins seront fermées du 14 au 16 octobre - sauf aux biens de première nécessité tels que les vivres, l'eau et le carburant. La constitution sera approuvée si plus de la moitié des électeurs votent "oui" et si le "non" ne recueille pas les voix de deux tiers des électeurs dans trois des 18 provinces. Si les sunnites, qui forment environ 20% de la population, boycottent le référendum, le scrutin restera valable mais sa crédibilité en sera certainement affectée. Même en l'absence d'un boycott, des électeurs risquent de ne pas se déplacés par crainte d’attentats ou de représailles. D'importantes organisations sunnites ont appelé à rejeter le projet de Constitution".Ce texte porte en lui les germes d'une division de l'Irak, de la perte de son identité arabe et de la spoliation de ses richesses nationales", ont souligné dans un communiqué 21 organisations sunnites réunies à Bagdad. L'influent Comité des oulémas musulmans, la principale organisation de religieux sunnites, et le Parti islamique irakien, la grande formation politique de cette communauté, y ont appelé "l'ensemble des Irakiens à rejeter cette Constitution par tous les moyens légitimes". L’Irak sous occupation américaine semble aujourd’hui au bord de l’éclatement quelque soit le résultat du référendum.

 

 

La Constitution irakienne en bref

La nouvelle Constitution irakienne est composée de 153 articles. Le préambule – "Nous fils de Mésopotamie, terre des prophètes, demeure des saints imams, précurseurs de la civilisations et créateurs de l’alphabet (…) inspirés par la souffrance des martyrs irakiens sunnites, chiites, arabes, kurdes et turkmènes" – conclut par le rejet du sectarisme et du racisme.

La République d’Irak est une nation indépendante, souveraine, démocratique, fédérale et parlementaire.

 

Les fondements de l’Etat

L’Islam est la religion officielle de l’Etat et la source de sa législation. Aucune loi ne peut être adoptée en contradiction avec les règles islamiques. Aucune loi ne peut être approuvée en contradiction avec les principes démocratiques. Aucune loi ne peut être approuvée en contradiction avec les droits et les libertés fondamentales définis dans cette Constitution.

L’arabe et le kurde sont les deux langues officielles ; les Irakiens ont le droit d’enseigner les langues maternelles du pays assyrien et turkmène. L’Irak reste dans la sphère de la nation arabe.

La loi est souveraine et le peuple est la source de toute autorité ou de toute légitimité.

Le pouvoir exécutif est représenté par le président de la République et le Premier ministre. Le Président est élu par la Chambre des représentants (Parlement).

Le texte définit les principes de non-agression, d’indépendance des pouvoirs et stipule en son article 7 l’interdiction d’activité politique pour tout groupe association ou individu qui fera l’apologie du racisme du sectarisme, du terrorisme, du "saddamisme" ou du baâthisme, en plus de l’interdiction d’activité politique pour ceux qui se réfèrent à des idéologies sexistes ou au takfir (déclarer quiconque infidèle).

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Serbie

Amertume, cinq ans après la chute de Milosevic
La Serbie a célébré le 5ème anniversaire de la chute du régime autoritaire de Slobodan Milosevic avec un sentiment d'amertume en raison de la lenteur des réformes promises après l'éviction de l'homme fort de l'ex-Yougoslavie. Cinq ans après, les Serbes ne connaissent toujours pas l'avenir radieux qu'ils se promettaient le 5 octobre 2000, le jour où ils ont obligé le président Slobodan Milosevic à quitter le pouvoir sous la pression des manifestations. Dans les mois qui ont suivi, la Serbie s'est engagée dans de profonds changements sous l'impulsion de Zoran Djinjic, premier Premier ministre démocratiquement élu depuis la Seconde Guerre mondiale. En un an, celui-ci aura notamment initié d'importantes réformes politiques et économiques et arrangé l'extradition de Milosevic vers le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye, qui le juge actuellement pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Mais Djinjic a été abattu en mars 2003, apparemment par des paramilitaires fidèles à Milosevic, ce qui a infligé un terrible revers à la fragile démocratie serbe. Le gouvernement s'est effondré et le pays est entré dans une ère d'instabilité politique qui a interrompu l'application des réformes et laissé se développer la corruption et le crime organisé. Aujourd'hui, un Serbe sur trois est au chômage, ceux qui travaillent touchent un salaire qui ne dépasse que de peu les 200 euros mensuels et l'inflation, qui n'a heureusement plus rien à voir avec les 120% des années 1990, atteint 14%, le record européen. Même ceux qui ont applaudi au renversement du dictateur expriment des doutes. "Je détestait vraiment Milosevic", se souvient Slavica Ninkovic, "mais maintenant je n'arrive pas à voir une lumière au bout du tunnel". En cinq ans, elle a perdu son travail dans une usine et se promet désormais de ne plus jamais participer à un tel soulèvement politique. Beaucoup blâment le Premier ministre conservateur Vojislav Kostunica pour cette triste situation. Ancien opposant à Milosevic avant de rompre avec Djinjic, ce dernier est aujourd'hui à la tête d'un gouvernement à la majorité très fragile. Il doit compter à chaque vote sur le soutien de quelques parlementaires socialistes, offrant aux anciens proches de Milosevic un nouveau rôle sur la scène politique. Depuis l'annulation de la mise en examen du fils de Slobodan Milosevic dans une affaire de violences politiques et la brève arrestation de Vladan Batic, ancien ministre réformiste qui lui est opposé, Kostunica est même accusé de marcher dans les traces de l'ancien dictateur. Il s'en défend, en mettant en avant l'amélioration des relations entre la Serbie et l'Union européenne, ou encore la coopération avec le TPIY. Seize criminels de guerre présumés ont été livrés à La Haye et Kostunica promet que les deux derniers suspects recherchés, l'ancien chef des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic et le général Ratko Mladic, ancien chef de l'armée bosno-serbe, seront arrêtés, conformément aux souhaits de l'UE et de l'OTAN.
Plus de 17.000 personnes impliquées dans le massacre de Srebrenica ont été identifiées
Une commission d'enquête bosno serbe annonce avoir identifié plus de 17.000 personnes qui auraient participé au massacre de la population musulmane de Srebrenica en 1995, le plus important massacre de civils depuis la Seconde Guerre mondiale. Le groupe de travail spécial du gouvernement bosno serbe, qui enquête depuis 2003, a fait savoir qu'il ne publierait pas les noms des personnes identifiées. Le rapport sera en revanche transmis à la justice pour d'éventuelles poursuites. Il a également été communiqué au Haut représentant de la communauté internationale en Bosnie-Herzégovine, Paddy Ashdown. Au total, 19.473 Serbes de Bosnie, civils et militaires, ont été impliqués à un degré ou un autre dans le massacre et l'identité de 17.074 d'entre eux a été établie. En juillet 1995, 7.800 hommes et garçons musulmans ont été massacrés au cours d'un massacre planifié contre l'enclave, déclarée "zone de sécurité" par l'ONU. Le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) recherche toujours l'ancien chef des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic et le général Ratko Mladic, ancien chef de l'armée bosno serbe, inculpés pour génocide et crimes contre l'humanité notamment pour leur rôle dans ces violences.

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