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La trame du mercredi
Douteuse opération
Combien s’en trouve-t-il
d’Algériens pour croire que le gouvernement va procéder à la
dissolution à Tizi Ouzou et à Béjaïa pour le motif qu’il a avancé,
qu’il s’agit bien de doter d’assemblées correctement élues les
communes et les wilayas de cette partie de la Kabylie ? Il ne doit
pas y avoir grand monde pour se laisser prendre à ses arguties. Le
laconique communiqué annonçant la modification de la loi permettant
la dissolution, ainsi que les décrets édictant celle-ci, n’est fait
pour convaincre du bien-fondé d’une mesure inattendue, procédant de
plus d’une incompréhensible entorse à la loi en vigueur.
La question se pose
alors de savoir ce qui l’a amené à prendre une décision incertaine,
susceptible en définitive de créer plus de problèmes qu’elle n’en
résout.
On connaît la réponse du
FFS à cette question, ou plus exactement l’esprit de cette réponse.
La dissolution envisagée découlerait d’un marché tacite passé entre
le gouvernement et les aârouch, aux termes duquel le premier consent
à flatter l’ego des seconds en leur donnant satisfaction sur un
point finalement de peu d’importance, contre l’oubli des victimes du
”printemps noir”. Selon ce point de vue, celui qui gagne le plus, ce
n’est pas le groupe à Abrika, mais le gouvernement. A preuve,
ajoute-t-on, le fait que la dissolution n’a pas encore eu lieu que
la gendarmerie annonce déjà son intention de se redéployer en
Kabylie.
Si marché il y a, il est
en tout cas implicite, car le groupe emmené par Abrika ne s’y tient
pas rigoureusement, ainsi qu’en témoigne sa prise de position toute
récente contre le retour de la gendarmerie. Il est douteux que cet
argument emporte la conviction de tout le monde. Il s’en trouvera
pour dire que cette menace ne doit pas être prise au sérieux, qu’il
s’agit en fait pour un bord de rappeler les termes de l’accord
conclu, laissant entendre au vis-à-vis que s’il revient sur son
engagement, à savoir la dissolution, lui-même alors se verrait dans
l’obligation de s’affranchir du sien.
Dissoudre, finalement,
c’est facile, puisqu’il suffit dans ce régime, qui, semble-t-il,
n’est pas tout à fait présidentiel, de prendre une décision, avant
de modifier la loi par ordonnance pour la conformer à l’oukase.
Quand on n’est tenu à aucune règle, on n’a pas à se soucier des
sentiments de ses sujets. Or même dans ce cas, on a besoin d’un
minimum de vraisemblance. Des élections supposent des électeurs.
Est-on bien sûr que les habitants de Tizi Ouzou et de Béjaïa (à
propos, comment s’expliquer que Bouira, aussi touchée que les deux
autres wilayas par la forte abstention d’octobre 2002, ne soit pas
concernée par ces élections partielles ? Mystère et boule de gomme
!) seront au rendez-vous ? Ce n’est pas du tout sûr. Il se peut très
bien que le gouvernement court droit sur le mur. Dans le contexte
actuel, tout est bon pour la population pour donner libre cours à
son mécontentement. Une coupure d’électricité qui a tendance à se
répéter, et c’est l’émeute. Alors, ne parlons pas d’élections pas
très nettes, dans une région de plus qui n’est pas réputée pour
nourrir une grande confiance à l’endroit des gouvernants.
Du reste, il y a des
risques pour que la principale formation de la région, le FFS, opte
pour l’abstention. Le RCD adoptera-t-il la même attitude ? Il n’est
pas facile de le savoir à l’avance. Les doutes de toutes sortes que
les uns et les autres peuvent entretenir quant au but de l’opération
les inclineraient plutôt à refuser la participation à ces
partielles. D’autant que la véritable échéance électorale, c’est
celle de 2007. L’abstention aux élections partielles – dont la tenue
n’est pas encore un fait acquis, le Président pouvant repousser, ou
du moins différer les décrets de dissolution – est susceptible de
leur paraître au bout du compte la meilleure préparation à cette
échéance.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com |