Semaine du 13 au 19 septembre 2006

 

L'éditorial : Par Nabil Benali

Les moutons de Panurge

 

 
 
 Editorial

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Les moutons de Panurge

On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer. Mais d’abord, qu’on nous explique bien de quoi discutent exactement les secrétaires fédéraux de l’UGTA avec les directeurs des Sociétés de gestion des participations (SGP) lors de sessions marathoniennes, lorsqu’elles ne sont pas entrecoupées de reports aussi abrupts qu’inexpliqués. Car, s’il est question de la hausse des salaires dans le secteur public économique, à quoi sert-il en vérité d’impliquer les SGP dans une affaire qui relève de la simple arithmétique ? Eh bien oui ! Ou bien les entreprises publiques ont les moyens et elles peuvent alors appliquer une décision politique qui de toute manière a, semble-t-il, déjà été prise en haut lieu, ou elles ne disposent pas de la trésorerie suffisante pour tenir un tel pari et alors que les responsables du secteur public le disent clairement et que l’on nous permette enfin de passer à autre chose.

Au cas par cas, les choses auraient été des plus simples à démêler, mais il semble que le gouvernement Belkhadem – qui s’est mis le dos au mur avec des promesses qui, elles, sont toujours plus facile à formuler de l’extérieur – ait plutôt choisi de tout mettre dans le même sac et de créer, en fin de compte, une confusion inédite. On a bien vu comment les choses étaient nettement plus faciles pour la Fonction publique. Non pas parce que ce secteur n’est pas concerné par la productivité, mais surtout parce qu’il y est encore plus facile d’appliquer la hausse des revenus. C’est que chez les fonctionnaires, il y a beaucoup moins d’UGTA qui ne cesse d’y perdre du terrain et un peu plus de syndicats autonomes qu’on a volontairement mis hors jeu, ce qui a donné une situation où le gouvernement était pratiquement seul à bord face aux commis de l’Etat.

Mais s’agissant des entreprises publiques, les choses sont tout autres et les enjeux, aussi bien pour l’UGTA que pour le FLN, pour lesquels pointent des échéances de vie ou de mort, font tout ramener à la politique. Et puis, n’est-ce pas aussi que tout cela arrange si bien les calculs du gouvernement qui tient un discours quasiment socialiste et qui cache bien son intention d’entamer une grande lessive dans la Fonction publique, l’avant-goût ayant été donné avec le statut général qui est en voie de passer comme une lettre à la poste ?

Prises dans cet étau, les SGP ne sont pas plus que des boucs émissaires. Elles le sont aussi d’ailleurs s’agissant de la privatisation, du partenariat, de la restructuration, de la mise à niveau et même du niveau des exportations. Un peu comme les banques que l’on montre très vite du doigt dès que l’économie du pays affiche de mauvais signes. Et à cela, les arguments ne manquent pas. Verrait-on, par exemple, les directeurs des SGP s’opposer ouvertement à une décision qui émanerait du président du Conseil des participations de l’Etat, qui est le patron de tout le dispositif institutionnel encadrant les capitaux marchands de l’Etat ? Et il n’est question ici de personne d’autre que du secrétaire général du FLN qui, avant le départ d’Ahmed Ouyahia, disputait à ce dernier la justesse de l’opinion s’agissant de la hausse ou non des salaires.

Mais aussi est-il possible d’imaginer celui qui fut la vedette de l’université d’été du FLN, en la personne de Abdelhamid Temmar, se faire refuser un ordre de la part des cadres des SGP, dont il est derrière la nomination de la majorité d’entre eux, allant jusqu’à détacher de son propre ministère des anciens directeurs centraux pour assurer des missions délicates dans plusieurs secteurs ?

Mais au fait, que fait donc l’UNEP qui, il n’y a pas si longtemps encore, avait, elle, le courage de dire son mot dans la tripartite et de se soustraire aux injonctions d’un chef du gouvernement ?

N. B.

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