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Histoire
La ceinture de l’Auréssienne
Les travaux de la laine
dans les Aurès ne se limitent pas uniquement au tissage ; ils
comprennent aussi le montage et la confection des tresses de laine
et de poil de chèvre, utilisées à plusieurs usages domestiques :
liens pour le métier à tisser, attaches pour la guerba qui sert à
transporter et à conserver l’eau... En laine pure, ces tresses
servent à faire les belles et originales ceintures que portent les
Auréssiennes de tous âges et de toutes conditions sociales.
La ceinture, el-h’zem,
fait partie du costume féminin et en est la parure principale ;
c’est un spectacle chatoyant, haut en couleur, de voir un groupe d’Auréssiennes
ceintes de ces ceintures multicolores, négligemment nouées autour de
la taille, faisant comme un grand bouquet de fleurs au cœur de la
forêt.
La femme tresse et
assemble elle-même sa propre ceinture avec soin, habileté et
dextérité, et aussi avec un goût et une coquetterie remarquables.
Cet ornement complémentaire et traditionnel qu’on trouve dans tout
le massif personnalise la femme, la distingue et ajoute un plus à
son élégance. Il est vrai que son montage exige des jours d’un
travail délicat et harassant. El-h’zem le plus usité se compose de
douze tresses de laine de 4,20 mètres de longueur. Chaque tresse est
une petite natte carrée de 3 mm de côté ; elle est montée en huit
torsades faites chacune de trois fils d’un peu moins d’un
millimètre. Les torsades diffèrent quelquefois par leur couleur. Les
douze tresses terminées sont réunies par des enroulements de laine
très serrés, constituant des liens de forme cylindrique de cinq
centimètres de longueur. La ceinture se trouve ainsi partagée,
exception faite des extrémités, en neuf parties : huit de 26 à 28
centimètres, la neuvième, celle du milieu, de 40 centimètres. Les
extrémités, sur une longueur de 55 à 60 centimètres, sont ouvragées
d’une façon spéciale : les douze tresses sont séparées en deux
groupes de six enserrés dans deux liens jumeaux, puis trois groupes
de quatre, retenus de la même façon par trois liens, disposés
jusqu’au bout. Les tresses s’entrecroisent pour passer d’un ensemble
à la série suivante.
La laine qui sert à
faire les tresses est filée à domicile par l’Auréssienne ; par
contre, celle qui est utilisée pour les enroulements est le plus
souvent achetée filée et teinte. C’est pourquoi elle présente des
tonalités et des nuances que l’on ne trouve point dans les autres
objets tissés, si ce n’est parfois dans les coussins et leurs
bordures, qui sont du reste de véritables trésors de couleurs
chatoyantes qu’on ne trouve que dans les Aurès.
Ces enroulements
originaux sont de diverses couleurs ; sur chacun d’eux sont brodés
des losanges de ton contrastant, cernés de fil d’un blanc d’albâtre.
Les diverses laines
utilisées sont réunies pour former six pompons qui finissent les
extrémités. Ce qui fait l’originalité, le charme et singularise
particulièrement cette ceinture, ce sont le mélange, la diversité,
les contrastes, les heurts de nuances utilisées et amalgamées par l’Auréssienne.
Elle n’agit point d’une façon désordonnée, bien au contraire, tout
est minutieusement étudié au préalable ; l’orangé et le rouge, très
employé pour les tresses, n’apparaissent pas sur les liens, et le
blanc, le bleu et le rose y figurent ; les deux premières de ces
couleurs se remarquent sur les tresses, et les trois dernières en
sont complètement absentes. Le noir et le jaune sont en proportions
égales.
Le bariolage du détail
complète celui de l’ensemble, faisant de la ceinture auréssienne un
véritable bouquet de fleurs tropicales. L’aspect général de la
parure est chaud, le jaune y apporte son éclat. L’enroulement
répété autour de la taille, sur un ensemble noir, en accentue
sensiblement et agréablement l’effet.
Ce genre de ceinture se
fait dans tout le massif, mais chaque Auréssienne, suivant son goût
et sa dextérité, lui donne son cachet, une empreinte personnelle et
particulière.
Il y a des ceintures
fines, ne comptant que quatre ou cinq tresses ; il y a également de
très artistiquement compliquées, comme celle qui vient d’être
décrite et qui donne à une jeune danseuse une prestance remarquable
et un charme éblouissant. Quelquefois, les enroulements de laine qui
rapprochent les tresses sont remplacés par des motifs carrés, plats,
de différentes couleurs, terminés à chaque angle par un pompon ;
dans ce cas, les tresses réunies sous le motif sont mise à plat,
sans être serrées les unes contre les autres. Parfois aussi, mais
rarement, des fils d’or et d’argent sont mêlés aux pompons et aux
liens.
La même technique est
utilisée pour le finissage des coussins, dont l’originalité est
particulièrement remarquable quand l’Auréssienne borde trois côtés
cousus d’une ou plusieurs fines tresses plates, de teintes
différentes et auxquelles elle ajoute parfois des pompons bariolés,
donnant à l’ouvrage un label introuvable ailleurs.
Chenouf Ahmed Boudi
e-mail :contact@lesdebats.com |