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Bilan
du président Abdelaziz Bouteflika
L’œuvre
de réconciliation à l’épreuve du terrain
Cette entreprise de
longue haleine rencontre aujourd’hui de la résistance à des niveaux
différents. Elle suscite également le mécontentement des terroristes
qui refusent de déposer les armes et la provocation d’anciens chefs
islamistes libérés. Mais, l’oeuvre réconciliatrice ne réduit en rien
l’opération de la normalité d’un pays, visité de nouveau par de
nombreuses délégations étrangères et des Chefs d’Etat, et revenu sur
la scène régionale et internationale.
Le bilan de la septième
année du président Bouteflika à la tête de la Présidence de la
République algérienne est assurément marqué par le retour en force
de l’Algérie sur la scène internationale et par la mise en œuvre de
sa politique de réconciliation nationale, comme prolongement de la
politique de la concorde civile entamée en 1999 et avant elle, celle
de la « rahma » (clémence).
Initiée tout au départ
pour récupérer les armes des éléments de l’armée islamique du salut,
bras armé de l’ex-FIS, de les faire descendre des maquis, cette
démarche a fini par être corrigée et prolongée dans le temps, en
touchant d’autres groupes islamistes armés, jusque-là poursuivis
militairement dans le cadre de la lutte antiterroriste. Ce processus
marqué du sceau du besoin du retour de la paix en Algérie, après une
décennie sanglante, et surtout de l’arrêt des ingérences
extérieures, a été accueilli favorablement par les partis politiques
formant l’Alliance présidentielle (FLN, RND et MSP), ainsi que par
le parti des travailleurs (PT, tendance trotskiste). En revanche,
les associations des victimes du terrorisme, des familles de
personnes enlevées par les terroristes et des disparus, de même que
les ligues des Droits de l’Homme et les formations dites de
l’opposition, comme le FFS, le RCD et le MDS, ont affiché leur
scepticisme, voire leur désapprobation, tout en dénonçant
« l’impunité », l’atteinte à la mémoire et la fermeture des médias
lourds au débat contradictoire.
Un projet porté sur les
épaules d’un seul homme
Cette œuvre de longue
haleine rencontre aujourd’hui la résistance à des niveaux
différents, notamment celle des familles des victimes du terrorisme
et des disparus, qui ont décidé de renouer avec les rassemblements
hebdomadaires. Elle suscite également le mécontentement des
terroristes, refusant de déposer les armes, qui poursuivent leurs
actes horribles, ainsi que la provocation d’anciens chefs
islamistes, à l’exemple de Madani Mezrag et Ali Benhadj, qui vont
jusqu’à défier l’Etat algérien. Mais, cette entreprise
réconciliatrice ne réduit en rien celle de la normalité d’un pays,
certes riche, visité de nouveau par de nombreuses délégations
étrangères et des Chefs d’Etat, et revenu sur la scène régionale et
internationale. Il faut néanmoins reconnaître que cette politique
réconciliatrice a déstabilisé les partisans du « qui-tue-qui ? », en
signant la condamnation à mort du « contrat de Rome ».
Prônée dès 1999 par
Abdelaziz Bouteflika, la réconciliation nationale s’est très vite
imposée comme un axe stratégique de la politique du premier
magistrat du pays. Pour le président de la République, celle-ci
demeure « l’unique solution de sortie de la crise nationale » et
représente donc tout un programme destiné à rétablir la paix, seule
à même de permettre à l’Algérie d’envisager des ouvertures pour
l’avenir, des perspectives de développement en particulier. Le pari
a-t-il été réussi ? Il est encore tôt pour bien saisir la ou les
directions qu’emprunteront ces ouvertures souhaitées, tant le projet
semble gigantesque et paraît surtout reposé sur les épaules d’un
seul homme. L’épisode de la maladie du Chef de l’Etat, puis celui de
son hospitalisation en France en décembre 2005, ne sont pas prête
d’être oubliés de sitôt, car ils ont mis à nu une des carences du
système patriarcal en Algérie, un système politique hélas encore
assujetti à la volonté du « père ». Pour preuve, le Conseil des
ministres ne s’est tenu qu’à la mi-janvier, après 35 jours de
convalescence du président de la République…
Disons tout de même que
l’élément se révélant visible pour le moment a un lien direct avec
ce consensus établi en haut lieu, entre les adversaires
irréductibles d’hier, autour du respect des « équilibres » internes.
Un consensus explicitement exprimé dans la loi portant charte pour
la paix et la réconciliation nationale, à travers la non
réhabilitation du parti islamiste dissous, l’ex-FIS. Rappelons à ce
propos la mise en garde faite, le 21 mars dernier, par le Chef du
gouvernement, c’est-à-dire, deux jours après la sortie de son
ministre de l’Intérieur, contre « les personnes responsables de la
tragédie nationale » désormais interdites d’activité politique. « La
situation, qui a prévalu 15 jours après la mise en œuvre des textes
de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, ne durera
pas », avait alors averti Ahmed Ouyahia. A l’ex-numéro 2 du parti
dissous, Ali Benhadj, et à l’ancien responsable du GIA, Layada, il
dira : « Nous allons dire à ces personnes de cesser de faire des
déclarations politiques ».
A l’heure des
rendez-vous électoraux
Le 8 avril 2006
représente l’an II du second mandat de Bouteflika. A trois années de
l’arrivée à terme de ce mandat, l’Algérie, pays qui vient de se
relever d’une des crises les plus sanglantes de son histoire
contemporaine, a du mal à envoyer de la visibilité politique.
Comme ont eu à le
déclarer des analystes, la lutte contre le terrorisme n’a pas été
accompagnée de celle contre le fondamentalisme religieux, donc du
débat d’idées. Ce qui revient à dire que le risque de l’islamisme ou
de l’utilisation de la religion à des fins politiques n’est point
levé et ce, malgré la promulgation de la charte. C’est dans cette
ambiance politiquement floue que viennent s’inscrire de nouveaux
rendez-vous électoraux et se poser la question de l’avenir du
multipartisme dans notre pays. Allons-nous assister à une nouvelle
bataille entre le même personnel du pouvoir pour préparer la
suprématie d’un des partis de l’Alliance présidentielle ? Que
deviendra l’opposition dans sa globalité et la tendance démocratique
en particulier après 2009 ? Ces questions s’imposent, d’autant que
des voix émettent le vœu de voir l’Algérie rectifier le tir et
introduire des règles du jeu démocratiques. Des règles capables
d’assurer l’alternance politique et de transformer surtout la
logique de l’exclusion et des clivages en une logique des contraires
ayant des choses en commun à partager, pour se lancer dans la voie
de la modernité et du développement durable.
A l’heure des droits
humains et de la démocratie, mais aussi à l’heure d’une
mondialisation qui vise à re diviser la planète en nouveaux maîtres
et nouveaux esclaves, ne dit-on pas qu’un système se nourrissant des
aspects qui opposent la société, finit par enfermer celle-ci dans un
état de guerre larvée.
Qu’en pense l’historien
Mohamed Harbi sur la crise algérienne ? Selon lui, les dirigeants,
qu’ils soient inspirés de l’islam, du libéralisme ou du marxisme,
ont « toujours été réticents à admettre une société constituée hors
de l’État ». Déjà, dans les années 1990, l’historien prévenait entre
autre sur la faiblesse des forces capables d’entraîner l’Algérie
dans le champ démocratique, ainsi que sur la fragilité de l’unité du
pays. L’évolution de la situation en Algérie pose aux forces
démocratiques « des questions difficiles », dira-t-il, non sans
préciser que la « marche vers la démocratie n’est possible qu’avec
les moyens de la démocratie ».
Pour ce qui est du
renforcement de l’unité nationale, cette-ci semble apparemment l’une
des préoccupations du pouvoir actuel, décidé à y remédier. Reste à
savoir quand ce « moment opportun » se présentera-t-il pour ouvrir
de vieux dossiers sensibles, aux fins de panser les blessures des
Algériens et de les unir autour d’un véritable projet de société.
Z’hor Chérief
Douste-Blazy arrondit les angles
Un partenariat
d’exception en attendant le traité d’amitié
Paris a demandé pardon.
Mais seulement pour cette histoire de la loi du 23 février. Encore
que cela fut accompli à sa manière, c’est-à-dire sans que cela ne
transparaisse. Telle était la mission très délicate dévolue à
Philippe Douste-Blazy pour sa récente visite à Alger, lui qui a
clairement demandé que les deux parties remettent le compteur à
zéro.
Très attendue, la visite
du ministre français des Affaires étrangères s’est plutôt bien
passée si l’on met les choses en comparaison avec la polémique sur
la loi sur 23 février glorifiant le colonialisme et la tension qui
en avait découlé entre Alger et Paris. Certains observateurs
s’attendaient même à ce que cette tension connaisse une nouvelle
montée avec la venue à Alger de Philippe Douste-Blazy, ce dernier
étant l’un des initiateurs du fameux article 4 objet de la
polémique, qui était ainsi à son deuxième essai, sans compter les
relations étroites qu’on lui connaît avec certains milieux harkis.
Il en est même qui
s’interrogeaient sur les motivations intimes du chef de l’Etat
français qui envoie celui qui avait sans doute le plus mauvais
profil pour réussir une mission de rapprochement (c’est de cela
qu’il s’agissait), sachant qu’il y avait une grande probabilité pour
qu’il soit quasiment lynché par nombre de cercles hostiles à sa
venue, lesquels ont parfaitement la possibilité de s’exprimer par
presse ou par intellectuels interposés. Comme on a eu le loisir de
le constater, rien de tel n’a eu lieu.
La recette était simple.
M. Douste-Blazy savait qu’il aurait toute la marge de manœuvre pour
faire avancer les choses, à condition surtout de ne pas parler
ouvertement du traité d’amitié comme si rien ne s’était passé ces
derniers mois.
L'Algérie et la France
sont attachées au "renforcement" et à l'"approfondissement" du
partenariat d'exception, réaffirmé notamment dans la Déclaration
d'Alger signée en 2003 par les présidents Bouteflika et Chirac, ont
souligné lundi à Alger Mohammed Bedjaoui et son homologue français,
Philippe Douste-Blazy, lors d’une conférence de presse conjointe. Au
centre des déclarations, l’accord de relance du processus de
refondation des relations algéro-françaises dans tous les domaines,
entamée depuis la visite d'Etat en France du président Bouteflika en
juin 2000 et à propos duquel le ministre français regrette "le temps
perdu".
Pour autant, cela ne
l’empêche pas de considérer que "les deux Présidents ont lancé les
grandes perspectives de ce partenariat d'exception entre les deux
pays en 2003", précisant que la relation bilatérale est
"exceptionnelle par la grande vigueur de la coopération" entre les
deux pays.
Prenant le très délicat
sujet du traité d’amitié qu’il évite au maximum de nommer par son
nom, le ministre français a préféré mettre ses propos en lien avec
la rénovation de la coopération culturelle, scientifique et
technique, dans le cadre de nouveaux instruments que Paris
souhaiterait mettre en place avec l'Algérie.
A vrai dire, la France
veut faire progresser le partenariat d'exception et ses relations
primordiales avec l'Algérie (dixit M. Douste-Blazy à l’APS).
L’approche française est
donc claire. Celle d’un pays pour qui – bien que pressé de
conclure ledit traité – il est d’abord question d’entretenir des
contacts permanents et approfondis qui permettent d’évoquer tous les
sujets d’intérêt commun, sur la relation bilatérale elle-même,comme
sur les questions de l’actualité internationale.
Le fait est que depuis
la signature de la Déclaration d’Alger, on ne peut nier l’existence
de balises que sont une somme d’orientations fondamentales bien
tracées. Bien évidemment, "il n’est pas aisé d’avancer sur tous les
sujets au même rythme, indépendamment de la grande volonté de faire
progresser nos relations", déclarait le ministre des AE français.
Finies les séquelles de
la loi du 23 février ? Douste-Blazy jure – ou presque – que oui :
pour lui, cette loi a pu susciter de "l’incompréhension de part et
d’autre", mais il assure que "cette affaire est à présent derrière
nous". Et de dire que le Président Chirac a eu "la sagesse de mettre
fin à ces malentendus en abrogeant les dispositions controversées de
la loi".
Voilà donc qui renseigne
sur le modus vivendi auquel sont parvenu les deux parties.
Quant au traité
d’amitié lui-même, tout indique qu’il ne se fera pas non plus cette
année. Le contentieux est au point mort. L’insistance, à Alger, de
Philpppe Douste-Blazy sur le fait que la France n’abandonnera jamais
les harkis qui sont pour elle "citoyens français à part entière" et
qu’elle souhaite qu’ils puissent un jour visiter leur terre natale
donne un aperçu des plus clairs sur la persistance des sujets qui
fâchent et qui font que les "amis" ne le sont pas encore tout à
faits.
Nabil Benali
Haut
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