Semaine du 14 au 20 septembre 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Une belle partie

 

 
 
 Editorial

Accueil

Une belle partie

Les propos du Président de la République indiquant que des  opposants à sa démarche existent au sein même du pouvoir, n’ont de toute évidence pas été du goût de beaucoup de hauts responsables de l’appareil d’Etat. Certains de ces derniers qui partagent entièrement l’esprit et la lettre du projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale  s’étant même retrouvés dans une position très inconfortable, car publiquement mis au banc des accusés et désignés à la vindicte populaire pour des raisons qui leur échappent plus ou moins. Ce qui est certain, par contre c’est que Ahmed Ouyahia, le chef du gouvernement vient d’ajouter une pièce fort intéressante à ce dossier  en déclarant avant-hier à El Tarf que les opposants à la démarche présidentielle ne se situaient pas au sommet de l’appareil de l’Etat mais dans les étages subalternes. Un joli coup de jeu d’échec qui contraint à présent le Président à affiner et à préciser sa pensée ou à faire un repli tactique sur un point qui lui tient très à cœur puisqu’ il ne cesse de l’évoquer depuis le début de la campagne. Sachant bien que le grand roque que vient d’effectuer Ahmed Ouyahia ne dupe pas grand monde et certainement pas les observateurs de la chose politique, mais il a l’avantage de protéger le Roi. Car il reste à présent à Abdelaziz Bouteflika, soit de continuer à accuser une vague opposition au sein du pouvoir en ne contredisant pas les propos de Ouyahia et donc admettre sa défaite dans cette partie, ou maintenir son offensive mais en prenant bien plus de risque car étant obligé de découvrir une partie de son propre dispositif défensif. Sachant que l’opinion aura du mal à accepter l’idée que le Président de la République ne peut pas se débarrasser de quelque responsable que ce soit au sein du pouvoir, alors qu’il vient de changer la quasi-totalité du haut commandement militaire et qu’il a réussi ce que personne n’aurait cru possible, l’écartement de Larbi Belkheir en personne. Celui que tout le monde considère comme l’artisan des deux réussites électorales de Abdelaziz Bouteflika.  La question se pose alors avec d’autant plus d’acuité,  de qui parle donc le Président de la République ?

La réponse, tout le monde la devine, même si personne n’ose la formuler clairement, à commencer par l’intéressé lui-même, dont on se demande à présent ce qui le retient de dire clairement les choses ou de prendre les décisions que  doit lui dicter la nécessité de protéger un projet aussi sensible que celui de la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Sachant que rien ni personne ne doit se mettre en travers d’un processus de retour définitif à la paix qui bénéficie d’ores et déjà de l’adhésion d’une majorité d’algériens. Et sachant surtout que personne ne pourra lui en vouloir d’avoir écarté des responsables quels qu’ils soient qui se mettent en travers de la route du peuple algérien. Un peuple qui lui a accordé 85% de ses suffrages, précisément pour lui permettre de faire absolument ce qu’il veut  pour mettre en œuvre le programme sur la base duquel il a été élu.

Lors de son meeting à Oran, Abdelaziz Bouteflika a cependant  levé une partie du voile qui entoure le mystère de cette fameuse opposition au sein du pouvoir, en implorant Dieu de ne pas le faire descendre trop brusquement de la position auquel il l’a élevé. En y mettant un peu de bonne volonté nous aurons compris qu’à travers Dieu, il évoque surtout ceux qui l’ont élevé à son poste et qu’il accuse indirectement de vouloir le faire descendre trop brutalement de  la situation à laquelle il est parvenu. Ceux  là même qu’il accuse indirectement de ne pas le laisser aller aussi loin qu’il le voudrait dans la mise en œuvre d’une amnistie générale et d’un retour du Fis dissous qu’il sait ne pas recueillir l’adhésion de l’écrasante majorité des hauts responsables de l’appareil d’Etat tant dans sa version civile que militaire. Seulement au lieu de dire clairement que ces derniers ne veulent pas de cette option suicidaire pour le pays, il préfère laisser croire qu’ils s’opposent à la présente charte en entretenant une légère confusion sur les causes réelles de leur opposition et en  se mettant lui-même à l’abri en  déclarant ne pas être pour une amnistie générale qui nous ramènerait à la situation de 1990, mais tout en précisant que ce faisant il ne peut guère faire plus que ce que lui permettent,  les fameux équilibres nationaux,  c'est-à-dire les oppositions au sein du pouvoir à l’amnistie générale et au retour du Fis dissous.

Comme on le voit, la partie est très serrée et chacun la joue avec une sophistication digne des grands maîtres du jeu d’échec. Mais il faut bien admettre que l’admirable sang froid des opposants à l’amnistie générale et au retour du Fis dissous  tranche singulièrement avec les coups anarchiques de ceux qui ne savent pas comment faire pour se sortir du piége dans lequel ils se sont eux-mêmes enfermés. Un sang froid qui indique en tout cas que Dieu continuera à protéger notre Président de toute descente brusque et brutale de la position dans laquelle 85% des électeurs l’ont mis.

A. M.

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche