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Interférences,
conflit de compétences
Qui gère Alger ?
L’organisation
administrative de la wilaya d’Alger est l’héritage d’une succession
de décisions, prises selon les cas pour répondre à ses besoins
grandissants ou pour pérenniser un mode de fonctionnement qui soit
conforme à l’orientation politique du moment. La conséquence directe
de ces changements a été de sans cesse bousculer la hiérarchie
administrative. Pas toujours dans le bon sens.
Le nom de la capitale
revient fréquemment dans le discours, souvent pour signifier des
espaces différents. On dit Alger, on dit aussi wilaya d’Alger, ou
encore Grand Alger, mais ce n’est jamais pour signifier la même
chose. Au vrai, il y a une ville et une capitale, toutes deux
abritées par un unique espace urbain où se juxtaposent deux vérités.
La première serait d’essence éminemment historique et culturelle,
avec une forte propension au passé et au prestige d’antan ; la
seconde sans arrêt plongée dans les impératifs de la politique et
des grandes considérations d’Etat.
Cette réalité évidente a
fait que l’administration locale d’Alger (voyez comme le mot passe
mal) a de tout temps été escamotée par la présence trop écrasante
des administrations locales. Il est arrivé et il arrive encore que
ce soit la présidence de la République qui ait à intervenir
directement pour initier, accélérer ou tout bonnement mettre fin à
un projet émanant de la wilaya ou de telle ou telle APC. Il en est
de même pour certains ministères qui ordonnent à des directions de
wilaya de lancer des opérations, avec autorisation de programme à la
clé, sans que les collectivités locales de la wilaya d’Alger ne
soient consultées au préalable, suscitant des situations aux
conséquences jamais connues à l’avance et qui remettent en cause
toute la planification par les instances locales de leurs prévisions
annuelles. L’on sait, d’ordinaire, que la wilaya, comme les
communes, adressent chaque année des fiches techniques pour
justifier ou demander les dotations budgétaires de l’exercice à
venir, mais l’interférence créée en haut lieu empêche une quelconque
cohérence dans ce sens. De la sorte, qu’il soit désigné en tant que
fonctionnaire ou élu aux assemblées, un responsable local n’a aucune
visibilité à développer ou à défendre auprès de la population
locale, tiraillée entre des injonctions d’exécuter comme le requiert
les codes de wilaya et communal, les instructions de la hiérarchie
et la pression sociale des administrés qui, eux, ne partagent pas
souvent les mêmes impératifs.
Au fil du temps, ce mode
de gestion a généré une exclusion de fait qui se trouve doublement
renforcée dans la perception collective, non seulement parce que
c’est la capitale et que ceux qui y habitent deviennent plus
exigeants, mais aussi parce que le statut de leur ville est perçu
comme un méfait plutôt qu’un bienfait. Sentiments qui vont se
renforçant avec l’aggravation des problèmes de la cité.
De plus, le fossé à
l’origine de ce sentiment de frustration, sans rien exagérer, est
creusé davantage par une réalité qui n’est pas propre à notre pays.
A Alger, les directeurs de wilaya, de par leur proximité avec le
ministre qu’ils rencontrent plus souvent, on s’en doute, que leurs
collègues des autres wilayas, ont quasiment le statut de directeurs
centraux et, pour tout dire, on a dit souvent que les nominations à
Alger revenaient aux meilleurs (sans trop nous étaler sur les
critères de cette différentiation).
Somme toute,
l’importance de la capitale a très tôt amené l’agglomération qu’elle
est à revêtir un statut particulier, et cela n’a pas été sans
conséquence sur le prolongement dans le temps et l’ancrage dans les
mentalités d’une façon très verticale de gérer la cité.
L’exemple du Comité
populaire de la ville d’Alger (CPVA), lui-même se télescopant avec
la présence de l’APW qui, elle, est bel et bien inscrite dans les
textes et dans le découpage tel que stipulé par la Constitution,
renseigne sur la difficulté éprouvée par la population locale à
trouver des canaux et des cadres d’expression qui soient
suffisamment représentatifs.
On peut dire que la
phase de l’instauration du Gouvernorat du Grand Alger (GGA) par
Liamine Zeroual n’a fait que formaliser un fait accompli. Mais la
suppression du GGA, loin de rétablir les choses dans la bonne
direction, a généré une situation totalement nouvelle à laquelle ni
les textes ni les modes de fonctionnements antérieurs ne peuvent
s’adapter.
La création des wilayas
déléguées, notion juridique plus souple mais dont la
constitutionnalité est encore à étudier de plus près, n’a pas
renforcé le lien entre le wali et les maires, mais soumis ces
derniers à l’autorité des walis délégués.
Quand bien même les
voies de concertation existent et les moyens de recours également,
les affaires quotidiennes, s’agissant des APC, relèvent de ces
entités intermédiaires qui disposent pratiquement d’un droit de veto
sur la majorité des dossiers, à commencer par la capacité légale
dont dispose un wali délégué pour suspendre, si le motif est
disponible, un ou plusieurs élus d’une assemblée communale.
Ce schéma de gestion de
la capitale est celui en place depuis la suppression du GGA, à la
fin de 1999. D’aucuns pensent qu’il n’est pas possible de demander
plus. Pour d’autres, l’administration est dans l’impossibilité de
répondre aux attentes de la population en matière de logement, de
cadre de vie, d’emploi, d’hygiène, etc. faute de moyens, ressortant
à chaque occasion l’épuisement des réserves foncières ou la
saturation de l’assiette des ressources locales.
Mais la gestion d’Alger
constitue de se faire aussi sans contrepouvoirs. Les gestionnaires
peuvent se défendre et rejeter la balle à la société civile qu’ils
aiment à considérer comme amorphe ou tout simplement désintéressée.
Mais la vérité veut que les comités de quartiers sont plus convoqués
quand il est question de lancer des initiatives que la wilaya, la
wilaya déléguée ou l’APC pensent être prioritaires, que consultés
avant la prise de décision. De même, personne n’est en mesure
d’expliquer pourquoi aucun des conseils consultatifs prévus par la
loi, que ce soit en matière d’urbanisme, d’environnement ou autres,
n’existent, dans une ville qui, pour être la capitale, regorge d’une
force de proposition insoupçonnée.
Nabil Benali
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Grands projets
Une lenteur
désespérante
Alger aura-t-elle, un
jour prochain, son métro ? Les Algériens ont tellement espéré
l’aboutissement de ce projet qu’ils n’y croient presque plus, même
s’ils gardent en mémoire les désagréments causés par les travaux
engagés un peu partout à Alger. La nouvelle ville de Sidi-Abdellah
sera-t-elle un jour le grand pôle technologique et la ville aux
dimensions internationales… tant attendus pour désengorger la
capitale qui étouffe ? D’autres projets sont encore en lice, telle
la nouvelle aérogare et le tramway. Ces projets, lancés en grande
pompe, qui sont en quelque sorte des défis lancés par l’Etat pour
donner à Alger une nouvelle dimension, tardent à voir le jour.
Depuis le temps que les
Algérois attendent le métro, il n’est pas étonnant qu’ils s’en
désintéressent tout à fait et qu’ils n’y croient plus. En effet,
voilà bien longtemps qu’on ne cesse de leur répéter qu’Alger aura
enfin son métro, tout comme les autres grandes villes du monde, que
la fluidité de la circulation routière et la disponibilité des
moyens de transport seront telles que personne ne pensera plus à
utiliser sa voiture en ville. Mais à ce jour, rien ne vient
confirmer ces dires.
Pourtant, l’idée du
métro d’Alger est vieille. Elle a germé vers la fin des années 1970.
A cette époque déjà, on avait pensé à doter la capitale d’un nouveau
système de transport long de 64 kilomètres. Mais il faudra attendre
1983 pour que l’ancien président Chadli Bendjedid inaugure le projet
et lance les travaux. Le premier chantier, dont la finalité était
surtout de faire une reconnaissance du terrain, et des essais
géotechniques, s’étend de la Grande-Poste jusqu’à la place du 1er-Mai.
Des appels d’offres
seront ensuite lancés et deux sociétés, l’une japonaise et l’autre
allemande, seront retenues pour les travaux de réalisation. Mais
c’était compter sans la chute du prix du pétrole, dès 1985, et la
crise qui allait s’ensuivre.
Les travaux s’arrêtent
pour reprendre en 1990. Un contrat est signé avec l’entreprise
algérienne Cosider pour la réalisation du tunnel joignant la place
Emir-Abdelkader à Khélifa-Boukhalfa. La réalisation des stations est
confiée à Géni-Sider, une autre entreprise nationale. A la demande
de Cosider, des techniciens polonais arrivent à Alger pour assurer
une assistance technique aux Algériens. Mais la situation
sécuritaire de plus en plus précaire oblige les Polonais à rentrer
chez eux. Les entreprises algériennes n’avaient pas d’autre choix
que de continuer les travaux.
En 1994, le tronçon qui
va de la place Emir-Abdelkader à la Grande-Poste, long de 450
mètres, est achevé. Un autre tronçon de 650 mètres, qui relie la
station Grande-Poste à Khélifa-Boukhalfa est lui aussi achevé.
Les travaux avancent,
mais difficilement.
En 1999, le directeur
général de l’entreprise Métro d’Alger annonce aux médias que pour
achever les travaux, il est impératif de faire appel à des
institutions internationales. Les difficultés de financement font
que les travaux s’arrêtent pour ne reprendre qu’en 2003, date à
laquelle un groupement algéro-allemand, Gaama, prend alors en charge
la réalisation du tunnel Jardin d’essais – Haï El-Badr, un tronçon
de 4,5 kilomètres. Un délai de trente mois leur est accordé.
En 2005, on constate que
75 % des travaux de génie civil sont achevés. En janvier 2006, un
contrat de 35 milliards de dinars et 300 millions d’euros pour les
équipements du métro et leur installation est signé avec plusieurs
entreprises, à savoir Siemens France, Vinci et CAF.
Maintenant que le plus
gros des travaux est réalisé, Métro d’Alger annonce que ce moyen de
transport tant attendu sera enfin mis en service durant l’année
2008. Mieux encore, l’entreprise envisage même d’élargir le réseau
et compte réaliser trois extensions, à savoir Tafourah – place des
Martyrs et Haï El-Badr – El-Harrach – Aïn Naâdja. Mais pour cela, il
faut patienter jusqu’à l’horizon 2010 ou 2011 pour voir ces
réalisations.
Un autre projet, dont on
a beaucoup parlé et vanté les mérites, améliorera la qualité du
transport des voyageurs de la banlieue d’Alger. Chapeauté par la
SNTF, un avis d’appel d’offres pour la fourniture de 64 rames
automotrices a été lancé fin 2005. L’ouverture des plis financiers
et techniques, qui a eu lieu en janvier 2006, a permis à la SNTF
d’étudier les offres les plus intéressantes et de choisir
l’entreprise suisse Stadler Bussang, qui s’est vue accorder un délai
de 24 mois pour livrer la première rame et 48 mois pour la dernière.
La SNTF s’est fixé
l’horizon 2009 pour créer et moderniser plusieurs lignes, ainsi que
pour l’électrification du réseau de la banlieue d’Alger. Elle
envisage aussi d’acheter trente locomotives électriques pour le
transport de marchandises, ainsi que douze autorails diesel.
La ville de
Sidi-Abdallah, dont les études et la conception remontent déjà à
1977, ne semble pas vouloir prendre forme. Lancée elle aussi en
grande pompe du temps du gouvernorat d’Alger, elle a fait couler
beaucoup d’encre et fait rêver beaucoup d’Algérois qui se voyaient
déjà vivant dans cette ville d’une superficie de 7 000 hectares où
sont prévus 200 000 logements, des équipements administratifs, une
cité des sciences de l’information et de la communication, un parc
urbain, des espaces de verdure, des zones de détente et de loisirs
et un parc omnisport. Qui ne rêverait d’habiter un tel havre de paix
pour oublier enfin la promiscuité, la pollution et tous les
désagréments d’Alger, une ville surpeuplée et de plus en plus sale ?
Mais à ce jour, un seul quartier, sur les 26 prévus au départ, a vu
le jour. Il s’agit de Sidi-Benour, qui regroupe quelque 400
habitations.
Pour gérer le projet de
cette nouvelle ville, il a été créé, en 1977, un établissement
public d’Aménagement de la nouvelle agglomération de Sidi-Abdellah
(ANSA). Selon les déclarations du directeur général par intérim de
l’ANSA, la ville de Sidi-Abdellah accueillera graduellement 200 000
habitants d’ici à 2020. La réalisation de ces logements sera confiée
à Cosider (600 logements), l’AADL (2 000 logements), tandis que des
promoteurs privés auront à réaliser le reste. Les zones d’activité,
qui s’étendront sur 7 000 hectares verront la création de 20 000
postes d’emplois. Ce qui n’est pas rien quand on connaît l’ampleur
du chômage.
Pour que les habitants
de Sidi-Abdellah ne se sentent pas isolés, il a été décidé de la
création d’une voie express de 9 kilomètres qui reliera les
autoroutes Alger - Zérada et Alger - Blida.
En avril 2001, le
président de la République décide de la création d’une technopole
dans cette nouvelle agglomération. L’idée était de faire de ce
centre le premier site technologique et scientifique algérien pour
regrouper l’élite nationale, mais dans les faits rien n’a encore
avancé. Pourtant, on croit savoir que la Banque mondiale a accordé
un crédit de 9 millions de dollars à ce projet, alors que l’Union
européenne, pour sa part, a accordé un crédit de 7 millions d’euros,
tandis que l’Etat algérien a participé avec la somme de 17 millions
de dinars. Les travaux des grands édifices débuteront prochainement,
mais leur achèvement ne sera certainement pas pour bientôt.
La nouvelle aérogare
d’Alger suscite pour sa part de grandes interrogations. Lancés en
1986, seuls deux tiers du projet sont aujourd’hui parachevés.
C’est-à-dire vingt ans après. Les responsables du projet tentent de
justifier ce retard par plusieurs raisons, et la plus important
reste le manque de financement. Après un long arrêt des travaux, la
reprise est enfin annoncée en décembre 2003. A cette époque, il
était question de réaliser une première partie de l’ouvrage qui
permettrait de traiter trois millions de passager par an. Pour cela,
la somme de 106 millions de dollars était nécessaire, et c’était à
la société d’investissement et de gestion aéroportuaire de fournir
cette somme. La deuxième phase nécessitait des capitaux étrangers
pour achever l’ouvrage. Le marché est enfin attribué à l’entreprise
chinoise CSCEC, qui devait livrer cette infrastructure dans un délai
de deux ans. Mais les travaux traînent et l’annonce de la livraison
de cette infrastructure en 2005 n’a pas été respectée.
Des travaux sont
également engagés dans le secteur des travaux publics ; il s’agit de
la réalisation de plusieurs trémies et carrefours pour assurer une
meilleure fluidité de la circulation automobile, devenue par la
force des choses un vrai casse-tête. Mais il faut dire que tous ces
projets qui visent à améliorer le quotidien du citoyen et à redonner
à la capitale une autre dimension avancent le plus souvent avec une
lenteur désespérante, à tel point que personne n’y croit vraiment.
Ces lenteurs sont-elles
dues à des difficultés financières, au manque de qualification des
entreprises algériennes qui s’en chargent ou tout simplement au
manque de rigueur et de sérieux ? Quelle que soit la réponse, le
constat est le même. Il faut des années pour voir aboutir un seul
projet.
Khadidja Mohamed
Bouziane
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La
gestion de la capitale dans les méandres juridiques
Il était une fois le Gouvernorat du Grand Alger
En ce 21 mars 2000, premier jour du printemps, le ciel était
couvert. Dans la salle de conférence de la wilaya d’Alger, qui
venait de perdre son statut de siège du gouvernorat,l’ancien
gouverneur absent, cédait la place (certains voudront parler de
trône) au nouveau wali Abdelmalek Nourani. Cette cérémonie, loin
d’être une passation ordinaire, marquait le retour à la normale
entériné par l’ordonnance que venait de promulguer le président de
la république qui faisait qu’Alger redevenait une wilaya comme les
autres.
Le ministre de l’intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, agacé par les
photographes quelques instants auparavant, soulignait dans sa
déclaration que ce sont les circonstances particulières qui avaient
prévalue dans le années 90 qui ont obligé les autorités à opter pour
un statut particulierpour la capitale. Mais dès lors que la
situation était revenue à la normale, il était aussi logique que les
institutions reprennent leur forme initiale. Il était pourtant
contredit dans la salle même où il prononçait son discours. Sur un
des murs de la salle, des plaques de marbres avec les noms de walis
qui se sont succédés à la tête de la wilaya distinguant bien la
période de la wilaya et celle nouvelle du gouvernorat, inscrite dans
la pierre, comme pour lui assurer une pérennité.
Cette déclaration ne renseignait pas sur les dispositions légales
ayant permis au gouvernorat de voir le jour et les conditions dans
lesquelles il venait de s’éteindre. Elle ne décrivait pas non plus
cette atmosphère de fin de règne, ou plutôt de « restauration » qui
pesait dans l’enceinte du siège de la wilaya. De toute évidence,
lesprésents, responsables politiques ou de l’administration, les
nombreux journalistes, assistaient plus aux obsèques du gouvernorat
qu’à la résurrection de la wilaya.
Le gouvernorat, avec tout ce qu’il portait autant dans l’imaginaire
collectif et dans la pratique courante de la gestion d’Alger, avait
changé la manière de percevoir la capitale pour qui il avait semblé
durant quelques années que tout était permis. Pourtant, si le
gouvernorat avait certes vécu, son expérience n’avait laissé
personne indifférent du plus simple citoyen au plus haut responsable
de l’Etat. Quelques mois auparavant, probablement sans le savoir,
des universitaires, des responsables de l’administration locale se
réunissaient pour un docte séminaire à l’Ecole Nationale de
l’administration pour débattre d’urbanisme et de la bonne
gouvernance, entre autre conférence, une consacrée au gouvernorat
d’Alger. L’expérience vécue à Alger suscitait autant les envies et
les jalousies que l’intérêt curieux, soulignait le conférencier,
pour une façon de gérer différente.
La vraie raison
On supposait que cette formule –magique serait on tenté de la
qualifiée - allait être étendue à l’ensemble du pays du moins pour
les grandes métropoles que sont Constantine, Oran ou Annaba, voire
même Ouargla. D’ailleurs, est-ce que la plus grade faiblesse du
statut du gouvernorat n’a pas été celle de vouloir distinguer une
ville de l’ensemble du pays. Dans une interview accordée en mars
2000 au quotidien El Watan, Ahmed Ouyahia alors qu’il venait d’être
nommé ministre d’Etat, ministre de la justice soulignait à propos du
changement de mécanismes du Gouvernorat, que celui-ci «a d'abord été
victime de cette pratique spécifiquement algérienne : lorsqu'on fait
quelque chose ici, il faut le faire partout. Alger est la capitale
de tous les Algériens, ceux d'Illizi comme ceux d'El Harrach. C'est
de cela que nous souffrons. Que voulez-vous ? C'est une culture : il
faut des courspartout. » Ouyahia ouvrait il une piste ou justifiait
-il l’erreur monumentale ? En fait, le plus difficile à admettre est
que l’on ait fait autant preuve de négligence et ignoré les
dispositions constitutionnelles liées de l’organisation territoriale
du pays. Cette négligence était inscrite dans la jurisprudence
constitutionnelle algérienne soulignant à jamais que le législateur
algérien a, à un moment de la vie institutionnelle du pays, omis de
relire la texte fondamental du pays. La décision n°02/D.O/ CC/2000
du 27 février 2000 relative à la constitutionnalité de l’ordonnance
n° 97-15 du 31 mai 1997 fixant le statut particulier du Gouvernorat
du Grand Alger, rappelle que «l’alinéa 1er de l’article 15 de la
Constitution que les collectivités territoriales de l’Etat sont « la
Commune et la Wilaya », le constituant entendait limiter le
découpage territorial du pays exclusivement à cesdeux collectivités
territoriales ». Dès lors «en créant deux nouvelles collectivités
territoriales dénommées « Gouvernorat du Grand Alger » et «
Arrondissement urbain » et en leur fixant des règles spécifiques
d’organisation, de fonctionnement et d’action, le législateur a
méconnu les dispositions de la Constitution, notamment ses articles
15 (alinéa 1er), 18 (alinéa 2), 78 -9, 79 ( alinéa 1er) et 101 (
alinéa 2)». Le conseil constitutionnelle présidé à l’époque par Saïd
Bouchaïr déclarait inconstitutionnelle l’ordonnance 97-15 du 31 mai
1997 qui a créée deux collectivités territoriales en l’occurrence «
le Gouvernorat du Grand Alger » et « L’arrondissement urbain ».
La vraie question
Une nouvelle ordonnance,
la 2000-01 du 1er mars 2000, viendra remettre de l’ordre dans
l’organisation d’Alger. On notera que dans les deux cas ce sont des
ordonnances qui ont déterminé le sort de la capitale passant de
super wilaya à wilaya tout court. Dans ce cas bien évidemment pas
débat public, notamment au niveau du parlement, pas de polémique non
plus et la faculté d’aller vite au risque de confondre célérité et
précipitation
Si on a voulu mettre en évidence au moment de la promulgation de
l’ordonnance mettant en application la décision du conseil
constitutionnel une volonté de main mise administrative sur
l’ensemble du pays, on avait omis de dire que la promotion d’Alger
au rang de gouvernorat avait bénéficié des mêmes avantages, même si
effectivement en mai 1997, l’Algérie peinait à réhabiliter ses
institutions élues.
Dans le même temps, cette propension à poser la problématique et la
gestion de la capitale même au niveau institutionnel et juridique ne
renseigne t elle pas sur la difficulté insurmontable à donner un
visage de respectabilité et de belle vitrine du pays à lacapitale.
Peut être que le gouvernorat posait un problème légale. Celui-ci
n’est pas insurmontable si tant est que l’on a tiré les leçons de
cette expérience et que l’on a jugé utile la mise en place d’un
statut particulier pour Alger ou les mégapoles algériennes
(actuelles ou futures) même si cela, il faut bien le souligner, doit
passer par une révision constitutionnelle.
Mais on notera que rien n’est facile lorsqu’il s’agit de gérer la
capitale. Avant la saisine du conseil constitutionnel, le président
Bouteflika dans une interview accordée à une chaîne de télévision
arabe soulignait que le gouvernorat étaat « un Etatdans l’Etat ».
Une aberration en Algérie où la doctrine veut apparemment la
primauté de l’Etat jacobin.
Dans le même temps nous sommes bien obligés de reconnaître que
l’inauguration récente par le président Bouteflika d’un grand nombre
d’ouvrages et de réalisations à Alger renvoi en permanence à cette
embarras à mettre en place les choses à Alger lorsqu’elles ne sont
pas décidé très haut. Certes, sans s’en remettre forcément la
volonté divine, il est claire qu’être maire ou wali à Alger n’a rien
d’une mince affaire. Le statut de gouvernorat, même s’il avait péché
par un excès d’orgueil, avait eu en tout les cas le mérite de poser
la vrai question à propos de la capitale Effectivement, à ce jour
les citoyens se demandent qui gère Alger ? Be devraient ils pas
plutôt sedemander qui peut gérer Alger ?
Amine Esseghir
Haut
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