Semaine du 14 au 20 septembre 2005

 

Pacte économique et social

Les ultimes retouches à la fermeture du droit syndical

 

 
 
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Pacte économique et social

Les ultimes retouches à la fermeture du droit syndical

Les algériens ne mesurent pas la « chance » qu’ils ont de se voir doter d’un « Pacte économique et social » que leur offriront sur un plateau d’or, le gouvernement, l’UGTA et le patronat privé. Quand aux conséquences de ce pacte, on n’en parlera après son avènement. Un peu comme l’accord d’association avec l’Union Européenne qui a été présenté comme une « grande pour l’Algérie », mais dès qu’il est rentré en vigueur (il y a à peine quelques jours), certaines langues se sont déliées pour relativiser les informations qui ont été savamment distillées au sujet de cet accord. Nous sommes dans une situation quasi semblable. Une Centrale syndicale en complet déphasage avec sa base (ou ce qui en reste), un patronat qui, après tout, ne cherche que ses intérêts, vont « négocier » (avaliser, serait plus correcte dans ce cas) un « Pacte » destiné à sceller l’avenir de l’action syndicale et les revendications des travailleurs dans ce pays.

A défaut de défendre les intérêts des travailleurs, l’UGTA s’engage dans une opération de « hacking » (piratage) de la volonté de ses adhérents d’abord, ensuite de celle de l’ensemble des travailleurs de ce pays. Ses patrons s’apprêtent à signer un pacte dont le seul but est de marginaliser toute action revendicative sur le plan social. Et pourtant, la Centrale n’a pas d’argument valable, ni de butin à présenter pour justifier son adhésion. Sauf, peut être, l’argument sans sens de la recherche de la « stabilité pour le pays », comme si le monde du travail est une source d’instabilité pour le pays.

La Centrale n’est même pas capable d’arracher une augmentation du salaire minimum (Smic). Ouyahia est catégorique à ce propos, il exclut toute augmentation de salaire. Et dire qu’au début des années 90, l’UGTA avait tablé sur un smic à… 15.000 DA. Oui, rappelez-vous, cette revendication a été formulée à l’époque de feu Abdelhak Benhamouda. Plus de douze ans plus tard, le salaire minimum est à 10.000 DA, alors que la monnaie nationale a perdu au moins 500% de sa valeur de l’époque. L’UGTA n’a toujours pas pensé revaloriser ses revendications, malgré l’érosion du pouvoir d’achat de larges couches de la population.

Alors à propos de quoi vont pactiser les frères Ouyahia et Sidi Saïd ? Les signataires vont probablement s’entendre sur la nécessité de doper le secteur public pour maintenir les emplois et relancer la production. Comment ? En l’absence de toute stratégie économique du gouvernement (sinon ça se saurait !), la seule démarche qui va être adoptée sera de renflouer les caisses de ces entreprises. Le risque est tellement grand qu’une telle démarche soit adoptée que l’ex-ministre des Finances a récemment mis en garde contre ce genre de politique ruineuse pour les finances du pays, car sans lendemain et sans projet concret. Car, si l’on veut lutter contre les pratiques rentières, il y a lieu d’éviter les erreurs du passé qui ont consisté à soutenir financièrement des entreprises publiques qui n’avaient visiblement pas les capacités de rebondir et de se replacer sur le marché. En une décennie, pas moins de 36 milliards de dollars ont été consommés dans l’assainissement des entreprises vouées à la banqueroute.

Outre le flou qui entoure le contenu de ce pacte, la manière avec laquelle il va être adopté n’augure rien de positif. En vase clos, le gouvernement, l’UGTA et, à un degré moindre, le patronat, se sont accaparés le destin économique et social du pays. Ni les syndicats autonomes (dont certains représentent des secteurs où la Centrale n’a aucune présence), ni des institutions comme le Conseil national économique et social (CNES) qui, pourtant, dispose des compétences nécessaires pour discuter un tel projet et présenter une vision homogène et élaborée d’un pacte économique et social, n’ont été conviés à la réflexion.

Même au sein de l’UGTA, le débat n’a jamais été amorcé à la base. A notre connaissance, aucune assemblée générale n’a été organisée dans des entreprises ou des sections de wilayas pour discuter du projet et pour recueillir les propositions des travailleurs. D’ailleurs, les « propositions » de l’UGTA, ne sont pas une moisson des idées issues de débats organisés avec la base militante.

On s’en doute bien que la proposition d’aller vers un week-end « universel » ne figure pas parmi les préoccupations des travailleurs qui ont d’autres soucis plus graves et plus urgents à régler que de vouloir changer de repos hebdomadaire. Par contre, ce qui est universel c’est le militantisme syndical, et c’est la défense continue et acharnée des droits des travailleurs. Mais, cela l’UGTA ne lui accorde pas ou peu d’intérêt.

Bien évidemment, et malheureusement, le débat va être idéologiquement orienté. Si l’on est contre le changement du week-end, c’est qu’on est forcément islamiste. Alors que la question devrait être discutée autrement. Quel est l’intérêt de basculer vers le samedi/dimanche ? Une chose est certaine, c’est que tous les algériens vont déclarer faire la prière pour bénéficier de la récrée du vendredi et, pourquoi pas, s’éclipser pour avoir un long week-end.

Il y a près de deux ans, et selon un quotidien arabophone, une « étude » réalisée par l’UGTA avait conclu que les banques algériennes perdaient plusieurs millions de dollars à cause du week-end. Quelle trouvaille !

Si l’on veut vraiment régler le « problème » du week-end, il faut alors régler celui des décalages horaires quotidiens (atteignant et même dépassant les 6 heures) entre l’Algérie et des zones lointaines du globe terrestre comme le Japon, l’Australie, l’Indonésie, la Chine, les Etats-Unis, le Canada, le Brésil…

En fait, à l’ère de l’Internet et des technologies de l’information et de la communication cette question est absolument absurde. Sinon, comment font les banques japonaises pour traiter avec leurs homologues américaines avec un décalage horaire de plus de 12 heures ? Les échanges économiques et commerciaux entre ces deux nations s’en trouvent-ils freinés ou réduits pour autant ?

Il faut dire qu’à ce jour, rare sont les opérateurs étrangers qui ont posé le problème du week-end. Par contre, tous les opérateurs et les investisseurs étrangers s’accordent pour désigner des problèmes cruciaux qui retardent l’évolution de l’économie nationale, et citent en premier lieu l’étouffante bureaucratie, puis l’inefficacité du secteur bancaire.

Si l’UGTA et le gouvernement peuvent faire quelque chose pour endiguer ces deux phénomènes, ils auront réalisé l’opération du siècle.

Au lieu de s’occuper de la question du week-end, l’UGTA devrait plutôt s’intéresser aux sommes colossales des caisses sociales qui ont été perdues dans la banque Khalifa. C’est là où elle peut donner aux algériens une masse importante d’informations très utiles.

Mais, qu’à cela ne tienne, si l’on veut changer de week-end, il faut un débat sérieux, ouvert et franc sur les véritables intentions de ce changement.

Comme de coutume, le « Pacte économique et social » sera de toute façon scellé. Et les pouvoirs publics vont certainement s’entêter à ne pas vouloir élargir le débat sur une question qui n’intéresse pas seulement l’unique « représentant des travailleurs » qu’ils se sont désignés.

Le risque, comme le soutien un des membres de la coalition des syndicats autonomes (CNLS) est que ce pacte sera « voué à l’échec » car « il n’est pas l’émanation des véritables acteurs de la société civile » et que, par conséquent, il « n’engage que ses signataires ».

Abdelkader Djalil

 

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