Semaine du 12 au 18  juillet 2006

 

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La présidentielle, un feuilleton à rebondissements

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Les revendications zapatistes absentes

 

 
 
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La présidentielle, un feuilleton à rebondissements

Le candidat conservateur Felipe Calderon a remporté d'un cheveu l'élection présidentielle mexicaine, au vu des résultats définitifs d'un nouveau décompte, mais son adversaire de gauche s'est engagé à contester devant la justice et dans la rue l'issue du scrutin. 

Felipe Calderon, candidat du Parti de l’action nationale, a été élu avec 35,89% des voix et Andres Manuel Lopez Obrador, candidat de la gauche et ancien maire de Mexico, le suit de près avec 35,31%, selon les résultats officiels définitifs. Or, dans cette élection à un seul tour, c'est le candidat arrivé en tête qui l'emporte, pour un mandat non renouvelable de 6 ans. Lopez Obrador a estimé que l'élection du 2 juillet était entachée d'irrégularités et a d’ores et déjà contesté les résultats devant le tribunal électoral mexicain. Ses partisans ont par ailleurs multiplié les manifestations, ce qui laisse craindre des troubles alors que l'on s'achemine vers des procédures juridiques rappelant celles de l'élection présidentielle américaine de 2000. "Nous ne pouvons ni reconnaître ni accepter ces résultats", a dit M. Obrador. 

Felipe Calderon, en revanche, a aussitôt appelé ses adversaires à tourner la page de cette élection remportée à l’arraché, qui a plongé le Mexique dans une crise politique inédite. Felipe Calderon n'a dépassé Lopez Obrador lors du nouveau décompte que lorsque près de 98% des bulletins de vote ont été recomptés. Au final, seules 240.000 voix séparent les deux candidats principaux de cette présidentielle, ce qui est très peu dans un pays de plus de 100 millions d'habitants. Felipe Calderon était sans consteste le favori des investisseurs et les marchés financiers mexicains ont fortement progressé à la nouvelle de sa victoire. Lopez Obrador, 52 ans, avait été le favori des sondages durant une grande partie de la campagne électorale, mais Calderon l'a rattrapé en décrivant son adversaire comme un danger pour la stabilité économique du pays et en l'associant au président vénézuélien Hugo Chavez. Lopez Obrador avait fait campagne sur la défense des pauvres et sur un développement des services sociaux, ainsi que sur d'ambitieux projets d'infrastructures destinés à relancer l'emploi. Il avait perdu de 20 000 voix le poste de gouverneur de l’Etat de Tabasco, en 1994, au terme d’un scrutin douteux et contesté. 

Pour le chef de l’armée zapatiste de libération nationale, le sous-commandant Marcos, partisan de l’abstentionnisme, la victoire de Felipe Calderon est le fruit d’une «fraude» orchestrée par le gouvernement mexicain. La gauche ne reconnaissant pas la victoire de Felipe Calderon, l’Institut fédéral électoral l’a déclaré vainqueur, mais pas «Président élu». Il doit officiellement proclamer le nom du nouveau président du Mexique, le 6 septembre au plus tard, après avoir examiné les plaintes du Parti de la révolution démocratique (PRD) de Lopez Obrador. Le nouveau Président doit être investi le 1er décembre.       

Les scrutins présidentiels litigieux

- 1910 : des émeutes éclatent après des élections considérées comme truquées remportées par Porfirio Diaz, qui a déjà dirigé le pays d'une main de fer pendant 30 ans. Son rival Francisco Madero n'a reçu que quelques centaines de voix dans tout le pays, selon les autorités. Madero appelle les Mexicains à prendre les armes, déclenchant la révolution mexicaine.

- 1940 : Le candidat du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), Manuel Avila Camacho, obtient 93,9% des voix face au général Juan Andrew Almazan dans un scrutin marqué par des affrontements violents et des accusations de fraude. Des partisans d'Almazan sont persécutés et tués.

- 1958 : Le candidat du PRI, Adolfo Lopez Mateos, bat le candidat du Parti d'action nationale (PAN), Luis Alvarez, avec 90,5% des voix. Alvarez n'a pas été autorisé à s'exprimer à la radio et a été brièvement incarcéré durant la campagne au motif qu'il était "un candidat de l'opposition".

- 1988 : Les premiers résultats de l'élection présidentielle donnent l'avantage au candidat de la gauche Cuauhtémoc Cardenas, mais un système électoral informatisé tombe alors mystérieusement en panne. Lorsqu'il est remis en service, quelques heures plus tard, le candidat du PRI, Carlos Salinas, l'emporte d'une courte tête.

 

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Les revendications zapatistes absentes

Lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 2000, le président sortant  du Mexique Vicente Fox avait promis de résoudre la révolte des zapatistes du Chiapas "en 15 minutes". Rien ne s'est produit et aujourd'hui, après un nouveau scrutin présidentiel très serré, la résolution du conflit politique et militaire du Chiapas a été pratiquement   absente dans les programmes de campagne des candidats. Des dizaines de milliers de soldats sont toujours déployés à proximité des positions des rebelles disséminées dans les montagnes et la jungle de cet Etat du sud du Mexique, où de sanglants affrontements avaient opposé forces gouvernementales et zapatistes, lors du soulèvement du Nouvel an de 1994, faisant 150 victimes. Des accords de paix ont été signés en 1996, mais ils n'ont jamais été mis en œuvre dans leur intégralité, laissant les rebelles zapatistes et leurs partisans à la colère et la méfiance. Ils n'ont toutefois jamais repris les armes.

"A l'époque on nous a trompés et maintenant on ne parle même plus de nous", affirme Agustin Vasquez, un Amérindien Tzotzil, qui dirige un groupement de villages soutenant la cause zapatiste. Les 13 millions d'Amérindiens comptent parmi les habitants les plus pauvres du Mexique avec un taux important d'analphabétisme et des problèmes de malnutrition. En janvier, le sous-commandant Marcos, chef de la rébellion zapatiste, a entamé une tournée du Mexique à moto pour plaider la cause des Amérindiens mais aussi celle des pauvres, à l'approche des élections présidentielle et législatives du 2 juillet. Le chef de la rébellion marxiste, devenu une icône du mouvement altermondialiste, a affirmé qu'il souhaitait former une alliance entre le mouvement indigène et les autres exclus de la politique à l'occasion de cette tournée, baptisée "l'autre campagne". Il a cependant exclu de participer aux élections, prônant l’abstention. Lors d'une interview d'une heure à la télévision, Marcos avait accusé Lopez Obrador, le candidat de la gauche, aux élections d'avoir trahi les valeurs de la gauche. "Nous sommes opposés à toute la classe politique", a déclaré Marcos. Selon les analystes politiques, le retour en force de Marcos a pu nuire au candidat de la gauche qui a élé légèrement devancé par Felipe Calderon le candidat de la droite.

"Le fait que le sous-commandant Marcos ait désormais une raison de rester à Mexico et de faire son retour à la une des journaux et dans les émissions de grande écoute à la radio et à la télévision a été une mauvaise nouvelle pour Andres Manuel Lopez Obrador", estime Ciro Gomez, chroniqueur au quotidien Milenio.

La droite a d'ailleurs exploité le filon en tentant de convaincre les électeurs que Lopez Obrador et Marcos sont les deux visages d'une même menace. "Derrière le passe-montagne, il y a le même visage de l'intolérance et de l'autoritarisme qui caractérise la gauche brutale et qui est représentée aujourd'hui par Lopez Obrador", a déclaré Felipe Calderon, le candidat du Parti de l'action nationale (PAN) au pouvoir. Pour les analystes politiques, "l'autre campagne" du sous-commandant Marcos risque également de détourner l'attention du combat des Amérindiens. "C'est une société très raciste", affirme l'auteur et analyste politique Carlos Monsivais. "Depuis que les Zapatistes se consacrent à leur autre campagne, les revendications des indigènes ont été abandonnées", a-t-il ajouté. Dans les montagnes du Chiapas, où les villages soutenant la cause zapatiste sont fermés aux étrangers, beaucoup d'Amérindiens se sentent laissés-pour-compte et n’ont  pas voté le 2 juillet. Les Zapatistes, et plus largement le mouvement amérindien, réclament plus d'autonomie, notamment la reconnaissance des autorités traditionnelles et le contrôle de leurs ressources naturelles. En 2001, une réforme législative leur accordant plus d'autonomie leur avait été promise, mais elle avait finalement été édulcorée au Congrès.

 

 

 

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