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Bouteflika, Charte et rentrée
Le trio de
septembre
Si une palme
devait être décernée par un jury à la presse pour ses écrits durant
la semaine écoulée, le lauréat de ce concours serait
incontestablement Le Soir d’Algérie. Et pour cause, ce quotidien
s’est distingué, dans deux numéros successifs, par deux écrits qui
révèlent l’existence d’une grande liberté au sein de cette
rédaction. A moins que…
Que l’on
s’explique. Ainsi, alors que dans son édition du mardi 5 septembre,
le quotidien rapporte en Une la «première sortie publique de
Bouteflika après 50 jours d’absence», en estimant que cette sortie
s’est faite «péniblement», il est aussi indiqué que «le président de
la République semblait marqué par une fatigue certaine» et
qu’«il a montré quelques signes de fatigue en montant la passerelle
du Soumam», le navire école acquis par les forces navales, le
chroniqueur de ce quotidien publie le lendemain, en page 24, un
article dans lequel il s’en prend, dans son style bien particulier,
à ce genre journalistique : «Quelle misère ! Etre obligé de
décrypter l’état du pays à travers le rythme et la vitesse
d’ascension de la passerelle d’un navire par un homme ! Je trouve
cela pour le moins surprenant et tellement renseignant sur les
régressions enregistrées depuis huit ans.» Il dit aussi être désolé
que «le pays ne se juge plus à ses performances économiques, à sa
cohérence politique, à sa sérénité et cohésion sociale, mais plutôt
aux timings des phases de retrait et d’apparition du maître. (…)
Nous ne faisons même plus attention aux indicateurs de bonne ou
mauvaise santé économique que nous fournissent nos experts et
analystes, nous ne prêtons qu’une oreille distraite aux chiffres
fluctuants du chômage, de l’emploi, de l’insécurité, nous dédaignons
le taux d’intégration, de productivité, de réussite aux examens,
nous méprisons presque les calculs des volumes d’échanges de notre
commerce extérieur». Et à ce chroniqueur de chuter en rappelant que
«seuls comptent la vitesse et le rythme d’ascension de la passerelle
d’un navire». D’où sa conclusion : «C’est terriblement
inquiétant.»
De la Charte,
il s’agit
«6 950 familles
bénéficient d’indemnisations.». L’information donnée par le ministre
de la Solidarité et de l’Emploi lors d’une conférence de presse –à
laquelle ses services ont pris le soin de ne pas inviter toute la
presse – est rapportée en Une d’El Khabar (édition du samedi 9
septembre). Ainsi, alors que l’opinion publique et les observateurs
s’attendaient à la tenue de la réunion – annoncée pourtant par le
chef du gouvernement – de la Commission nationale d’évaluation de la
mise en œuvre des dispositions de la Charte, et par voie de
conséquence à l’annonce des résultats enregistrés à l’issue de six
mois d’application des mesures, c’est le département de Ould Abbes
qui communique quelques-uns des chiffres attendus. En effet, outre
celui indiqué plus haut, le ministre en a annoncé un autre, 50 000,
qui correspond au nombre de familles qui ont introduit des dossiers
pour bénéficier des indemnisations. Pourtant, la question de fond
n’a toujours pas été réglée. Celle qui consiste à savoir que
sera-t-il décidé après le 31 août.
Le Jeune
Indépendant, évoquant la question de la prorogation des délais
d’application, indique que «Bouteflika devrait trancher demain
(NDLR : dimanche 10 septembre)».
La Nouvelle
République croit savoir que l’on s’achemine vraisemblablement vers
la prise de «nouvelles mesures hors Charte». Le dimanche 10
septembre, Liberté, annonçant la tenue du Conseil des ministre pour
le lundi 11 septembre, affirme que «la réconciliation ne sera pas à
l’ordre du jour». Citant une source « au fait de ce dossier » le
quotidien rapporte qu’«un bilan de la mise en œuvre de cette Charte
vient d’être établi, à l’issue d’une réunion de la Commission
nationale de suivi tenue mercredi dernier (…) et sera remis au chef
de l’Etat».
L’arbitrage de
Bouteflika
Toutefois, est-il
indiqué, «ce bilan devrait être consolidé par d’autres données
chiffrées ». Liberté poursuit en rapportant les propos tenus par
«cette source au fait du dossier» que de nouvelles redditions vont
être enregistrées et que «des terroristes sont en train de
descendre encore des maquis».
Oui, mais forcés
et les pieds devant, à en croire Le Jeune Indépendant, qui annonce
le même jour «15 terroristes éliminés et leurs armes récupérées»
dans une vaste opération de ratissage dans la région d’Adekar, dans
la wilaya de Béjaïa, menée par les forces combinées de sécurité. Ce
quotidien ajoute que selon des sources sécuritaires, cette
opération risque de s’étaler dans le temps».
Jeudi 7 août, El
Watan, traitant du climat sécuritaire qui prévaut en Kabylie,
annonce «deux terroristes abattus». El Khabar note pour sa part que
«le bilan officiel des bénéficiaires des indemnisations est
catastrophique». Cette information, le quotidien arabophone l’a
obtenue auprès d’associations de familles de disparus. Elles
demandent, est-il souligné, aux autorités plus de «sérieux» dans le
traitement du dossier.
L’éditorialiste du
Jour d’Algérie (édition du 10 septembre) livre une analyse de la
situation politique qui prévaut. Première leçon tirée : «Le fait
est que le débat sur un éventuel retour de Kébir et Anouar Haddam
est définitivement clos, malgré les attentes indécentes d’un parti
politique au pouvoir qui préfère songer à son propre avenir au
détriment de celui de son pays.» Ainsi, précise l’éditorialiste,
«cela étant réglé, tout est encore discutable, y compris la question
de la possibilité pour les terroristes qui se rendent de continuer à
bénéficier des dispositions de la Charte». Pour lui, «il n’y a
aucune raison, en effet, qui puisse rendre inopérants des mécanismes
qui ont d’ailleurs toujours cours depuis la mise en œuvre de la loi
sur la concorde civile». Revenant sur la position du chef de l’Etat,
l’éditorialiste estime que par son attitude légaliste dénotant d’un
respectable sens des responsabilités, Abdelaziz bouteflika vient en
effet d’éviter au pays des prolongations politico-politiciennes qui
nous feraient perdre un temps précieux et des énergies non
renouvelables». El Djazaïr News s’intéresse aux moudjahidine, ceux
qui ont participé à la Guerre de Libération. «Nous sommes des
moudjahidine oubliés», s’insurgent-ils. Le quotidien rapporte que
ces derniers «préfèrent s’en remettre à Dieu».
Rentrée
particulière
La rentrée des
classes fixée pour le 9 septembre a constitué un autre sujet qui a
fait la Une de la quasi-totalité des titres paraissant samedi. Ce
sont quelque 7 575 000 élèves qui sont retournés sur les bancs des
écoles. Toutefois, fait remarquer El Watan, «le nombre d’inscrits
(est) en baisse». Le rédacteur nuance toutefois ce titre dans son
article en soulignant que «le nombre d’inscrits pour la nouvelle
année accuse en revanche une légère baisse par rapport à l’année
dernière».
La Nouvelle
République fait remarquer que cette année, nous enregistrons « une
rentrée sans tension». Le commentateur indique que «le climat
semble, en effet, beaucoup moins tendu que les années précédentes».
Reste, est-il rappelé, que «les problèmes d’ordre socioprofessionnel
sont innombrables et souvent complexes –du cas des vacataires à
celui de la surcharge dans les classes – mais, avec l’ouverture d’un
vrai dialogue et le retour de la confiance, tout semble réalisable».
Nadia Kerraz
Haut
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