Semaine du 12 au 18 Avril 2006

Bilan du président Abdelaziz Bouteflika

L’œuvre de réconciliation à l’épreuve du terrain

Douste-Blazy arrondit les angles

Un partenariat d’exception en attendant le traité d’amiti

 

 
 
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Bilan du président Abdelaziz Bouteflika

L’œuvre de réconciliation à l’épreuve du terrain

Cette entreprise de longue haleine rencontre aujourd’hui de la résistance à des niveaux différents. Elle suscite également le mécontentement des terroristes qui refusent de déposer les armes et la provocation d’anciens chefs islamistes libérés. Mais, l’oeuvre réconciliatrice ne réduit en rien l’opération de la normalité d’un pays, visité de nouveau par de nombreuses délégations étrangères et des Chefs d’Etat, et revenu sur la scène régionale et internationale.

Le bilan de la septième année du président Bouteflika à la tête de la Présidence de la République algérienne est assurément marqué par le retour en force de l’Algérie sur la scène internationale et par la mise en œuvre de sa politique de réconciliation nationale, comme prolongement de la politique de la concorde civile entamée en 1999 et avant elle, celle de la « rahma » (clémence).

Initiée tout au départ pour récupérer les armes des éléments de l’armée islamique du salut, bras armé de l’ex-FIS, de les faire descendre des maquis, cette démarche a fini par être corrigée et prolongée dans le temps, en touchant d’autres groupes islamistes armés, jusque-là poursuivis militairement dans le cadre de la lutte antiterroriste. Ce processus marqué du sceau du besoin du retour de la paix en Algérie, après une décennie sanglante, et surtout de l’arrêt des ingérences extérieures, a été accueilli favorablement par les partis politiques formant l’Alliance présidentielle (FLN, RND et MSP), ainsi que par le parti des travailleurs (PT, tendance trotskiste). En revanche, les associations des victimes du terrorisme, des familles de personnes enlevées par les terroristes et des disparus, de même que les ligues des Droits de l’Homme et les formations dites de l’opposition, comme le FFS, le RCD et le MDS, ont affiché leur scepticisme, voire leur désapprobation, tout en dénonçant « l’impunité », l’atteinte à la mémoire et la fermeture des médias lourds au débat contradictoire.

Un projet porté sur les épaules d’un seul homme

Cette œuvre de longue haleine rencontre aujourd’hui la résistance à des niveaux différents, notamment celle des familles des victimes du terrorisme et des disparus, qui ont décidé de renouer avec les rassemblements hebdomadaires. Elle suscite également le mécontentement des terroristes, refusant de déposer les armes, qui poursuivent leurs actes horribles, ainsi que la provocation d’anciens chefs islamistes, à l’exemple de Madani Mezrag et Ali Benhadj, qui vont jusqu’à défier l’Etat algérien. Mais, cette entreprise réconciliatrice ne réduit en rien celle de la normalité d’un pays, certes riche, visité de nouveau par de nombreuses délégations étrangères et des Chefs d’Etat, et revenu sur la scène régionale et internationale. Il faut néanmoins reconnaître que cette politique réconciliatrice a déstabilisé les partisans du « qui-tue-qui ? », en signant la condamnation à mort du « contrat de Rome ».

Prônée dès 1999 par Abdelaziz Bouteflika, la réconciliation nationale s’est très vite imposée comme un axe stratégique de la politique du premier magistrat du pays. Pour le président de la République, celle-ci demeure « l’unique solution de sortie de la crise nationale » et représente donc tout un programme destiné à rétablir la paix, seule à même de permettre à l’Algérie d’envisager des ouvertures pour l’avenir, des perspectives de développement en particulier. Le pari a-t-il été réussi ? Il est encore tôt pour bien saisir la ou les directions qu’emprunteront ces ouvertures souhaitées, tant le projet semble gigantesque et paraît surtout reposé sur les épaules d’un seul homme. L’épisode de la maladie du Chef de l’Etat, puis celui de son hospitalisation en France en décembre 2005, ne sont pas prête d’être oubliés de sitôt, car ils ont mis à nu une des carences du système patriarcal en Algérie, un système politique hélas encore assujetti à la volonté du « père ». Pour preuve, le Conseil des ministres ne s’est tenu qu’à la mi-janvier, après 35 jours de convalescence du président de la République…

Disons tout de même que l’élément se révélant visible pour le moment a un lien direct avec ce consensus établi en haut lieu, entre les adversaires irréductibles d’hier, autour du respect des « équilibres » internes. Un consensus explicitement exprimé dans la loi portant charte pour la paix et la réconciliation nationale, à travers la non réhabilitation du parti islamiste dissous, l’ex-FIS. Rappelons à ce propos la mise en garde faite, le 21 mars dernier, par le Chef du gouvernement, c’est-à-dire, deux jours après la sortie de son ministre de l’Intérieur, contre « les personnes responsables de la tragédie nationale » désormais interdites d’activité politique. « La situation, qui a prévalu 15 jours après la mise en œuvre des textes de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, ne durera pas », avait alors averti Ahmed Ouyahia. A l’ex-numéro 2 du parti dissous, Ali Benhadj, et à l’ancien responsable du GIA, Layada, il dira : « Nous allons dire à ces personnes de cesser de faire des déclarations politiques ».

A l’heure des rendez-vous électoraux

Le 8 avril 2006 représente l’an II du second mandat de Bouteflika. A trois années de l’arrivée à terme de ce mandat, l’Algérie, pays qui vient de se relever d’une des crises les plus sanglantes de son histoire contemporaine, a du mal à envoyer de la visibilité politique.

Comme ont eu à le déclarer des analystes, la lutte contre le terrorisme n’a pas été accompagnée de celle contre le fondamentalisme religieux, donc du débat d’idées. Ce qui revient à dire que le risque de l’islamisme ou de l’utilisation de la religion à des fins politiques n’est point levé et ce, malgré la promulgation de la charte. C’est dans cette ambiance politiquement floue que viennent s’inscrire de nouveaux rendez-vous électoraux et se poser la question de l’avenir du multipartisme dans notre pays. Allons-nous assister à une nouvelle bataille entre le même personnel du pouvoir pour préparer la suprématie d’un des partis de l’Alliance présidentielle ? Que deviendra l’opposition dans sa globalité et la tendance démocratique en particulier après 2009 ? Ces questions s’imposent, d’autant que des voix émettent le vœu de voir l’Algérie rectifier le tir et introduire des règles du jeu démocratiques. Des règles capables d’assurer l’alternance politique et de transformer surtout la logique de l’exclusion et des clivages en une logique des contraires ayant des choses en commun à partager, pour se lancer dans la voie de la modernité et du développement durable.

A l’heure des droits humains et de la démocratie, mais aussi à l’heure d’une mondialisation qui vise à re diviser la planète en nouveaux maîtres et nouveaux esclaves, ne dit-on pas qu’un système se nourrissant des aspects qui opposent la société, finit par enfermer celle-ci dans un état de guerre larvée.

Qu’en pense l’historien Mohamed Harbi sur la crise algérienne ? Selon lui, les dirigeants, qu’ils soient inspirés de l’islam, du libéralisme ou du marxisme, ont « toujours été réticents à admettre une société constituée hors de l’État ». Déjà, dans les années 1990, l’historien prévenait entre autre sur la faiblesse des forces capables d’entraîner l’Algérie dans le champ démocratique, ainsi que sur la fragilité de l’unité du pays. L’évolution de la situation en Algérie pose aux forces démocratiques « des questions difficiles », dira-t-il, non sans préciser que la « marche vers la démocratie n’est possible qu’avec les moyens de la démocratie ».

Pour ce qui est du renforcement de l’unité nationale, cette-ci semble apparemment l’une des préoccupations du pouvoir actuel, décidé à y remédier. Reste à savoir quand ce « moment opportun » se présentera-t-il pour ouvrir de vieux dossiers sensibles, aux fins de panser les blessures des Algériens et de les unir autour d’un véritable projet de société.

Z’hor Chérief

 

Douste-Blazy arrondit les angles

Un partenariat d’exception en attendant le traité d’amitié

Paris a demandé pardon. Mais seulement pour cette histoire de la loi du 23 février. Encore que cela fut accompli à sa manière, c’est-à-dire sans que cela ne transparaisse. Telle était la mission très délicate dévolue à Philippe Douste-Blazy pour sa récente visite à Alger, lui qui a clairement demandé que les deux parties remettent le compteur à zéro.

Très attendue, la visite du ministre français des Affaires étrangères s’est plutôt bien passée si l’on met les choses en comparaison avec la polémique sur la loi sur 23 février glorifiant le colonialisme et la tension qui en avait découlé entre Alger et Paris. Certains observateurs s’attendaient même à ce que cette tension connaisse une nouvelle montée avec la venue à Alger de Philippe Douste-Blazy, ce dernier étant l’un des initiateurs du fameux article 4 objet de la polémique, qui était ainsi à son deuxième essai, sans compter les relations étroites qu’on lui connaît avec certains milieux harkis.

Il en est même qui s’interrogeaient sur les motivations intimes du chef de l’Etat français qui envoie celui qui avait sans doute le plus mauvais profil pour réussir une mission de rapprochement (c’est de cela qu’il s’agissait), sachant qu’il y avait une grande probabilité pour qu’il soit quasiment lynché par nombre de cercles hostiles à sa venue, lesquels ont parfaitement la possibilité de s’exprimer par presse ou par intellectuels interposés. Comme on a eu le loisir de le constater, rien de tel n’a eu lieu.

La recette était simple. M. Douste-Blazy savait qu’il aurait toute la marge de manœuvre pour faire avancer les choses, à condition surtout de ne pas parler ouvertement du traité d’amitié comme si rien ne s’était passé ces derniers mois.

L'Algérie et la France sont attachées au "renforcement" et à l'"approfondissement" du partenariat d'exception, réaffirmé notamment dans la Déclaration d'Alger signée en 2003 par les présidents Bouteflika et Chirac, ont souligné lundi à Alger Mohammed Bedjaoui et son homologue français, Philippe Douste-Blazy, lors d’une conférence de presse conjointe. Au centre des déclarations, l’accord de relance du processus de refondation des relations algéro-françaises dans tous les domaines, entamée depuis la visite d'Etat en France du président Bouteflika en juin 2000 et à propos duquel le ministre français regrette "le temps perdu".

Pour autant, cela ne l’empêche pas de considérer que "les deux Présidents ont lancé les grandes perspectives de ce partenariat d'exception entre les deux pays en 2003", précisant que la relation bilatérale est "exceptionnelle par la grande vigueur de la coopération" entre les deux pays.

Prenant le très délicat sujet du traité d’amitié qu’il évite au maximum de nommer par son nom, le ministre français a préféré mettre ses propos en lien avec la rénovation de la coopération culturelle, scientifique et technique, dans le cadre de nouveaux instruments que Paris souhaiterait mettre en place avec l'Algérie.

A vrai dire, la France veut faire progresser le partenariat d'exception et ses relations primordiales avec l'Algérie (dixit M. Douste-Blazy à l’APS).

L’approche française est donc claire. Celle d’un pays pour qui – bien que pressé de conclure ledit traité – il est d’abord question d’entretenir des contacts permanents et approfondis qui permettent d’évoquer tous les sujets d’intérêt commun, sur la relation bilatérale elle-même,comme sur les questions de l’actualité internationale.

Le fait est que depuis la signature de la Déclaration d’Alger, on ne peut nier l’existence de balises que sont une somme d’orientations fondamentales bien tracées. Bien évidemment, "il n’est pas aisé d’avancer sur tous les sujets au même rythme, indépendamment de la grande volonté de faire progresser nos relations", déclarait le ministre des AE français.

Finies les séquelles de la loi du 23 février ? Douste-Blazy jure – ou presque – que oui : pour lui, cette loi a pu susciter de "l’incompréhension de part et d’autre", mais il assure que "cette affaire est à présent derrière nous". Et de dire que le Président Chirac a eu "la sagesse de mettre fin à ces malentendus en abrogeant les dispositions controversées de la loi".

Voilà donc qui renseigne sur le modus vivendi auquel sont parvenu les deux parties.

Quant au traité d’amitié lui-même, tout indique qu’il ne se fera pas non plus cette année. Le contentieux est au point mort. L’insistance, à Alger, de Philpppe Douste-Blazy sur le fait que la France n’abandonnera jamais les harkis qui sont pour elle "citoyens français à part entière" et qu’elle souhaite qu’ils puissent un jour visiter leur terre natale donne un aperçu des plus clairs sur la persistance des sujets qui fâchent et qui font que les "amis" ne le sont pas encore tout à faits.

Nabil Benali

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