Semaine du 12 au 18 Avril 2006

 Exportations algériennes

Un rêve à deux milliards de dollars

 

 
 
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 Exportations algériennes

Un rêve à deux milliards de dollars

L'Algérie est un des douze «marchés stratégiques» pour les exportations françaises. Bien que parue un 1er avril, l’information, donnée par le bureau parisien de l’APS et répercutée par plusieurs quotidiens nationaux, n’a rien d’un canular. Le gouvernement français compte bien mettre le paquet pour booster ses exportations agroalimentaires en ciblant douze pays, riches ou émergents, dans le cadre de son «Plan de soutien aux exportations de l'industrie agroalimentaire». Et ce n’est nullement étonnant. Par contre, ce qui l’est, c’est cette propension des Algériens à se sentir «fiers» d’être un marché stratégique pour les produits des autres.

En 1998, l’actuel chef du gouvernement avait annoncé que l’Algérie allait exporter deux milliards de dollars hors hydrocarbures par an à partir de l’horizon 2000. Huit ans après, la moitié de cet objectif n’a même pas été atteint. Nous en sommes à 769 millions de dollars en 2005.

A l’époque (en 1998), personne n’avait songé demander au chef de l’Exécutif comment il comptait atteindre ce volume d’exportations hors hydrocarbures. Peut être pensait-on que la création d’un office, d’une compagnie d’assurance spécialement destinée pour la garantie des exportations, d’un fonds pour la promotion des exportations et d’autres organismes devant contribuer à cet objectif était largement suffisant pour atteindre les deux milliards de dollars par an. Même en «hauts lieux», on pensait que la mise en place de ce genre d’outils d’accompagnement suffirait amplement. Aussi bizarre que cela puisse paraître, personne n’avait pensé que faire sortir le pays d’une économie de rente pétrolière pour aller vers une économie de production de biens manufacturés demandait beaucoup plus qu’un vœu et la mise en place d’une batterie de textes et d’organismes. C’est comme si on décidait de lancer une course automobile de haute facture avec des véhicules usagés ou inappropriés pour ce genre de compétitions, sur un simple chemin goudronné. On a tout simplement oublié que pour exporter deux milliards de dollars après des décennies de statut d’importateur quasi-exclusif, il fallait une vraie politique d’exportation, bien pensée et bien réfléchie, et d’une véritable dynamique aux objectifs mesurables à laquelle participent une panoplie d’intervenants. Tout le monde semblait avoir oublié que demander à des entreprises algériennes, fussent-elles performantes et organisées autour d’une association de professionnels, d’aller chercher par elles-mêmes des marchés extérieurs à leurs produits, était plus que surréaliste.

La récente décision française d’élaborer un Plan d'exportation de l'industrie agroalimentaire, présenté le 30 mars dernier par le ministre français de l'Agriculture à l'occasion de la première «journée export» organisée par l'Association française des industries alimentaires (ANIA), est une preuve que la démarche algérienne manque de punch et de réalisme.

Pourtant, il n’est un secret pour personne que l’implication des Etats et des gouvernements dans les processus d’exportation et d’accès aux marchés extérieurs au profit de leurs entreprises nationales (publiques et privées) est décisive pour la réussite de cette démarche.

L’APS nous apprend que le gouvernement français a sélectionné douze pays dont l'Algérie, les Etats-Unis, le Japon, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Italie, l'Espagne, la Chine, la Corée du Sud, l'Inde, la Russie et la Pologne comme «marchés stratégiques» pour ses produits agroalimentaires. L’agence d’information étatique nous apprend également que la France est à son huitième «plan d'exportation de l'industrie agroalimentaire» dont le but est de trouver des débouchés à sa production locale à travers la «diversification des destinations», comme l’a souligné le ministre français de l'Agriculture à l’annonce du dernier plan, en affirmant que son pays «se doit à la fois maintenir les moyens sur ses marchés traditionnels» mais également «renforcer ses actions sur les marchés émergents qui correspondent à l'avenir de ses exportations». D’ailleurs, le choix de ces 12 pays n’est pas aléatoire. En effet, ces pays représentent 50% du marché mondial et 57% des exportations françaises. Voilà ce qu’on pourrait appeler de la clarté dans les idées.

Examinons de près le dispositif français de soutien aux exportations. Partant de l’idée que la France n’a pas assez d’entreprises exportatrices, les pouvoirs publics mettent à concurrence aussi bien les organismes consulaires que les professionnels eux-mêmes pour soutenir les exportations. Le plus important dans ce dispositif est «la collecte et la diffusion d'informations et l'accompagnement des entreprises à l'étranger».

Dès 1989, la France élabore une «Charte nationale de l'exportation» qui prévoit dans son dispositif unifié de conseil et d'assistance des entreprises le développement de «réseaux de soutien à l'exportation» dans les pays de l’Union européenne composés de plusieurs organismes : les Chambres de commerce et d'industrie, les Chambres d'agriculture, les Chambres des métiers, les organisations professionnelles…, une répartition des tâches entre les différents organismes activant dans le secteur et l’unification de la collecte, du traitement et de la diffusion de l'information sous la direction du Centre français du commerce extérieur (CFCE).

La France dispose également d’un réseau d'accompagnement des entreprises à l'étranger (Espagne, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie). Plusieurs organismes français participent à cette mission stratégique. Le pilier central du dispositif d'aides publiques est la Direction des relations économiques extérieures (DREE) qui, en collaboration avec le ministère du Commerce extérieur, met en œuvre les mesures de soutien aux exportateurs. Le soutien logistique est assuré par les Postes d'expansion économique (PEE), le CFCE, le Comité français des manifestations économiques à l'étranger (CFME) et la Société pour l'expansion des produits agricoles et alimentaires (SOPEXA).

Quant aux procédures d'assistance financière, elles sont fournies par la Banque française pour le commerce extérieur (BFCE) et la Compagnie française d'assurance du commerce extérieur (Coface).

L’Agence pour la coopération technique, industrielle et économique (Actim) et Normes à l'exportation (Norex) fournissent l’assistance technique et industrielle.

Il faut également noter le rôle central joué par les missions économiques des ambassades françaises. Elles mettent à la disposition des entreprises françaises désirant exporter une masse importante d’informations économiques sur les marchés extérieurs, sur un site Internet (www.missioneco.org/me/).

Dans le récent Plan d'aide à l'exportation pour la filière agroalimentaire, les pouvoirs publics français concentreront leurs actions sur la levée des barrières non tarifaires et sanitaires sur les marchés les plus prometteurs et augmenteront les moyens publics consacrés au soutien de l'export agro-alimentaire. Il s’agit aussi de soutenir financièrement les actions de prospection, de mise en relation et de promotion grâce à la procédure de labellisation mise en œuvre par le ministère du Commerce extérieur, dans le cadre de Cap Export, en direction des douze pays prioritaires.

Que fait-on, en face ? Le dispositif algérien d’aide à l’export, qui a vu le jour en 1996, brille par son incapacité à atteindre l’objectif des deux milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures. Lorsque les algériens parlent de «stratégie», il s’agit uniquement de création d’organismes et de mise en place d’un fonds.

L’Office algérien de Promotion du commerce extérieur (Promex), créé en 1996, est placé sous la tutelle du ministère du Commerce. Dix ans plus tard, la faiblesse des résultats montre les limites de la démarche. D’ailleurs, il suffit de naviguer sur le site web de cet organisme (http://www.promex.dz) pour se rendre compte de la faiblesse de la base de données et des informations mises à la disposition des éventuelle entreprises exportatrices.

En dehors de la littérature livrée dans la présentation du Promex («A Propos» et «Missions») et les textes législatifs, le contenu du site est d’une pauvreté déconcertante. Les pages «Projets et ambitions» et «Moyens et Atouts», « Foires/Expositions », «Opportunités d'affaires», «Statistiques/Échanges» et «Coordonnées» sont introuvables sur le site.

Sur les quatre textes législatifs mis en ligne, un seul concerne réellement l’exportation. Quant à la «Lettre du Promex», la plus récente (n°48) a été mise en ligne le 24 mars… 2003 !

Dans le «Répertoire exportateurs» on ne trouve que 41 entreprises représentant sept secteurs d’activités sur les treize mentionnés dans cette rubrique (les six autres ne font référence à aucune entreprise).

La création, en 2004, de l'Agence nationale de promotion du commerce extérieur (Algex) a-t-elle pu inverser la vapeur ? Si aucun jugement ne peut être porté sur cette nouvelle entité qui a moins de deux années d’existence, il est à craindre qu’elle subisse le même sort, étant donné que sa création ne découle pas d’une critique objective de la période antérieure. Sauf, peut-être, le constat fait récemment par le directeur général de l’Algex qui a déclaré, lors d’une rencontre sur le thème des exportations algériennes, que «la fonction exportation est aujourd’hui très en retard parce qu’elle n’a jamais été construite». C’est bien de le dire, mais que faire, concrètement, pour y remédier ?

Abdelkader Djalil

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