Semaine du 13 au 19 avril 2005

 

La trame du mercredi

Grenouillage

 

 
 
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  Grenouillage

L’affirmation de la LADDH selon laquelle c’est la paix qui conditionne l’amnistie générale, et non l’inverse, est difficilement contestable. Tant que persiste le terrorisme, en effet, serait-ce à titre résiduel – et encore, est-ce en comparaison de ce qu’il était auparavant, car 400 à 800 terroristes, ce n’est pas rien dans l’absolu, c’est même beaucoup –, évoquer seulement une amnistie générale revient en fait à lui offrir la paix. Les terroristes, en tout cas, ne peuvent pas l’entendre différemment.

Mais quand ils ne sauraient eux-mêmes qu’en penser exactement, ils n’auraient qu’à écouter ce qu’en disent des voix autorisées, comme Farouk Ksentini et autres membres de cette chose fort étrange qu’est la commission nationale de l’amnistie générale, pur produit de ce sport national qu’est le grenouillage, et ils s’en trouveraient édifiés, confortés dans l’idée que c’est bien la paix que veut le gouvernement de mécréants, et dans l’immédiat qui plus est. N’en resterait-il finalement qu’une poignée qu’ils penseraient que leur situation n’est pas aussi désespérée qu’ils se l’étaient imaginée, étant donné que leur ennemi ne semble pas éprouver une grande répugnance à leur proposer l’arrêt des hostilités, geste qu’il n’aurait assurément pas eu s’il était sûr de pouvoir en finir rapidement avec eux. Or, la paix toujours se négocie, jamais ne se donne. Et du moment que c’est le camp adverse qui la propose, alors ce n’est que justice, se disent les terroristes, qu’elle passe à tout le moins par quelques-unes des conditions bien connues de ceux qui n’ont rien demandé.

Pour raisonner ainsi dans des circonstances similaires, dont l’un des traits caractéristiques est l’énorme déséquilibre des forces, il n’est pas nécessaire d’être muré dans le fanatisme, de se croire sur le seuil du paradis, ou d’être impatient de se trouver en présence de Dieu, il suffit de sentir l’ardent désir de l’adversaire de conclure la paix au plus vite, sans autre forme de procès. Le fait est que le président Bouteflika a dit et répété que le retour à la paix est son objectif principal, qu’il subordonne à peu près tout à cette réalisation. Voilà qui n’a pas échappé aux terroristes, qui ont décidé aussitôt d’en tirer certains avantages, évidemment sans commune mesure avec leur puissance de feu. De sorte que la question se pose de savoir si on n’aurait pas abouti plus sûrement à la paix, si au lieu de l’offrir, on l’avait faite, tout simplement, en procédant à l’élimination de ce qui reste de gens peu disposés à y mettre du leur.

Mais la LADDH ne s’est pas contenté d’exprimer une opinion tout à fait sensée. Elle a cru devoir aussi proposer une alternative à la démarche présidentielle. Ce dont, en vérité, personne dans le pays ne s’étonnera, étant en quelque sorte acquis que la ligue présidée par Ali Yahia Abdenour mène de front depuis toujours la défense des droits de l’homme et son combat politique, qu’elle présente elle-même comme le combat pour la démocratie, mais qui de l’avis de beaucoup aurait immanquablement débouché sur le pire des totalitarismes, s’il avait été couronné de succès, le chemin de l’enfer étant pavé de bonnes intentions. L’alternative proposée consiste à faire place dans un deuxième temps (le premier étant consacré comme de juste à faire la paix d’un commun élan) à un dialogue rassemblant tout ce que le pays compte de protagonistes sur le pied de guerre : partis, parties influentes, représentants de la société civile, gouvernants réels, faux gouvernants, autres.

Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Chasser le naturel… Voilà qui démontre que la LADDH n’a rien d’autre à proposer qu’une variante de la fameuse solution politique globale. Et c’est son président qui affirme que le contrat de Rome n’est plus de saison, qu’il est dépassé par le cours des événements ! Un signataire du contrat de Rome, décidément, est marqué à vie, il est condamné à le reformuler chaque fois que l’occasion s’en présente, à l’adapter à des conditions toujours changeantes.

Le dialogue élargi à toutes les factions est une absurdité s’il ne prend pas la forme d’un organe constituant. Quelque chose le conditionne : le changement préalable de régime. On se demande alors à quel titre se réuniront pour décider de l’avenir du pays des représentants que le peuple n’aura pas délégué pour ce faire ?

Ali Yahia Abdenour et ses amis devraient arrêter de faire de la politique sous couvert des droits de l’homme, non pas parce qu’ils ne disposent pas de cette liberté-là, mais parce qu’ils n’y connaissent pas grand-chose. Des fois qu’ils seraient écoutés…

M. Habili

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