Semaine du 14 au 20 septembre 2005

 

La réconciliation nationale ne réglera pas la question des disparus

Les contradictions de Ksentini

Réconciliation nationale

Des textes pour la paix

Le FLN dans ses œuvres (1ere partie)

Ses éléments ne sont pas concernés par la charte

L’AIS, un parti en attente d’agrément

 

 
 
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  La réconciliation nationale ne réglera pas la question des disparus

Les contradictions de Ksentini

Le patron de la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l'homme (CNCPPDH) nagerait-il en pleine contradiction, ou bien la campagne pour le référendum pour la charte sur la réconciliation lui permettrait-elle enfin de dire tout haut ce qu’il pensait tout bas et notamment dire ce à quoi devait servir le rapport sur les disparus qu’il a présenté au président Bouteflika ? 

En fait, jusqu’au 6 septembre dernier, Me Farouk Ksentini était resté sur une sorte de quant-à-soi. Ayant accompli la mission qui lui a été confiée qui était de sortir des tiroirs et des oubliettes administratives et judiciaires l’épineuse question des disparus, il prenait avec beaucoup de précaution le sujet, essayant surtout de garder ses distances quant aux suites à donner au rapport. Ledit rapport avait pu enfin donner un chiffre officiel sur les disparus et esquissait une idée sur la manière dont il fallait traiter la question. Judiciairement, en poursuivant les enquêtes et en déterminant les responsabilités. De là éventuellement faire profiter un peut tout le monde de l’amnistie (qui n’est plus à l’ordre du jour, faut-il le rappeler), et il évoquait avec beaucoup de discrétion la possibilité d’indemniser les familles.

Voilà que Ksentini, sur les ondes de la radio, le 6 septembre dernier, part également en campagne pour la réconciliation nationale en qualifiant le texte de "véritable projet de société", mais aussi en disant peut-être un peu plus qu’il ne nous avait habitués à dire.

Pour les disparus, le président du CNCPPDH soutien qu’il faut faire prévaloir "la raison d'Etat". Autrement dit, en finir de la manière la plus simple (est-ce pour autant la plus adéquate ?) avec la question des disparus et soustraire le problème au débat immédiat*.

Les historiens politiques auront tôt fait d’en faire des sujets de thèses. Pour Ksentini, "la raison d'Etat doit prédominer et vous dicter votre conduite". Mais le défenseur des droits de l’homme souligne aussi que la charte contient une bonne part des propositions faites dans son rapport qu’il a présenté en mars denier au président de la République. Même si on rejette toute polémique byzantine – qu’est-ce qui a prévalu : les propositions du rapport Ksentini ou bien les idées déjà contenues  dans la réconciliation nationale prévue de longue date ? – il reste que l’on demeure plutôt circonspects. En effet, d’une part la réconciliation nationale est présentée comme l’initiative du Président et même son texte, mais par ailleurs le rapport Ksentini sur les disparus aurait servi à préparer la réponse à donner à cette facette importante de la tragédie nationale. Quand on sait que les textes de lois devant capitaliser la démarche présidentielle sont déjà prêts, on peut toujours se demander pourquoi Ksentini  n’a pas tout de suite pris sur lui de défendre le rapport comme pièce devant servir à donner forme à la réconciliation nationale. Cela aurait évité les critiques qui demandent d’où émane le texte et qu’est ce qui l’a inspiré.

Par ailleurs, la réponse juridique et administrative (dédommagement financier et reconnaissance des disparus comme décédés) n’est en aucune manière une reconnaissance morale de ce qui s’est passé, comme le suggérerait une réconciliation. A ce propos, il y a lieu de se demander si ceux qui vont bénéficier de la réconciliation nationale vont un jour faire leur mea culpa.

Transcender les aigreurs

Ce qui est tout autant étrange dans la bouche de Ksentini c’est bien qu’au-delà de défendre la réconciliation nationale (ce qui est son droit, somme toute), c’est cette propension à faire siennes des interprétations qu’on ne lit pas forcément de la même manière. Ainsi, le président de la commission ad hoc sur les disparus est satisfait "de constater qu'il est expressément demandé aux familles des disparus de transcender cette épreuve". Transcender l’épreuve revient-il en fait à taire les revendications ? Lorsqu’on observe certains faits presque similaires, comme au Chili, on peut se demander jusqu’ou la "transcendance"  peut aller et combien de temps elle peut durer. Jusqu’à aujourd’hui, les mères chiliennes continuent de revendiquer la vérité sur la disparition de leurs enfants. Certes, le cas du Chili diffère sur celui de l’Algérie,  notamment par le changement de régime qui y a été opéré (en Algérie, même si ce n’est pas la continuité du régime qui est mise en avant mais plutôt celle de l’Etat, on voit bien que les responsables politiques font leur le combat d’hier, considérant que c’est le même Etat qui a mené la guerre au terrorisme, même quand les acteurs ont effectivement changé au bout de quinze ans de pratique politique).

Mais dans tous les cas, l’extinction des poursuites ne signifie en aucune manière extinction des revendications pour la vérité, alors que le pays s’inscrit résolument dans une logique démocratique où règne la liberté d’expression. Autant dire que l’on continuera à parler pour un bon moment encore des disparus.

Dans ce cas, si le débat  ne devait concerner que les Algériens, celui-ci se poserait alors en des termes propres à l’Algérie ; mais on le sait, la question des disparus, au-delà du drame  humain qu’elle constitue, a été l’apanage essentiel des ONG internationales aux fort relents d’ingérence et l’argument massue opposé à tous ceux qui luttaient contre le terrorisme en Algérie.

S’il est un thème majeur qui revenait dans la bouche des tenants du "qui tue qui ?", c’est bien celui des disparus. C’est sur cette unique question que l’on a voulu délégitimer la lutte menée contre le terrorisme et même laisser fortement supposer que la terreur islamiste n’existait pas, ou que parmi les disparus se trouvent les témoins gênants à même d’accréditer les thèses les plus fantaisistes. Cela est d’autant plus vrai que lors de la rencontre entre le chef du gouvernement et les directeurs de journaux, il a été clairement dit que la prise en charge du dossier algérien au niveau international reste en deçà de ce qui est attendu. Autant dire que l’on donne encore du grain à moudre à certaines ONG, promptes à s’immiscer dans le débat national. Des ONG dénoncées d’ailleurs par Ksentini, mais qui ne peut leur opposer que le fait que les solutions qu’elles proposent sont irréalistes.

Selon le rapport Ksentini, plus de six milles familles sont directement concernées par cette problématique des disparus, dont le nombre officiel est de 6 646.

Amine Esseghir

 

* Quand on voit comment, en France, le général Schmidt est poursuivi par Louizette Ighil Ahriz, l’histoire et les fantômes de ses victimes, on peut se demander quelle mouche a piqué Ksentini – et d’autres – pour vouloir "étouffer l’affaire" sous des milliards de dédommagements alors que l’on pouvait encore imaginer un possibilité de débat ouvert qui ferait que la véritable le réconciliation se fasse enfin publiquement et avec au moins la reconnaissance réelle de toutes les souffrances.

 

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Réconciliation nationale

Des textes pour la paix

Il va de soi que le projet de charte de pour la et la réconciliation nationale proposé à référendum par le chef de l'Etat, s'il trace les grandes lignes qui consolideront la paix et la cohésion sociale, ne précise pas de quelle manière tout ceci prendra forme, une fois ce projet adopté par le peuple.

Il nous faudra donc attendre le résultat du référendum pour connaître enfin tous les textes qui découleront de cette charte. Mais on croit d'ores et déjà savoir que plusieurs départements ministériels tels que Solidarité nationale, Justice, Intérieur, Santé… sont à pied d'œuvre pour préparer une batterie de lois et de décrets d'application qui expliqueront concrètement ce que seront les dispositions pratiques du projet de paix et de réconciliation nationale. Ainsi, outre les mesures de clémence dont profiteront les terroristes – et qui ne manqueront certainement pas de faire ressurgir les comités de probation, mis en place en 1999, à travers les quarante-huit wilayas pour gérer les dossiers des redditions lors de la loi sur la concorde civile.

Ces comités, qui avaient aussi pour mission de faire la distinction entre les terroristes qui devaient être poursuivis et les autres, ceux qui devaient être exonérés de poursuites, n'ont officiellement pas rendu public le résultat de leur travail, et ont été dissous le 31 janvier 2003. Donc, outre le dossier des terroristes, un autre aspect encore plus important sera pris en charge par les textes qui aboutiront après le 29 septembre prochain ; il s'agit de celui des familles des terroristes et victimes du terrorisme.

Au ministère de la Solidarité nationale, on parle déjà de supprimer les clivages entre les familles des victimes et les coupables, pour arriver enfin à assurer une véritable insertion sociale telle que préconisée par le chef de l'Etat. Pour savoir un peu comment se fera cette insertion, une petite expérience a été déjà tentée par le ministère durant l'été. En effet, des enfants de terroristes, aux côtes d'enfants de disparus et de victimes du terrorisme, ont séjourné dans un camp de vacances à Birkhadem.

Une autre expérience a été tentée lors de la Journée internationale de l'enfance, qui a réuni 700 petits colons issus des trois catégories déjà citées et venus de douze wilayas les plus touchées par le terrorisme, au complexe le Grand Bleu (wilaya de Tipasa). Quatre jours durant, ces enfants ont joué ensemble sans anicroche. Les psychologues qui étaient présents lors des deux expériences ont conclu que ces enfants ont fait preuve d'une grande sérénité. Pour le département de la Solidarité, cette expérience est plutôt probante ; reste à essayer ce genre de cohabitation avec les parents. Une expérience qui sera beaucoup moins facile, mais pas impossible, dit-on au ministère de la Solidarité, et ce, grâce à une campagne de sensibilisation sociale qui sera menée tambour battant en direction des trois catégories.

Enfin, même si les moutures de lois préparées par le ministère de la Solidarité ne sont pas encore connues, il faut savoir que les directions de l'assistance sociale, en collaboration avec les ministères de l'Intérieur et de la Défense nationale, doivent abattre un travail important qui est celui de recenser toutes les familles et les catégories à même de bénéficier de l'aide publique. Ces catégories, sans distinction aucune, seront prises en charge aussi bien sur le plan psychologique que matériel. Plusieurs aides sont prévues, qui seront octroyées sous forme de pensions, d'indemnités, d'assistance, d'aide au logement et à l'emploi, de trousseaux scolaires, de coufins du ramadan...

Le dossier des disparus, "le plus infime en nombre de victimes de la tragédie nationale", comme le définit le projet de la charte de réconciliation nationale, est considéré comme très important par le chef de l'Etat. En effet, à travers ce dossier où l'on donne le chiffre de 6.146 disparus, chiffre établi par la commission ad hoc, il faut prendre en compte les personnes qui ont été interpellées par les forces de sécurité et n'ont depuis jamais regagné leur domicile.

Farouk Ksentini, dans ses déclarations à un quotidien national, explique un peu ce qui s'est passé à cette époque où, dit-il, "l'Etat était le premier disparu". Cette situation chaotique n'a pas manqué de donner lieu à des dérives et des bavures. "Livrés à eux-mêmes, les agents de sécurité luttaient davantage pour leur propre survie que pour rétablir la sécurité", a-t-il dit.

En attendant de connaître un jour la vérité et de savoir exactement ce qu'ont subi ces disparus – une vérité qui ne se dévoilera peut-être jamais – les autorités n'ont qu'un souhait : fermer cette parenthèse et réhabiliter les disparus qu'on avait jusque-là assimilés à des terroristes et ce, en indemnisant leurs familles, "de façon aussi correcte que possible", dira en substance Farouk Ksentini. Cette indemnisation se fera certainement sous forme de pensions, afin que les veuves et les enfants aient enfin un revenu stable. Les personnes disparues seront enfin considérées comme étant décédées, "car il faudra libérer la succession et redéfinir le statut marital des conjoints", a conclu M. Ksentini.

A travers cette batterie de textes et de lois, quel sort réserve-t-ton aux femmes violées par les terroristes ? Jusque-là considérées comme étant des personnes blessées dans des attentats, on croit savoir que des textes spécifiques régiront leur situation. Il est aussi clairement dit que "l'Etat procèdera à la régularisation de l'état civil des enfants nés au maquis", comme l'affirme Abdelaziz Belkhadem, ministre d'Etat et représentant personnel du président de la République, et comme le dit Farouk Ksentini : "Nous militerons pour que cette catégorie très fragile ait un statut particulier."

Tous ces projets de lois seront examinés par l'Assemblée populaire nationale, puis par le Conseil de la nation, à partir du 3 septembre prochain, date de l'ouverture de la session d'automne, mais les députés n'y apporteront certainement aucun changement important, surtout si le projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale est largement approuvé par le peuple. Il faut donc attendre l'après-référendum pour connaître enfin dans le détail les textes qui seront l'application concrète de l'offre de paix que nous propose le chef de l'Etat.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

 

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Le FLN dans ses œuvres (1ere partie)

La campagne pour le référendum qui doit se dérouler ce 29 septembre autour du projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale, nous offre une fois encore un spectacle de toute beauté et nous laisse admirer un FLN au fait de sa forme et de ses capacités de récupération politique. Un FLN qui bien que foncièrement opposé à la logique qui anime ce texte se trouve obligé de faire comme si il y  adhérait pleinement, le prenant à bras le corps dans le soucis évident de l’accaparer pour mieux tenter de l’étouffer C’est que le vieux parti unique n’en est pas à son coup d’essai. Tout au long de son existence mouvementée, du moins depuis l’assassinat de le coup d’Etat du 19 juin 1967 le FLN a appris à ne jamais faire montre de la moindre de ses oppositions par rapport aux détenteurs majoritaires du pouvoir qu’ont été  les dirigeants de l’ALN  d’abord et ceux de l’ANP ensuite.

La technique du tapis roulant

Ce n’est pas la première fois en effet que le FLN se trouve dans une situation où il doit soit acquiescer à un projet politique défavorable soit être contraint de s’opposer publiquement et ouvertement à ses promoteurs. Depuis le 19 juin, le vieux parti unique sait ce qu’il lui en coûte en effet de ne pas tenir compte des fameux « équilibres nationaux » et de vouloir imposer ses vues en solitaire. Un sentiment qui ne le neutralise pas pour autant. Car loin d’avoir les mains liées face à d’autres centres de pouvoir plus puissants que lui, il a su au contraire développer une ingénieuse stratégie de contrôle des appareils par des moyens détournés et qui repose essentiellement sur la technique du tapis roulant. Une technique qui donne l’impression d’avancer tout en faisant du surplace. C’est à dire qu’au lieu de dire non à un projet politique imposé par le rapport de forces du moment, la technique consiste à dire oui tout  en ne faisant aucun effort concret pour le mettre en application. L’essentiel étant de ne pas laisser apparaître la moindre faille dans l’unanimisme de façade, condition première de la crédibilité de tout pouvoir quel qu’il soit. Un pouvoir ouvertement divisé étant à priori condamné à ne pas durer en tout cas pas dans la configuration qui porte cette division. Sans compter que le FLN sait parfaitement que dans une confrontation ouverte avec la haute hiérarchie militaire il n’est pas du tout assuré de l’emporter, sachant qu’il n’a jamais réussi à faire le poids, aussi bien pendant la guerre d’indépendance que tout de suite après. Sauf si nous considérons le bref contrôle de la Présidence de la République par Ahmed Ben Bella, comme ayant été une période de suprématie du FLN sur le sommet de l’Etat. Une période qui n’aura de toutes les façons duré que trois années et qui prendra fin aussitôt que l’armée comprendra que le FLN a définitivement cessé de jouer le jeu de la collégialité pour faire bande à part  et suivre un chemin qui n’a plus rien à voir avec les engagements communs pris à Tripoli d’abord et à Oujda ensuite. Le populisme débridé et la démagogie sans principe, ne pouvant guère faire avancer un pays quel qu’il soit, les militaires ont évidemment préféré prendre le risque politique lié à l’exécution d’un coup d’Etat, plutôt que de laisser l’Etat entre les mains d’un parti qui révéla très vite ses graves limites doctrinales et ses ambitions de pouvoir pour le pouvoir.

Cela posé, il est tout à fait normal qu’ayant pris la mesure des ses propres limites  et évalué les capacités de nuisance de l’adversaire, le FLN ait adopté pour longtemps la technique du tapis roulant qui lui permet de cohabiter dans le pouvoir avec une  force supérieure en capacités de réflexion et d’analyse et surtout plus consciente  des enjeux politiques et sociaux tant sur le plan  intérieur qu’extérieur. Il réussira ainsi à faire le dos rond  face à toutes les initiatives  du Président Houari Boumediene sans jamais montrer la moindre opposition, tout en œuvrant sciemment à les faire échouer, par deux attitudes distinctes mais complémentaires. L’inertie d’abord et  le travail de sape ensuite.  Cette redoutable technique connaîtra son apogée lorsqu’elle servira à vider de leur substance les fameuses tâches d’édification nationales, découlant des trois révolutions -agraire, culturelle et industrielle-. Si pour les nationalisations des banques et des mines en  1966 et des hydrocarbures en 1971, le FLN ne put qu’applaudir des deux mains, tant cela lui permettait de puiser à profusion dans des secteurs venus donner plus d consistance au maigre patrimoine public de l’Etat algérien d’alors, il en alla tout autrement à partir du moment  où il s’agissait de répartir les richesses du pays sur l’ensemble de ses habitants et où des risques de démocratisation commençaient à poindre du nez. Ne pouvant s’opposer frontalement  aux décisions du Président Boumediene qui était également,  ne l’oublions pas, le patron de l’armée, le FLN fit évidemment mine de s’engager à fond dans la prise en charge politique des taches d’édification nationale pour mieux les soustraire au contrôle de l’armée et les envoyer sur des voies de garage. Cela a été très rapidement le cas pour la révolution culturelle, dont le FLN prit prétexte pour mener une politique d’arabisation complètement démentielle qui conduisit à terme à une totale analphabétisation de la jeunesse algérienne qui ne maîtrisa alors plus ni le français ni l’arabe. Quant à la révolution agraire et à la gestion socialiste des entreprises, elles tournèrent  court elles aussi  du fait de la présence sur le terrain d’un FLN qui mit en action ses Kasma et ses Mouhafadha pour bloquer l’action des  volontaires de la Révolution agraire, pilotés par Mohamed Seddik Benyahia ministre de l’enseignement supérieur  et celle  des officiers de l’ANP affectés à la promotion  et à la mise en œuvre  la Révolution agraire. Le FLN s’ingénia aussi à développer des mouvements de masse chargés de faire des diversions d’ordre idéologique et susciter des faux clivages susceptibles de ralentir ou de discréditer les tâches d’édification nationale. C’est ainsi que se créèrent des mouvements tels que sout el taârib dans le mouvement estudiantin pour faire pièce au mouvement de volontariat  et provoquer des conflits de grande intensité pour justifier l’abandon de tâches économiques qui suscitent tant de dissensions. Cette véritable guerre feutrée prendra fin avec la mort du Président Boumediene et la prise de pouvoir par un clan de l’armée favorable à la prééminence du FLN sur l’Etat au détriment de l’ANP.  Ce clan dirigé par Larbi Belkheir et soutenu par la France, choisira de mettre le colonel Chadli Bendjedid à la Présidence de la République pour faciliter un transfert du pouvoir qui ne pouvait guère se faire directement à travers un civil  pour des raisons que nous avons déjà abordées dans nos précédentes études et sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement. Cela sera la période la plus faste du FLN qui pour marquer son retour en force ira jusqu’à expulser le gouvernement de son immense Palais  pour le prendre et en faire une espèce d’énorme bunker avec petits bureaux et fastueux  appartements privés, aménagés sur le dos de la collectivité. Cette période de suprématie absolue ne durera heureusement pas très longtemps, puisque dés la moitié des années 80,  essentiellement après que le profond mouvement de mécontentement populaire né avec les événements de Kabylie ait montré qu ‘il était  en train de s’inscrire dans la durée,  le Président Chadli qui était resté plus proche de l’armée que du FLN  commença lui aussi à mener des réformes de fond qui menaçaient les positions du parti. Cette fois les acolytes de Mohamed Cherif Messaâdia réalisèrent une nouvelle  prouesse qui consista une fois encore à utiliser un officier de l’ANP pour tromper sa vigilance, comme ils l’avaient déjà  fait en 1979. Sauf que cette fois l’officier en question ne s’appelait plus Larbi Belkheir, mais Mouloud Hamrouche.

(La  suite dans notre prochain numéro.)

Abderrahmane Mahmoudi 

 

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Ses éléments ne sont pas concernés par la charte

L’AIS, un parti en attente d’agrément

S’il en est qui furent des premiers à lire assidûment la charte pour la paix et la réconciliation nationale bien avant que les en prie Abdelaziz Bouteflika, ce sont bien les chefs de l’armée islamique du salut (AIS, dissoute). Et par leurs déclarations, ils ont même montré qu’ils en avaient une connaissance aigue pour tout ce qui en tient et peut en aboutir.

Remarquable parade que celle d’Ahmed Bencaïcha sur les colonnes de Djazaïr News lorsqu’il affirme que c’est la réconciliation qui doit précéder la vérité. Il promet même que tout sera dit sur ce que chacun parmi l’organisation dont il fut un des responsables, a projeté, commis ou dit, mais tout cela après que l’écueil qui est à présentement à l’ordre du jour soit effectivement passé. C’est qu’il n’est pas évident de recueillir le pardon du peuple dans le cas où les repentis se mettaient à relater quelques mauvais détails de leur égarement. L’aventure étant trop risquée dans l’immédiat, d’autant que cela n’épouse en rien leurs motivations d’avant la reddition et la pilule étant trop grosse à faire passer que de dire que parmi groupes armés, seuls les cuisiniers et les vaguemestres ont survécu, ce responsable de l’organisation dissoute a montré qu’il savait à quoi s’en tenir.

Pour autant, il serait naïf de penser que sa position tient de la prudence seule. Lorsqu’il soutient que l’AIS, créée selon en 1995, voulant dire par là après l’extinction des terroristes originels, ceux du MIA, et au lendemain de la création du GIA, n’a été formée qu’en réaction à la répression contre ceux du FIS qui n’avaient encore rejoint les maquis, il s’inscrit, en fait, non pas dans le passé, mais dans l’avenir. Et c’est cette vérité qu’il dit vouloir n’avouer qu’après que la réconciliation ait été officiellement scellée par voie référendaire, qu’il est d’ores et déjà en train de présenter comme un authentique fait d’Histoire. Il le fait par petites touches pourrait-on dire, si l’on devait le mettre en comparaison avec son consort, Madani Mezrag pour qui l’AIS, si elle n’a rien à se reprocher, est avant tout un mouvement patriotique et profondément imprégné des valeurs de Novembre à l’adresse de ceux qui en auraient douté.

Du coup, le fait qu’il considère, lui plus qu’un autre, que la réconciliation nationale découlant de la charte du 29 septembre n’est qu’une étape, devient donc nettement moins étonnant. Non pas que la prochaine soit celle des grands et douloureux aveux, on l’aura compris, mais c’est tout autre chose que l’émir insinue à peine. Lui qui dit croire Abdelaziz Bouteflika s’agissant des forces de résistance à la paix parmi le pouvoir, lui qui est convaincu que la solution, la vraie, est encore devant.

En fait, sa position est relativement facile à déchiffrer. D’abord, l’on conçoit mal les éléments de l’AIS se considérant comme les égaux des autres vulgaires terroristes. On ne peut, de leur point de vue, comparer les héritiers du choix populaire mis entre les mains du FIS et qu’ils se sont retrouvés par un concours des circonstances obligés de défendre, d’une part, et, de l’autre, des bandits qui ont retourné les armés contre le premier venu pour confisquer cette position. Ceux-ci accusant ceux-là, n’est-ce pas, d’être à l’origine de l’échec du projet insurrectionnel islamiste dans son ensemble. En aval, et pour bien comprendre la liberté de ton des chefs de l’AIS, qui ne tient pas que du laxisme des autorités, cette organisation estime qu’elle a joué un rôle indispensable dans la réussite de la concorde civile et, partant, elle en revendique les effets, ne serait-ce qu’en partie. Ce qui n’est pas peu de choses au plan politique, puisque la conclusion schématisée de tout cela est que l’AIS a été un élément de stabilité, de sécurité et de paix et certainement pas le contraire. Il n’y a pas loin pour que cette organisation qui, rappelons-le, a effectué une trêve unilatérale en 1997, se mette à revendiquer la paternité de la réconciliation nationale.

Les éléments de l’AIS, à commencer par ses émirs, ont bénéficié d’une grâce amnistiante au lendemain du 16 septembre 1999. Leurs casiers judiciaires sont blancs comme neige, presque comme c’est le cas d’un nouveau né. Eux qui disent aujourd’hui qu’une réconciliation achevée date du recouvrement de leurs droits politiques et de leur liberté de s’organiser en association à caractère politique, voyons pourquoi ils soutiennent, tout de même, une charte qui dans son esprit est sensée interdire le retour du FIS sous quelque forme que ce soit.

Notons, au passage qu’ils ne sont en rien concernés par le contenu de la charte. Les dispositions du texte portent, en effet, sur l’extinction des poursuites à l’encontre des individus qui ses on rendus aux autorités depuis le 13 janvier 2000, ceux qui mettent fin à leur activité armée et remettent leurs armes en possession et ceux recherchés sur le territoire national ou à l’étranger.

Le seul point les intéressant tourne autour de leur réintégration à leur poste de travail… pour ceux qui le désirent, puisque la charte stipule que «le peuple algérien souverain adhère à la mise en œuvre des dispositions concrètes destinées à lever définitivement les contraintes que continuent de rencontrer les personnes qui ont choisi d’adhérer à la politique de concorde civile (…)».

A cette «régularisation, somme toute logique et cohérente», qui relève de la dimension sociale, s’ajoute une autre qui ne peut être mise dans la même case. «Ces citoyens (ceux concernés par la concorde civile de 1999, ndlr) ont agit et continuent d’agir de manière responsable pour la consolidation de la paix et de la réconciliation nationale, refusant toute instrumentalisation de la crise vécue par l’Algérie par les milieux hostiles de l’intérieur et leurs relais à l’extérieur». Une porte est donc ouverte. Reste à savoir ce qu’il y a vraiment derrière : du vrai, du bluff ?

«Il (le peuple) (…) décide, souverainement, d’interdire aux responsables de cette instrumentalisation de la religion, toute possibilité d’exercice d’une activité politique et ce, sous quelque couverture que ce soit», stipule la charte sur la réconciliation nationale. Voilà la porte refermée !

«Le peuple algérien souverain décide également que le droit à l’exercice d’une activité politique ne saurait être reconnu à quiconque ayant participé à des actions terroristes et qui refuse toujours (…) de reconnaître sa responsabilité dans la conception et dans la mise en œuvre d’une politique prônant le pseudo djihad contre la nation et les institutions de la république», avance plus loin le même texte. Il suffirait donc de tout reconnaître et voilà la porte rouverte à nouveau !

Et pour aller plus loin encore, « il (le peuple, ndlr) mandate le président de la république pour solliciter au nom de la nation, le pardon de toutes les victimes de la tragédie nationale et sceller ainsi la paix et la réconciliation nationale».

Cette mouture telle qu’élaborée de la charte sur la paix et la réconciliation nationale n’est pas seulement de nature à donner plein espoir à ces aristocrates de la guérilla islamiste, elle attise même la jalousie de ceux parmi les politiques du FIS qui se croyaient en meilleure posture par rapport au pouvoir, à l'exemple de A. Merani, un disparu de retour, qui s’en est pris violemment cette semaine et à Mezrag et à Benaïcha pour une guéguerre qui ne fait que commencer.

Nabil Benali

 

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