Semaine du 12 au 18 Avril 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

L’erreur de Sarkozy

 

 
 
 Editorial

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L’erreur de Sarkozy

En France aussi, il faut savoir retenir ses instincts si on veut finir Président de la République et Nicolas Sarkozy aura probablement à payer très cher de ne pas avoir su le faire dans le duel qui l’oppose à Dominique de Villepin dans la course à l’Elysée.  Son instinct de candidat lui aura en effet commandé de ne pas soutenir son chef du gouvernement dans l’épreuve du CPE et  de se poser même en opposant tacite à un projet économique qui entre pourtant parfaitement dans la logique ultra-libérale du ministre de l’intérieur français. Une attitude qu’il sera difficile de faire avaler à ses plus fervents supporters de droite qui voyaient en lui l’homme qui allait casser les plus grands tabous de la pensée économique française pétrie des principes humanistes  de la Révolution de 1789  et mettant le social au-devant de toute réforme. Sarkozy se présentant depuis longtemps comme l’homme de la rupture par rapport à ce socle idéologique hérité du siècle des Lumières, considéré même comme le principal obstacle à une croissance économique entravée par trop d’interdits à caractère social. Ne cachant nullement son admiration sans bornes pour le modèle américain basé sur la flexibilité et l’absence totale de sécurité dans le travail, le ministre de l’intérieur ne pouvait qu’applaudir à l’adoption et à la mise en œuvre du CPE, qui n’est rien d’autre que la concrétisation  de l’un des principes cardinaux de l’économie US. Et de fait tout le monde savait parfaitement que l’ensemble du gouvernement, dans toute sa diversité de droite avait avalisé le projet, le présentant même comme un tout petit pas dans ce qui devenait devenir le début du déblocage en grand de l’économie française. Personne ne s’attendant en vérité à ce que les oppositions prévisibles et prévues à ce projet prennent les allures d’un gigantesque bras de fer qui allait déchirer en profondeur la société française. Le problème n’étant même pas en vérité le CPE lui-même qui ne déroge pas beaucoup à l’esprit des contrats à durée déterminée déjà en vigueur depuis fort longtemps et introduisant depuis longtemps la notion de précarité dans la relation de travail, mais plutôt l’opportunité qu’il offre de sa remise en cause sur des bases idéologiques plutôt que politique ou économique. La formulation particulièrement brutale de deux de ses principaux articles donnant en effet le prétexte idéal à une montée au créneau de l’ensemble du courant de gauche qui stigmatise avec beaucoup d’à propos l’officialisation de la précarité de la relation de travail, pourtant instituée du temps de François Mitterrand avec la mise en place des fameux plans sociaux destinés à indemniser les travailleurs licenciés par des entreprises aux résultats largement excédentaires.  La précarisation de la relation de travail n’ayant pas commencé avec l’arrivée de la droite au pouvoir en 1995, mais depuis au moins la moitié des années 80 qui enregistrèrent les premières vagues de délocalisation et la liquidation par branches entières de l’industrie française, autant qu’européenne d’ailleurs. Le seul moyen d’encourager l’embauche de travailleurs français dans des usines soumises à la rude concurrence des travailleurs des pays de l’Est et de la Chine ayant été de commencer à s’aligner sur les méthodes et un peu plus tard les salaires pratiqués là-bas.  Une adaptation qui n’est ni de gauche ni de droite d’ailleurs mais qui s’impose d’elle-même dans un monde où la logique capitaliste fondée sur la recherche du plus grand profit à moindre coût, conduit inévitablement à la réduction des coûts sociaux. Une réduction qui ne s’arrêtera  d’ailleurs pas là et qui produira de plus en plus de précarité et d’arbitraire au fur et à mesure que la baisse tendancielle des taux de profit ira en s’accentuant à cause d’une concurrence technologique toujours plus grande sur fond de misère sociale mondiale endémique. En ce sens il est clair que la réaction de la société et essentiellement de la jeunesse française est tout ce qu’il y a de plus saine, parce qu’elle trace une ligne rouge à ne pas dépasser, mais elle est aussi tout à fait improductive tant qu’elle n’offre pas d’alternative sérieuse à la logique du profit couplée à celle de la mondialisation à l’œuvre depuis des siècles. Le seul à croire pouvoir tirer son épingle du jeu  dans l’affaire, étant Nicolas Sarkozy qui ne fait en réalité que reculer pour mieux sauter,mais qui se faisant, révèle toute sa profonde duplicité et l’inconsistance de ses principes. Une attitude qui lui sera lourdement comptée au moment fatidique.

A. M.

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