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L’erreur
de Sarkozy
En France aussi, il faut
savoir retenir ses instincts si on veut finir Président de la
République et Nicolas Sarkozy aura probablement à payer très cher de
ne pas avoir su le faire dans le duel qui l’oppose à Dominique de
Villepin dans la course à l’Elysée. Son instinct de candidat lui
aura en effet commandé de ne pas soutenir son chef du gouvernement
dans l’épreuve du CPE et de se poser même en opposant tacite à un
projet économique qui entre pourtant parfaitement dans la logique
ultra-libérale du ministre de l’intérieur français. Une attitude
qu’il sera difficile de faire avaler à ses plus fervents supporters
de droite qui voyaient en lui l’homme qui allait casser les plus
grands tabous de la pensée économique française pétrie des principes
humanistes de la Révolution de 1789 et mettant le social au-devant
de toute réforme. Sarkozy se présentant depuis longtemps comme
l’homme de la rupture par rapport à ce socle idéologique hérité du
siècle des Lumières, considéré même comme le principal obstacle à
une croissance économique entravée par trop d’interdits à caractère
social. Ne cachant nullement son admiration sans bornes pour le
modèle américain basé sur la flexibilité et l’absence totale de
sécurité dans le travail, le ministre de l’intérieur ne pouvait
qu’applaudir à l’adoption et à la mise en œuvre du CPE, qui n’est
rien d’autre que la concrétisation de l’un des principes cardinaux
de l’économie US. Et de fait tout le monde savait parfaitement que
l’ensemble du gouvernement, dans toute sa diversité de droite avait
avalisé le projet, le présentant même comme un tout petit pas dans
ce qui devenait devenir le début du déblocage en grand de l’économie
française. Personne ne s’attendant en vérité à ce que les
oppositions prévisibles et prévues à ce projet prennent les allures
d’un gigantesque bras de fer qui allait déchirer en profondeur la
société française. Le problème n’étant même pas en vérité le CPE
lui-même qui ne déroge pas beaucoup à l’esprit des contrats à durée
déterminée déjà en vigueur depuis fort longtemps et introduisant
depuis longtemps la notion de précarité dans la relation de travail,
mais plutôt l’opportunité qu’il offre de sa remise en cause sur des
bases idéologiques plutôt que politique ou économique. La
formulation particulièrement brutale de deux de ses principaux
articles donnant en effet le prétexte idéal à une montée au créneau
de l’ensemble du courant de gauche qui stigmatise avec beaucoup d’à
propos l’officialisation de la précarité de la relation de travail,
pourtant instituée du temps de François Mitterrand avec la mise en
place des fameux plans sociaux destinés à indemniser les
travailleurs licenciés par des entreprises aux résultats largement
excédentaires. La précarisation de la relation de travail n’ayant
pas commencé avec l’arrivée de la droite au pouvoir en 1995, mais
depuis au moins la moitié des années 80 qui enregistrèrent les
premières vagues de délocalisation et la liquidation par branches
entières de l’industrie française, autant qu’européenne d’ailleurs.
Le seul moyen d’encourager l’embauche de travailleurs français dans
des usines soumises à la rude concurrence des travailleurs des pays
de l’Est et de la Chine ayant été de commencer à s’aligner sur les
méthodes et un peu plus tard les salaires pratiqués là-bas. Une
adaptation qui n’est ni de gauche ni de droite d’ailleurs mais qui
s’impose d’elle-même dans un monde où la logique capitaliste fondée
sur la recherche du plus grand profit à moindre coût, conduit
inévitablement à la réduction des coûts sociaux. Une réduction qui
ne s’arrêtera d’ailleurs pas là et qui produira de plus en plus de
précarité et d’arbitraire au fur et à mesure que la baisse
tendancielle des taux de profit ira en s’accentuant à cause d’une
concurrence technologique toujours plus grande sur fond de misère
sociale mondiale endémique. En ce sens il est clair que la réaction
de la société et essentiellement de la jeunesse française est tout
ce qu’il y a de plus saine, parce qu’elle trace une ligne rouge à ne
pas dépasser, mais elle est aussi tout à fait improductive tant
qu’elle n’offre pas d’alternative sérieuse à la logique du profit
couplée à celle de la mondialisation à l’œuvre depuis des siècles.
Le seul à croire pouvoir tirer son épingle du jeu dans l’affaire,
étant Nicolas Sarkozy qui ne fait en réalité que reculer pour mieux
sauter,mais qui se faisant, révèle toute sa profonde duplicité et
l’inconsistance de ses principes. Une attitude qui lui sera
lourdement comptée au moment fatidique.
A. M.
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