|
Accueil
Grenouillage
L’affirmation de
la LADDH selon laquelle c’est la paix qui conditionne l’amnistie
générale, et non l’inverse, est difficilement contestable. Tant que
persiste le terrorisme, en effet, serait-ce à titre résiduel – et
encore, est-ce en comparaison de ce qu’il était auparavant, car 400
à 800 terroristes, ce n’est pas rien dans l’absolu, c’est même
beaucoup –, évoquer seulement une amnistie générale revient en fait
à lui offrir la paix. Les terroristes, en tout cas, ne peuvent pas
l’entendre différemment.
Mais quand ils ne
sauraient eux-mêmes qu’en penser exactement, ils n’auraient qu’à
écouter ce qu’en disent des voix autorisées, comme Farouk Ksentini
et autres membres de cette chose fort étrange qu’est la commission
nationale de l’amnistie générale, pur produit de ce sport national
qu’est le grenouillage, et ils s’en trouveraient édifiés, confortés
dans l’idée que c’est bien la paix que veut le gouvernement de
mécréants, et dans l’immédiat qui plus est. N’en resterait-il
finalement qu’une poignée qu’ils penseraient que leur situation
n’est pas aussi désespérée qu’ils se l’étaient imaginée, étant donné
que leur ennemi ne semble pas éprouver une grande répugnance à leur
proposer l’arrêt des hostilités, geste qu’il n’aurait assurément pas
eu s’il était sûr de pouvoir en finir rapidement avec eux. Or, la
paix toujours se négocie, jamais ne se donne. Et du moment que c’est
le camp adverse qui la propose, alors ce n’est que justice, se
disent les terroristes, qu’elle passe à tout le moins par
quelques-unes des conditions bien connues de ceux qui n’ont rien
demandé.
Pour raisonner
ainsi dans des circonstances similaires, dont l’un des traits
caractéristiques est l’énorme déséquilibre des forces, il n’est pas
nécessaire d’être muré dans le fanatisme, de se croire sur le seuil
du paradis, ou d’être impatient de se trouver en présence de Dieu,
il suffit de sentir l’ardent désir de l’adversaire de conclure la
paix au plus vite, sans autre forme de procès. Le fait est que le
président Bouteflika a dit et répété que le retour à la paix est son
objectif principal, qu’il subordonne à peu près tout à cette
réalisation. Voilà qui n’a pas échappé aux terroristes, qui ont
décidé aussitôt d’en tirer certains avantages, évidemment sans
commune mesure avec leur puissance de feu. De sorte que la question
se pose de savoir si on n’aurait pas abouti plus sûrement à la paix,
si au lieu de l’offrir, on l’avait faite, tout simplement, en
procédant à l’élimination de ce qui reste de gens peu disposés à y
mettre du leur.
Mais la LADDH ne
s’est pas contenté d’exprimer une opinion tout à fait sensée. Elle a
cru devoir aussi proposer une alternative à la démarche
présidentielle. Ce dont, en vérité, personne dans le pays ne
s’étonnera, étant en quelque sorte acquis que la ligue présidée par
Ali Yahia Abdenour mène de front depuis toujours la défense des
droits de l’homme et son combat politique, qu’elle présente
elle-même comme le combat pour la démocratie, mais qui de l’avis de
beaucoup aurait immanquablement débouché sur le pire des
totalitarismes, s’il avait été couronné de succès, le chemin de
l’enfer étant pavé de bonnes intentions. L’alternative proposée
consiste à faire place dans un deuxième temps (le premier étant
consacré comme de juste à faire la paix d’un commun élan) à un
dialogue rassemblant tout ce que le pays compte de protagonistes sur
le pied de guerre : partis, parties influentes, représentants de la
société civile, gouvernants réels, faux gouvernants, autres.
Cela ne vous
rappelle-t-il pas quelque chose ? Chasser le naturel… Voilà qui
démontre que la LADDH n’a rien d’autre à proposer qu’une variante de
la fameuse solution politique globale. Et c’est son président qui
affirme que le contrat de Rome n’est plus de saison, qu’il est
dépassé par le cours des événements ! Un signataire du contrat de
Rome, décidément, est marqué à vie, il est condamné à le reformuler
chaque fois que l’occasion s’en présente, à l’adapter à des
conditions toujours changeantes.
Le dialogue élargi
à toutes les factions est une absurdité s’il ne prend pas la forme
d’un organe constituant. Quelque chose le conditionne : le
changement préalable de régime. On se demande alors à quel titre se
réuniront pour décider de l’avenir du pays des représentants que le
peuple n’aura pas délégué pour ce faire ?
Ali Yahia Abdenour
et ses amis devraient arrêter de faire de la politique sous couvert
des droits de l’homme, non pas parce qu’ils ne disposent pas de
cette liberté-là, mais parce qu’ils n’y connaissent pas grand-chose.
Des fois qu’ils seraient écoutés…
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com |