Semaine du 14 au 20 septembre 2005

 

La trame du mercredi

Vice de forme

 

 
 
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La trame du mercredi

Vice de forme

La charte pour la paix et la réconciliation décrète-t-elle l’amnistie générale, quoi qu’on dise le président Bouteflika, qui nie publiquement qu’on puisse tirer pareille conclusion de son texte ?

Il est vrai qu’il n’en est nulle part question  dans la charte. Et le président Bouteflika a bien spécifié dans ses discours de campagne, se sachant en butte à ce reproche, que la notion d’amnistie générale suppose toutes sortes de préalables qui manquent dans ce cas d’espèce. Pourtant, c’est bien à une amnistie de tous les crimes, et autres abominations en principe imprescriptibles, qu’on aboutira. Pour la bonne raison qu’il sera impossible dans la pratique de distinguer les terroristes éligibles à l’amnistie de ceux qui ne peuvent pas l’être aux termes de la charte, qui aura force de loi une fois approuvée par le peuple. On peut difficilement imaginer, en effet, un terroriste se rendant de sa propre initiative, précisément pour bénéficier de l’amnistie, devenue un droit dont il pourra se réclamer, qui se charge de ces mêmes forfaits qui ne sont pas amnistiables. Quant aux juges, tenus théoriquement de faire le tri, ils n’auront d’autre choix en réalité que d’amnistier à tour de bras. D’autant que c’est justement ce qui sera attendu d’eux. Ils voudraient d’ailleurs se montrer autrement pointilleux qu’ils encourraient les foudres du pouvoir politique, qui peut invoquer contre eux le choix populaire exprimé de manière franche et massive lors de la consultation référendaire. Il est donc possible d’affirmer dès maintenant, sans le moindre risque de se tromper, que tous les terroristes qui déposeront les armes (pour autant que venir déposer une arme, peut-être en piètre état, c’est se rendre, c’est renoncer à toute activité terroriste) après le 29 septembre ne tarderont pas à se retrouver libres. C’est-à-dire, pour certains d’entre eux du moins, de nouveau dans la nature.

Mais que les juges se rassurent, cette sombre perspective n’adviendra pas. Si une reddition massive se profilait, qui les obligerait en effet à se préparer à  délivrer à une cadence industrielle des brevets d’innocence à des coupables de crimes contre l’humanité (quel est celui d’entre eux qui n’a pas au moins abusé d’une fille du peuple ? S’il en existe, malgré les fetwas rendant licite le viol, qu’on nous le montre, qu’il soit non seulement amnistié, mais décoré ce saint homme), ça se saurait. Ils auront sans doute à blanchir quelques « égarés » qui, par chance, n’auront commis aucun de ces forfaits que même la charte se refuse de pardonner, et puis c’est tout, il leur sera épargné d’avoir à trancher dans le sens voulu, sans y regarder de plus près, ou même en s’efforçant de porter le regard ailleurs, des cas groupés sur lesquels il leur serait en fait facile de se prononcer s’ils n’avaient à obéir qu’au droit et seulement au droit.

L’initiative par laquelle le président Bouteflika tente  d’assurer son maintien au pouvoir au-delà de 2009 vient si prématurément, tellement à contretemps, qu’il n’y a pas que les juges qui soient dans l’inconfort moralement, mais qui s’en sortiront pratiquement à moindres frais, il y a aussi les forces de l’ordre qui peuvent se féliciter dès maintenant d’avoir échappé à cette accusation qu’aurait constitué pour eux le fait de compter parmi les bénéficiaires de l’amnistie générale. Ce vice à peine caché du processus de réconciliation enclenché par la charte absout en fait si peu qu’il désigne comme coupable le bord qu’il se propose de réhabiliter. Il jette en pâture à l’opinion nationale et internationale tous ceux qui, à quelque camp qu’ils appartiennent, se laissent entraîner dans cette galère. Et de fait, la réconciliation et l’amnistie ne sont d’un effet bénéfique qu’une fois la crise terminée, de préférence des années après que la paix soit revenue. S’en servir soi-disant pour éteindre le feu, c’est en fait prendre le risque d’attiser celui-ci.

Les terroristes ne voudront pas de l’offre qui leur est faite, parce qu’accepter d’être amnistié, c’est reconnaître sa culpabilité. Et donc sa défaite. Or, ni eux ni l’islamisme en général ne considèrent que les jeux soient faits, que la guerre soit perdue, que la daoula islamia ne soit pas encore réalisable.

M. Habili

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