|
Accueil
«Le 8e voyage de
Sindbad»
Un regard qui se veut
tolérant envers les autres
Pour son premier essai
dans le domaine du roman, Djilali Beskri a gagné la première manche.
Le 8e voyage de Sindbad (*), paru dernièrement aux éditions de l’ANEP,
est une belle leçon à la fois d’humanisme et d’universalité, avec ce
souci de réhabiliter l’Afrique et le monde arabo-musulman.
L’histoire se déroule en
l’an 796 avant Jésus-Christ. Puis, d’un coup, elle perce le temps et
l’espace pour s’inscrire dans le futur, aux environs de l’an 2800.
L’auteur a choisi le fameux personnage de Sindbad, le marin des
Mille et une nuit, l’a renvoyé dans la ville de Baghdad, dans cette
splendide citadelle de l’Orient, pendant la période du calife Haroun
El-Rachid et du poète renommé Abou Nouwas.
Le personnage de Sindbad
n’est en fait qu’un prétexte pour surtout rappeler l’ère des
lumières et la belle cité des sciences et de la poésie, celle-là
même qui ploie aujourd’hui sous les bottes du grand gendarme
international : l’oncle Sam. Peut importe si l’idée a traversé
l’esprit de Djilali Beskri ou pas, mais la coïncidence est établie :
elle montre l’important recul accusé depuis des siècles par le monde
arabo-musulman.
Le 8e voyage de Sindbad
est un chant à la bravoure et au courage, mais également à toutes
ces valeurs humaines qui tendent à battre en retraite :
l’abnégation, l’humilité, la parole donnée, la solidarité,
l’enthousiasme et l’amitié. L’étrange voyage intergalactique se veut
néanmoins un cri contre les dangers qui guettent l’humanité,
menaçant la terre d’extinction et l’Homme d’errance dans l’espace, à
la recherche d’un nouveau système solaire et d’un monde meilleur.
Ce sont Sindbad et ses
amis, parmi eux Mokhtar le vieil artiste et Akbar l’intrépide
Africain, qui visiteront le futur pour venir en aide à leurs
descendants en danger de mort. Eternel combat entre les forces du
bien et du mal, où se joue l’avenir de la princesse Zahra et de
ceux, comme Bastran, Chen, Tchosky, Mandel et Marc, qui résistent au
diabolique Chakor.
Djilali Beskri, ex-bédéiste
versé actuellement dans l’art virtuel, a puisé dans ses rêves et ses
connaissances pour donner naissance à une œuvre imaginaire et si
réelle en même temps. Rêves, réflexion, philosophie, spiritualité,
tous ces ingrédients sont réunis dans le conte. Il est néanmoins
difficile d’oublier ce rayon de soleil emprisonné dans un petit
flacon, qui renaîtra et se libérera dans les mains de la belle Zahra.
Un rayon de soleil qui va montrer la voie menant à Bahia, la sœur
jumelle de la planète terre.
Hommage à la sagesse de
la femme et aux hommes justes et bons, Le 8e voyage de Sindbad est
une sorte de 25e heure pour interpeller les consciences, mais
également pour mettre en déroute les partisans d’un soi-disant
conflit civilisationnel, qui n’aspirent en réalité qu’à dominer le
monde et les peuples.
Djilali Beskri est
actuellement dans la simulation des phénomènes physiques et dirige
une entreprise à Zéralda, du nom de Dynamic Art. Outre le
savoir-faire du patron de la société, cette dernière repose sur des
éléments-clés au nombre de trois : Amine Aklouche, 27 ans, chargé de
la modélisation, M’hamed Zedek, 27 ans, responsable de l’animation
et Sofiane Hadj-Redjam, 26 ans, qui s’occupe du développement.
Dynamic Art a à son actif un certain nombre de projets réalisés
depuis sa création en 2000, notamment la simulation de la trémie d’Abbis-Abeba
en 2002 et celle des inondations de la ville de Fouka en décembre
2004. M. Beskri et son équipe travaillent à l’heure actuelle sur de
nouveaux projets, notamment celui de la simulation d’ateliers
virtuels destinés à l’enseignement à distance.
Seulement, il ne faut
pas craindre de le dire, le projet qui semble emballer le plus
l’équipe est l’adaptation prochaine du livre Le 8e voyage de Sindbad
au cinéma d’animation, dans le tout numérique ou le domaine virtuel,
en langues arabe, française et anglaise. Le film sera coûteux en
raison de l’apport de la nouvelle technologie, d’où la recherche dès
à présent des fonds nécessaires à la réalisation au moins d’une
séquence de 10 minutes, pour accrocher des demandeurs potentiels, à
la fin de l’année, dans des salons internationaux.
Z’hor Chérief
(*) Djillali Beskri : Le
8e voyage de Sindbad, Editions ANEP (1er trimestre 2005, 154 pages.
400 DA)
Haut
L’ancien bédéiste
Djilali Beskri
“Il faut que nous
ressuscitions et c’est possible”
Les Débats : Le 8e
voyage de Sindbad est étrange. Quel message cherchez-vous à faire
passer ?
Djilali Beskri :
Je voulais que ce voyage ne soit pas seulement celui de Sindbad le
marin, mais notre voyage à tous. Tout me monde se projette ou
devrait se projeter. En tant qu’arabo-musulmans et africains,
peut-être que nous nous cantonnons sur notre passé en regardant le
train passer. Nous attendons que les autres nous embarquent, alors
qu’il fut un temps où nous avons amené beaucoup de choses à
l’humanité… Nous avons été à l’origine de plusieurs siècles de
lumière, nous avons développé la science, etc. Pour quelle raison
sommes-nous alors aujourd’hui dans le gouffre ? Nous aspirions, dans
le passé, à une vie meilleure, il n’y a pas de raison que l’on
baisse les bras. Il faut ressusciter et c’est possible, surtout si
nous sommes à l’écoute de nous-mêmes et si nous acceptons les
autres.
Dans votre conte,
vous parlez de désintégration de la terre. Pourquoi une telle
hypothèse catastrophique ?
(Sourire) J’espère
qu’elle n’aura jamais lieu. Mais vous conviendrez que l’évolution
des choses, les guerres, le nucléaire, la menace contre la flore et
la faune, ont de quoi inquiéter. Je voulais donc alarmer, réveiller
un peu les esprits, parce que l’humanité n’a pas de terre de
rechange…
Vous parlez aussi de
condamnation de l’humanité à l’errance dans l’espace…
J’ai toujours pensé que
si Dieu a créé l’univers aussi vaste et l’esprit aussi fertile,
c’est qu’il y a une raison. L’être humain doit atteindre ces
endroits les plus lointains possibles. Si nous restons dans la
spéculation, n’y a-t-il pas de vies possibles ailleurs ? Comme nous
n’avons pas de certitude, il faut alors faire très attention à ce
que nous possédons, à ce que nous avons déjà dans la main. En
parlant d’errance de l’humanité, je veux dire qu’il n’est pas
évident que l’être humain, en quittant automatiquement la terre,
puisse trouver un lieu de refuge. Il va donc souffrir, errer,
connaître la misère et les difficultés. Il sera alors un nomade à la
recherche d’une autre vie.
Vous puisez donc dans
la réalité…
C’est évident. Même si
nous parlons de futur, celui-ci n’est que l’expression de notre
présent immédiat… Je ne fais qu’exprimer la crainte, l’angoisse, si
l’homme ne devient pas rationnel.
Qu’entendez-vous par
rationalité… ?
C’est de faire attention
à ce qu’il y a autour de nous. Je pense précisément à l’eau, au
réchauffement de la terre, à la misère, aux guerres, etc. Nous
assistons à une confrontation directe, la confrontation autour de la
religion, la confrontation sur de faux problèmes de race, nous
assistons à l’égoïsme… Nous devons apprendre à vivre ensemble.
Mais alors, quelle
part réservez-vous au rêve ?
La rationalité, tout
comme le rêve, sont important dans le parcours humain. Il y a une
partie où il n’y a pas de limite, pas de rationalité, une partie où
nous avons envie de rêver. C’est ce côté enfant qui est en nous. Le
rêve aide à traverser les épreuves, il permet la récréation, mais
c’est aussi grâce au rêve que nous cherchons à rendre notre vie
meilleure… Ce que nous possédons aujourd’hui est dû aux rêves…
Dans votre roman,
vous faites référence non seulement aux nomades, mais également aux
tribus, aux “archs”. N’y a-t-il pas glissement vers l’archaïsme ?
Après plusieurs siècles,
le cas de la Kabylie est édifiant. Il pourra donc y avoir d’autres
Kabylie en 2800. Je trouve aussi l’expression arch sympathique,
spirituelle, philosophique… Cela n’a rien à voir avec l’archaïsme.
Pour ce qui est des nomades de l’espace, je ne vous cache pas que la
vie de nomade me plaît… les voir traverser le désert, la sérénité,
la plénitude, leur façon d’écouter la nature. Si l’être humain est à
l’affût des découvertes de cette immensité qu’est l’espace, il ne
sera alors qu’un futur nomade.
Pourquoi cette idée
de planète Bahia dans votre livre, une planète qui serait la sœur
jumelle de la Terre ?
C’est un peu
philosophique… C’est comme l’être humain et le djinn, la chose et sa
symétrie. Je pense qu’il doit y avoir un équilibre quelque part,
lorsque deux choses sont antagonistes. Cela fait partie de mon
imagination… Qui sait, peut-être qu’un monde parallèle existe ? Nous
n’avons pas de preuve matérielle, mais les scientifiques y
réfléchissent. L’idée de la planète Bahia est également une
supputation. Je voulais dire qu’il y a de l’espoir, qu’il y a la
possibilité de ne pas répéter les mêmes erreurs, quoique nous soyons
de mauvais élèves.
Un mot pour votre
projet d’adaptation du roman au cinéma d’animation ?
Nous avons la technicité
et le personnel pour réaliser le film. Il y a toute une équipe qui
est également en gestation pour réunir les fonds. J’espère qu’on
arrivera à réaliser ce film. Nous voulons appliquer les méthodes
modernes, tout en apportant un souffle nouveau dans ce type de
cinéma en général. Etre universels, ramener une culture nouvelle, un
esprit nouveau, avec notre propre façon de voir les choses.
C’est-à-dire ?
Nous sommes des
consommateurs en matière de technologie du virtuel, développée en
Occident. Donc qu’allons-nous apporter ? Le côté artistique, une
éthique, une esthétique, un savoir-faire dans ce domaine,
complètement différents de ce que nous connaissons à ce jour. Il
faut amener une vision du Sud, comme cela se fait avec les cinémas
brésilien, coréen, bosniaque ou iranien. Cela va créer un souffle
nouveau dans le cinéma virtuel.
M. Beskri, avez-vous
des projets d’écriture ? Un nouveau roman en vue ?
Pour le moment, je suis
très occupé par l’idée de réalisation du film ; mon rêve est de le
produire. Je ne sais pas si je suis arrivé au roman par accident…
Entretien réalisé par
Z. C.
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |