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Exportations
algériennes
Un rêve à deux
milliards de dollars
L'Algérie est un des
douze «marchés stratégiques» pour les exportations françaises. Bien
que parue un 1er avril, l’information, donnée par le
bureau parisien de l’APS et répercutée par plusieurs quotidiens
nationaux, n’a rien d’un canular. Le gouvernement français compte
bien mettre le paquet pour booster ses exportations agroalimentaires
en ciblant douze pays, riches ou émergents, dans le cadre de son
«Plan de soutien aux exportations de l'industrie agroalimentaire».
Et ce n’est nullement étonnant. Par contre, ce qui l’est, c’est
cette propension des Algériens à se sentir «fiers» d’être un marché
stratégique pour les produits des autres.
En 1998, l’actuel chef
du gouvernement avait annoncé que l’Algérie allait exporter deux
milliards de dollars hors hydrocarbures par an à partir de l’horizon
2000. Huit ans après, la moitié de cet objectif n’a même pas été
atteint. Nous en sommes à 769 millions de dollars en 2005.
A l’époque (en 1998),
personne n’avait songé demander au chef de l’Exécutif comment il
comptait atteindre ce volume d’exportations hors hydrocarbures. Peut
être pensait-on que la création d’un office, d’une compagnie
d’assurance spécialement destinée pour la garantie des exportations,
d’un fonds pour la promotion des exportations et d’autres organismes
devant contribuer à cet objectif était largement suffisant pour
atteindre les deux milliards de dollars par an. Même en «hauts
lieux», on pensait que la mise en place de ce genre d’outils
d’accompagnement suffirait amplement. Aussi bizarre que cela puisse
paraître, personne n’avait pensé que faire sortir le pays d’une
économie de rente pétrolière pour aller vers une économie de
production de biens manufacturés demandait beaucoup plus qu’un vœu
et la mise en place d’une batterie de textes et d’organismes. C’est
comme si on décidait de lancer une course automobile de haute
facture avec des véhicules usagés ou inappropriés pour ce genre de
compétitions, sur un simple chemin goudronné. On a tout simplement
oublié que pour exporter deux milliards de dollars après des
décennies de statut d’importateur quasi-exclusif, il fallait une
vraie politique d’exportation, bien pensée et bien réfléchie, et
d’une véritable dynamique aux objectifs mesurables à laquelle
participent une panoplie d’intervenants. Tout le monde semblait
avoir oublié que demander à des entreprises algériennes,
fussent-elles performantes et organisées autour d’une association de
professionnels, d’aller chercher par elles-mêmes des marchés
extérieurs à leurs produits, était plus que surréaliste.
La récente décision
française d’élaborer un Plan d'exportation de l'industrie
agroalimentaire, présenté le 30 mars dernier par le ministre
français de l'Agriculture à l'occasion de la première «journée
export» organisée par l'Association française des industries
alimentaires (ANIA), est une preuve que la démarche algérienne
manque de punch et de réalisme.
Pourtant, il n’est un
secret pour personne que l’implication des Etats et des
gouvernements dans les processus d’exportation et d’accès aux
marchés extérieurs au profit de leurs entreprises nationales
(publiques et privées) est décisive pour la réussite de cette
démarche.
L’APS nous apprend que
le gouvernement français a sélectionné douze pays dont l'Algérie,
les Etats-Unis, le Japon, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Italie,
l'Espagne, la Chine, la Corée du Sud, l'Inde, la Russie et la
Pologne comme «marchés stratégiques» pour ses produits
agroalimentaires. L’agence d’information étatique nous apprend
également que la France est à son huitième «plan d'exportation de
l'industrie agroalimentaire» dont le but est de trouver des
débouchés à sa production locale à travers la «diversification des
destinations», comme l’a souligné le ministre français de
l'Agriculture à l’annonce du dernier plan, en affirmant que son pays
«se doit à la fois maintenir les moyens sur ses marchés
traditionnels» mais également «renforcer ses actions sur les marchés
émergents qui correspondent à l'avenir de ses exportations».
D’ailleurs, le choix de ces 12 pays n’est pas aléatoire. En effet,
ces pays représentent 50% du marché mondial et 57% des exportations
françaises. Voilà ce qu’on pourrait appeler de la clarté dans les
idées.
Examinons de près le
dispositif français de soutien aux exportations. Partant de l’idée
que la France n’a pas assez d’entreprises exportatrices, les
pouvoirs publics mettent à concurrence aussi bien les organismes
consulaires que les professionnels eux-mêmes pour soutenir les
exportations. Le plus important dans ce dispositif est «la collecte
et la diffusion d'informations et l'accompagnement des entreprises à
l'étranger».
Dès 1989, la France
élabore une «Charte nationale de l'exportation» qui prévoit dans son
dispositif unifié de conseil et d'assistance des entreprises le
développement de «réseaux de soutien à l'exportation» dans les pays
de l’Union européenne composés de plusieurs organismes : les
Chambres de commerce et d'industrie, les Chambres d'agriculture, les
Chambres des métiers, les organisations professionnelles…, une
répartition des tâches entre les différents organismes activant dans
le secteur et l’unification de la collecte, du traitement et de la
diffusion de l'information sous la direction du Centre français du
commerce extérieur (CFCE).
La France dispose
également d’un réseau d'accompagnement des entreprises à l'étranger
(Espagne, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie). Plusieurs organismes
français participent à cette mission stratégique. Le pilier central
du dispositif d'aides publiques est la Direction des relations
économiques extérieures (DREE) qui, en collaboration avec le
ministère du Commerce extérieur, met en œuvre les mesures de soutien
aux exportateurs. Le soutien logistique est assuré par les Postes
d'expansion économique (PEE), le CFCE, le Comité français des
manifestations économiques à l'étranger (CFME) et la Société pour
l'expansion des produits agricoles et alimentaires (SOPEXA).
Quant aux procédures
d'assistance financière, elles sont fournies par la Banque française
pour le commerce extérieur (BFCE) et la Compagnie française
d'assurance du commerce extérieur (Coface).
L’Agence pour la
coopération technique, industrielle et économique (Actim) et Normes
à l'exportation (Norex) fournissent l’assistance technique et
industrielle.
Il faut également noter
le rôle central joué par les missions économiques des ambassades
françaises. Elles mettent à la disposition des entreprises
françaises désirant exporter une masse importante d’informations
économiques sur les marchés extérieurs, sur un site Internet (www.missioneco.org/me/).
Dans le récent Plan
d'aide à l'exportation pour la filière agroalimentaire, les pouvoirs
publics français concentreront leurs actions sur la levée des
barrières non tarifaires et sanitaires sur les marchés les plus
prometteurs et augmenteront les moyens publics consacrés au soutien
de l'export agro-alimentaire. Il s’agit aussi de soutenir
financièrement les actions de prospection, de mise en relation et de
promotion grâce à la procédure de labellisation mise en œuvre par le
ministère du Commerce extérieur, dans le cadre de Cap Export, en
direction des douze pays prioritaires.
Que fait-on, en face ?
Le dispositif algérien d’aide à l’export, qui a vu le jour en 1996,
brille par son incapacité à atteindre l’objectif des deux milliards
de dollars d’exportations hors hydrocarbures. Lorsque les algériens
parlent de «stratégie», il s’agit uniquement de création
d’organismes et de mise en place d’un fonds.
L’Office algérien de
Promotion du commerce extérieur (Promex), créé en 1996, est placé
sous la tutelle du ministère du Commerce. Dix ans plus tard, la
faiblesse des résultats montre les limites de la démarche.
D’ailleurs, il suffit de naviguer sur le site web de cet organisme
(http://www.promex.dz) pour se rendre compte de la faiblesse de la
base de données et des informations mises à la disposition des
éventuelle entreprises exportatrices.
En dehors de la
littérature livrée dans la présentation du Promex («A Propos» et
«Missions») et les textes législatifs, le contenu du site est d’une
pauvreté déconcertante. Les pages «Projets et ambitions» et «Moyens
et Atouts», « Foires/Expositions », «Opportunités d'affaires»,
«Statistiques/Échanges» et «Coordonnées» sont introuvables sur le
site.
Sur les quatre textes
législatifs mis en ligne, un seul concerne réellement l’exportation.
Quant à la «Lettre du Promex», la plus récente (n°48) a été mise en
ligne le 24 mars… 2003 !
Dans le «Répertoire
exportateurs» on ne trouve que 41 entreprises représentant sept
secteurs d’activités sur les treize mentionnés dans cette rubrique
(les six autres ne font référence à aucune entreprise).
La création, en 2004, de
l'Agence nationale de promotion du commerce extérieur (Algex)
a-t-elle pu inverser la vapeur ? Si aucun jugement ne peut être
porté sur cette nouvelle entité qui a moins de deux années
d’existence, il est à craindre qu’elle subisse le même sort, étant
donné que sa création ne découle pas d’une critique objective de la
période antérieure. Sauf, peut-être, le constat fait récemment par
le directeur général de l’Algex qui a déclaré, lors d’une rencontre
sur le thème des exportations algériennes, que «la fonction
exportation est aujourd’hui très en retard parce qu’elle n’a jamais
été construite». C’est bien de le dire, mais que faire,
concrètement, pour y remédier ?
Abdelkader Djalil
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