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Mexique
La présidentielle, un feuilleton à
rebondissements
Le candidat conservateur Felipe
Calderon a remporté d'un cheveu l'élection présidentielle mexicaine,
au vu des résultats définitifs d'un nouveau décompte, mais son
adversaire de gauche s'est engagé à contester devant la justice et
dans la rue l'issue du scrutin.
Felipe Calderon, candidat du Parti de
l’action nationale, a été élu avec 35,89% des voix et Andres Manuel
Lopez Obrador, candidat de la gauche et ancien maire de Mexico, le
suit de près avec 35,31%, selon les résultats officiels définitifs.
Or, dans cette élection à un seul tour, c'est le candidat arrivé en
tête qui l'emporte, pour un mandat non renouvelable de 6 ans. Lopez
Obrador a estimé que l'élection du 2 juillet était entachée
d'irrégularités et a d’ores et déjà contesté les résultats devant le
tribunal électoral mexicain. Ses partisans ont par ailleurs
multiplié les manifestations, ce qui laisse craindre des troubles
alors que l'on s'achemine vers des procédures juridiques rappelant
celles de l'élection présidentielle américaine de 2000. "Nous ne
pouvons ni reconnaître ni accepter ces résultats", a dit M. Obrador.
Felipe Calderon, en revanche, a
aussitôt appelé ses adversaires à tourner la page de cette élection
remportée à l’arraché, qui a plongé le Mexique dans une crise
politique inédite. Felipe Calderon n'a dépassé Lopez Obrador lors du
nouveau décompte que lorsque près de 98% des bulletins de vote ont
été recomptés. Au final, seules 240.000 voix séparent les deux
candidats principaux de cette présidentielle, ce qui est très peu
dans un pays de plus de 100 millions d'habitants. Felipe Calderon
était sans consteste le favori des investisseurs et les marchés
financiers mexicains ont fortement progressé à la nouvelle de sa
victoire. Lopez Obrador, 52 ans, avait été le favori des sondages
durant une grande partie de la campagne électorale, mais Calderon
l'a rattrapé en décrivant son adversaire comme un danger pour la
stabilité économique du pays et en l'associant au président
vénézuélien Hugo Chavez. Lopez Obrador avait fait campagne sur la
défense des pauvres et sur un développement des services sociaux,
ainsi que sur d'ambitieux projets d'infrastructures destinés à
relancer l'emploi. Il avait perdu de 20 000 voix le poste de
gouverneur de l’Etat de Tabasco, en 1994, au terme d’un scrutin
douteux et contesté.
Pour le chef de l’armée zapatiste de
libération nationale, le sous-commandant Marcos, partisan de
l’abstentionnisme, la victoire de Felipe Calderon est le fruit d’une
«fraude» orchestrée par le gouvernement mexicain. La gauche ne
reconnaissant pas la victoire de Felipe Calderon, l’Institut fédéral
électoral l’a déclaré vainqueur, mais pas «Président élu». Il doit
officiellement proclamer le nom du nouveau président du Mexique, le
6 septembre au plus tard, après avoir examiné les plaintes du Parti
de la révolution démocratique (PRD) de Lopez Obrador. Le nouveau
Président doit être investi le 1er décembre.
Les scrutins présidentiels litigieux
- 1910 : des émeutes éclatent après des
élections considérées comme truquées remportées par Porfirio Diaz,
qui a déjà dirigé le pays d'une main de fer pendant 30 ans. Son
rival Francisco Madero n'a reçu que quelques centaines de voix dans
tout le pays, selon les autorités. Madero appelle les Mexicains à
prendre les armes, déclenchant la révolution mexicaine.
- 1940 : Le candidat du Parti
révolutionnaire institutionnel (PRI), Manuel Avila Camacho, obtient
93,9% des voix face au général Juan Andrew Almazan dans un scrutin
marqué par des affrontements violents et des accusations de fraude.
Des partisans d'Almazan sont persécutés et tués.
- 1958 : Le candidat du PRI, Adolfo
Lopez Mateos, bat le candidat du Parti d'action nationale (PAN),
Luis Alvarez, avec 90,5% des voix. Alvarez n'a pas été autorisé à
s'exprimer à la radio et a été brièvement incarcéré durant la
campagne au motif qu'il était "un candidat de l'opposition".
- 1988 : Les premiers résultats de
l'élection présidentielle donnent l'avantage au candidat de la
gauche Cuauhtémoc Cardenas, mais un système électoral informatisé
tombe alors mystérieusement en panne. Lorsqu'il est remis en
service, quelques heures plus tard, le candidat du PRI, Carlos
Salinas, l'emporte d'une courte tête.
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Elections
Les
revendications zapatistes absentes
Lors de la campagne pour l'élection
présidentielle de 2000, le président sortant du Mexique Vicente Fox
avait promis de résoudre la révolte des zapatistes du Chiapas "en
15 minutes". Rien ne s'est produit et aujourd'hui, après un nouveau
scrutin présidentiel très serré, la résolution du conflit politique
et militaire du Chiapas a été pratiquement absente dans les
programmes de campagne des candidats. Des dizaines de milliers de
soldats sont toujours déployés à proximité des positions des
rebelles disséminées dans les montagnes et la jungle de cet Etat du
sud du Mexique, où de sanglants affrontements avaient opposé forces
gouvernementales et zapatistes, lors du soulèvement du Nouvel an de
1994, faisant 150 victimes. Des accords de paix ont été signés en
1996, mais ils n'ont jamais été mis en œuvre dans leur intégralité,
laissant les rebelles zapatistes et leurs partisans à la colère et
la méfiance. Ils n'ont toutefois jamais repris les armes.
"A l'époque on nous a trompés et
maintenant on ne parle même plus de nous", affirme Agustin Vasquez,
un Amérindien Tzotzil, qui dirige un groupement de villages
soutenant la cause zapatiste. Les 13 millions d'Amérindiens comptent
parmi les habitants les plus pauvres du Mexique avec un taux
important d'analphabétisme et des problèmes de malnutrition. En
janvier, le sous-commandant Marcos, chef de la rébellion zapatiste,
a entamé une tournée du Mexique à moto pour plaider la cause des
Amérindiens mais aussi celle des pauvres, à l'approche des élections
présidentielle et législatives du 2 juillet. Le chef de la rébellion
marxiste, devenu une icône du mouvement altermondialiste, a affirmé
qu'il souhaitait former une alliance entre le mouvement indigène et
les autres exclus de la politique à l'occasion de cette tournée,
baptisée "l'autre campagne". Il a cependant exclu de participer aux
élections, prônant l’abstention. Lors d'une interview d'une heure à
la télévision, Marcos avait accusé Lopez Obrador, le candidat de la
gauche, aux élections d'avoir trahi les valeurs de la gauche. "Nous
sommes opposés à toute la classe politique", a déclaré Marcos. Selon
les analystes politiques, le retour en force de Marcos a pu nuire au
candidat de la gauche qui a élé légèrement devancé par Felipe
Calderon le candidat de la droite.
"Le fait que le sous-commandant Marcos
ait désormais une raison de rester à Mexico et de faire son retour à
la une des journaux et dans les émissions de grande écoute à la
radio et à la télévision a été une mauvaise nouvelle pour Andres
Manuel Lopez Obrador", estime Ciro Gomez, chroniqueur au quotidien
Milenio.
La droite a d'ailleurs exploité le
filon en tentant de convaincre les électeurs que Lopez Obrador et
Marcos sont les deux visages d'une même menace. "Derrière le
passe-montagne, il y a le même visage de l'intolérance et de
l'autoritarisme qui caractérise la gauche brutale et qui est
représentée aujourd'hui par Lopez Obrador", a déclaré Felipe
Calderon, le candidat du Parti de l'action nationale (PAN) au
pouvoir. Pour les analystes politiques, "l'autre campagne" du
sous-commandant Marcos risque également de détourner l'attention du
combat des Amérindiens. "C'est une société très raciste", affirme
l'auteur et analyste politique Carlos Monsivais. "Depuis que les
Zapatistes se consacrent à leur autre campagne, les revendications
des indigènes ont été abandonnées", a-t-il ajouté. Dans les
montagnes du Chiapas, où les villages soutenant la cause zapatiste
sont fermés aux étrangers, beaucoup d'Amérindiens se sentent
laissés-pour-compte et n’ont pas voté le 2 juillet. Les Zapatistes,
et plus largement le mouvement amérindien, réclament plus
d'autonomie, notamment la reconnaissance des autorités
traditionnelles et le contrôle de leurs ressources naturelles. En
2001, une réforme législative leur accordant plus d'autonomie leur
avait été promise, mais elle avait finalement été édulcorée au
Congrès.
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