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Référendum
du 29 septembre
La
réconciliation par les chiffres
Le
rejet de principe par certains, notamment de la part des anciens
signataires et défenseurs du contrat de Rome, du projet de
réconciliation tel qu’il se présente dans la charte pour la paix et
la réconciliation, soumise à l’approbation des Algériens le 29
septembre prochain, s’accompagne de l’idée que la démarche est
condamnée à l’échec parce qu’elle ne prendrait en compte que la
dimension sécuritaire d’une crise dont tout le monde sait qu’elle
est avant tout politique. Une solution qui voudrait remédier aux
effets sans s’attaquer aux causes n’aurait aucune chance, selon
cette frange de l’opposition, de résoudre une crise qui n’aurait
rien perdu de sa gravité, et qui serait appelée à durer encore aussi
longtemps que les tenants du pouvoir se refuseraient à la prendre
pour ce qu’elle est.
Mais
il faut noter que tous les anciens signataires du contrat de Rome ne
sont pas de cet avis. Ainsi le PT se reconnaît dans la solution
proposée par le président Bouteflika ; il défend la charte sur un
ton de conviction et avec un zèle qui ne demandent de toute
évidence qu’à se donner libre cours, mais qui néanmoins ne décident
pas les initiateurs du projet à l’associer à la campagne de
sensibilisation officielle, réservée quant à elle aux seuls partis
de la coalition gouvernementale. El-islah lui aussi soutient la
charte, même s’il ne parcourt pas le pays pour chanter ses mérites,
encore qu’il la note plutôt généreusement puisqu’il considère
qu’elle répond à 80% des revendications des partisans de la
réconciliation ici et maintenant, et en particulier des siennes,
laissant par là entendre que les 20% de celles qu’elle ne satisfait
pas ne manqueront pas de l’être dans un avenir sûrement pas très
lointain étant donné que la plus grande partie du chemin a déjà été
parcourue. L’optimisme dont fait preuve Djaballah n’est même pas
atténué par le fait que ces 20% qui manquent à son bonheur
représentent néanmoins le traitement politique que doit comporter
toute solution définitive à la crise. Pour lui aussi par conséquent
les dispositions de la charte s’inscrivent dans le cadre de la
solution sécuritaire. Dans son cas plus particulièrement, cependant,
il n’est pas aisé de faire la part de la conviction et celle de
l’incompréhension, ou plutôt celle des doutes qu’il trahit au moment
même où il se félicite du tour que prennent les événements dans un
contexte qui lui avait semblé à tout point de vue défavorable à la
cause. On peut se demander dès lors s’il n’a pas été aussi large
dans sa notation que parce qu’il nourrissait les plus grandes
craintes sur l’avenir avant que la charte, cette divine surprise, ne
vienne les dissiper en quelque sorte miraculeusement. Peut-être que
si le FFS avait à livrer sa propre appréciation chiffrée, il
inverserait les proportions données par A. Djaballah, et dirait que
la charte ne renferme que les 20% de la solution globale, ces 20%
revenant justement à la dimension sécuritaire de la crise, et que ce
sont les 80% manquant qui déterminent le cours de celle-ci. Et comme
de juste, il appellerait au boycott du référendum du 29 septembre.
Du
point de vue du président Bouteflika et des forces qui soutiennent
son action, la bonne solution c’est celle qui finira par rétablir
la sécurité, toute la sécurité, sur l’ensemble du territoire
national. Et peu importe si elle est au bout du compte plus
sécuritaire que politique, ou plus politique que sécuritaire, ou si
elle totalement ceci ou cela. La charte sera de toute façon jugée à
l’aune de la sécurité, même si son véritable contenu est, à
l’analyse, politique, et rien que politique. Bien entendu, comme
elle constitue une étape supérieure par rapport à la concorde civile
dans la voie vers la paix et la réconciliation, il faut que la part
de sécurité par quoi elle se traduira à l’heure du bilan soit
sensiblement plus grande que celle qui a été portée à l’actif de
l’initiative précédente. De même d’ailleurs que la concorde civile,
fait-on remarquer, a obtenu un résultat supérieur à celui enregistré
par la loi sur la rahma. Et c’est là où le langage des
chiffres redevient incontournable. Le chef du gouvernement, en tout
cas, en use dans la campagne actuelle sur un ton qui ferait illusion
si la réalité quotidienne n’était pas là pour faire douter
grandement de la véracité de ceux qu’il avance comme des faits
avérés. La rahma, dit-il dans les meetings qu’il anime au
centre du pays, a permis que soient retirées 4000 armes de la
circulation, et la concorde civile 6000, que c’est là autant
d’armes en moins pouvant servir à tuer des Algériens, qu’il est
impossible par conséquent de nier la justesse de la politique à
laquelle on doit ces résultats. Sûrement, ajoute-t-il, la prochaine
étape, c’est-à-dire la réconciliation dans la forme qu’elle revêt
dans la charte, entraînera la récupération de plus d’armes encore,
ce qui se traduira inéluctablement, mieux encore mathématiquement,
par une sécurité accrue. Si le chef du gouvernement ne va pas
jusqu’à avancer ses pronostics exacts en la matière, il laisse
néanmoins clairement entendre que du moment que la réconciliation
vient après la concorde, son bilan en termes d’armes déposées ne
peut être que nettement supérieur à celui de cette dernière,
c’est-à-dire supérieur à 6000 pièces.
Pour
être probante, la méthode n’en pose pas moins un sérieux problème.
Qui est le suivant : comme à une arme correspond théoriquement un
terroriste, plus de 6000 pièces à inscrire par avance à l’actif de
la charte pour la paix et la réconciliation, c’est plus que
suffisant, c’est même nettement plus qu’il n’en faut, dans la mesure
où les dernières estimations donnent moins d’un millier de
terroristes encore en activité. Mais voilà qu’intervient fort à
propos un autre manieur de chiffres qui lève la difficulté où l’on
se trouve d’avoir fait valoir des résultats par définition
croissants, en termes d’armes récupérables, alors que leurs
possesseurs doivent eux aller décroissant, ce n’est personne
d’autre que Madani Merzag, un bon connaisseur de ce dont il s’agit.
Et lui, comme par hasard, détient les mêmes chiffres que le chef d’El-islah :
la charte convaincra 80% des terroristes à abandonner le terrorisme,
et donc ne sera d’aucun effet sur les 20% d’entre eux. Madani Merzag,
à notre grande déception, n’approfondira pas, du moins devant le
grand public, cette quantification d’un domaine qu’il connaît bien
jusqu’à préciser à quels valeurs absolues se rapportent les
proportions qu’il donne. Il faudra nous contenter de ces données,
nous faire notre propre idée sur le rythme de reflux du terrorisme,
par la vertu supposée de la politique de réconciliation , qui débute
avec la loi de la rahma, s’affirme avec la loi de la concorde
civile, et culmine sans toutefois culminer, puisqu’elle n’est
elle-même qu’une étape, avec la charte pour la paix et la
réconciliation, dont on sait, de l’aveu même de son initiateur,
qu’elle ne se traduira dans l’immédiat ni par la paix ni par la
réconciliation. Nous voilà sur ce point au moins parfaitement
édifiés.
Les
chiffres étant en fait aussi peu fiables les uns que les autres,
force est de s’en remettre à nouveau au bon sens, et à des faits
difficilement contestables. La question relative au bilan de la
concorde civile, que se posent des opposants à la démarche du
président Bouteflika, et à laquelle répondent en assénant des
chiffres fantaisistes tous ceux qui se reconnaissent dans cette
dernière, ne présente en vérité aucune difficulté, pour la bonne
raison que si l’initiative de 1999 a atteint les objectifs pour
lesquels elle avait été conçue, c’est-à-dire le rétablissement de la
paix sur chaque pouce du territoire national comme on nous
l’assurait, il n’y aurait eu aucune raison aujourd’hui de faire une
deuxième offre de paix, reposant de plus sur l’amnistie de tous les
terroristes, quelle que soit leur situation particulière, qu’ils
soient dans le pays ou hors du pays, quel que soit le ou les crimes
qu’ils ont commis, et sans limite dans le temps qui les presserait
de se rendre, étant bien entendu qu’il est impossible d’imputer à un
terroriste plutôt qu’à un autre un de ces forfaits non
amnistiables. Ce qui montre que la concorde civile a été un échec,
c’est tout simplement le fait qu’on en vienne à la charte, qu’on
prend d’ailleurs la précaution, aveu supplémentaire de l’échec par
quoi s’est soldé jusque-là tout le processus, de présenter comme
une étape parmi d’autres qui suivront, et dont rien ne dit à
l’avance que les offres qu’elles représenteront seront mieux
accueillies par les gens auxquelles elles seront destinées. Pourquoi
veut-on qu’un terroriste se rende, serait ce pour se voir aussitôt
relâché, s’il sait dès maintenant que la dernière offre en date ne
sera pas la dernière dans l’absolu, qu’il y en aura d’autres dans
les mois ou les années qui viennent, et que de toute façon il pourra
le faire quand bon lui semblera sans même attendre qu’une nouvelle
étape dans le long de processus de réconciliation ne soit aménagée.
Et encore le terroriste dont il s’agit se présente sous les traits
d’un égaré guettant le moment le plus opportun pour réintégrer la
société. C’est en quelque sorte le portait-robot du client auquel
peut prétendre la politique de la main éternellement tendue. Quant
à l’irréductible, c’est-à-dire en réalité le soldat type des groupes
existants, il ne fait même pas partie du domaine de définition tel
qu’il se délimite dans la charte, et notamment dans son préambule.
Lui est définitivement perdu pour la société ; rien ne le ramènera à
elle. Mais, dira Madani Mezrag, à moins que ce ne soit quelqu’un
d’autre d’aussi compétent en la matière, la cible du produit portant
le label charte, c’est le portait- robot, et c’est 80% du marché,
tandis que le fanatique répugnant à l’offre présente, c’est
seulement 20%, et il n’est pas dit qu’il n’y a pas moyen d’avoir
raison de sa résistance plus tard, une fois qu’il se sentira plus
isolé qu’il ne l’est aujourd’hui, une fois donc qu’il aura été
abandonné par les 80% prenables dès après le 29 septembre.
L’assurance dont font preuve les Madani Mezrag (réhabilités de
fait politiquement puisqu’on les fait parler dans les meetings de
campagne en faveur de la charte, alors même que celle-ci leur
interdit formellement de refaire de la politique) laisse penser
qu’ils ont mis aux voix le document présidentiel dans les maquis, et
que le dépouillement s’est soldé précisément par les 80% de oui et
les 20% de non. Le référendums du 29 septembre donnerait à peu près
les mêmes chiffres que ça ne serait pas autrement étonnant, tant il
est vrai que les Algériens, terroristes et non terroristes, sont
tous frères et pensent finalement de la même façon.
A la
question posée tout à l’heure de savoir si la solution à la crise
prônée par le président Bouteflika à travers la charte pour la paix
et la réconciliation est plus sécuritaire que politique, ou bien si,
à l’inverse, elle est plus politique que sécuritaire, on peut
maintenant répondre sans grand risque de se tromper. Elle est à la
fois l’un et l’autre, mais son contenu politique est
incomparablement plus important, pour autant qu’il est possible
d’ailleurs de la rapporter à deux et seulement à deux volets. Elle
peut très bien, et c’est sûrement le cas comporter d’autres aspects,
en particulier elle fait une place peut-être aussi importante aux
deux aspects de facture nationale, qui est le contexte international
dans lequel elle intervient. Sa dimension sécuritaire, à quoi
veulent, ou affectent de la réduire quelques-uns de ses opposants,
et même certains de ceux qui la soutiennent, y compris parmi ceux
qui font campagne en sa faveur, se réduit à presque rien quand on
sort de l’illusion dans laquelle on tente de nous enfermer depuis la
concorde civile. En effet, s’il y a eu reflux du terrorisme depuis
1999, rien ne permet de l’attribuer à cette politique, d’autant que
la lutte antiterroriste se poursuit avec le même dispositif, le même
engagement de forces, sinon plus important qu’avant, le pays
disposant peut-être aujourd’hui de moyens plus efficaces, mais
surtout n’étant plus seul à subir l’agression d’un terrorisme dont
le combat est à l’échelle mondiale. Il n’est même pas évident qu’il
y ait eu amélioration sécuritaire durant cette période. De toute
façon, pour que le président Bouteflika puisse soutenir, comme il le
fait maintenant à chacun des meetings de la campagne pour le
référendum du 29 septembre, que le pays doit à sa politique de
concorde civile de vivre dans une plus grande sûreté qu’avant son
arrivée au pouvoir, il faut non seulement qu’il y ait eu levée
l’état d’urgence, décision qu’il a toujours écartée comme prématurée
, mais que de plus qu’il y ait eu allègement du dispositif
sécuritaire, sans que cela ait eu pour conséquence un regain de
terrorisme. Tant que la mobilisation contre le terrorisme implique
les mêmes forces, sinon plus, qu’avant 1999, il n’est pas fondé à
s’attribuer un mérite qui, d’une part ne va pas de soi, de l’autre
peut très être exclusivement dû à la lutte antiterroriste et à la
vigilance populaire.
M.
Habili
Haut
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