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La réconciliation
nationale ne réglera pas la question des disparus
Les contradictions de Ksentini
Le
patron de la Commission nationale consultative pour la promotion et
la protection des droits de l'homme (CNCPPDH) nagerait-il en pleine
contradiction, ou bien la campagne pour le référendum pour la charte
sur la réconciliation lui permettrait-elle enfin de dire tout haut
ce qu’il pensait tout bas et notamment dire ce à quoi devait servir
le rapport sur les disparus qu’il a présenté au président Bouteflika
?
En
fait, jusqu’au 6 septembre dernier, Me Farouk Ksentini
était resté sur une sorte de quant-à-soi. Ayant accompli la mission
qui lui a été confiée qui était de sortir des tiroirs et des
oubliettes administratives et judiciaires l’épineuse question des
disparus, il prenait avec beaucoup de précaution le sujet, essayant
surtout de garder ses distances quant aux suites à donner au
rapport. Ledit rapport avait pu enfin donner un chiffre officiel sur
les disparus et esquissait une idée sur la manière dont il fallait
traiter la question. Judiciairement, en poursuivant les enquêtes et
en déterminant les responsabilités. De là éventuellement faire
profiter un peut tout le monde de l’amnistie (qui n’est plus à
l’ordre du jour, faut-il le rappeler), et il évoquait avec beaucoup
de discrétion la possibilité d’indemniser les familles.
Voilà
que Ksentini, sur les ondes de la radio, le 6 septembre dernier,
part également en campagne pour la réconciliation nationale en
qualifiant le texte de "véritable projet de société", mais
aussi en disant peut-être un peu plus qu’il ne nous avait habitués à
dire.
Pour
les disparus, le président du CNCPPDH soutien qu’il faut faire
prévaloir "la raison d'Etat". Autrement dit, en finir de la manière
la plus simple (est-ce pour autant la plus adéquate ?) avec la
question des disparus et soustraire le problème au débat immédiat*.
Les
historiens politiques auront tôt fait d’en faire des sujets de
thèses. Pour Ksentini, "la raison d'Etat doit prédominer et vous
dicter votre conduite". Mais le défenseur des droits de l’homme
souligne aussi que la charte contient une bonne part des
propositions faites dans son rapport qu’il a présenté en mars denier
au président de la République. Même si on rejette toute polémique
byzantine – qu’est-ce qui a prévalu : les propositions du rapport
Ksentini ou bien les idées déjà contenues dans la réconciliation
nationale prévue de longue date ? – il reste que l’on demeure plutôt
circonspects. En effet, d’une part la réconciliation nationale est
présentée comme l’initiative du Président et même son texte, mais
par ailleurs le rapport Ksentini sur les disparus aurait servi à
préparer la réponse à donner à cette facette importante de la
tragédie nationale. Quand on sait que les textes de lois devant
capitaliser la démarche présidentielle sont déjà prêts, on peut
toujours se demander pourquoi Ksentini n’a pas tout de suite pris
sur lui de défendre le rapport comme pièce devant servir à donner
forme à la réconciliation nationale. Cela aurait évité les critiques
qui demandent d’où émane le texte et qu’est ce qui l’a inspiré.
Par
ailleurs, la réponse juridique et administrative (dédommagement
financier et reconnaissance des disparus comme décédés) n’est en
aucune manière une reconnaissance morale de ce qui s’est passé,
comme le suggérerait une réconciliation. A ce propos, il y a lieu de
se demander si ceux qui vont bénéficier de la réconciliation
nationale vont un jour faire leur mea culpa.
Transcender les aigreurs
Ce
qui est tout autant étrange dans la bouche de Ksentini c’est bien
qu’au-delà de défendre la réconciliation nationale (ce qui est son
droit, somme toute), c’est cette propension à faire siennes des
interprétations qu’on ne lit pas forcément de la même manière.
Ainsi, le président de la commission ad hoc sur les disparus est
satisfait "de constater qu'il est expressément demandé aux
familles des disparus de transcender cette épreuve". Transcender
l’épreuve revient-il en fait à taire les revendications ? Lorsqu’on
observe certains faits presque similaires, comme au Chili, on peut
se demander jusqu’ou la "transcendance" peut aller et combien de
temps elle peut durer. Jusqu’à aujourd’hui, les mères chiliennes
continuent de revendiquer la vérité sur la disparition de leurs
enfants. Certes, le cas du Chili diffère sur celui de l’Algérie,
notamment par le changement de régime qui y a été opéré (en Algérie,
même si ce n’est pas la continuité du régime qui est mise en avant
mais plutôt celle de l’Etat, on voit bien que les responsables
politiques font leur le combat d’hier, considérant que c’est le même
Etat qui a mené la guerre au terrorisme, même quand les acteurs ont
effectivement changé au bout de quinze ans de pratique politique).
Mais
dans tous les cas, l’extinction des poursuites ne signifie en aucune
manière extinction des revendications pour la vérité, alors que le
pays s’inscrit résolument dans une logique démocratique où règne la
liberté d’expression. Autant dire que l’on continuera à parler pour
un bon moment encore des disparus.
Dans
ce cas, si le débat ne devait concerner que les Algériens, celui-ci
se poserait alors en des termes propres à l’Algérie ; mais on le
sait, la question des disparus, au-delà du drame humain qu’elle
constitue, a été l’apanage essentiel des ONG internationales aux
fort relents d’ingérence et l’argument massue opposé à tous ceux qui
luttaient contre le terrorisme en Algérie.
S’il
est un thème majeur qui revenait dans la bouche des tenants du "qui
tue qui ?", c’est bien celui des disparus. C’est sur cette unique
question que l’on a voulu délégitimer la lutte menée contre le
terrorisme et même laisser fortement supposer que la terreur
islamiste n’existait pas, ou que parmi les disparus se trouvent les
témoins gênants à même d’accréditer les thèses les plus
fantaisistes. Cela est d’autant plus vrai que lors de la rencontre
entre le chef du gouvernement et les directeurs de journaux, il a
été clairement dit que la prise en charge du dossier algérien au
niveau international reste en deçà de ce qui est attendu. Autant
dire que l’on donne encore du grain à moudre à certaines ONG,
promptes à s’immiscer dans le débat national. Des ONG dénoncées
d’ailleurs par Ksentini, mais qui ne peut leur opposer que le fait
que les solutions qu’elles proposent sont irréalistes.
Selon
le rapport Ksentini, plus de six milles familles sont directement
concernées par cette problématique des disparus, dont le nombre
officiel est de 6 646.
Amine Esseghir
*
Quand on voit comment, en France, le général Schmidt est poursuivi
par Louizette Ighil Ahriz, l’histoire et les fantômes de ses
victimes, on peut se demander quelle mouche a piqué Ksentini – et
d’autres – pour vouloir "étouffer l’affaire" sous des milliards de
dédommagements alors que l’on pouvait encore imaginer un possibilité
de débat ouvert qui ferait que la véritable le réconciliation se
fasse enfin publiquement et avec au moins la reconnaissance réelle
de toutes les souffrances.
Haut
Réconciliation nationale
Des textes pour la paix
Il va
de soi que le projet de charte de pour la et la réconciliation
nationale proposé à référendum par le chef de l'Etat, s'il trace les
grandes lignes qui consolideront la paix et la cohésion sociale, ne
précise pas de quelle manière tout ceci prendra forme, une fois ce
projet adopté par le peuple.
Il
nous faudra donc attendre le résultat du référendum pour connaître
enfin tous les textes qui découleront de cette charte. Mais on croit
d'ores et déjà savoir que plusieurs départements ministériels tels
que Solidarité nationale, Justice, Intérieur, Santé… sont à pied
d'œuvre pour préparer une batterie de lois et de décrets
d'application qui expliqueront concrètement ce que seront les
dispositions pratiques du projet de paix et de réconciliation
nationale. Ainsi, outre les mesures de clémence dont profiteront les
terroristes – et qui ne manqueront certainement pas de faire
ressurgir les comités de probation, mis en place en 1999, à travers
les quarante-huit wilayas pour gérer les dossiers des redditions
lors de la loi sur la concorde civile.
Ces
comités, qui avaient aussi pour mission de faire la distinction
entre les terroristes qui devaient être poursuivis et les autres,
ceux qui devaient être exonérés de poursuites, n'ont officiellement
pas rendu public le résultat de leur travail, et ont été dissous le
31 janvier 2003. Donc, outre le dossier des terroristes, un autre
aspect encore plus important sera pris en charge par les textes qui
aboutiront après le 29 septembre prochain ; il s'agit de celui des
familles des terroristes et victimes du terrorisme.
Au
ministère de la Solidarité nationale, on parle déjà de supprimer les
clivages entre les familles des victimes et les coupables, pour
arriver enfin à assurer une véritable insertion sociale telle que
préconisée par le chef de l'Etat. Pour savoir un peu comment se fera
cette insertion, une petite expérience a été déjà tentée par le
ministère durant l'été. En effet, des enfants de terroristes, aux
côtes d'enfants de disparus et de victimes du terrorisme, ont
séjourné dans un camp de vacances à Birkhadem.
Une
autre expérience a été tentée lors de la Journée internationale de
l'enfance, qui a réuni 700 petits colons issus des trois catégories
déjà citées et venus de douze wilayas les plus touchées par le
terrorisme, au complexe le Grand Bleu (wilaya de Tipasa). Quatre
jours durant, ces enfants ont joué ensemble sans anicroche. Les
psychologues qui étaient présents lors des deux expériences ont
conclu que ces enfants ont fait preuve d'une grande sérénité. Pour
le département de la Solidarité, cette expérience est plutôt
probante ; reste à essayer ce genre de cohabitation avec les
parents. Une expérience qui sera beaucoup moins facile, mais pas
impossible, dit-on au ministère de la Solidarité, et ce, grâce à une
campagne de sensibilisation sociale qui sera menée tambour battant
en direction des trois catégories.
Enfin, même si les moutures de lois préparées par le ministère de la
Solidarité ne sont pas encore connues, il faut savoir que les
directions de l'assistance sociale, en collaboration avec les
ministères de l'Intérieur et de la Défense nationale, doivent
abattre un travail important qui est celui de recenser toutes les
familles et les catégories à même de bénéficier de l'aide publique.
Ces catégories, sans distinction aucune, seront prises en charge
aussi bien sur le plan psychologique que matériel. Plusieurs aides
sont prévues, qui seront octroyées sous forme de pensions,
d'indemnités, d'assistance, d'aide au logement et à l'emploi, de
trousseaux scolaires, de coufins du ramadan...
Le
dossier des disparus, "le plus infime en nombre de victimes de la
tragédie nationale", comme le définit le projet de la charte de
réconciliation nationale, est considéré comme très important par le
chef de l'Etat. En effet, à travers ce dossier où l'on donne le
chiffre de 6.146 disparus, chiffre établi par la commission ad hoc,
il faut prendre en compte les personnes qui ont été interpellées par
les forces de sécurité et n'ont depuis jamais regagné leur domicile.
Farouk Ksentini, dans ses déclarations à un quotidien national,
explique un peu ce qui s'est passé à cette époque où, dit-il,
"l'Etat était le premier disparu". Cette situation chaotique n'a pas
manqué de donner lieu à des dérives et des bavures. "Livrés à
eux-mêmes, les agents de sécurité luttaient davantage pour leur
propre survie que pour rétablir la sécurité", a-t-il dit.
En
attendant de connaître un jour la vérité et de savoir exactement ce
qu'ont subi ces disparus – une vérité qui ne se dévoilera peut-être
jamais – les autorités n'ont qu'un souhait : fermer cette parenthèse
et réhabiliter les disparus qu'on avait jusque-là assimilés à des
terroristes et ce, en indemnisant leurs familles, "de façon aussi
correcte que possible", dira en substance Farouk Ksentini. Cette
indemnisation se fera certainement sous forme de pensions, afin que
les veuves et les enfants aient enfin un revenu stable. Les
personnes disparues seront enfin considérées comme étant décédées,
"car il faudra libérer la succession et redéfinir le statut marital
des conjoints", a conclu M. Ksentini.
A
travers cette batterie de textes et de lois, quel sort réserve-t-ton
aux femmes violées par les terroristes ? Jusque-là considérées comme
étant des personnes blessées dans des attentats, on croit savoir que
des textes spécifiques régiront leur situation. Il est aussi
clairement dit que "l'Etat procèdera à la régularisation de l'état
civil des enfants nés au maquis", comme l'affirme Abdelaziz
Belkhadem, ministre d'Etat et représentant personnel du président de
la République, et comme le dit Farouk Ksentini : "Nous militerons
pour que cette catégorie très fragile ait un statut particulier."
Tous
ces projets de lois seront examinés par l'Assemblée populaire
nationale, puis par le Conseil de la nation, à partir du 3 septembre
prochain, date de l'ouverture de la session d'automne, mais les
députés n'y apporteront certainement aucun changement important,
surtout si le projet de charte pour la paix et la réconciliation
nationale est largement approuvé par le peuple. Il faut donc
attendre l'après-référendum pour connaître enfin dans le détail les
textes qui seront l'application concrète de l'offre de paix que nous
propose le chef de l'Etat.
Khadidja Mohamed Bouziane
Haut
Le FLN dans ses œuvres (1ere partie)
La
campagne pour le référendum qui doit se dérouler ce 29 septembre
autour du projet de charte pour la paix et la réconciliation
nationale, nous offre une fois encore un spectacle de toute beauté
et nous laisse admirer un FLN au fait de sa forme et de ses
capacités de récupération politique. Un FLN qui bien que
foncièrement opposé à la logique qui anime ce texte se trouve obligé
de faire comme si il y adhérait pleinement, le prenant à bras le
corps dans le soucis évident de l’accaparer pour mieux tenter de
l’étouffer C’est que le vieux parti unique n’en est pas à son coup
d’essai. Tout au long de son existence mouvementée, du moins depuis
l’assassinat de le coup d’Etat du 19 juin 1967 le FLN a appris à ne
jamais faire montre de la moindre de ses oppositions par rapport aux
détenteurs majoritaires du pouvoir qu’ont été les dirigeants de
l’ALN d’abord et ceux de l’ANP ensuite.
La
technique du tapis roulant
Ce
n’est pas la première fois en effet que le FLN se trouve dans une
situation où il doit soit acquiescer à un projet politique
défavorable soit être contraint de s’opposer publiquement et
ouvertement à ses promoteurs. Depuis le 19 juin, le vieux parti
unique sait ce qu’il lui en coûte en effet de ne pas tenir compte
des fameux « équilibres nationaux » et de vouloir imposer ses vues
en solitaire. Un sentiment qui ne le neutralise pas pour autant. Car
loin d’avoir les mains liées face à d’autres centres de pouvoir plus
puissants que lui, il a su au contraire développer une ingénieuse
stratégie de contrôle des appareils par des moyens détournés et qui
repose essentiellement sur la technique du tapis roulant. Une
technique qui donne l’impression d’avancer tout en faisant du
surplace. C’est à dire qu’au lieu de dire non à un projet politique
imposé par le rapport de forces du moment, la technique consiste à
dire oui tout en ne faisant aucun effort concret pour le mettre en
application. L’essentiel étant de ne pas laisser apparaître la
moindre faille dans l’unanimisme de façade, condition première de la
crédibilité de tout pouvoir quel qu’il soit. Un pouvoir ouvertement
divisé étant à priori condamné à ne pas durer en tout cas pas dans
la configuration qui porte cette division. Sans compter que le FLN
sait parfaitement que dans une confrontation ouverte avec la haute
hiérarchie militaire il n’est pas du tout assuré de l’emporter,
sachant qu’il n’a jamais réussi à faire le poids, aussi bien pendant
la guerre d’indépendance que tout de suite après. Sauf si nous
considérons le bref contrôle de la Présidence de la République par
Ahmed Ben Bella, comme ayant été une période de suprématie du FLN
sur le sommet de l’Etat. Une période qui n’aura de toutes les façons
duré que trois années et qui prendra fin aussitôt que l’armée
comprendra que le FLN a définitivement cessé de jouer le jeu de la
collégialité pour faire bande à part et suivre un chemin qui n’a
plus rien à voir avec les engagements communs pris à Tripoli d’abord
et à Oujda ensuite. Le populisme débridé et la démagogie sans
principe, ne pouvant guère faire avancer un pays quel qu’il soit,
les militaires ont évidemment préféré prendre le risque politique
lié à l’exécution d’un coup d’Etat, plutôt que de laisser l’Etat
entre les mains d’un parti qui révéla très vite ses graves limites
doctrinales et ses ambitions de pouvoir pour le pouvoir.
Cela
posé, il est tout à fait normal qu’ayant pris la mesure des ses
propres limites et évalué les capacités de nuisance de
l’adversaire, le FLN ait adopté pour longtemps la technique du tapis
roulant qui lui permet de cohabiter dans le pouvoir avec une force
supérieure en capacités de réflexion et d’analyse et surtout plus
consciente des enjeux politiques et sociaux tant sur le plan
intérieur qu’extérieur. Il réussira ainsi à faire le dos rond face
à toutes les initiatives du Président Houari Boumediene sans jamais
montrer la moindre opposition, tout en œuvrant sciemment à les faire
échouer, par deux attitudes distinctes mais complémentaires.
L’inertie d’abord et le travail de sape ensuite. Cette redoutable
technique connaîtra son apogée lorsqu’elle servira à vider de leur
substance les fameuses tâches d’édification nationales, découlant
des trois révolutions -agraire, culturelle et industrielle-. Si pour
les nationalisations des banques et des mines en 1966 et des
hydrocarbures en 1971, le FLN ne put qu’applaudir des deux mains,
tant cela lui permettait de puiser à profusion dans des secteurs
venus donner plus d consistance au maigre patrimoine public de
l’Etat algérien d’alors, il en alla tout autrement à partir du
moment où il s’agissait de répartir les richesses du pays sur
l’ensemble de ses habitants et où des risques de démocratisation
commençaient à poindre du nez. Ne pouvant s’opposer frontalement
aux décisions du Président Boumediene qui était également, ne
l’oublions pas, le patron de l’armée, le FLN fit évidemment mine de
s’engager à fond dans la prise en charge politique des taches
d’édification nationale pour mieux les soustraire au contrôle de
l’armée et les envoyer sur des voies de garage. Cela a été très
rapidement le cas pour la révolution culturelle, dont le FLN prit
prétexte pour mener une politique d’arabisation complètement
démentielle qui conduisit à terme à une totale analphabétisation de
la jeunesse algérienne qui ne maîtrisa alors plus ni le français ni
l’arabe. Quant à la révolution agraire et à la gestion socialiste
des entreprises, elles tournèrent court elles aussi du fait de la
présence sur le terrain d’un FLN qui mit en action ses Kasma et ses
Mouhafadha pour bloquer l’action des volontaires de la Révolution
agraire, pilotés par Mohamed Seddik Benyahia ministre de
l’enseignement supérieur et celle des officiers de l’ANP affectés
à la promotion et à la mise en œuvre la Révolution agraire. Le FLN
s’ingénia aussi à développer des mouvements de masse chargés de
faire des diversions d’ordre idéologique et susciter des faux
clivages susceptibles de ralentir ou de discréditer les tâches
d’édification nationale. C’est ainsi que se créèrent des mouvements
tels que sout el taârib dans le mouvement estudiantin pour faire
pièce au mouvement de volontariat et provoquer des conflits de
grande intensité pour justifier l’abandon de tâches économiques qui
suscitent tant de dissensions. Cette véritable guerre feutrée
prendra fin avec la mort du Président Boumediene et la prise de
pouvoir par un clan de l’armée favorable à la prééminence du FLN sur
l’Etat au détriment de l’ANP. Ce clan dirigé par Larbi Belkheir et
soutenu par la France, choisira de mettre le colonel Chadli
Bendjedid à la Présidence de la République pour faciliter un
transfert du pouvoir qui ne pouvait guère se faire directement à
travers un civil pour des raisons que nous avons déjà abordées dans
nos précédentes études et sur lesquelles nous reviendrons
ultérieurement. Cela sera la période la plus faste du FLN qui pour
marquer son retour en force ira jusqu’à expulser le gouvernement de
son immense Palais pour le prendre et en faire une espèce d’énorme
bunker avec petits bureaux et fastueux appartements privés,
aménagés sur le dos de la collectivité. Cette période de suprématie
absolue ne durera heureusement pas très longtemps, puisque dés la
moitié des années 80, essentiellement après que le profond
mouvement de mécontentement populaire né avec les événements de
Kabylie ait montré qu ‘il était en train de s’inscrire dans la
durée, le Président Chadli qui était resté plus proche de l’armée
que du FLN commença lui aussi à mener des réformes de fond qui
menaçaient les positions du parti. Cette fois les acolytes de
Mohamed Cherif Messaâdia réalisèrent une nouvelle prouesse qui
consista une fois encore à utiliser un officier de l’ANP pour
tromper sa vigilance, comme ils l’avaient déjà fait en 1979. Sauf
que cette fois l’officier en question ne s’appelait plus Larbi
Belkheir, mais Mouloud Hamrouche.
(La suite dans notre prochain numéro.)
Abderrahmane Mahmoudi
Haut
Ses éléments ne sont pas concernés par la charte
L’AIS,
un parti en attente d’agrément
S’il
en est qui furent des premiers à lire assidûment la charte pour la
paix et la réconciliation nationale bien avant que les en prie
Abdelaziz Bouteflika, ce sont bien les chefs de l’armée islamique du
salut (AIS, dissoute). Et par leurs déclarations, ils ont même
montré qu’ils en avaient une connaissance aigue pour tout ce qui en
tient et peut en aboutir.
Remarquable parade que celle d’Ahmed Bencaïcha sur les colonnes de
Djazaïr News lorsqu’il affirme que c’est la réconciliation qui doit
précéder la vérité. Il promet même que tout sera dit sur ce que
chacun parmi l’organisation dont il fut un des responsables, a
projeté, commis ou dit, mais tout cela après que l’écueil qui est à
présentement à l’ordre du jour soit effectivement passé. C’est qu’il
n’est pas évident de recueillir le pardon du peuple dans le cas où
les repentis se mettaient à relater quelques mauvais détails de leur
égarement. L’aventure étant trop risquée dans l’immédiat, d’autant
que cela n’épouse en rien leurs motivations d’avant la reddition et
la pilule étant trop grosse à faire passer que de dire que parmi
groupes armés, seuls les cuisiniers et les vaguemestres ont survécu,
ce responsable de l’organisation dissoute a montré qu’il savait à
quoi s’en tenir.
Pour
autant, il serait naïf de penser que sa position tient de la
prudence seule. Lorsqu’il soutient que l’AIS, créée selon en 1995,
voulant dire par là après l’extinction des terroristes originels,
ceux du MIA, et au lendemain de la création du GIA, n’a été formée
qu’en réaction à la répression contre ceux du FIS qui n’avaient
encore rejoint les maquis, il s’inscrit, en fait, non pas dans le
passé, mais dans l’avenir. Et c’est cette vérité qu’il dit vouloir
n’avouer qu’après que la réconciliation ait été officiellement
scellée par voie référendaire, qu’il est d’ores et déjà en train de
présenter comme un authentique fait d’Histoire. Il le fait par
petites touches pourrait-on dire, si l’on devait le mettre en
comparaison avec son consort, Madani Mezrag pour qui l’AIS, si elle
n’a rien à se reprocher, est avant tout un mouvement patriotique et
profondément imprégné des valeurs de Novembre à l’adresse de ceux
qui en auraient douté.
Du
coup, le fait qu’il considère, lui plus qu’un autre, que la
réconciliation nationale découlant de la charte du 29 septembre
n’est qu’une étape, devient donc nettement moins étonnant. Non pas
que la prochaine soit celle des grands et douloureux aveux, on
l’aura compris, mais c’est tout autre chose que l’émir insinue à
peine. Lui qui dit croire Abdelaziz Bouteflika s’agissant des forces
de résistance à la paix parmi le pouvoir, lui qui est convaincu que
la solution, la vraie, est encore devant.
En
fait, sa position est relativement facile à déchiffrer. D’abord,
l’on conçoit mal les éléments de l’AIS se considérant comme les
égaux des autres vulgaires terroristes. On ne peut, de leur point de
vue, comparer les héritiers du choix populaire mis entre les mains
du FIS et qu’ils se sont retrouvés par un concours des circonstances
obligés de défendre, d’une part, et, de l’autre, des bandits qui ont
retourné les armés contre le premier venu pour confisquer cette
position. Ceux-ci accusant ceux-là, n’est-ce pas, d’être à l’origine
de l’échec du projet insurrectionnel islamiste dans son ensemble. En
aval, et pour bien comprendre la liberté de ton des chefs de l’AIS,
qui ne tient pas que du laxisme des autorités, cette organisation
estime qu’elle a joué un rôle indispensable dans la réussite de la
concorde civile et, partant, elle en revendique les effets, ne
serait-ce qu’en partie. Ce qui n’est pas peu de choses au plan
politique, puisque la conclusion schématisée de tout cela est que l’AIS
a été un élément de stabilité, de sécurité et de paix et
certainement pas le contraire. Il n’y a pas loin pour que cette
organisation qui, rappelons-le, a effectué une trêve unilatérale en
1997, se mette à revendiquer la paternité de la réconciliation
nationale.
Les
éléments de l’AIS, à commencer par ses émirs, ont bénéficié d’une
grâce amnistiante au lendemain du 16 septembre 1999. Leurs casiers
judiciaires sont blancs comme neige, presque comme c’est le cas d’un
nouveau né. Eux qui disent aujourd’hui qu’une réconciliation achevée
date du recouvrement de leurs droits politiques et de leur liberté
de s’organiser en association à caractère politique, voyons pourquoi
ils soutiennent, tout de même, une charte qui dans son esprit est
sensée interdire le retour du FIS sous quelque forme que ce soit.
Notons, au passage qu’ils ne sont en rien concernés par le contenu
de la charte. Les dispositions du texte portent, en effet, sur
l’extinction des poursuites à l’encontre des individus qui ses on
rendus aux autorités depuis le 13 janvier 2000, ceux qui mettent fin
à leur activité armée et remettent leurs armes en possession et ceux
recherchés sur le territoire national ou à l’étranger.
Le
seul point les intéressant tourne autour de leur réintégration à
leur poste de travail… pour ceux qui le désirent, puisque la charte
stipule que «le peuple algérien souverain adhère à la mise en œuvre
des dispositions concrètes destinées à lever définitivement les
contraintes que continuent de rencontrer les personnes qui ont
choisi d’adhérer à la politique de concorde civile (…)».
A
cette «régularisation, somme toute logique et cohérente», qui relève
de la dimension sociale, s’ajoute une autre qui ne peut être mise
dans la même case. «Ces citoyens (ceux concernés par la concorde
civile de 1999, ndlr) ont agit et continuent d’agir de manière
responsable pour la consolidation de la paix et de la réconciliation
nationale, refusant toute instrumentalisation de la crise vécue par
l’Algérie par les milieux hostiles de l’intérieur et leurs relais à
l’extérieur». Une porte est donc ouverte. Reste à savoir ce qu’il y
a vraiment derrière : du vrai, du bluff ?
«Il
(le peuple) (…) décide, souverainement, d’interdire aux responsables
de cette instrumentalisation de la religion, toute possibilité
d’exercice d’une activité politique et ce, sous quelque couverture
que ce soit», stipule la charte sur la réconciliation nationale.
Voilà la porte refermée !
«Le
peuple algérien souverain décide également que le droit à l’exercice
d’une activité politique ne saurait être reconnu à quiconque ayant
participé à des actions terroristes et qui refuse toujours (…) de
reconnaître sa responsabilité dans la conception et dans la mise en
œuvre d’une politique prônant le pseudo djihad contre la nation et
les institutions de la république», avance plus loin le même texte.
Il suffirait donc de tout reconnaître et voilà la porte rouverte à
nouveau !
Et
pour aller plus loin encore, « il (le peuple, ndlr) mandate le
président de la république pour solliciter au nom de la nation, le
pardon de toutes les victimes de la tragédie nationale et sceller
ainsi la paix et la réconciliation nationale».
Cette
mouture telle qu’élaborée de la charte sur la paix et la
réconciliation nationale n’est pas seulement de nature à donner
plein espoir à ces aristocrates de la guérilla islamiste, elle
attise même la jalousie de ceux parmi les politiques du FIS qui se
croyaient en meilleure posture par rapport au pouvoir, à l'exemple
de A. Merani, un disparu de retour, qui s’en est pris violemment
cette semaine et à Mezrag et à Benaïcha pour une guéguerre qui ne
fait que commencer.
Nabil Benali
Haut
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