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Projet de révision constitutionnelle
L’enjeu nodal des choix
économiques
Ce qui n’était que spéculation est
devenu réalité. Le président de la République a choisi la date
commémorative de l’indépendance nationale pour confirmer la révision
de la Constitution. Près de six mois après son «contrôle
post-opératoire» à l’hôpital parisien, le jeu se précise avec
l’entrée en scène de nouveaux éléments du puzzle : le premier
magistrat du pays était derrière le départ forcé de l’ex-chef du
gouvernement, Ahmed Ouyahia. Et son empressement à modifier le
rapport de force au sommet de l’Etat et du pouvoir passe, selon lui,
par la réforme constitutionnelle.
Toute la campagne menée par la
formation d’Abdelaziz Belkhadem, et soutenue d’une certaine façon
par le MSP pour affaiblir Ouyahia et imposer l’idée de la révision
constitutionnelle, était finalement planifiée ou du moins avait
l’aval du président Bouteflika. Le «candidat du consensus», qui
s’était révolté d’être un «trois-quarts» de Président et qui est
parvenu à décrocher, en 2004, un second mandat, semble décidé
aujourd’hui à faire le ménage autour de lui en se démarquant de ces
encombrants «patriotes modernistes» du RND.
Osons poser la question que tout le
monde se pose à voix basse : l’Algérie a-t-elle vraiment besoin
d’une quatrième Constitution ?
Après la rahma (clémence) et la
concorde civile, la réconciliation nationale a été présentée comme
une étape déterminante dans la construction d’un Etat terriblement
ébranlé pendant la décennie passée, alors qu’il se trouve maintenant
face à d’importants défis nationaux, régionaux et internationaux. On
comprend par là qu’il s’agit du début d’un long processus, destiné
principalement à régler le conflit interne pour la génération
présente et anticiper sur l’avenir. Mais de quelle manière ?
De la concorde à la réconciliation
nationale, le président de la République a déjà appelé, à trois
reprises, le peuple algérien à se déterminer par voie référendaire
sur sa démarche. Le premier référendum relatif à la concorde civile
s’est déroulé le 16 septembre 1999. Il a accueilli, selon les
chiffres officiels, 98% de «oui». Considérée par le Chef de l’Etat
lui-même comme «un vaccin pour retrouver la paix», la concorde
nationale a réclamé «un rappel» cinq ans plus tard, à travers le
projet de la réconciliation nationale. Le corps électoral a été
convoqué, pour la seconde fois, le 14 août 2005, afin de se
prononcer sur le projet controversé de la charte pour la paix et la
réconciliation nationale. Le premier magistrat du pays et l’ensemble
des institutions de l’Etat se sont mobilisés autour de cette
opération, bénéficiant des largesses du Trésor public et des médias
lourds. Toutes les voix contradictoires, citoyennes ou partisanes, y
compris celles des victimes du terrorisme, ont été superbement
marginalisées. Lors de la campagne référendaire pour le «oui», à
laquelle des ex-chefs terroristes ont pris part, d’aucuns ont brandi
la carte de la culpabilisation et de la menace, allant jusqu’à
déclarer que celui ou celle qui voterait «non» est l’ennemi de la
paix. Aucune voix au sein de la coalition ne s’est élevée pour
dénoncer le refus de la contradiction ni cette façon de faire aux
allures sectaires et autoritaires qui présageait déjà un règne de
type nouveau. Abdelaziz Belkhadem, en sa qualité de représentant
personnel du président Bouteflika, s’était même trahi en affirmant
que la campagne visait surtout à conjurer l’abstention.
A la veille de la fête de
l’indépendance de l’Algérie, Bouteflika, une fois la besogne
accomplie par ce même Belkhadem, convie les Algériens à un troisième
référendum, pour amender cette fois la loi fondamentale du pays.
Présenté par le Chef de l’Etat comme
«une œuvre de grande haleine», le processus de réconciliation est
imprégné aujourd’hui du sceau de la précipitation et les échéances
électorales qui pointent à l’horizon y sont pour quelque chose.
Faut-il y voir une quête de légitimation politique, une opportunité
pour poursuivre les pressions sur une société encore meurtrie et
acculée ou encore une occasion inespérée pour asseoir définitivement
un régime mis subtilement en place depuis 1999 ?
C’est dire donc que la récente
générosité de la présidence de la République a de quoi susciter
méfiance et interrogations à la veille d’une tripartite
gouvernement-patronat-UGTA. Plus encore, à la veille d’un
rendez-vous référendaire (Constitution) qui, lui, pourrait provoquer
la décision d’organiser des élections présidentielles anticipées
avant l’année 2009.
Vu sous cet angle, le chef de l’Etat ne
pourrait être qu’impatient de voir son «ordre» établi et une
Constitution amendée selon sa vision et celle des forces qui l’ont
porté au pouvoir.
Avec une charte pour la paix et la
réconciliation nationale excluant les voix contradictoires qui régit
«les règles idéologiques» et un pacte économique et social qui a
déjà marginalisé la base syndicale de l’UGTA mais qui risque
d’écarter les syndicats autonomes du pouvoir et les autres segments
de la société, quel pourrait être alors le contenu de la nouvelle
loi fondamentale ?
Et c’est là qu’intervient l’actuelle
Constitution qui, dans ses articles 53, 54, 55, 57 et 59, situe la
responsabilité de l’Etat dans le soutien des franges de la
population, protège les droits des citoyens, le droit syndical et de
grève. Par ailleurs, l’article 17 précise que la propriété
publique est «un bien de la collectivité nationale», citant
explicitement les domaines concernés : le sous-sol, les mines et les
carrières, les sources naturelles d’énergie, les richesses
minérales, les eaux et les forêts, etc.
Le président Bouteflika a exprimé, le
4 juillet dernier, son souhait de voir l'organisation d'un
référendum sur la révision de la Constitution se tenir avant la fin
de l'année 2006. Dans une allocution prononcée au siège du ministère
de la Défense, le chef de l’Etat a révélé que la Constitution de
1996 avait été élaborée «sous la pression», dans une conjoncture
autre que celle de la «phase déterminante» actuelle. Aussi
justifie-t-il la révision constitutionnelle comme «une revendication
d'une grande partie des forces politiques». «L'amendement de la
Constitution que nous voulons traduira les préoccupations et les
orientations de la nouvelle étape en harmonie avec l'évolution de
l'Etat algérien que nous souhaitons stable, fort et efficace»,
a-t-il souligné. Faut-il comprendre par là que le temps presse et
que certaines «forces politiques» exigent la réorientation des choix
économiques nationaux ?
Sans préjuger du contenu des textes en
préparation, reconnaissons au moins que l’Algérie a certes besoin
d’une véritable Constitution qui survive aux hommes. Une loi
fondamentale qui reflèterait la vision et la stratégie lointaine,
c’est-à-dire le maintien ou le changement des choix nationaux d’ici
à plusieurs décennies, à la lumière de la nouvelle donne mondiale.
Une telle Constitution ne peut se
construire dans la précipitation, au lendemain d’un conflit
meurtrier dont les conséquences sont encore tangibles. Ni à la
veille d’une échéance électorale (législatives de 2007) où le poids
de la surenchère, de la démagogie et des générosités soudaines est
réel.
Z. Chérief
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Retour sur les amendements à la loi sur les
hydrocarbures
La somme de toutes nos peurs ?
Les derniers amendements
apportés à la loi sur les hydrocarbures ont remis l'entreprise
publique Sonatrach en scène comme protectrice des ressources
naturelles du pays. Une décision qui en a surpris plus d'un, alors
que l'on donnait pour acquis ce libéralisme à outrance décidé en
Algérie, alors que l'on sacrifie encore chaque année au rituel des
festivités du 24 février, date anniversaire de la création de l'UGTA
et de la nationalisation historique des hydrocarbures.
En résumé, les amendements limitent l'ouverture du marché aux
compagnies étrangères qui seront obligées de s'associer avec
Sonatrach pour exploiter le gaz et le pétrole algériens. On peut
digresser longtemps sur les raisons qui ont prévalu à ce qui
s'apparente à un revirement, mais il ne fait aucun doute qu'au-delà
de la décision de redonner à Sonatrach un rôle de garant de la
mainmise de l'Etat sur les ressources naturelles du pays, ce sont
des causes simples et complexes à la fois qui ont été à l'origine de
cette décision. On évoque une volonté de vouloir garder le contrôle
sur les ressources gazières et pétrolières alors que le système mis
en place par la nouvelle loi ne le permettait pas par le biais d'une
agence apparemment peu outillée pour le faire. Dans le même temps,
Sonatrach, qui se retrouvait en concurrence sur son propre terrain
face aux géants du gaz et du pétrole, n'a apparemment pas encore les
moyens d’affronter les compagnies étrangères, comme évoqué par notre
confrère La Tribune après l'annonce des amendements à la loi.
On ne peut non plus éluder les risques inhérents à une ouverture
apparemment trop rapide d'un secteur stratégique.
A la fin de l'année 2005, l'agence APS, citant l'administration
fiscale, révélait que certaines compagnies pétrolières étrangères
avaient triché. Selon la source de l'APS, la fraude était liée à la
disposition instituant l'affranchissement de la TVA par le
détournement de matériels vers des activités autres que celles pour
lesquelles l'exonération avait été accordée. Dans le même temps,
Mohamed Souag, sous-directeur de la fiscalité pétrolière auprès de
la toute nouvelle Direction des grandes entreprises (DGE),
soulignait dans la même dépêche que «les obligations comptables et
fiscales incombant aux associés étrangers dans le cadre de la loi de
1986 demeurent inchangées et continueront ainsi à bénéficier du même
traitement fiscal que celui prévu par la législation antérieure»,
rappelant que les contrats dans le domaine de hydrocarbures sont des
engagements à long terme exigeant de garantir aux opérateurs
étrangers la pérennité du système fiscal qui a été un des critères
de la prise de décision d'investissements. Quand on sait toute
l'importance de la fiscalité pétrolière dans un pays comme le nôtre.
Ouverture risquée
Cette même ouverture devait
donner lieu à un accès quasi total du secteur pétrolier aux
entreprises qui entreraient alors en concurrence féroce et qui ne
manqueraient pas d'user de moyens peu avouables, alors que l'Algérie
est toujours classée au plus bas du tableau en matière de lutte
contre la corruption. S'acheter des soutiens serait certainement un
des critères pour s'affranchir des difficultés notamment.
Si on ne peut donc se départir d'une
tendance au protectionnisme à travers ces amendements, faut-il pour
autant croire que nous sommes seuls à revenir à cette tendance que
l'on croyait éculée ? En fait, qu'apprenons-nous à la lecture de la
presse spécialisée ? En Russie, début 2005, l'Etat avait repris le
contrôle de la compagnie Youkos, propriété du milliardaire
emprisonné Mikhaïl Khodorovsky. Parallèlement, afin de se prémunir
de toute surprise en provenance de l'étranger, le président russe
Vladimir Poutine avait fait adopter par la Douma une nouvelle loi
qui interdisait toute participation majoritaire étrangère dans toute
entreprise russe du domaine de l'énergie.
Mais qu'on ne s'y trompe pas, le protectionnisme n'est pas l'apanage
des seuls ex-pays socialistes. En mars 2005, la compagnie chinoise
CNOOC faisait une OPA sur la compagnie américaine Union Oil of
California (Unocal). Les Chinois proposaient 18,5 milliards de
dollars, dépassant de loin la proposition de 16,5 milliards de
dollars de Texaco-Chevron. Dès lors, à quoi a-t-on assisté ? Une
véritable hystérie politique s'était emparée du Congrès et de la
Maison-Blanche, tandis que l'institution de surveillance des
opérations boursières américaine, la SEC, paniquait. La Chambre des
représentants US adoptait, le 30 juin 2005, une résolution déclarant
l'OPA chinoise «danger pour la sécurité nationale» et demandait à
l'administration Bush de bloquer la cession de Unocal. On rajouta à
la hâte une disposition à la loi sur l'énergie, instaurant un
moratoire de 4 mois supplémentaires pour étudier la politique
énergétique de la Chine, ce qui a permis de bloquer temporairement
l'offre d'achat de la CNOOC. L'offre de Texaco-Chevron a finalement
été retenue bien qu’en deçà de 1 milliard de dollars par rapport à
l'offre de la CNOOC, qui renonça finalement à l'achat.
Renationalisation ?
On peut ajouter à cela tout
le mouvement qui s'est emparé de l'Amérique du Sud alors qu'en
Bolivie, après un week-end passé à la Havane entre Fidel Catsro et
Hugo Chavez, le président bolivien Evo Morales est rentré au pays et
annonçait la nationalisation des hydrocarbures de son pays comme au
bon vieux temps. Dans un discours télévisé, il a déclaré : «Nous
demandons aux forces armées ainsi qu'à des bataillons d'ingénieurs
d'occuper dès maintenant tous les gisements.» Il a donné ainsi cinq
mois aux 26 compagnies étrangères installées en Bolivie pour
négocier de nouveaux contrats plus en faveur des intérêts boliviens.
Certes il ne s'agit pas de la même chose en Algérie, mais on
comprend que la tendance mondiale est à la protection des intérêts
énergétiques du pays et l'Algérie n'a pas à être plus royaliste que
le roi dans ce domaine. Une tendance qui semble avoir échappé aux
politiques (élus, syndicalistes et chefs de partis). En terme de
politique interne, il y a effectivement des copies à revoir.
Si on salue encore une fois de plus la
suite dans les idées et la ténacité de Louisa Hanoune – elle n'a pas
dérogé d'un iota par rapport à sa position initiale rejetant dans le
fond et dans la forme la loi sur les hydrocarbures –, on peut
s'interroger sur les tergiversations de l'UGTA qui a tourné en rond
longtemps, allant jusqu'à déclencher une grève nationale de
48 heures avant d'accorder un blanc-seing à la loi adoptée en 2005.
Pourtant, entre 2002 et 2005, aucun changement notable n'avait été
apporté à la mouture du texte, si ce n'est que l'on estimait que le
moment était venu pour faire adopter cette loi. L'explication
fournie par l'UGTA, à l'époque, tenait en les garanties du chef du
gouvernement que la loi était bonne pour le pays. Aujourd'hui, c'est
le Président lui-même qui apporte les changements. Quelle sera la
position de l'actuelle direction de l'UGTA ?
Amine Esseghir
Haut
Bipartite
Les salaires enfin augmentés
Réclamées à cor et à cri par les
travailleurs, refusées par l’ex-chef du gouvernement Ahmed Ouyahia,
les augmentations des salaires ont, très souvent, été à l’origine du
mécontentement des travailleurs, tous secteurs confondus. La
bipartite, attendue depuis plusieurs mois pour clore une fois pour
toutes le dossier des salaires, s’est enfin réunie. Résultat :
1.511.659 fonctionnaires et agents de l’administration publique
verront leurs salaires augmenter dès cet été. Ce n’est pas tout.
Quelque 900.000 retraités bénéficieront d’une augmentation de leurs
pensions.
Le dossier des salaires a, pendant
longtemps, maintenu la discorde et entretenu la tension entre les
travailleurs qui exigeaient une revalorisation de leurs salaires et
le gouvernement qui n’y voyait aucune justification pour accorder.
Car, disait l’ex-chef du gouvernement, toute augmentation doit être
liée à la productivité. C’était donc l’impasse, car aucune partie
n’avait l’intention de céder.
La position du président de la
République sur la question des salaires n’était pas très éloignée de
celle de Ahmed Ouyaia, avec une différence tout de même. Le
Président n’était pas tout à fait fermé à une issue positive. Pour
preuve, lors du 50e anniversaire de l’Union générale des
travailleurs algériens, il avait invité le gouvernement, la Centrale
et le patronat à se réunir en une tripartite pour trouver enfin une
solution à ce dossier qui n’avait que trop traîné. Tout le monde
avait applaudi, car cela supposait qu’une issue favorable n’était
pas à écarter. Mais la date de la réunion de la tripartite n’étant
pas fixée, sa tenue était plutôt incertaine et les espoirs des
travailleurs de se voir attribuer des revalorisations
s’effilochaient de jour en jour.
Donc la bipartite tant espérée s’est
enfin réunie en ce début du mois de juillet et a décidé de
l’augmentation des salaires de la Fonction publique et des pensions
de retraite et d’invalidité.
Abdelaziz Belkhadem, chef du
gouvernement, a indiqué que ces mesures coûteront au Trésor public
112 milliards de dinars, dont 13,5 milliards de dinars touchent
l’indemnité complémentaire au profit des 900.000 retraités et
invalides.
Le groupe bipartite a donc proposé la
revalorisation de l’Indemnité complémentaire de revenu (IRC), car
cette option est justifiée par sa facilité d’application, son impact
direct sur l’ensemble des catégories socioprofessionnelles, mais
aussi et surtout en l’absence d’effets sur les réformes.
Une répartition de cinq niveaux sera
appliquée, et qui va de 2.500 DA à 8.500 DA bruts.
Pour cela, une enveloppe de 98
milliards de dinars est allouée. Mais une question tout de même :
ces argumentations ne risquent-elles pas de provoquer un
déséquilibre sur notre économie ou une poussée inflationniste ?
Pour beaucoup de spécialistes, ces
augmentations n’auront aucun effet négatif.
Mourad Medelci, ministre des Finances,
explique que «l’économie algérienne était certes marquée par un
manque de productivité, ce qui est source d’inflation des prix, mais
elle reste caractérisée par une fluidité commerciale totale avec une
large ouverture sur les importations et une disponibilité de
produits qui rend les évolutions inflationnistes moins importants
que dans une économie fermée et un marché rigide.»
Mustapha Mekidèche, vice-président du
CNES, abonde dans le même sens et affirme que ces augmentations
auront des indices marginaux « puisqu’il y a eu des restrictions
budgétaires et ce, en basant les lois de finances sur un prix de
référence du baril de pétrole à 19 dollars, alors qu’il dépasse les
60 dollars depuis longtemps. De plus, la monnaie qui sera utilisée
pour ces augmentations existe déjà et ne sera pas à créer».
Pour le vice-président du CNES, il ne
faut pas uniquement voir ces augmentations sous un angle strictement
économique. «Il y a nécessité de faire des rattrapages pour les
couches laminées par les périodes précédentes», dira-t-il. Et il est
vrai que les choses ne se sont pas très bien passées ces dernières
années et les couches défavorisées se sont trouvées encore plus
appauvries. Vues sous cet angle, les récentes augmentations sont les
bienvenues, surtout pour les familles qui ont du mal à équilibrer
les multiples dépenses auxquelles elles doivent faire face. Mais vu
la valse des prix qui touche tous les produits, surtout ceux de
large consommation, il serait judicieux de se demander quel effet
auront ces augmentations sur le pouvoir d’achat. Les salariés
vivront-ils mieux ? Pourront-ils se permettre des vacances ? Mieux
encore, arriveront-ils à honorer les factures qui se font un malin
plaisir d’arriver toutes en même temps, au moment où le budget est
sérieusement entamé ? Surtout quand on sait que des augmentations ne
manquent jamais au rendez-vous.
En effet, le citoyen s’attend toujours
à ce qu’on lui annonce une quelconque augmentation du loyer, des
factures d’électricité et de téléphone, des prix du lait, du pain,
de la viande… enfin tout ce dont il a besoin pour survivre. Ces
catégories de salariés seront certainement soulagées par ces
augmentations de salaires dans la mesure où ils arriveront,
peut-être, à boucler les fins de mois sans trop de dégâts. Mais ils
ne pourront certes pas se permettre des loisirs que supposent les
vacances, à savoir plage et piscine pour leurs enfants. Car cela
reste toujours un luxe pour beaucoup. Sauf pour les plus chanceux,
c’est-à-dire ceux qui habitent à proximité d’une plage ou d’une
piscine et qui peuvent se permettre des vacances aux frais de la
princesse.
L’autre catégorie des salariés, ceux
dont la fiche de paie est déjà mieux lotie que les autres,
sentiront-ils les bienfaits de ces augmentations, car leurs salaires
gonfleront un peu plus ? Ce qui leur permettra d’être plus à l’aise
dans les dépenses quotidiennes, mais aussi et surtout de se
permettre quelques extras.
Ceci signifie que ces augmentations
arrangent ceux qui étaient déjà à l’aise car la fourchette de cette
augmentation est plus importante ; les autres, ceux dont les
salaires suffisent à peine aux dépenses nécessaires, seront certes
soulagés de voir leur fiche de paie mieux garnie, mais se débattront
toujours dans les difficultés car les augmentations des prix sont,
chez nous, monnaie courante et nous rendent la vie chaque jour plus
difficile.
De plus, l’économie de marché et
l’introduction de la parabole ont créé des besoins nouveaux chez les
Algériens, ce qui implique des dépenses et des soucis
supplémentaires aux pères et mères de famille.
Khadidja
Mohamed Bouziane
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Après quatre ans passés au Canada, un Algérien
raconte…
«Le bonheur,
c’est relatif»
Il était cadre
dans le secteur bancaire. L’idée de partir lui est venue comme à
tant d’autres Algériens qui ont quitté le pays à la recherche d’un
sol plus accueillant. D’une atmosphère plus respirable. C’est que la
décennie rouge a laissé des traces indélébiles.
Marwan
El-Andaloussy émigre avec sa petite famille au Canada, à Montréal.
Quatre ans après son départ, il revient au pays à l’occasion des
vacances d’été, pour se ressourcer en famille, revoir sa maman en
particulier, ses amis, dans son quartier natal, Meissonnier.
Dans ce long
entretien, que nous publierons en deux parties, Marwan El-Andaloussy
nous raconte ses impressions d’Algérien qui redécouvre son pays, sa
ville natale Alger, après des années d’absence. Il nous raconte
aussi sa nouvelle vie au Canada, ce qu’il apprécie et ce qu’il n’est
pas prêt d’adopter comme mode de vie même s’il devait vivre tout le
reste de sa vie au Canada.
Malgré toutes les
critiques qu’il porte à l’endroit de la société canadienne, notre
interlocuteur trouve que l’essentiel est que c’est un pays de droit
et d’organisation. Ce sont, d’ailleurs, les principales différences
qu’il voit entre l’Algérie et son pays d’accueil. Pour le reste, il
trouve que «le bonheur est relatif» et qu’on peut aussi bien le
trouver ici ou ailleurs.
Les Débats :
Dis-moi, quelles sont tes impressions après plusieurs années loin du
pays ?
Marwan
El-Andaloussy : Les choses
évoluent d’une manière logique. Il n’y a pas de surprise. Ce qui
m’impressionne le plus, c’est la capacité de survie des Algériens.
Très sincèrement, je considère les gens dans leur majorité comme
étant des héros. Même si je sais que quand on vit en Algérie on a
tendance à critiquer, à dramatiser et à voir le mauvais côté des
choses. Nous avons cette culture de la critique très sévère. Mais
quand tu vois la situation économique de la majorité des Algériens
et le fait qu’ils puissent survivre en se débrouillant, par
n’importe quels moyens, c’est impressionnant.
Lorsqu’on compare
avec ce qui se passe dans les pays dits développés, je ne pense pas
que ces sociétés puissent survivre à une guerre terrible qui a fait
pas moins de 200 000 morts et a été d’une rare violence, et essayer
de mener une vie digne.
Je vois les jeunes
des quartiers populaires comme Meissonnier, Belcourt ou ailleurs.
Comment se sont-ils imposés en commerçants faute de trouver du
travail ou d’avoir une formation ? Ils sont là 12 heures par jour,
qu’il pleuve ou qu’il fasse chaud, ils essayent de survivre et de
gagner leur vie. Cela, c’est génial. C’est vrai que ça dérange les
gens de ne pas pouvoir marcher sur les trottoirs, mais on doit tirer
chapeau à ces jeunes qui arrivent à gagner leur vie.
Par contre, ce que
je considère comme un grand problème, c’est la banalisation de la
violence qui est très présente.
Plus qu’avant
ton départ pour le Canada ?
Oui, beaucoup
plus. On voit qu’il y a un extraordinaire potentiel de violence qui
est là et qui n’attend que l’occasion d’exploser. Bien sûr, cette
violence s’explique par les années de terrorisme et de répression
que nous avons vécu durant 10 années. On a l’impression que la
guerre a déverrouillé les derniers scrupules. Les égorgements
d’enfants, les massacres de populations étaient devenus choses
banales, et de là tout est permis. On assiste à des agressions avec
arme blanche pour un téléphone portable, des bagarres qui peuvent
entraîner la mort de personnes parmi les supporters de deux équipes
de football… Ça c’est très dangereux parce que je ne peux pas
m’empêcher de penser à ce qui ce passe dans des pays comme la
Colombie et le Brésil où le kidnapping et les assassinats sont
devenus de véritables industries.
Le kidnapping a
fait son apparition ici…
Je sais, c’est
très inquiétant.
Autres aspects
découverts après quatre ans d’absence ?
La saleté et la
circulation automobile en ville. Ça a empiré, ya kho ! C’est
l’expression d’une incompétence grave des gestionnaires de la ville,
de l’environnement et de l’hygiène. Je ne comprends pas comment on
puisse être aussi défaillants dans ces domaines.
C’est ton long
séjour à Montréal qui te fait dire cela…
Justement, la
possibilité qui m’est offerte de vivre ailleurs me permet de
comparer et de constater qu’il est possible de bien gérer les
déchets urbains. C’est juste une question de volonté et
d’organisation de la part des gestionnaires, mais aussi (il faut le
dire franchement) de civisme de la part des citoyens.
Idem pour
l’organisation de la circulation des voitures et du stationnement.
Quoique en matière de stationnement, la débrouille des jeunes a créé
une véritable activité de gardiens de trottoirs (qu’ils se sont
appropriés) qui permet aux automobilistes de garer leurs voitures,
parfois pendant toute une journée, pour 20 DA, avec l’assurance que
leurs véhicules sont en sécurité.
Crois-moi, ça
ne plaît pas à tout le monde.
Je sais que les
gens se sentent arnaqués, mais sachez que dans toutes les villes du
monde les parkings sont payants, et beaucoup plus cher. Ici on donne
20 DA à un jeune, et dans les pays développés on met des pièces de
monnaie dans un parcmètre. Je pense que quand on a un véhicule de
100 ou 120 bâtons, il est dérisoire de payer 800 DA par mois pour sa
sécurité, de jour comme de nuit. Je reste impressionné devant cette
capacité des Algériens, et des jeunes en particulier, à trouver une
solution pour survivre à partir de rien.
Peut-on dire la
même chose des Algériens qui ont émigré au Canada ?
Tout à fait. Il
faut signaler que partir au Canada pour y vivre, ce n’est pas une
mince affaire. C’est une très grosse épreuve pour les candidats à
l’émigration. Un déchirement qu’on vit mal, surtout au début. On
fait plus de 5 000 km pour aller dans un pays dont ne connaît
presque rien. Ni les mœurs, ni le mode de vie, ni les lois… Malgré
ça, les Algériens arrivent à se débrouiller, à se frayer un chemin,
à travailler, à faire vivre leurs familles, certains se sont même
lancés dans les affaires, alors que ce n’est vraiment pas évident.
J’ai l’impression
que l’épreuve aide les Algériens, ceux d’ici et ceux d’ailleurs, à
trouver les solutions pour vivre.
Tu n’as pas
regretté d’être parti ?
Non. De toutes les
façons, on ne peut pas parler en terme de regrets. D’abord parce
qu’on ne part jamais de gaieté de cœur. C’est souvent par désespoir,
pour pouvoir réaliser ses rêves ici qu’on fait le choix de partir à
des milliers de kilomètres dans un pays où il neige 6 mois par an.
C’est une
déchirure et ça le restera toute la vie. Un malaise constant. Parce
qu’on est partagé par ce qu’on laisse (nos mamans surtout) et ce
qu’on trouve là-bas comme confort de vie. Je préfère donc parler de
déchirure plutôt que de regret. Quand je passe par des moments
difficiles, je me dis souvent que ça aurait été différent si j’étais
chez moi.
Objectivement, la
vie est difficile partout. Sauf que la fameuse ghorba, le fait de se
retrouver seul, de ne pas avoir la grande famille (heureusement
qu’il y a la petite !), les amis, le quartier...
Mais, franchement,
je ne regrette pas. C’est une expérience très intéressante dans le
sens où vivre ailleurs, rencontrer d’autres sociétés, valeurs et
mœurs, ça te permet de relativiser le jugement sur la nature
humaine. Il y a beaucoup de mythes qui s’effondrent et de préjugés
qui s’évaporent.
Par exemple ?
Ici, on dit
toujours que les Occidentaux sont honnêtes. Je peux attester que ce
n’est pas vrai. D’abord c’est stupide de généraliser en pensant que
les Canadiens, les Américains, les Français ou autres
«sont honnêtes». La malhonnêteté existe partout. Elle n’est pas un
trait de caractère spécifique à une société X ou Y.
On pense aussi que
les Occidentaux sont plus intelligents que nous. Non, définitivement
non. Ce n’est pas une question d’intelligence. La différence entre
nos pays c’est juste le droit. Le Canada est un Etat de droit où
tout est bien organisé et où la loi s’applique à tout le monde.
C’est la grosse différence.
C’est ce qui
explique que la vie soit «plus facile» qu’ici ?
On entend souvent,
ici, qu’à l’étranger «les choses sont toujours disponibles». Oui,
les choses sont disponibles mais elles coûtent de l’argent. Ce n’est
pas gratuit. D’ailleurs, tout leur système est basé sur la
consommation que je considère, pour ma part, comme un gros problème.
A cause du
matraquage publicitaire pour les produits en tout genre et les
services (bancaires, surtout), les gens sont noyés dans les dettes.
C’est incroyable, ils achètent tout à crédit : la voiture, la
maison, les vêtements, la nourriture… La carte de crédit est
utilisée à tout va.
Ces mythes, on ne
peut les constater que lorsqu’on vit à l’étranger et non pas à
l’occasion d’un court séjour ou à travers la télévision. On se rend
compte que la vie est difficile partout.
Mais je tiens à le
répéter, au Canada la loi est applicable pour tout le monde. Un
automobiliste qui commet une infraction est arrêté et on lui inflige
la sanction qu’il mérite. Il n’y a aucune discussion possible avec
le policier ou le gendarme, ni aucun «piston» qu’on peut faire
fonctionner. Le seul recours possible, c’est devant la justice.
C’est à cette dernière de trancher et de réhabiliter l’automobiliste
s’il y a eu abus de la part du policier. Voilà ce que je trouve
merveilleux dans leur système. D’ailleurs, je pense que c’est pour
cela qu’il n’y a pas beaucoup de circulation.
Finalement,
c’est quoi le «way of life» canadien ?
C’est très
nord-américain. La suprême priorité est accordée au travail. Rien ne
passe avant le boulot : ni la famille ni la santé. Ce n’est pas une
question de motivation pour construire une société et participer au
développement, mais c’est surtout parce qu’ils gagnent de l’argent.
Il est rare de rencontrer des gens qui travaillent pour l’amour du
métier ou pour réaliser un rêve. C’est simple, les gens quittent
leur travail pour un salaire meilleur qu’on leur offre ailleurs,
même s’il n’a rien à voir avec son métier.
Le boulot permet
d’acheter une maison, qui est la deuxième priorité, avec le plus de
confort possible (piscine, gazon et autres), ensuite la voiture. Et
éventuellement la famille.
Avec tout ce
confort, et ils ne font pas beaucoup d’enfants !
Très peu.
D’ailleurs, le Canada a le taux de natalité le plus bas du monde. Et
ça pose un grand problème. De plus en plus de gens partent en
retraite et il faut bien qu’il y ait une relève pour payer les
pensions mais, surtout, pour relancer la consommation. C’est très
important économiquement. Il n’y a pas assez de main-d’œuvre dans
certains secteurs. C’est pour cela que l’émigration est très utile
et nécessaire pour la pérennité du Canada.
Par contre, ils
adoptent beaucoup d’animaux…
Je pense que c’est
une particularité occidentale. Ils ont un rapport aux animaux qui
est très surprenant, en tout cas pour moi qui viens d’une société
très différente où l’être humain est plus important que l’animal.
Le rapport qu’ils
ont aux animaux est intriguant, voire mystérieux. Personnellement,
je ne comprends pourquoi on s’occupe d’un animal comme si on
s’occupait d’un enfant (excuse la comparaison !) en lui assurant une
nourriture et des soins de qualité. Ils l’emmènent se promener, etc.
Il ne manque que l’école à cet animal (rires). Alors pourquoi ne pas
faire des enfants ?
A suivre
Abdelkader
Djalil
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