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Les moutons de Panurge
On ne sait s’il
faut en rire ou en pleurer. Mais d’abord, qu’on nous explique bien
de quoi discutent exactement les secrétaires fédéraux de l’UGTA avec
les directeurs des Sociétés de gestion des participations (SGP) lors
de sessions marathoniennes, lorsqu’elles ne sont pas entrecoupées de
reports aussi abrupts qu’inexpliqués. Car, s’il est question de la
hausse des salaires dans le secteur public économique, à quoi
sert-il en vérité d’impliquer les SGP dans une affaire qui relève de
la simple arithmétique ? Eh bien oui ! Ou bien les entreprises
publiques ont les moyens et elles peuvent alors appliquer une
décision politique qui de toute manière a, semble-t-il, déjà été
prise en haut lieu, ou elles ne disposent pas de la trésorerie
suffisante pour tenir un tel pari et alors que les responsables du
secteur public le disent clairement et que l’on nous permette enfin
de passer à autre chose.
Au cas par cas,
les choses auraient été des plus simples à démêler, mais il semble
que le gouvernement Belkhadem – qui s’est mis le dos au mur avec des
promesses qui, elles, sont toujours plus facile à formuler de
l’extérieur – ait plutôt choisi de tout mettre dans le même sac et
de créer, en fin de compte, une confusion inédite. On a bien vu
comment les choses étaient nettement plus faciles pour la Fonction
publique. Non pas parce que ce secteur n’est pas concerné par la
productivité, mais surtout parce qu’il y est encore plus facile
d’appliquer la hausse des revenus. C’est que chez les
fonctionnaires, il y a beaucoup moins d’UGTA qui ne cesse d’y perdre
du terrain et un peu plus de syndicats autonomes qu’on a
volontairement mis hors jeu, ce qui a donné une situation où le
gouvernement était pratiquement seul à bord face aux commis de
l’Etat.
Mais s’agissant
des entreprises publiques, les choses sont tout autres et les
enjeux, aussi bien pour l’UGTA que pour le FLN, pour lesquels
pointent des échéances de vie ou de mort, font tout ramener à la
politique. Et puis, n’est-ce pas aussi que tout cela arrange si bien
les calculs du gouvernement qui tient un discours quasiment
socialiste et qui cache bien son intention d’entamer une grande
lessive dans la Fonction publique, l’avant-goût ayant été donné avec
le statut général qui est en voie de passer comme une lettre à la
poste ?
Prises dans cet
étau, les SGP ne sont pas plus que des boucs émissaires. Elles le
sont aussi d’ailleurs s’agissant de la privatisation, du
partenariat, de la restructuration, de la mise à niveau et même du
niveau des exportations. Un peu comme les banques que l’on montre
très vite du doigt dès que l’économie du pays affiche de mauvais
signes. Et à cela, les arguments ne manquent pas. Verrait-on, par
exemple, les directeurs des SGP s’opposer ouvertement à une décision
qui émanerait du président du Conseil des participations de l’Etat,
qui est le patron de tout le dispositif institutionnel encadrant les
capitaux marchands de l’Etat ? Et il n’est question ici de
personne d’autre que du secrétaire général du FLN qui, avant le
départ d’Ahmed Ouyahia, disputait à ce dernier la justesse de
l’opinion s’agissant de la hausse ou non des salaires.
Mais aussi est-il
possible d’imaginer celui qui fut la vedette de l’université d’été
du FLN, en la personne de Abdelhamid Temmar, se faire refuser un
ordre de la part des cadres des SGP, dont il est derrière la
nomination de la majorité d’entre eux, allant jusqu’à détacher de
son propre ministère des anciens directeurs centraux pour assurer
des missions délicates dans plusieurs secteurs ?
Mais au fait, que
fait donc l’UNEP qui, il n’y a pas si longtemps encore, avait, elle,
le courage de dire son mot dans la tripartite et de se soustraire
aux injonctions d’un chef du gouvernement ?
N. B.
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