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Fonds de
régulation des recettes fiscales
Le budget de
l’Etat hors de contrôle
La reconduction
dans le projet de loi de finances 2006 du fonds de régulation des
recettes fiscales confirme que l’orientation de la politique
budgétaire demeure entre les mains exclusives du pouvoir exécutif,
sans aucune possibilité de contrôle ou de contre pouvoir. C’était
cela la trouvaille de Benachenhou qui s’étonne maintenant que le
pays ne connaisse pas une si bonne gouvernance.
C’est désormais
une tradition solidement établie depuis quelques années. Il est même
devenu systématique que le gouvernement élabore une loi de finances
à laquelle il apporte, pas plus de sept mois plus tard, un chapelet
d’ajustements et de correctifs par la promulgation d’une loi de
finances complémentaire. Récemment, lors de la présentation des
grandes orientations de la loi de finances de l’exercice à venir,
Mourad Medelci a épousé la même attitude que ses prédécesseurs et
qui se veut rassurante en annonçant d’ores et déjà que ce projet
sera suivi par une loi complémentaire. Il a aussi fait savoir que la
LF2006 a été élaborée sur la base d’un prix de référence du baril à
19 dollars, bien que les prévisions les plus catastrophiques sur la
tenue du marché pétrolier ne vont pas plus bas que 33 dollars le
baril. S’il fallait tirer une leçon de la pratique de l’élaboration
des lois de finances, la première veut que l’on sorte du rigorisme
presque dogmatique lié à ces fameux 19 dollars (au fait, pourquoi
pas 18 ou 20 dollars ?) et que l’on aille vers un prix de référence
plus en adéquation avec l’évolution du marché pétrolier. Dans ce cas
de figure, une loi de finances complémentaire trouverait sa
justification et sa nécessité.
Mais il se trouve
que, comme décidé par la politique du gouvernement, tout l’excédent
des recettes provenant de l’exportation des hydrocarbures est
destiné à alimenter le fonds de régulation des recettes fiscales. Ce
fonds, créé par Abdelatif Benachenhou à travers la loi de finances
2001, a été favorablement accueilli en son temps par le FMI et de la
Banque mondiale à travers les évaluations de la politique budgétaire
de l’Algérie. L’argument pour cela étant que cette initiative
restait la solution la meilleure pour prémunir l’économie contre
tout choc extérieur résultat d’un retournement subit des prix du
baril. Pour l’ancien ministre des finances, il importait de
continuer à disposer de l’assise financière nécessaire à la
consolidation de la balance des paiements et la solvabilité de
l’Algérie, mais aussi pour éponger le déficit budgétaire. Un déficit
qui est paradoxalement planifiée dans le cadre de la loi de
finances.
Dans son dernier
rapport sur la conjoncture monétaire et financière de l’Algérie, la
Banque d’Algérie, la Banque d'Algérie annonçait que le stock
d'épargnes financières accumulées par le Trésor s'est
particulièrement accru au cours de l'année 2004, où les dépôts du
Trésor auprès de la Banque d'Algérie ont atteint 1.029 milliards de
dinars à la fin 2004, dont une bonne partie au titre du Fonds de
régulation des recettes.
En dehors de ces
chiffres qui se veulent d’une précision sans faille, l’on ne nous
dit pas à quoi sert encore ce fonds, à quoi a-t-il servi lors des
exercices écoulés et surtout avec quels résultats. Les ressources
supplémentaires, dont le fonds de régulation des recettes fiscales
est le réceptacle, sont affectées à travers les lois de finances
complémentaires successives. Mais tout le problème se pose lorsque
les LFC sont promulguées par ordonnance, échappant à tout débat une
fois de passage à l’APN. Si l’on estime, très approximativement, que
les dépenses budgétaires sont établies sur la base de 19 dollars le
baril et que ce dernier se maintient à près du double en moyenne, on
peut aisément déduire que personne en dehors de l’exécutif n’est en
mesure de contrôler l’usage qui est fait de la moitié du budget de
l’Etat. Avec un baril à 60 dollars et une fiscalité ordinaire (hors
hydrocarbures) loin de ses promesses, la proportion est encore plus
grande et le fait d’autant plus contestable !
Rien que cette
raison suffirait à supprimer définitivement le fonds de régulation
des recettes fiscales qui est en contradiction flagrante avec
l’esprit et la lettre de la Constitution. La loi fondamentale
(toujours en vigueur à ce que l’on sache) stipule, à ce titre, que
"le Parlement légifère dans les domaines que lui attribue la
Constitution, ainsi que dans les domaines suivants (…) : 12 - le
vote du budget de l'Etat (article 122). L'article 123 mentionne,
entre autres, qu'"outre les domaines réservés par la Constitution à
la loi organique, relèvent également de la loi organique les
matières suivantes : la loi cadre relative aux lois de finances".
D’ailleurs, il ne
s’en est pas fallu de beaucoup pour que les experts du FMI révisent
leur jugement à propos de ce fonds. Dans un rapport très gênant sur
la transparence budgétaire et fiscale publié fin 2004, et au-delà
des aspects liés à la corruption et au musellement de la cour des
comptes, le FMI a sévèrement critiqué l’opacité dans la gestion du
FRRF et sa non soumission au contrôle du Parlement. Pour ce qui nous
concerne, quand bien même l’on sait parfaitement l’étroitesse de la
marge de manoeuvre des députés et des sénateurs, lorsque ceux-ci ne
font pas partie de la majorité présidentielle, il faut bien, dans un
Etat qui se dit tendre à devenir un Etat de droit, qu’un minimum de
règles du jeu institutionnel soient respectées.
Le fait est qu’au
départ, une loi de finances est censée constituer l’instrument de
répartition les ressources de l’Etat sur les différents volets du
programme du gouvernement qui doit comporter des réalisations et des
délais précis. Or le programme que dit appliquer le gouvernement
n’est pas le sien, mais celui du chef de l’Etat, élu pour cinq ans.
Ce fait rend inutile qu’un chef du gouvernement aille faire sa
déclaration de politique générale à l’APN et qu’il se sente obligé
de présenter son bilan annuel. D’abord parce que le programme du
président de la république s’étale sur le temps de son mandat (PSRE
2001-2004, le PNDA 2001-2004, 1 million de logement à 2009, plan de
soutien à la croissance 2004-2009, etc.) Ensuite, parce que ce qui
compte n’est pas tant que le programme annuel soit concrétisé
effectivement, mais que le président tienne ses promesses
électorales avec la latitude de le faire jusqu’au dernier jour de
son mandat. Cette réalité politique amène de plus en plus les lois
de finances à perdre toute lisibilité, pour ne devenir une simple
batterie de mesures visant à codifier l’intervention indirecte de
l’Etat et à ne définir que le niveau de la pression fiscale.
Le Conseil des
ministres consacré à l’approbation de l'avant-projet de loi de
finances pour 2006 a considéré que ce dernier «s'inscrit dans la
perspective de la réalisation des objectifs assignés au programme
complémentaire de soutien à la croissance». Il s’agit du
rééquilibrage territorial à travers le développement du réseau
routier et ferroviaire, de l'amélioration des conditions de vie du
citoyen en matière notamment, d'habitat, d'accès aux soins et aux
prestations de base, de la prise en charge des besoins croissants en
matière d'éducation et de formation, de la levée de la contrainte en
matière de ressources en eau et du développement et la modernisation
du service public.
Cela suffit, une
fois de plus, à ce que la loi de finances perde toute lisibilité,
pour ne devenir une simple batterie de mesures visant à codifier
l'intervention indirecte de l'Etat et à ne servir plus qu'à définir
le niveau de la pression fiscale.
Nabil Benali
Haut
Loi de
finances 2006
Quelle relance ?
Le projet de loi
de finance pour l’année 2006 n’est pas sorti du cadre des
précédents. Si l’aisance financière est la bien venue, il aurait été
souhaitable, à l’occasion de l’élaboration de cette loi de finance,
d’y déceler une vision économique et non pas une simple affectation
de budget prélevé sur la fiscalité pétrolière. En prévision des
années de « vaches maigres », le gouvernement aurait gagné à miser
sur une véritable relance économique qui ne peut se traduire que par
un investissement public (et d’aide aux entreprises privées
productives) dans des secteurs importants pourvoyeurs de bien
manufacturés afin de réduire la facture des importations qui ne
cesse de s’élever d’année en année.
Ainsi, l’Etat
compte consacrer 2623,4 milliards DA (environ 35 milliards de
dollars) pour les dépenses budgétaires prévues durant l'année 2006,
dont 1340,6 milliards DA destinés au budget d'équipement soit un peu
plus de la moitié du budget global pour la prise en charge du
programme complémentaire de soutien à la croissance économique (PCSC),
et 28% de plus que dans la loi de finance 2005. Quant au budget de
fonctionnement, il est établi à 1283,5 milliards de dinars, et dans
lequel les secteurs de l’éducation, de la formation, de
l’enseignement supérieur et de la santé héritent d’une part
significative.
Les objectifs
assignés au projets de loi de finances pour 2006
sont : l’encouragement de l’investissement et la création d’emplois
à travers la suppression du versement forfaitaire, la réintroduction
de la procédure du gré à gré pour les cessions de terrains domaniaux
au profit des promoteurs d’activités économiques et la création du
fonds national de mise à niveau des PME
Les dépenses
d’équipement prévues dans le projet de loi de finance 2006 visent en
particulier à « assurer le rééquilibrage territorial à travers le
développement du réseau routier et ferroviaire, l’amélioration des
conditions de vie du citoyen en matière, notamment d’habitat,
d’accès aux soins et aux prestations de base, la prise en charge des
besoins croissants en matière d’éducation et de formation, la levée
de la contrainte en matière de ressources en eau et le développement
et la modernisation du service public », lit-on dans le communiqué
du conseil des ministres.
Le gouvernement
s’enorgueillis déjà en faisant remarquer que « c'est la première
fois depuis plusieurs décennies que notre pays enregistrera ainsi un
budget d'équipement supérieur au budget de fonctionnement ». C’est,
certes, une avancée mais qui dont les objectifs restent encore
vagues. Pourquoi autant d’argent pour le budget d’équipement, et
quels sont les secteurs qui vont en bénéficier ? Cette enveloppe
ira-t-elle uniquement à la consommation d’équipements sans contre
partie productive et de création d’emplois durables ?
Quant à la lutte
contre l’informel, elle relève plus du discours que d’une politique
qu’on veut réellement mettre en place. Car, et cela tout le monde le
sait, le secteur informel c’est le secteur formel qui fuit ses
obligations en matière d’impôts. Le jour où l’Etat sera en mesure
d’imposer la facturation dans toute la chaîne commerciale, en
commençant par les importateurs et les producteurs, on pourra dire
qu’il existe une véritable volonté de lutte contre le secteur
informel. Ce n’est, donc, pas en se défoulant sur les petits
revendeurs que l’on arrêtera le phénomène qui cause un préjudice
annuel estimé à plusieurs dizaines de milliards de dinars.
Le réaménagement
du système fiscal en vigueur, à travers la loi de finance 2006, va
dans le sens de l’aggravation des sanctions financières à l’encontre
des commerçants entravant le contrôle fiscal ainsi que la punition
pour défaut de déclaration fiscale. Ces mesures sont accompagnées
par l’institution d’un identifiant fiscal et d’un casier fiscal
centralisé. Mais la question est de savoir les différentes
institutions concernées saurons éviter les embrouilles dans la
gestion de ces identifiants fiscaux comme cela a été constaté dans
le passé.
Dans la même
logique, le projet de loi exclut du droit de remboursement de la TVA
pour les factures réglées en espèces, en attendant l’entrée en
vigueur du paiement par carte bancaire et la généralisation de
l’utilisation du chèque.
Par ailleurs,
l’exonération de l’impôt sur les bénéfices (IBS) pour les
exportateurs hors hydrocarbures sera certainement appréciée à sa
juste valeur par les opérateurs concernés qui auraient souhaité, en
plus de ces mesures, une plus grande assistance en matière d’aide à
l’accès aux marchés extérieurs et de placement des produits
algériens.
Par contre, la
réintroduction du gré à gré (pourtant officiellement décrié par les
plus hautes autorités) pour la cession des terrains domaniaux au
profit des promoteurs d’activités économiques, s’apparente, selon
certains experts, à un « bradage » des terrains d’assiette des
entreprises privatisables au lieu, suggèrent-ils, de les vendre au
prix du marché.
Néanmoins, en ce
qui concerne l’obligation de déclarer les comptes devises à
l’étranger, la mesure a de quoi étonner. D’abord, on ne voit pas
comment on obliger les particuliers de déclarer leurs comptent
devises à l’étranger. Ensuite, et lorsqu’il s’agit des sociétés,
l’Etat devrait plutôt les obliger à rapatrier le produit de leurs
exportations. Il ne s’agit pas de produire de nouveaux textes, mais
de veiller à la stricte l’application de ceux qui existent déjà
depuis plusieurs années. Le cas des exportations des métaux ferreux
et non ferreux, que nous avons évoqué à plusieurs reprises sur nos
colonnes, est un exemple parfait de laisser aller des institutions
concernées par la surveillance du rapatriement des devises issues de
l’exportation de ces produits. Le problème reste, d’ailleurs, posé
jusqu’à ce jour malgré l’étendue du préjudice causé au Trésor Public
et l’énorme trafic de registres de commerce généré par ce courant de
fraude.
Pour ce qui est de
l’encouragement aux entreprises prévu dans le projet de loi de
finance 2006, il se résume en quelque sorte à une seule mesure. Il
s’agit de la suppression du versement forfaitaire auquel l’Etat
avait recours pour combler le manque à gagner sur le plan de la
fiscalité. Le projet de loi ne prévoit rien d’autre pour le secteur
productif en dehors, aussi, de la création du fonds national de mise
à niveau des PME.
Ceci n’empêche pas
le gouvernement de prévoir une importante création d’emplois durant
l’année 2006 estimée, selon le directeur général du Budget au
ministère des Finances, à 466.000 emplois dans le cadre seulement
des retombées du programme quinquennal pour la relance économique et
de la promesse de créer deux millions d’emplois d’ici 2009. Selon ce
même responsable, ces emplois proviendront particulièrement de la
mise en œuvre des programmes d’aides aux agriculteurs et le secteur
des transports.
Globalement le
secteur industriel reste le parent pauvre de cette loi de finance
qui ne semble pas lui accorder la place qu’il faut. Le propos n’est
de revendiquer d’injecter des capitaux à perte dans toutes les
entreprises publiques. Mais de cibler des secteurs clés pour
lesquels l’Etat peut faire un effort d’investissement en s’entourant
de toutes les garanties pour l’argent investi ne s’évapore pas en
salaires uniquement. Malheureusement, le projet de loi de finance
2006 ne prévoit pas des mécanismes francs de financement des projets
productifs et d'accélération du rythme de l'activité économique de
manière à garantir les emplois actuels et la création de nouveaux
emplois dans le futur proche.
Abdelkader Djalil
Haut
Le FLN dans ces
oeuvres(Partie
II)
Dans les quatre
premières parties de cette étude, nous avons essayé de retracer le
parcours d’un parti hégémonique qui ne conçoit l’exercice du pouvoir
que par lui seul et pour toujours et qui, après en avoir, été
éjecté, a appris à ruser avec ses adversaires pour ne plus subir
leur courroux. Nous avons donc évoqué la technique du tapis roulant
usitée pour fatiguer l’ennemi et le pousser à commettre la faute…
Ensuite, nous avons suivi les hommes du FLN au sein de l’ANP, puis
ceux de l’ANP dans le FLN. Puis nous avons abordé la question du
fameux mouvement de redressement dont personne n’a vraiment d’abord
compris d’où il sortait et, cette semaine, nous allons essayer de
savoir jusqu’où il peut aller..
Nettoyage par le vide
Le dilemme se
situant donc dans le fait que la disparition organique du FLN
entraînerait automatiquement la création d’un dangereux vide
politique dont nul ne peut prévoir par qui ni par quoi il pourrait
bien être comblé. L’expérience dangereuse de 1990 ayant bien montré
tous les risques attachés à une Élimination trop rapide et trop
brutale du FLN de la scéne politique. Car si dans l’esprit de
Chadli Bendjedid et de la haut hiérarchie militaire, la réduction
de la place et de l’importance du FLN Était nécessaire, comme
préalable à tout dÈveloppement de la démocratie dans notre pays,
pour Abdelhamid Mehri et pour l’appareil du parti, elle Ètait au
contraire le moyen idoine pour permettre à l’islam radical d’occuper
la place vacante et barrer ainsi la route à toute démocratie
véritable. Nous nous souvenons tous de l’extraordinaire travail de
sape effectué alors par Mehri pour détacher les anciennes
organisations de masses du FLN de leur corps d’origine pour les
pousser soit à chercher un nouveau parapluie politique, soit à
laisser la place à d’autres organisations de masse. Ce qui arriva
d’ailleurs moins de deux ans plus tard. Puisque aussi bien le
mouvement de Mahfoud Nahnah que le parti de Abassi Madani
s’empressèrent-ils de créer leurs propres organisations
estudiantines, de jeunesse et de femmes, alors que le FLN en était
dépourvu. Cette stratégie d’affaiblissement de l’ancien parti
unique, menée par Mehri pour faire de la place à son puissant alliÈ
islamiste, se rappelle d’ailleurs aujourd’hui à notre bon souvenir
par la dernière interview accordée par lui à Liberté, la semaine
derniére, dans laquelle il égrène son argument favori consistant à
dire que le FIS constitue une réalité politique et sociologique qui
doit être nécessairement prise en compte. Dans les années 1990,
Mehri évoquait d’ailleurs invariablement les fameux "trois millions
d’Algériens qu’il n’Ètait raisonnablement pas permis de pousser sous
le tapis et de faire comme s’ils n’existaient pas". Un argumentaire
qui oublie tout juste de prÈciser que c’est le FLN lui-même qui a
contribuÈ à crÈer ces trois millions d’Èlecteurs islamistes en
permettant au FIS d’exister d’abord et de recruter ensuite sur la
base d’un programme populiste et dÈmagogique où la religion sert en
même temps de bâton et de carotte. Le Code pÈnal de la plupart des
pays dÈmocratiques prÈvoit à cet effet que nul ne peut se prÈvaloir
de sa propre turpitude et Abdelhamid Mehri plus qu’aucun autre ne
peut prÈtendre à la dÈfense d’un mouvement politique qu’il a
amoureusement aidÈ à venir au monde dans le but Èvident de bloquer
toute avancÈe dÈmocratique qui puisse menacer les intérêts
illÈgitimes de la caste islamo-conservatrice en AlgÈrie. La
mÈcanique politique ainsi mise en place par le FLN sera un peu plus
tard dÈclinÈe par Mouloud Hamrouche, qui se qualifie lui-même comme
un enfant du systËme (FLN s’entend), sous la fameuse sentence de
"moi ou le chaos". Mehri quant à lui ne se rend peut-être même pas
compte qu’il nous dit "moi et le chaos" en plaidant pour le retour
du FIS dissous, même aprËs l’adoption de la charte pour la paix et
la rÈconciliation nationale à 97% des voix exprimÈes ce 29 septembre
2005.
C’est dire la
difficultÈ reprÈsentÈe par un parti qui a su si ingÈnieusement se
prÈmunir contre toute tentative de l’exclure du jeu politique pour
quelque raison que ce soit. Sa disparition crÈant soit un vide
politique qui ne peut être comblÈ pour l’instant que par la mouvance
islamiste, soit une situation d’instabilitÈ que n’est guère en
mesure de maîtriser un autre parti que lui. Cette problÈmatique
sera d’ailleurs trËs vite cernÈe par le haut commandement militaire
qui, au moment de se sÈparer du FLN en tant que parti du pouvoir,
avait déjà prÈvu une solution de rechange à travers la mise en route
du Rassemblement populaire national que devait impulser feu le
président Mohamed Boudiaf. Une solution si dangereuse pour l’ancien
parti unique et pour le systËme FLN dans son ensemble qu’elle
provoquera la rÈplique foudroyante que nous connaissons tous à
travers l’assassinat de Si Tayeb El_Watani, qui Ètait certes
prÈsident de la RÈpublique, mais aussi fondateur et principal
animateur du RPN. L’Èlimination de Mohamed Boudiaf ayant eu pour
principale incidence de mettre à terre le projet de lancement d’un
autre parti de pouvoir. Nous ne pouvons pas ici faire l'économie
d’un rapprochement avec l’assassinat de Abdelhak Benhamouda, le 28
janvier 1997, qui lui aussi Ètait sur le point de lancer le
Rassemblement national démocratique. Ces deux assassinats de
personnalitÈs politiques en passe de lancer des partis politiques
n’ont d’ailleurs pas manquÈ de susciter la curiositÈ d’observateurs
Ètrangers qui , à l’instar de Françoise Germain_Robin du quotidien
français L’HumanitÈ, les lient Ègalement à celui de Kasdi Merbah
qui Ètait sur le point de mettre sur orbite un mouvement politique
trËs large autour de son "appel pour la paix" et à celui de
Aboubakr Belkaïd qui mettait les derniËres touches à
l’officialisation de son Mouvement pour la Rzpublique. Les
terroristes du GIA ayant ainsi une Ètrange propension à Èliminer
tout concurrent sÈrieux qui pourrait mettre en danger le leadership
du FLN dans le systËme. Cela sera aussi le cas, ne l’oublions pas,
de Abdelkader Hachani qui ne cachait pas son intention de donner au
FIS une tout autre orientation que celle que lui avaient imprimé
Abassi et Belhadj et qui appuyait fortement le projet politique de
Ahmed Taleb, qui Ètait en train de mettre sur pied le parti Wafa. Le
vide sidÈral autant que sanglant organisÈ autour du FLN a,
avouons-le, quelque chose de si troublant que nous pouvons
difficilement le considÈrer comme un simple effet du hasard. Les
seuls partis ayant survÈcu à l’hÈcatombe Ètant ceux dont l’impact
sur la sociÈtÈ est trËs limitÈ et qui ne reprÈsentent aucune menace
rÈelle pour lui. Et il aura fallu tout le poids de l’équipe
Zeroual-Betchine pour donner ses chances au RND, en l’absence de
son fondateur. Bien que là aussi, la débâcle ‚de l’été 1998, qui
aura vu ladite équipe contrainte à un départ précipité, ne soit pas
étrangère à une volonté délibérée de tuer le RND en mettant hors
circuit ses principaux dirigeants. Et de fait, ce parti n’aura dû
son salut qu’à l’existence de solutions de rechange, apparemment
prévues de longue date, qui consisteront à aligner autant de figures
de proue que nécessaire à chaque fois que l’une se fait descendre
(au sens propre et au sens figuré). C’est ainsi que la direction
nationale du parti comptait en son sein un nombre impressionnant de
ministres, d’anciens généraux et de personnalités de premier plan,
dont un chef du gouvernement à la retraite et un autre en activité,
de façon à bien signifier à qui de droit que le projet était cette
fois-ci bien bétonné et qu’il ne servirait à rien de liquider un
chef puisque dix autres étaient prêts à prendre sa place. Et de
fait, le RND a donc pu voir le jour et survivre malgré un nombre
incroyable d’obstacles en tout genres mis sur son chemin, allant de
l’assassinat de Abdelhak Benhamouda à la campagne
médiatico-politique contre le duo Zeoual-Betchine, aux multiples
tentatives de dissidence initiées par quelques cadres alléchés par
le poste de secrétaire général du parti. L’objectif reste le même :
faire le vide autour du FLN, ou pour être plus précis, du FLN, du
FIS et au FFS. Sachant que le FLN sait parfaitement que seul il ne
peut guère asseoir son hégémonie sur la société et qu’il a besoin
des deux autres partis islamo-conservateurs pour ce faire.
Abderrahmane
Mahmoudi
Haut
Solidarité
Des repas pour
les démunis
1,5 million de
couffins seront distribués durant ce mois de ramadan, aux familles
nécessiteuses, afin qu'elles puissent assurer leur pitance
quotidienne. Le ministère de la Solidarité, qui assure cette
opération, autorise, cette année, les associations caritatives à y
participer et à ouvrir des restaurants pour les sans-abri et les
nécessiteux.
Après leur avoir
interdit, des années durant, d'être de la partie et de prendre part
à la solidarité qui ne manque jamais d'être au rendez-vous durant le
mois de ramadan, le ministre de l'Emploi et de la Solidarité, Djamel
Ould Abbès, annonce que les choses seront différentes, cette année,
puisque les associations caritatives sont autorisés à participer à
l'opération de solidarité et à ouvrir des restaurants qui offrent
des repas chauds à tous ceux qui le demandent. A ceci près que ces
associations doivent disposer d'un local où les normes d'hygiène
sont rigoureusement respectées, car il va sans dire que ceux qui
fréquentent ces restaurants, même s'ils sont pauvres, sont avant
tout des êtres humains.
L'autre condition
du ministère de la Solidarité est que ces associations doivent
limiter leurs activités au côté solidaire, sans essayer de verser
dans les insinuations politiques et démagogiques. Allusion on ne
peut plus claire aux associations et autres partis islamistes qui,
par le passé, ont profité de l'occasion qui leur était offerte de
faire œuvre de charité pour distiller insidieusement leurs idées et
leur doctrine. Le résultat, on l'a vu, a été des plus
catastrophiques ; de nombreux jeunes ont ainsi été mobilisés et
endoctrinés. Cette année donc, ces associations n'ont pas intérêt à
dévier du bon chemin, car leur agrément, pour l'opération
solidarité, leur sera retiré tout bonnement. Tout comme les quatorze
associations interdites d'activité, l'année passée.
Ainsi, durant ce
mois de ramadan, 400 restaurants sont ouverts et assureront pas
moins de 5 millions de repas chauds et variés pour ceux qui n'ont
nulle part où se restaurer. Mais il faut le savoir que le nombre de
restaurant a diminué par rapport à l'année dernière, où il était de
556 restaurants qui ont assuré 6,6 millions de repas. Cette
diminution est justifiée par le ministère de la Solidarité par le
fait que, cette année, le nombre des couffins distribués aux
familles est plus élevé – 1,5 million de couffins contre 1,2 million
en 2004. Cette augmentation est expliquée par le désir du comité
national de suivi de l'opération de solidarité d'être en relation
directe avec les familles qui, grâce aux couffins qu'on leur donne,
préparent leur repas elles-mêmes et préservent ainsi leur dignité.
Pour rappel,
quand les opérations de solidarité ont commencé, chacun a pu voir
les familles qui attendaient, en file indienne, qu'on leur serve un
repas chaud à emporter chez elles. Avec le temps, l'idée d'offrir à
ces familles des denrées alimentaires a fait son chemin, pour enfin
s'instaurer en règle. La soupe populaire est fréquentée plus par des
sans-abri et les voyageurs qui n'ont pas où manger que par des
familles, comme cela s'était fait les premiers temps.
Les familles,
pour leur part, apprécient cette décision car elle leur permet de
rester discrètes et de ne pas trop afficher leur pauvreté ; d'un
autre côté, beaucoup de mères de famille préfèrent préparer leurs
repas elles-mêmes. "Je sais ce qu'aiment mon mari et mes enfants, de
plus je ne vous cache pas que les repas qu'on nous donnait étaient
pour la plupart insipides", nous avoue cette jeune femme à la mise
propre, mais dont le mari ne travaille plus depuis que l'entreprise
qui l'employait depuis de longues années a été dissoute. Sereine,
elle attend d'emporter le couffin qui lui permetta de préparer un
repas pour sa famille. "Souvent, beaucoup d'ingrédients manquent,
mais je me débrouille pour préparer ce qu'il faut, histoire pour moi
d'imaginer que je suis comme les autres."
Cette opération
de solidarité coûte au ministère de la Solidarité nationale 120
milliards de centimes. 60 milliards de centimes proviennent de dons,
car il se trouve toujours des gens qui pensent aux démunis dans leur
malheur et essayent autant qu'ils le peuvent de les aider. Il est
important de le dire, car les dons des particuliers sont
appréciables et permettent souvent aux associations caritatives et
au Croissant-Rouge algérien d'assurer des œuvres de bienfaisance
durant le mois sacré de ramadan et aussi durant les mois de l'hiver.
Donc, si la
solidarité est assurée par l'Etat, à travers le ministère de la
Solidarité nationale, elle est aussi et surtout l'œuvre de nombreux
particuliers qui n'hésitent pas à mettre la main à la pâte, tel le
propriétaire d'un luxueux restaurant qui, chaque année, ouvre son
restaurant pour aux nécessiteux et sans-abri qui y mangent à leur
faim ; en parallèle, il établit une liste de familles pauvres
auxquelles il offre viande, semoule, huile, légumes, dattes,
couscous… à profusion, de sorte à ce que ces familles puissent
manger à satiété. Ce qui attire l'attention c'est que ce bienfaiteur
refuse d'être identifié ; il entrepose ses dons à la mosquée du
quartier, où on assure une distribution juste et équitable.
C'est bien beau
de se dire qu'il y a une grande solidarité chez nous, surtout durant
le mois de ramadan où beaucoup de gens ne pensent qu'à s'empiffrer
pour compenser les frustrations d'une journée de jeûne, mais le
revers de la médaille n'est pas aussi reluisant et nous confirme
encore une fois que la pauvreté ne cesse de prendre de l'ampleur en
Algérie, même si les spécialistes de la question affirment qu'elle
en Algérie n'est pas aussi grave que celle qui frappe certains pays
d'Afrique subsaharienne.
Il reste à dire
qu'il y a de plus en plus de familles pauvres qui ont besoin d'être
sérieusement aidées. En effet, le chiffre avancé par le ministère de
la Solidarité –1,5 million – s'il est important, n'est pas tout à
fait réel, car il ne reflète pas toute l'étendue de la pauvreté et
signifie aussi que beaucoup de familles réellement dans le besoin
refusent de s'inscrire dans les APC pour qu'on leur attribue de
l'aide ; nombreuses sont celles qui refusent de tendre la main et se
couvrent de leur dignité. D'autres familles subsistent grâce à
l'aide de leurs proches ou de leurs voisins. Le réseau de solidarité
s'amplifie, durant ce mois sacré, et le bouche à oreille est souvent
le meilleur moyen pour identifier ceux et celles qui ont besoin
d'aide. Nombreux aussi sont ceux qui préfèrent faire leurs dons
eux-mêmes et s'asssurer que les familles qui en bénéficient le
méritent. Ce n'est pas pour rien que "sandouk ezzakat", créé par le
ministère des Affaires religieuses, n'attire pas autant de dons
qu'on l'aurait voulu.
Khadidja Mohamed
Bouziane
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