Semaine du 13 au 19 juillet  2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Colonisation acte II

 

 
 
 Editorial

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Colonisation acte II

Les pays nouvellement indépendants, qui ne sont pour la plupart même plus en voie de développement, constituent à terme une menace pour le monde dit civilisé, d’autant plus qu’ils sont porteurs d’une religion concurrente au sien. 

Les plus compréhensifs des stratèges occidentaux songent alors à la démocratie comme instrument privilégié pouvant servir à sortir nos régions de l’état de dangereux sous-développement dans lesquelles elles se trouvent, mais les plus cyniques savent parfaitement que la démocratie ne peut guère être imposée de l’extérieur, à moins d’être amenée à bord des bombardiers, des porte-avions et des chars comme c’est le cas en Irak depuis 2003.

Une cinquantaine d’années après l’obtention de leurs indépendances, qu’ont donc fait les pays anciennement colonisés pour les conserver ? Pas grand-chose si nous en jugeons par l’état de développement de sociétés qui restent dramatiquement dans le besoin dans plusieurs des domaines les plus essentiels de la vie. Hormis la mise en place des attributs les plus ostentatoires attestant de l’existence d’un appareil d’Etat plus ou moins présentable tels qu’une armée, une police et un semblant d’administration, il faut bien admettre que peu de pays africains, asiatiques ou arabes, ont réussi à s’imposer sur la scène internationale. Ni du point de vue économique, ni scientifique, ni culturel. A l’exception notable de l’Inde et, à un degré moindre, la Malaisie, Ceylan, Singapour et la Corée du Sud, tous les autres restent dans une situation de sous-développement alarmant, lorsque nous savons qu’en comparaison, il a suffit moins de vingt ans à l’Allemagne pour devenir la quatrième puissance économique et scientifique mondiale après avoir été entièrement dévastée par la guerre et  désertée par la quasi-totalité de son élite intellectuelle. Le Portugal et l’Espagne, mais aussi l’Inde et la Malaisie sont également de bons exemples qui indiquent qu’il suffit généralement de moins de vingt ans à un pays pour opérer son décollage économique, pour peu qu’un minimum de volonté et de clairvoyance soient au rendez-vous, y compris au milieu d’un environnement  international hostile. Israël est, en ce sens, l’archétype même de ce qu’une nation peut réussir à faire au milieu d’un océan de contrariétés et en butte à des conflits armés répétés.

C’est dire que le bilan peu reluisant de pays tels que le nôtre, qui n’arrivent toujours pas à réaliser un simple métro ou à assurer leur propre sécurité alimentaire, peut inciter les grandes puissances à se demander si elles ont bien fait d’acquiescer au puissant mouvement de décolonisation qui leur a fait perdre des territoires immenses autant que stratégiques et des richesses naturelles incommensurables. D’autant que les rythmes mondiaux de la croissance économique connaissent depuis une vingtaine d’années un début d’essoufflement suffisamment inquiétant pour amener sur le tapis cette terrible question qui consiste à  savoir si le fait de laisser en friche les trois quarts de la planète n’est pas un véritable gâchis. Un gâchis encore moins acceptable qu’il est le fait de régimes politiques certes souverains, mais qui ont eu largement le temps de faire la preuve de leur incapacité à  gérer leur indépendance pourtant parfois chèrement recouvrée.

La question devient encore plus lancinante lorsque  ces pays deviennent de dangereux viviers à partir desquels émergent de menaçants phénomènes sécuritaires, sources de déstabilisation mondiale, comme le terrorisme. Il se trouve, par un malheureux hasard, que les pays nouvellement indépendants sont dans leur écrasante majorité des pays où l’islam est la religion majoritaire avec tout ce que cela implique comme incidences idéologiques et politiques aisément inscriptibles dans le cadre  bien commode  du fameux choc des civilisations.

Conclusion logique : les pays nouvellement indépendants, qui ne sont pour la plupart même plus en voie de développement, constituent à terme une menace pour le monde dit civilisé, d’autant plus qu’ils sont porteurs d’une religion concurrente au sien. 

Les plus compréhensifs des stratèges occidentaux songent alors à la démocratie comme instrument privilégié pouvant servir à sortir nos régions de l’état de dangereux sous-développement dans lesquelles elles se trouvent, mais les plus cyniques savent parfaitement que la démocratie ne peut guère être imposée de l’extérieur, à moins d’être amenée à bord des bombardiers, des porte-avions et des chars comme c’est le cas en Irak depuis 2003. D’autant que l’objectif premier n’est guère de voir le Sud se développer, mais de s’assurer que les richesses qui s’y trouvent soient exploitées à bon escient, c’est-à-dire au bénéfice du Nord. 

Notre pays, bien qu’ayant franchi un nombre appréciable d’étapes susceptibles de le sortir de l’œil du cyclone, reste malheureusement dans la zone de danger du fait de son incapacité à sauter encore le pas d’une modernisation décisive de son système politique seule à même de lui permettre de moderniser son économie et  sa société. Encore victime de la force de gravité  islamiste, il peine à s’en libérer,   estimant qu’il est toujours possible de  laisser la religion jouer un rôle dans la direction de ses affaires.

Grave et fatale erreur que nous risquons de payer très cher dans le cas fort probable où l’acte II de la colonisation ne débute avant que nous n’ayons eu le temps de réaliser la gravité de nos erreurs de

jugement.

A. M.

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