Semaine du 12 au 18  juillet 2006

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Cinq ans pour rien

 

 
 
 Editorial

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Cinq ans pour rien

Si l’on devait résumer le parcours de l’une des lois les plus controversées de l’histoire du pays, on dirait qu’il s’agit d’une réforme pour laquelle on a dépensé cinq ans de campagne, d’explications souvent et de manœuvres parfois pour la faire passer, le tout pour finir par l’abroger avant même qu’elle n’entre en vigueur. Pour un cas de mauvaise gouvernance, si tant est que gouverner est prévoir, nous voici devant un joli cas d’espèce. Quant à ladite abrogation, si elle se présente sous la forme d’un amendement prématuré de la loi sur les hydrocarbures dans sa lettre, elle n’en constitue pas moins une abrogation dans son esprit. A vrai dire, la réforme Khelil, qui n’a de nom que le ministre chargé de la mettre en musique, n’avait rien de fondamentalement nouveau que mettre la compagnie nationale Sonatrach au même rang que la concurrence. Voilà qui n’est plus depuis le dernier Conseil des ministres qui nous renvoie à la case de départ de 1991, depuis la loi Ghozali.

Tout le reste, à savoir la mise en place d’autorités de régulation (qu’elles soient dépendantes ou non du ministère de tutelle), la révision de la fiscalité pétrolière – réalisable par simple décret ou dans le cadre d’une loi de finances – ou encore la transparence dans l’attribution des périmètres, ce qui équivaut à appliquer machinalement les lois en vigueur, tout cela n’avait aucunement besoin d’une loi déchirante.

Chakib Khelil, qui cache à peine la faiblesse de sa marge de manœuvre alors qu’il semblait être le tout-puissant boss du pétrole et du gaz dans le pays, s’est tellement dépensé à faire sauter les verrous pour la venue ce salutaire capital étranger qu’on se demande aujourd’hui par quel moyen il pourrait nous convaincre que son désaveu par le chef de l’Etat aurait quelques fondements économiques de dernière minute.

C’est que la loi promulguée en avril 2005 l’a été quatre ans après le 11 septembre 2001 et plus de deux ans après l’invasion américaine de l’Irak, une période cruciale pour ce début de millénaire qui a coïncidé avec une poussée de croissance dans les deux puissances démographiques du monde, la Chine et l’Inde. Le cycle d’une durable et forte demande sur le pétrole n’a certainement pas commencé aujourd’hui, mais il y a quelques années, en tous cas bien avant la promulgation de la loi Khelil. Un cycle qui bannit à jamais le pétrole bon marché surtout parce que les réserves mondiales vont se raréfiant. Déréglementer son marché, dans ce contexte, n’avait et n’a toujours aucun mobile, du moment que quelles que soient les conditions, les compagnies pétrolières restent en quête du moindre puits à pomper.

Pourquoi donc avoir fait passer une loi pareille et se rendre compte tardivement de ses dangers pour l’intérêt de la nation ?

On notera au passage la différence entre l’argumentaire du président Bouteflika et celui de Chakib Khelil. Si pour le premier les causes de ce revirement sont internes, elles sont totalement externes pour le deuxième. Le président Bouteflika évoque la préservation du pétrole pour les générations futures ; Chakib Khelil parle d’une ère nouvelle dans le marché pétrolier. Une ère qui pourtant ne date pas d’aujourd’hui et, qui plus est, n’empêche aucunement, comme chacun le sait, de multiplier les contrats d’exploration et d’exploitation dans la perspective de hausser les quantités exportables – qui sont passées du simple au double en direction des Etats-Unis, ce qui met l’Algérie dans la liste de ses fournisseurs pour soutenir ses réserves stratégiques. Il en est de même vers l’Europe, s’agissant du gaz. Une perspective maintenue malgré le refus de Bruxelles de reculer sur sa directive sur le gaz ou de permettre à Sonatrach et à Sonelgaz de produire localement, en terre européenne, de l’électricité à partir du gaz algérien.

Cela étant pour le fond. La forme, elle aussi, ne nous épargne aucune inspiration à la critique. La loi Khelil a été promulguée sans débat public et l’écrasante majorité de l’opinion n’a été informée de sa teneur qu’une fois adoptée. Il en est de même pour ses amendements, cette semaine, et c’est en dernière heure que l’on apprend, par la bouche de… Louiza Hanoune, que c’est ainsi qu’il en sera, cependant que le ministre de l’Energie a tenté de convaincre qu’il a y réellement eu une concertation ad-hoc bien avant la décision d’amendement.

Passons ces considérations encore une fois internes et gardons en conclusion que l’annulation de la réforme du secteur des hydrocarbures équivaut à un recul dans les intentions libérales des autorités du pays, prenant pour point de départ que pareille réforme devait constituer un signal fort dans le sens de l’ouverture. Aujourd’hui, rien de tel. L’ouverture d’une économie qui ne vit que de pétrole et de gaz est compromise. Ce n’est peut-être pas une mauvaise chose en soi, mais elle se fait de sorte à effriter la confiance des milieux d’affaires étrangers qui savent que les investissements dans ce secteur sont lourds et ne peuvent s’amortir que dans la durée et qui voient, en même temps, l’opacité se prolonger dans l’instabilité du cadre législatif.

Voilà, en ce qui concerne les Algériens, de quoi leur rappeler que ce qu’il faut écouter, ce sont les actes et seulement les actes. Et puis, personne ne nous dit ce que va devenir Sonatrach qui, sauf restructuration et partenariat, ne pourra jamais relever ses défis économiques et technologiques. Elle est même menacée de ne pas pouvoir honorer ses engagements à venir.

Et juste pour la conversation, on aurait bien voulu rencontrer un certain Abdelhak Bouhafs que M. Khelil n’a pas hésité à sacrifier le jour où il a osé resserrer ses liens avec le syndicat de Sonatrach et commencé à montrer un brin d’opposition aux intentions de son vieil ami.

Nabil Benali

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