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Le 11-septembre : le fait accompli
La lutte
« mondiale » contre le terrorisme a-t-elle beaucoup avancé cinq ans
après les attentats du 11 septembre? Au jour d’aujourd’hui, il
semble qu’il n’y ait plus que l’administration Bush pour soutenir
vaillamment une opinion où il est possible de déceler une note
d’optimisme. En fait, il existe comme un consensus universel que
tout ce qui a été entrepris depuis par les Etats-Unis contre les
réseaux d’Al Qaïda, non seulement n’a rien donné de positif, mais a
eu pour conséquence une aggravation du mal que l’on s’était proposé
d’éliminer.
En Amérique même,
où l’opinion est reine, la popularité du président Bush, à en croire
les sondages tout au moins, est au plus bas. Son propre camp risque
beaucoup d’en faire les frais lors des prochaines élections. C‘est
là une donnée qui a sans doute beaucoup pesé dans le rapport établi
par les sénateurs où l’administration Bush est explicitement accusée
de mensonge quand en 2003 elle justifiait la guerre en Irak par les
liens supposés de Saddam Hussein avec Al Qaïda, et par sa possession
d’armes de destruction massive. Le plus significatif d’ailleurs ce
n’est pas que des représentants du peuple américain ait dressé cet
acte d’accusation contre le chef de la Maison Blanche, ce qui est
déjà plutôt grave dans un pays où se rendre coupable de mensonge est
jugé plus répréhensible que le forfait lui-même, mais qu’ils aient
attendu une occasion aussi solennelle que le cinquième anniversaire
du 11-septembre pour exprimer leur grief. Le prédécesseur de G.W.
Bush a frôlé l’impeachment pour beaucoup moins que ça.
Il semble bien que
si cette procédure n’a même pas été évoquée en l’occurrence, c’est
parce que l’Amérique est, de par la volonté de ses dirigeants, en
guerre, et qu’il est toujours du plus mauvais effet, sur les troupes
engagées notamment, d’intenter dans ces conditions un procès en
destitution contre le commandant en chef. Si au lieu de donner le
coup d’envoi à la « Troisième Guerre Mondiale », G.W Bush avait été
pris en flagrant délit non pas d’adultère, mais seulement de
dénégation d’adultère, alors là, oui, il aurait été sans doute
passible d’impeachment, et son mea culpa
public éventuel n’y aurait peut-être rien changé. Le peuple
américain aurait alors montré, et à peu de frais, qu’il était le
véritable maître, et qu’il n’admettait pas qu’on lui raconte des
histoires, ou pire encore, qu’on cherche à lui cacher des choses pas
très jolies.
Or, ce n’est pas
seulement le peuple américain qui se trouve obligé de tolérer un
homme et une administration qui ont engagé leur pays dans une
aventure dont personne ne voit le bout, ce sont aussi ses alliés
traditionnels, ainsi qu’une bonne partie du monde, à supposer que ce
ne soit pas la communauté internationale en entier, qui se voient
tenus, en ne considérant désormais que leurs propre intérêt, de
continuer à leur apporter vaille que vaille un appui indéfectible.
Pour éviter d’être jeté en pâture, Bush n’a qu’à dire en effet, ce
dont d’ailleurs il ne se prive pas, que si l’armée se retirait de
l’Irak, par peur justement de s’y enliser plus qu’elle ne l’est en
ce moment, eh bien, ce sont les terroristes qui la poursuivraient
jusqu’en Amérique. La guerre qui se déroule aujourd’hui en Irak, en
Afghanistan, et par intermittences dans les grandes capitales
occidentales, se ferait alors pour l’essentiel dans les grandes
villes américaines. Est-ce bien cela que veulent la majorité des
Américains ? Le président américain sait bien que non. Il n’ignore
pas non plus que dans deux ans, quand viendra le temps de la relève
présidentielle et que la parole reviendra au peuple américain, le
rapatriement des troupes ne sera sérieusement envisageable, par l’un
ou l’autre camp, que dans la mesure où l’ennemi sera à ce point
réduit qu’il sera incapable de commettre aux Etats-Unis un attentat
de la même gravité que ceux du 11-septembre. Que si la certitude est
acquise qu’il ne sera plus de force à violer le sanctuaire comme il
l’a fait.
En somme, le
président Bush a gagné son pari, il a réussi tout à la fois à jeter
son pays dans la guerre et à l’y maintenir, sûrement pour quelques
années encore. Sans que personne n’y puisse rien. Dans deux ans, il
y a une forte probabilité pour que les électeurs américains
approuvent, quoi qu’ils en pensent, des choix qu’il a faits et pour
eux et pour le monde.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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