Semaine du 13 au 19 septembre 2006

La trame du mercredi

Le 11-septembre : le fait accompli

 

 
 
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Le 11-septembre : le fait accompli

La lutte « mondiale » contre le terrorisme a-t-elle beaucoup avancé cinq ans après les attentats du 11 septembre? Au jour d’aujourd’hui, il semble qu’il n’y ait plus que  l’administration Bush pour soutenir vaillamment une opinion où il est possible de déceler une note d’optimisme. En fait, il existe comme un consensus universel que tout ce qui a été entrepris depuis par les Etats-Unis contre les réseaux d’Al Qaïda, non seulement n’a rien donné de positif, mais a eu pour conséquence une aggravation du mal que l’on s’était proposé d’éliminer.

En Amérique même, où l’opinion est reine, la popularité du président Bush, à en croire les sondages tout au moins, est au plus bas. Son propre camp risque beaucoup d’en faire les frais lors des prochaines élections. C‘est là une donnée qui a sans doute beaucoup pesé dans le rapport établi par les sénateurs où l’administration Bush est explicitement accusée de mensonge quand en 2003 elle justifiait la guerre en Irak par les liens supposés de Saddam Hussein avec Al Qaïda, et par sa possession d’armes de destruction massive. Le plus significatif d’ailleurs ce n’est pas que des représentants du peuple américain ait dressé cet acte d’accusation contre le chef de la Maison Blanche, ce qui est déjà plutôt grave dans un pays où se rendre coupable de mensonge est jugé plus répréhensible que le forfait lui-même, mais qu’ils aient  attendu une occasion aussi solennelle que le cinquième anniversaire du 11-septembre pour exprimer leur grief. Le prédécesseur de G.W. Bush a frôlé l’impeachment pour beaucoup moins que ça.

Il semble bien que si cette procédure n’a même pas été évoquée en l’occurrence, c’est parce que l’Amérique est, de par la volonté de ses dirigeants, en guerre, et qu’il est toujours du plus mauvais effet, sur les troupes engagées notamment, d’intenter dans ces conditions un procès en destitution contre le commandant en chef. Si au lieu de donner le coup d’envoi à la « Troisième Guerre Mondiale », G.W Bush avait été pris en flagrant délit non pas d’adultère, mais seulement de dénégation d’adultère, alors là, oui, il aurait été sans doute passible d’impeachment, et son  mea culpa public éventuel n’y aurait peut-être rien changé. Le peuple américain aurait alors montré, et à peu de frais, qu’il était le véritable maître, et qu’il n’admettait pas qu’on lui raconte des histoires, ou pire encore, qu’on cherche à lui cacher des choses pas très jolies.

Or, ce n’est pas seulement le peuple américain qui se trouve obligé de tolérer un homme et une administration qui ont engagé  leur pays dans une aventure dont personne ne voit le bout, ce sont aussi ses alliés traditionnels, ainsi qu’une bonne partie du monde, à supposer que ce ne soit pas la communauté internationale en entier, qui se voient tenus, en ne considérant désormais que leurs propre intérêt, de continuer à leur apporter vaille que vaille un  appui indéfectible. Pour éviter d’être jeté en pâture, Bush n’a qu’à dire en effet, ce dont d’ailleurs il ne se prive pas, que si l’armée se retirait de l’Irak, par peur justement de s’y enliser plus qu’elle ne l’est en ce moment, eh bien, ce sont les terroristes qui la poursuivraient jusqu’en Amérique. La guerre qui se déroule aujourd’hui en Irak, en Afghanistan, et par intermittences dans les grandes capitales occidentales, se ferait alors pour l’essentiel dans les grandes villes américaines. Est-ce bien cela que veulent la majorité des Américains ? Le président américain sait bien que non. Il n’ignore pas non plus que dans deux ans, quand viendra le temps de la relève présidentielle et que la parole reviendra au peuple américain, le rapatriement des troupes ne sera sérieusement envisageable, par l’un ou l’autre camp, que dans la mesure où l’ennemi sera à ce point réduit qu’il sera incapable de commettre aux Etats-Unis un attentat de la même gravité que ceux du 11-septembre. Que si la certitude est acquise qu’il ne sera plus de force à violer le sanctuaire comme il l’a fait.

En somme, le président Bush a gagné son pari, il a réussi tout à la fois  à jeter son pays dans la guerre et à l’y maintenir, sûrement pour quelques années encore. Sans que personne n’y puisse rien. Dans deux ans, il y  a une forte probabilité pour que les électeurs américains approuvent, quoi qu’ils en pensent, des choix qu’il a faits et pour eux et pour le monde.

M. Habili

 

 

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