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Une belle partie
Les
propos du Président de la République indiquant que des opposants à
sa démarche existent au sein même du pouvoir, n’ont de toute
évidence pas été du goût de beaucoup de hauts responsables de
l’appareil d’Etat. Certains de ces derniers qui partagent
entièrement l’esprit et la lettre du projet de charte pour la paix
et la réconciliation nationale s’étant même retrouvés dans une
position très inconfortable, car publiquement mis au banc des
accusés et désignés à la vindicte populaire pour des raisons qui
leur échappent plus ou moins. Ce qui est certain, par contre c’est
que Ahmed Ouyahia, le chef du gouvernement vient d’ajouter une pièce
fort intéressante à ce dossier en déclarant avant-hier à El Tarf
que les opposants à la démarche présidentielle ne se situaient pas
au sommet de l’appareil de l’Etat mais dans les étages subalternes.
Un joli coup de jeu d’échec qui contraint à présent le Président à
affiner et à préciser sa pensée ou à faire un repli tactique sur un
point qui lui tient très à cœur puisqu’ il ne cesse de l’évoquer
depuis le début de la campagne. Sachant bien que le grand roque que
vient d’effectuer Ahmed Ouyahia ne dupe pas grand monde et
certainement pas les observateurs de la chose politique, mais il a
l’avantage de protéger le Roi. Car il reste à présent à Abdelaziz
Bouteflika, soit de continuer à accuser une vague opposition au sein
du pouvoir en ne contredisant pas les propos de Ouyahia et donc
admettre sa défaite dans cette partie, ou maintenir son offensive
mais en prenant bien plus de risque car étant obligé de découvrir
une partie de son propre dispositif défensif. Sachant que l’opinion
aura du mal à accepter l’idée que le Président de la République ne
peut pas se débarrasser de quelque responsable que ce soit au sein
du pouvoir, alors qu’il vient de changer la quasi-totalité du haut
commandement militaire et qu’il a réussi ce que personne n’aurait
cru possible, l’écartement de Larbi Belkheir en personne. Celui que
tout le monde considère comme l’artisan des deux réussites
électorales de Abdelaziz Bouteflika. La question se pose alors avec
d’autant plus d’acuité, de qui parle donc le Président de la
République ?
La
réponse, tout le monde la devine, même si personne n’ose la formuler
clairement, à commencer par l’intéressé lui-même, dont on se demande
à présent ce qui le retient de dire clairement les choses ou de
prendre les décisions que doit lui dicter la nécessité de protéger
un projet aussi sensible que celui de la charte pour la paix et la
réconciliation nationale. Sachant que rien ni personne ne doit se
mettre en travers d’un processus de retour définitif à la paix qui
bénéficie d’ores et déjà de l’adhésion d’une majorité d’algériens.
Et sachant surtout que personne ne pourra lui en vouloir d’avoir
écarté des responsables quels qu’ils soient qui se mettent en
travers de la route du peuple algérien. Un peuple qui lui a accordé
85% de ses suffrages, précisément pour lui permettre de faire
absolument ce qu’il veut pour mettre en œuvre le programme sur la
base duquel il a été élu.
Lors
de son meeting à Oran, Abdelaziz Bouteflika a cependant levé une
partie du voile qui entoure le mystère de cette fameuse opposition
au sein du pouvoir, en implorant Dieu de ne pas le faire
descendre trop brusquement de la position auquel il l’a élevé.
En y mettant un peu de bonne volonté nous aurons compris qu’à
travers Dieu, il évoque surtout ceux qui l’ont élevé à son poste et
qu’il accuse indirectement de vouloir le faire descendre trop
brutalement de la situation à laquelle il est parvenu. Ceux là
même qu’il accuse indirectement de ne pas le laisser aller aussi
loin qu’il le voudrait dans la mise en œuvre d’une amnistie générale
et d’un retour du Fis dissous qu’il sait ne pas recueillir
l’adhésion de l’écrasante majorité des hauts responsables de
l’appareil d’Etat tant dans sa version civile que militaire.
Seulement au lieu de dire clairement que ces derniers ne veulent pas
de cette option suicidaire pour le pays, il préfère laisser croire
qu’ils s’opposent à la présente charte en entretenant une légère
confusion sur les causes réelles de leur opposition et en se
mettant lui-même à l’abri en déclarant ne pas être pour une
amnistie générale qui nous ramènerait à la situation de 1990, mais
tout en précisant que ce faisant il ne peut guère faire plus que ce
que lui permettent, les fameux équilibres nationaux, c'est-à-dire
les oppositions au sein du pouvoir à l’amnistie générale et au
retour du Fis dissous.
Comme
on le voit, la partie est très serrée et chacun la joue avec une
sophistication digne des grands maîtres du jeu d’échec. Mais il faut
bien admettre que l’admirable sang froid des opposants à l’amnistie
générale et au retour du Fis dissous tranche singulièrement avec
les coups anarchiques de ceux qui ne savent pas comment faire pour
se sortir du piége dans lequel ils se sont eux-mêmes enfermés. Un
sang froid qui indique en tout cas que Dieu continuera à protéger
notre Président de toute descente brusque et brutale de la position
dans laquelle 85% des électeurs l’ont mis.
A. M.
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