Semaine du 6 au 12 septembre 2006

  Bouteflika, Charte et rentrée 

Le trio de septembre

 

 
 
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Bouteflika, Charte et rentrée 

Le trio de septembre

Si une palme devait être décernée par un  jury à la presse pour ses écrits durant la semaine écoulée, le lauréat de ce concours serait incontestablement Le Soir d’Algérie.  Et pour cause, ce quotidien s’est distingué, dans deux numéros successifs, par deux écrits qui révèlent l’existence d’une grande liberté au sein de cette rédaction. A moins que…

Que l’on s’explique. Ainsi, alors que dans son édition du mardi 5 septembre, le quotidien rapporte en Une la «première sortie publique de Bouteflika après 50 jours d’absence»,  en estimant que cette sortie s’est faite «péniblement», il est aussi indiqué que «le président de la République  semblait marqué par une fatigue certaine» et qu’«il a  montré quelques signes de fatigue en montant la passerelle du Soumam», le navire école acquis par  les forces navales, le chroniqueur de ce quotidien publie le lendemain, en page 24, un article dans lequel il s’en prend, dans son style bien particulier, à ce genre journalistique : «Quelle misère ! Etre obligé de décrypter l’état du pays à travers le rythme et la vitesse d’ascension de la passerelle d’un navire par un homme ! Je trouve cela pour le moins surprenant et tellement renseignant sur les régressions enregistrées depuis huit ans.» Il dit aussi être désolé que «le pays ne se juge plus à ses performances économiques, à sa cohérence politique, à sa sérénité et cohésion sociale, mais plutôt aux timings des phases de retrait et d’apparition du maître. (…) Nous ne faisons même plus attention aux indicateurs de bonne ou mauvaise santé économique que nous fournissent nos experts et analystes, nous ne prêtons qu’une oreille distraite aux chiffres fluctuants du chômage, de l’emploi, de l’insécurité, nous dédaignons le taux d’intégration, de productivité, de réussite aux examens, nous méprisons presque les calculs des volumes d’échanges de notre commerce extérieur». Et à ce chroniqueur de chuter en rappelant que «seuls comptent la vitesse et le rythme d’ascension de la passerelle d’un navire». D’où sa conclusion : «C’est terriblement inquiétant.»  

 De la Charte, il s’agit

«6 950 familles bénéficient d’indemnisations.». L’information donnée par le ministre de la Solidarité  et de l’Emploi lors d’une conférence de presse –à laquelle ses services ont pris le soin de ne pas inviter toute la presse – est rapportée en Une d’El Khabar (édition du  samedi 9 septembre). Ainsi, alors que l’opinion publique et les observateurs s’attendaient à la tenue de la réunion – annoncée pourtant par le chef du gouvernement – de la Commission nationale d’évaluation de la mise en œuvre des dispositions de la Charte, et par voie de conséquence à l’annonce des résultats enregistrés à l’issue de six mois d’application des mesures, c’est le département de Ould Abbes qui communique quelques-uns des chiffres attendus. En effet, outre celui indiqué plus haut, le ministre en a annoncé un autre, 50 000, qui correspond au nombre de familles qui ont introduit des dossiers pour bénéficier des indemnisations. Pourtant, la question de fond n’a toujours pas été réglée. Celle qui consiste à savoir que sera-t-il décidé après le 31 août.

Le Jeune Indépendant, évoquant la question de la prorogation des délais d’application, indique que «Bouteflika  devrait trancher demain  (NDLR : dimanche 10 septembre)».

La Nouvelle République croit savoir que l’on s’achemine vraisemblablement vers la prise de «nouvelles mesures hors Charte». Le dimanche 10 septembre, Liberté, annonçant  la tenue du Conseil des ministre pour le lundi 11 septembre, affirme que «la  réconciliation ne sera pas à l’ordre du jour».  Citant une source « au fait de ce dossier » le quotidien rapporte qu’«un bilan de la mise en œuvre de cette Charte vient d’être établi, à l’issue d’une réunion de la Commission nationale de suivi tenue mercredi dernier (…) et sera remis au chef de l’Etat».

L’arbitrage de Bouteflika

Toutefois, est-il indiqué, «ce bilan devrait être consolidé par d’autres données chiffrées ». Liberté poursuit en rapportant les propos tenus par «cette source au fait du dossier» que de nouvelles redditions vont être enregistrées et que «des terroristes sont en train  de descendre encore des maquis».

Oui, mais forcés et les pieds devant, à en croire Le Jeune Indépendant, qui annonce le même jour «15 terroristes  éliminés et leurs armes récupérées» dans une vaste opération de ratissage dans la région d’Adekar, dans la wilaya de Béjaïa,  menée par les forces combinées de sécurité. Ce quotidien ajoute que  selon des sources sécuritaires, cette opération risque de s’étaler dans le temps».

Jeudi 7 août, El Watan, traitant du climat sécuritaire qui prévaut en Kabylie, annonce  «deux terroristes abattus». El Khabar note pour sa part que «le bilan officiel des bénéficiaires des indemnisations est catastrophique». Cette information, le quotidien arabophone l’a obtenue auprès d’associations de familles de disparus. Elles demandent, est-il souligné, aux autorités plus de «sérieux» dans le traitement du dossier.

L’éditorialiste du Jour d’Algérie (édition du 10 septembre) livre une analyse de la situation politique qui prévaut.  Première leçon tirée : «Le fait est que le débat sur un éventuel retour de Kébir et Anouar Haddam est définitivement clos, malgré les attentes indécentes d’un parti politique au pouvoir qui préfère songer à son propre avenir au détriment de celui de son pays.» Ainsi, précise l’éditorialiste, «cela étant réglé, tout est encore discutable, y compris la question de la possibilité pour les terroristes qui se rendent de continuer à bénéficier des dispositions de la Charte».  Pour lui, «il n’y a aucune raison, en effet, qui puisse rendre inopérants des mécanismes qui ont d’ailleurs toujours cours depuis la mise en œuvre de la loi sur la concorde civile». Revenant sur la position du chef de l’Etat, l’éditorialiste estime que  par son attitude légaliste dénotant d’un respectable sens des responsabilités, Abdelaziz bouteflika vient en effet d’éviter au pays des prolongations politico-politiciennes qui nous feraient perdre un temps précieux et des énergies non renouvelables». El Djazaïr News s’intéresse aux moudjahidine, ceux qui ont participé à la Guerre de Libération. «Nous sommes des moudjahidine oubliés», s’insurgent-ils. Le quotidien rapporte que ces derniers «préfèrent s’en remettre à Dieu». 

Rentrée particulière

La rentrée des classes fixée pour le 9 septembre a constitué un autre sujet qui a  fait la Une de la quasi-totalité des titres paraissant samedi. Ce sont quelque 7 575 000 élèves qui sont retournés sur les bancs des écoles. Toutefois, fait remarquer El Watan, «le nombre d’inscrits (est) en baisse». Le rédacteur nuance toutefois  ce titre dans son article en soulignant que «le nombre d’inscrits pour la nouvelle année accuse en revanche une légère baisse par rapport à l’année dernière». 

La Nouvelle République fait remarquer que cette année, nous enregistrons « une rentrée sans tension». Le commentateur indique que «le climat semble, en effet, beaucoup moins tendu que les années précédentes». Reste, est-il rappelé, que «les problèmes d’ordre socioprofessionnel sont innombrables et souvent complexes –du cas des vacataires à celui de la surcharge dans les classes – mais, avec l’ouverture d’un vrai dialogue et le retour de la confiance, tout semble réalisable».

Nadia Kerraz   

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