Semaine du 12 au 18 octobre 2005

 

Fonds de régulation des recettes fiscales

Le budget de l’Etat hors de contrôle

Loi de finances 2006

Quelle relance ?

Solidarité

Des repas pour les démunis

Le FLN dans ces oeuvres(Partie II)

 

 
 
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Fonds de régulation des recettes fiscales

Le budget de l’Etat hors de contrôle

La reconduction dans le projet de loi de finances 2006 du fonds de régulation des recettes fiscales confirme que l’orientation de la politique budgétaire demeure entre les mains exclusives du pouvoir exécutif, sans aucune possibilité de contrôle ou de contre pouvoir. C’était cela la trouvaille de Benachenhou qui s’étonne maintenant que le pays ne connaisse pas une si bonne gouvernance.

C’est désormais une tradition solidement établie depuis quelques années. Il est même devenu systématique que le gouvernement élabore une loi de finances à laquelle il apporte, pas plus de sept mois plus tard, un chapelet d’ajustements et de correctifs par la promulgation d’une loi de finances complémentaire. Récemment, lors de la présentation des grandes orientations de la loi de finances de l’exercice à venir, Mourad Medelci a épousé la même attitude que ses prédécesseurs et qui se veut rassurante en annonçant d’ores et déjà que ce projet sera suivi par une loi complémentaire. Il a aussi fait savoir que la LF2006 a été élaborée sur la base d’un prix de référence du baril à 19 dollars, bien que les prévisions les plus catastrophiques sur la tenue du marché pétrolier ne vont pas plus bas que 33 dollars le baril. S’il fallait tirer une leçon de la pratique de l’élaboration des lois de finances, la première veut que l’on sorte du rigorisme presque dogmatique lié à ces fameux 19 dollars (au fait, pourquoi pas 18 ou 20 dollars ?) et que l’on aille vers un prix de référence plus en adéquation avec l’évolution du marché pétrolier. Dans ce cas de figure, une loi de finances complémentaire trouverait sa justification et sa nécessité.

Mais il se trouve que, comme décidé par la politique du gouvernement, tout l’excédent des recettes provenant de l’exportation des hydrocarbures est destiné à alimenter le fonds de régulation des recettes fiscales. Ce fonds, créé par Abdelatif Benachenhou à travers la loi de finances 2001, a été favorablement accueilli en son temps par le FMI et de la Banque mondiale à travers les évaluations de la politique budgétaire de l’Algérie. L’argument pour cela étant que cette initiative restait la solution la meilleure pour prémunir l’économie contre tout choc extérieur résultat d’un retournement subit des prix du baril. Pour l’ancien ministre des finances, il importait de continuer à disposer de l’assise financière nécessaire à la consolidation de la balance des paiements et la solvabilité de l’Algérie, mais aussi pour éponger le déficit budgétaire. Un déficit qui est paradoxalement planifiée dans le cadre de la loi de finances.

Dans son dernier rapport sur la conjoncture monétaire et financière de l’Algérie, la Banque d’Algérie, la Banque d'Algérie annonçait que le stock d'épargnes financières accumulées par le Trésor s'est particulièrement accru au cours de l'année 2004, où les dépôts du Trésor auprès de la Banque d'Algérie ont atteint 1.029 milliards de dinars à la fin 2004, dont une bonne partie au titre du Fonds de régulation des recettes.

En dehors de ces chiffres qui se veulent d’une précision sans faille, l’on ne nous dit pas à quoi sert encore ce fonds, à quoi a-t-il servi lors des exercices écoulés et surtout avec quels résultats. Les ressources supplémentaires, dont le fonds de régulation des recettes fiscales est le réceptacle, sont affectées à travers les lois de finances complémentaires successives. Mais tout le problème se pose lorsque les LFC sont promulguées par ordonnance, échappant à tout débat une fois de passage à l’APN. Si l’on estime, très approximativement, que les dépenses budgétaires sont établies sur la base de 19 dollars le baril et que ce dernier se maintient à près du double en moyenne, on peut aisément déduire que personne en dehors de l’exécutif n’est en mesure de contrôler l’usage qui est fait de la moitié du budget de l’Etat. Avec un baril à 60 dollars et une fiscalité ordinaire (hors hydrocarbures) loin de ses promesses, la proportion est encore plus grande et le fait d’autant plus contestable !

Rien que cette raison suffirait à supprimer définitivement le fonds de régulation des recettes fiscales qui est en contradiction flagrante avec l’esprit et la lettre de la Constitution. La loi fondamentale (toujours en vigueur à ce que l’on sache) stipule, à ce titre, que "le Parlement légifère dans les domaines que lui attribue la Constitution, ainsi que dans les domaines suivants (…) : 12 - le vote du budget de l'Etat (article 122). L'article 123 mentionne, entre autres, qu'"outre les domaines réservés par la Constitution à la loi organique, relèvent également de la loi organique les matières suivantes : la loi cadre relative aux lois de finances".

D’ailleurs, il ne s’en est pas fallu de beaucoup pour que les experts du FMI révisent leur jugement à propos de ce fonds. Dans un rapport très gênant sur la transparence budgétaire et fiscale publié fin 2004, et au-delà des aspects liés à la corruption et au musellement de la cour des comptes, le FMI a sévèrement critiqué l’opacité dans la gestion du FRRF et sa non soumission au contrôle du Parlement. Pour ce qui nous concerne, quand bien même l’on sait parfaitement l’étroitesse de la marge de manoeuvre des députés et des sénateurs, lorsque ceux-ci ne font pas partie de la majorité présidentielle, il faut bien, dans un Etat qui se dit tendre à devenir un Etat de droit, qu’un minimum de règles du jeu institutionnel soient respectées.

Le fait est qu’au départ, une loi de finances est censée constituer l’instrument de répartition les ressources de l’Etat sur les différents volets du programme du gouvernement qui doit comporter des réalisations et des délais précis. Or le programme que dit appliquer le gouvernement n’est pas le sien, mais celui du chef de l’Etat, élu pour cinq ans. Ce fait rend inutile qu’un chef du gouvernement aille faire sa déclaration de politique générale à l’APN et qu’il se sente obligé de présenter son bilan annuel. D’abord parce que le programme du président de la république s’étale sur le temps de son mandat (PSRE 2001-2004, le PNDA 2001-2004, 1 million de logement à 2009, plan de soutien à la croissance 2004-2009, etc.) Ensuite, parce que ce qui compte n’est pas tant que le programme annuel soit concrétisé effectivement, mais que le président tienne ses promesses électorales avec la latitude de le faire jusqu’au dernier jour de son mandat. Cette réalité politique amène de plus en plus les lois de finances à perdre toute lisibilité, pour ne devenir une simple batterie de mesures visant à codifier l’intervention indirecte de l’Etat et à ne définir que le niveau de la pression fiscale.

Le Conseil des ministres consacré à l’approbation de l'avant-projet de loi de finances pour 2006 a considéré que ce dernier «s'inscrit dans la perspective de la réalisation des objectifs assignés au programme complémentaire de soutien à la croissance». Il s’agit du rééquilibrage territorial à travers le développement du réseau routier et ferroviaire, de l'amélioration des conditions de vie du citoyen en matière notamment, d'habitat, d'accès aux soins et aux prestations de base, de la prise en charge des besoins croissants en matière d'éducation et de formation, de la levée de la contrainte en matière de ressources en eau et du développement et la modernisation du service public.

Cela suffit, une fois de plus, à ce que la loi de finances perde toute lisibilité, pour ne devenir une simple batterie de mesures visant à codifier l'intervention indirecte de l'Etat et à ne servir plus qu'à définir le niveau de la pression fiscale.

Nabil Benali

 

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Loi de finances 2006

Quelle relance ?

Le projet de loi de finance pour l’année 2006 n’est pas sorti du cadre des précédents. Si l’aisance financière est la bien venue, il aurait été souhaitable, à l’occasion de l’élaboration de cette loi de finance, d’y déceler une vision économique et non pas une simple affectation de budget prélevé sur la fiscalité pétrolière. En prévision des années de « vaches maigres », le gouvernement aurait gagné à miser sur une véritable relance économique qui ne peut se traduire que par un investissement public (et d’aide aux entreprises privées productives) dans des secteurs importants pourvoyeurs de bien manufacturés afin de réduire la facture des importations qui ne cesse de s’élever d’année en année.

Ainsi, l’Etat compte consacrer 2623,4 milliards DA (environ 35 milliards de dollars) pour les dépenses budgétaires prévues durant l'année 2006, dont 1340,6 milliards DA destinés au budget d'équipement soit un peu plus de la moitié du budget global pour la prise en charge du programme complémentaire de soutien à la croissance économique (PCSC), et 28% de plus que dans la loi de finance 2005. Quant au budget de fonctionnement, il est établi à 1283,5 milliards de dinars, et dans lequel les secteurs de l’éducation, de la formation, de l’enseignement supérieur et de la santé héritent d’une part significative.

Les objectifs assignés au projets de loi de finances pour 2006 sont : l’encouragement de l’investissement et la création d’emplois à travers la suppression du versement forfaitaire, la réintroduction de la procédure du gré à gré pour les cessions de terrains domaniaux au profit des promoteurs d’activités économiques et la création du fonds national de mise à niveau des PME

Les dépenses d’équipement prévues dans le projet de loi de finance 2006 visent en particulier à « assurer le rééquilibrage territorial à travers le développement du réseau routier et ferroviaire, l’amélioration des conditions de vie du citoyen en matière, notamment d’habitat, d’accès aux soins et aux prestations de base, la prise en charge des besoins croissants en matière d’éducation et de formation, la levée de la contrainte en matière de ressources en eau et le développement et la modernisation du service public », lit-on dans le communiqué du conseil des ministres.

Le gouvernement s’enorgueillis déjà en faisant remarquer que « c'est la première fois depuis plusieurs décennies que notre pays enregistrera ainsi un budget d'équipement supérieur au budget de fonctionnement ». C’est, certes, une avancée mais qui dont les objectifs restent encore vagues. Pourquoi autant d’argent pour le budget d’équipement, et quels sont les secteurs qui vont en bénéficier ? Cette enveloppe ira-t-elle uniquement à la consommation d’équipements sans contre partie productive et de création d’emplois durables ?

Quant à la lutte contre l’informel, elle relève plus du discours que d’une politique qu’on veut réellement mettre en place. Car, et cela tout le monde le sait, le secteur informel c’est le secteur formel qui fuit ses obligations en matière d’impôts. Le jour où l’Etat sera en mesure d’imposer la facturation dans toute la chaîne commerciale, en commençant par les importateurs et les producteurs, on pourra dire qu’il existe une véritable volonté de lutte contre le secteur informel. Ce n’est, donc, pas en se défoulant sur les petits revendeurs que l’on arrêtera le phénomène qui cause un préjudice annuel estimé à plusieurs dizaines de milliards de dinars.

Le réaménagement du système fiscal en vigueur, à travers la loi de finance 2006, va dans le sens de l’aggravation des sanctions financières à l’encontre des commerçants entravant le contrôle fiscal ainsi que la punition pour défaut de déclaration fiscale. Ces mesures sont accompagnées par l’institution d’un identifiant fiscal et d’un casier fiscal centralisé. Mais la question est de savoir les différentes institutions concernées saurons éviter les embrouilles dans la gestion de ces identifiants fiscaux comme cela a été constaté dans le passé.

Dans la même logique, le projet de loi exclut du droit de remboursement de la TVA pour les factures réglées en espèces, en attendant l’entrée en vigueur du paiement par carte bancaire et la généralisation de l’utilisation du chèque.

Par ailleurs, l’exonération de l’impôt sur les bénéfices (IBS) pour les exportateurs hors hydrocarbures sera certainement appréciée à sa juste valeur par les opérateurs concernés qui auraient souhaité, en plus de ces mesures, une plus grande assistance en matière d’aide à l’accès aux marchés extérieurs et de placement des produits algériens.

Par contre, la réintroduction du gré à gré (pourtant officiellement décrié par les plus hautes autorités) pour la cession des terrains domaniaux au profit des promoteurs d’activités économiques, s’apparente, selon certains experts, à un « bradage » des terrains d’assiette des entreprises privatisables au lieu, suggèrent-ils, de les vendre au prix du marché.

Néanmoins, en ce qui concerne l’obligation de déclarer les comptes devises à l’étranger, la mesure a de quoi étonner. D’abord, on ne voit pas comment on obliger les particuliers de déclarer leurs comptent devises à l’étranger. Ensuite, et lorsqu’il s’agit des sociétés, l’Etat devrait plutôt les obliger à rapatrier le produit de leurs exportations. Il ne s’agit pas de produire de nouveaux textes, mais de veiller à la stricte l’application de ceux qui existent déjà depuis plusieurs années. Le cas des exportations des métaux ferreux et non ferreux, que nous avons évoqué à plusieurs reprises sur nos colonnes, est un exemple parfait de laisser aller des institutions concernées par la surveillance du rapatriement des devises issues de l’exportation de ces produits. Le problème reste, d’ailleurs, posé jusqu’à ce jour malgré l’étendue du préjudice causé au Trésor Public et l’énorme trafic de registres de commerce généré par ce courant de fraude.

Pour ce qui est de l’encouragement aux entreprises prévu dans le projet de loi de finance 2006, il se résume en quelque sorte à une seule mesure. Il s’agit de la suppression du versement forfaitaire auquel l’Etat avait recours pour combler le manque à gagner sur le plan de la fiscalité. Le projet de loi ne prévoit rien d’autre pour le secteur productif en dehors, aussi, de la création du fonds national de mise à niveau des PME.

Ceci n’empêche pas le gouvernement de prévoir une importante création d’emplois durant l’année 2006 estimée, selon le directeur général du Budget au ministère des Finances, à 466.000 emplois dans le cadre seulement des retombées du programme quinquennal pour la relance économique et de la promesse de créer deux millions d’emplois d’ici 2009. Selon ce même responsable, ces emplois proviendront particulièrement de la mise en œuvre des programmes d’aides aux agriculteurs et le secteur des transports.

Globalement le secteur industriel reste le parent pauvre de cette loi de finance qui ne semble pas lui accorder la place qu’il faut. Le propos n’est de revendiquer d’injecter des capitaux à perte dans toutes les entreprises publiques. Mais de cibler des secteurs clés pour lesquels l’Etat peut faire un effort d’investissement en s’entourant de toutes les garanties pour l’argent investi ne s’évapore pas en salaires uniquement. Malheureusement, le projet de loi de finance 2006 ne prévoit pas des mécanismes francs de financement des projets productifs et d'accélération du rythme de l'activité économique de manière à garantir les emplois actuels et la création de nouveaux emplois dans le futur proche.

Abdelkader Djalil

 

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Le FLN dans ces oeuvres(Partie II)

Dans les quatre premières  parties de cette étude, nous avons essayé de retracer le parcours d’un parti hégémonique qui ne conçoit l’exercice du pouvoir que  par lui seul et pour toujours et qui, après en avoir, été éjecté, a appris à ruser avec ses adversaires pour ne plus subir leur courroux. Nous avons donc évoqué la technique du tapis roulant usitée pour fatiguer l’ennemi et le pousser à  commettre la faute… Ensuite, nous avons suivi les hommes du FLN au sein de l’ANP, puis ceux de l’ANP dans le FLN.  Puis  nous avons abordé  la question du fameux mouvement de redressement dont personne n’a vraiment d’abord compris d’où il sortait et, cette semaine, nous allons essayer de savoir jusqu’où  il peut aller..

Nettoyage par le vide

Le dilemme se situant donc dans le fait que la disparition organique du FLN entraînerait automatiquement la création d’un dangereux vide  politique dont nul ne peut prévoir par qui ni par quoi il pourrait bien être comblé. L’expérience dangereuse de 1990  ayant bien montré tous les risques attachés à une Élimination trop rapide et trop brutale du FLN de la scéne  politique.  Car si dans l’esprit de Chadli Bendjedid et de la haut hiérarchie militaire,  la réduction de la place et de l’importance du FLN Était nécessaire, comme préalable à tout  dÈveloppement de la démocratie dans notre pays, pour Abdelhamid Mehri  et pour l’appareil du parti, elle Ètait au contraire le moyen idoine pour permettre à l’islam radical d’occuper la place vacante et barrer ainsi la route à toute démocratie véritable. Nous nous souvenons tous de l’extraordinaire travail de sape effectué alors par Mehri pour détacher les anciennes organisations de masses du FLN de leur corps d’origine pour les pousser soit à chercher un nouveau parapluie politique, soit à laisser la place à d’autres organisations de masse. Ce qui arriva d’ailleurs moins de deux ans plus tard. Puisque aussi bien le mouvement de Mahfoud Nahnah que le parti de Abassi Madani s’empressèrent-ils de créer leurs propres organisations estudiantines, de jeunesse et de femmes, alors que le FLN en était dépourvu. Cette stratégie d’affaiblissement de l’ancien parti unique, menée par Mehri pour faire de la place à son puissant alliÈ islamiste, se rappelle d’ailleurs aujourd’hui à notre bon souvenir par la dernière interview accordée par lui à Liberté, la semaine derniére,  dans laquelle il égrène son argument favori consistant à dire que  le FIS constitue une réalité politique et sociologique qui doit être nécessairement prise en compte. Dans les années 1990, Mehri évoquait d’ailleurs invariablement les fameux "trois millions d’Algériens qu’il n’Ètait raisonnablement pas permis de pousser sous le tapis et de faire comme s’ils n’existaient pas". Un argumentaire qui oublie tout juste de prÈciser que c’est le FLN lui-même qui a contribuÈ à crÈer ces trois millions d’Èlecteurs  islamistes en permettant au FIS d’exister d’abord et de recruter ensuite sur la base d’un programme populiste et dÈmagogique où la religion sert en même temps de bâton et de carotte. Le Code pÈnal de la plupart des pays dÈmocratiques prÈvoit à cet effet que nul ne peut se prÈvaloir de sa propre turpitude et Abdelhamid Mehri plus qu’aucun autre ne peut prÈtendre à la dÈfense d’un mouvement politique qu’il a amoureusement aidÈ à venir au monde dans le but Èvident de bloquer toute avancÈe dÈmocratique qui puisse menacer les intérêts illÈgitimes de la caste islamo-conservatrice en AlgÈrie. La mÈcanique politique ainsi mise en place par le FLN sera un peu plus tard dÈclinÈe par Mouloud Hamrouche, qui se qualifie lui-même comme un enfant du systËme (FLN s’entend), sous la fameuse sentence de "moi ou le chaos". Mehri quant à lui ne se rend peut-être même pas compte qu’il nous dit "moi et le chaos" en plaidant pour le retour du FIS dissous, même aprËs l’adoption de la charte pour la paix et la rÈconciliation nationale à 97% des voix exprimÈes ce 29 septembre 2005.

C’est dire la difficultÈ reprÈsentÈe par un parti qui a su si ingÈnieusement se prÈmunir contre toute tentative de l’exclure du jeu politique pour quelque raison que ce soit. Sa disparition crÈant soit un vide politique qui ne peut être comblÈ pour l’instant que par la mouvance islamiste, soit une situation d’instabilitÈ que n’est guère en mesure de maîtriser un autre parti que  lui. Cette problÈmatique sera d’ailleurs trËs vite cernÈe par le haut commandement militaire qui, au moment de se sÈparer du FLN en tant que parti du pouvoir, avait déjà prÈvu une solution de rechange à travers la mise en route du Rassemblement populaire national que devait impulser feu le président Mohamed Boudiaf. Une solution si dangereuse pour l’ancien parti unique et pour le systËme FLN dans son ensemble qu’elle provoquera la rÈplique foudroyante que nous connaissons tous à travers l’assassinat de Si Tayeb El_Watani, qui Ètait certes prÈsident de la RÈpublique, mais aussi fondateur et principal animateur du RPN.  L’Èlimination de Mohamed Boudiaf ayant eu pour principale incidence de mettre à terre le projet de lancement d’un autre parti de pouvoir. Nous ne pouvons pas ici faire l'économie d’un rapprochement avec l’assassinat de Abdelhak Benhamouda, le 28  janvier 1997, qui lui aussi Ètait sur le point de lancer le Rassemblement national démocratique. Ces deux assassinats de personnalitÈs politiques en passe de lancer des partis politiques n’ont d’ailleurs pas manquÈ de susciter la curiositÈ d’observateurs Ètrangers qui , à l’instar de Françoise Germain_Robin du quotidien français L’HumanitÈ, les lient Ègalement  à celui de Kasdi Merbah qui Ètait sur le point de mettre sur orbite un mouvement politique trËs large autour de son "appel pour la paix" et  à celui de Aboubakr Belkaïd qui mettait les derniËres touches à l’officialisation de son Mouvement pour la Rzpublique.  Les terroristes du GIA ayant ainsi une Ètrange propension à Èliminer tout concurrent sÈrieux qui pourrait mettre en danger le leadership du FLN dans le systËme. Cela sera aussi le cas, ne l’oublions pas, de Abdelkader Hachani qui ne cachait pas son intention de donner au FIS une tout autre orientation que celle que lui avaient imprimé Abassi et Belhadj et qui appuyait fortement le projet politique de Ahmed Taleb, qui Ètait en train de mettre sur pied le parti Wafa. Le vide sidÈral autant que sanglant organisÈ autour du FLN a, avouons-le, quelque chose de si troublant que nous pouvons difficilement  le considÈrer comme un simple effet du hasard. Les seuls partis ayant survÈcu à l’hÈcatombe Ètant ceux dont l’impact sur la sociÈtÈ est trËs limitÈ et qui ne reprÈsentent aucune menace rÈelle  pour lui.  Et il aura fallu tout le poids de l’équipe Zeroual-Betchine pour donner ses chances  au RND, en l’absence de son fondateur. Bien que là aussi, la débâcle ‚de l’été 1998, qui aura vu  ladite équipe contrainte à un départ précipité, ne soit pas étrangère à une volonté délibérée de tuer le RND en mettant hors circuit ses principaux dirigeants. Et de fait,  ce parti n’aura dû son salut qu’à l’existence de solutions de rechange, apparemment prévues de longue date, qui consisteront à aligner autant de figures de proue que nécessaire  à chaque fois que l’une se fait descendre (au sens propre et au sens figuré). C’est ainsi que la direction nationale du parti comptait en son sein un nombre impressionnant de ministres, d’anciens généraux et de personnalités de premier plan, dont un chef du gouvernement à la retraite et un autre en activité, de façon à bien signifier à qui de droit que le projet était cette fois-ci bien bétonné et qu’il ne servirait à rien de liquider un chef puisque dix autres étaient prêts à prendre sa place. Et de fait, le RND a donc pu voir le jour et survivre malgré un nombre incroyable d’obstacles en tout genres mis sur son chemin, allant de l’assassinat  de Abdelhak Benhamouda à la campagne médiatico-politique contre le duo Zeoual-Betchine, aux multiples tentatives de dissidence initiées par quelques cadres alléchés par le poste de secrétaire général du parti. L’objectif reste le même : faire le vide autour du FLN, ou pour être plus précis, du  FLN, du FIS et au FFS. Sachant que le FLN sait parfaitement que seul il ne peut guère asseoir son hégémonie sur la société et qu’il a besoin des deux autres partis islamo-conservateurs pour ce faire.

Abderrahmane Mahmoudi

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Solidarité

Des repas pour les démunis

1,5 million de couffins seront distribués durant ce mois de ramadan, aux familles nécessiteuses, afin qu'elles puissent assurer leur pitance quotidienne. Le ministère de la Solidarité, qui assure cette opération, autorise, cette année, les associations caritatives à y participer et à ouvrir des restaurants pour les sans-abri et les nécessiteux.

Après leur avoir interdit, des années durant, d'être de la partie et de prendre part à la solidarité qui ne manque jamais d'être au rendez-vous durant le mois de ramadan, le ministre de l'Emploi et de la Solidarité, Djamel Ould Abbès, annonce que les choses seront différentes, cette année, puisque les associations caritatives sont autorisés à participer à l'opération de solidarité et à ouvrir des restaurants qui offrent des repas chauds à tous ceux qui le demandent. A ceci près que ces associations doivent disposer d'un local où les normes d'hygiène sont rigoureusement respectées, car il va sans dire que ceux qui fréquentent ces restaurants, même s'ils sont pauvres, sont avant tout des êtres humains.

L'autre condition du ministère de la Solidarité est que ces associations doivent limiter leurs activités au côté solidaire, sans essayer de verser dans les insinuations politiques et démagogiques. Allusion on ne peut plus claire aux associations et autres partis islamistes qui, par le passé, ont profité de l'occasion qui leur était offerte de faire œuvre de charité pour distiller insidieusement leurs idées et leur doctrine. Le résultat, on l'a vu, a été des plus catastrophiques ; de nombreux jeunes ont ainsi été mobilisés et endoctrinés. Cette année donc, ces associations n'ont pas intérêt à dévier du bon chemin, car leur agrément, pour l'opération solidarité, leur sera retiré tout bonnement. Tout comme les quatorze associations interdites d'activité, l'année passée.

Ainsi, durant ce mois de ramadan, 400 restaurants sont ouverts et assureront pas moins de 5 millions de repas chauds et variés pour ceux qui n'ont nulle part où se restaurer. Mais il faut le savoir que le nombre de restaurant a diminué par rapport à l'année dernière, où il était de 556 restaurants qui ont assuré 6,6 millions de repas. Cette diminution est justifiée par le ministère de la Solidarité par le fait que, cette année, le nombre des couffins distribués aux familles est plus élevé – 1,5 million de couffins contre 1,2 million en 2004. Cette augmentation est expliquée par le désir du comité national de suivi de l'opération de solidarité d'être en relation directe avec les familles qui, grâce aux couffins qu'on leur donne, préparent leur repas elles-mêmes et préservent ainsi leur dignité.

Pour rappel, quand les opérations de solidarité ont commencé, chacun a pu voir les familles qui attendaient, en file indienne, qu'on leur serve un repas chaud à emporter chez elles. Avec le temps, l'idée d'offrir à ces familles des denrées alimentaires a fait son chemin, pour enfin s'instaurer en règle. La soupe populaire est fréquentée plus par des sans-abri et les voyageurs qui n'ont pas où manger que par des familles, comme cela s'était fait les premiers temps.

Les familles, pour leur part, apprécient cette décision car elle leur permet de rester discrètes et de ne pas trop afficher leur pauvreté ; d'un autre côté, beaucoup de mères de famille préfèrent préparer leurs repas elles-mêmes. "Je sais ce qu'aiment mon mari et mes enfants, de plus je ne vous cache pas que les repas qu'on nous donnait étaient pour la plupart insipides", nous avoue cette jeune femme à la mise propre, mais dont le mari ne travaille plus depuis que l'entreprise qui l'employait depuis de longues années a été dissoute. Sereine, elle attend d'emporter le couffin qui lui permetta de préparer un repas pour sa famille. "Souvent, beaucoup d'ingrédients manquent, mais je me débrouille pour préparer ce qu'il faut, histoire pour moi d'imaginer que je suis comme les autres."

Cette opération de solidarité coûte au ministère de la Solidarité nationale 120 milliards de centimes. 60 milliards de centimes proviennent de dons, car il se trouve toujours des gens qui pensent aux démunis dans leur malheur et essayent autant qu'ils le peuvent de les aider. Il est important de le dire, car les dons des particuliers sont appréciables et permettent souvent aux associations caritatives et au Croissant-Rouge algérien d'assurer des œuvres de bienfaisance durant le mois sacré de ramadan et aussi durant les mois de l'hiver.

Donc, si la solidarité est assurée par l'Etat, à travers le ministère de la Solidarité nationale, elle est aussi et surtout l'œuvre de nombreux particuliers qui n'hésitent pas à mettre la main à la pâte, tel le propriétaire d'un luxueux restaurant qui, chaque année, ouvre son restaurant pour aux nécessiteux et sans-abri qui y mangent à leur faim ; en parallèle, il établit une liste de familles pauvres auxquelles il offre viande, semoule, huile, légumes, dattes, couscous… à profusion, de sorte à ce que ces familles puissent manger à satiété. Ce qui attire l'attention c'est que ce bienfaiteur refuse d'être identifié ; il entrepose ses dons à la mosquée du quartier, où on assure une distribution juste et équitable.

C'est bien beau de se dire qu'il y a une grande solidarité chez nous, surtout durant le mois de ramadan où beaucoup de gens ne pensent qu'à s'empiffrer pour compenser les frustrations d'une journée de jeûne, mais le revers de la médaille n'est pas aussi reluisant et nous confirme encore une fois que la pauvreté ne cesse de prendre de l'ampleur en Algérie, même si les spécialistes de la question affirment qu'elle en Algérie n'est pas aussi grave que celle qui frappe certains pays d'Afrique subsaharienne.

Il reste à dire qu'il y a de plus en plus de familles pauvres qui ont besoin d'être sérieusement aidées. En effet, le chiffre avancé par le ministère de la Solidarité –1,5 million – s'il est important, n'est pas tout à fait réel, car il ne reflète pas toute l'étendue de la pauvreté et signifie aussi que beaucoup de familles réellement dans le besoin refusent de s'inscrire dans les APC pour qu'on leur attribue de l'aide ; nombreuses sont celles qui refusent de tendre la main et se couvrent de leur dignité. D'autres familles subsistent grâce à l'aide de leurs proches ou de leurs voisins. Le réseau de solidarité s'amplifie, durant ce mois sacré, et le bouche à oreille est souvent le meilleur moyen pour identifier ceux et celles qui ont besoin d'aide. Nombreux aussi sont ceux qui préfèrent faire leurs dons eux-mêmes et s'asssurer que les familles qui en bénéficient le méritent. Ce n'est pas pour rien que "sandouk ezzakat", créé par le ministère des Affaires religieuses, n'attire pas autant de dons qu'on l'aurait voulu.

Khadidja Mohamed Bouziane

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