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Pacte économique et social
Les ultimes retouches à la fermeture du droit syndical
Les
algériens ne mesurent pas la « chance » qu’ils ont de se voir doter
d’un « Pacte économique et social » que leur offriront sur un
plateau d’or, le gouvernement, l’UGTA et le patronat privé. Quand
aux conséquences de ce pacte, on n’en parlera après son avènement.
Un peu comme l’accord d’association avec l’Union Européenne qui a
été présenté comme une « grande pour l’Algérie », mais dès qu’il est
rentré en vigueur (il y a à peine quelques jours), certaines langues
se sont déliées pour relativiser les informations qui ont été
savamment distillées au sujet de cet accord. Nous sommes dans une
situation quasi semblable. Une Centrale syndicale en complet
déphasage avec sa base (ou ce qui en reste), un patronat qui, après
tout, ne cherche que ses intérêts, vont « négocier » (avaliser,
serait plus correcte dans ce cas) un « Pacte » destiné à sceller
l’avenir de l’action syndicale et les revendications des
travailleurs dans ce pays.
A
défaut de défendre les intérêts des travailleurs, l’UGTA s’engage
dans une opération de « hacking »
(piratage) de la volonté de ses adhérents d’abord, ensuite de celle
de l’ensemble des travailleurs de ce pays. Ses patrons s’apprêtent à
signer un pacte dont le seul but est de marginaliser toute action
revendicative sur le plan social. Et pourtant, la Centrale n’a pas
d’argument valable, ni de butin à présenter pour justifier son
adhésion. Sauf, peut être, l’argument sans sens de la recherche de
la « stabilité pour le pays », comme si le monde du travail est une
source d’instabilité pour le pays.
La
Centrale n’est même pas capable d’arracher une augmentation du
salaire minimum (Smic). Ouyahia est catégorique à ce propos, il
exclut toute augmentation de salaire. Et dire qu’au début des années
90, l’UGTA avait tablé sur un smic à… 15.000 DA. Oui, rappelez-vous,
cette revendication a été formulée à l’époque de feu Abdelhak
Benhamouda. Plus de douze ans plus tard, le salaire minimum est à
10.000 DA, alors que la monnaie nationale a perdu au moins 500% de
sa valeur de l’époque. L’UGTA n’a toujours pas pensé revaloriser ses
revendications, malgré l’érosion du pouvoir d’achat de larges
couches de la population.
Alors
à propos de quoi vont pactiser les frères Ouyahia et Sidi Saïd ? Les
signataires vont probablement s’entendre sur la nécessité de doper
le secteur public pour maintenir les emplois et relancer la
production. Comment ? En l’absence de toute stratégie économique du
gouvernement (sinon ça se saurait !), la seule démarche qui va être
adoptée sera de renflouer les caisses de ces entreprises. Le risque
est tellement grand qu’une telle démarche soit adoptée que
l’ex-ministre des Finances a récemment mis en garde contre ce genre
de politique ruineuse pour les finances du pays, car sans lendemain
et sans projet concret. Car, si l’on veut lutter contre les
pratiques rentières, il y a lieu d’éviter les erreurs du passé qui
ont consisté à soutenir financièrement des entreprises publiques qui
n’avaient visiblement pas les capacités de rebondir et de se
replacer sur le marché. En une décennie, pas moins de 36 milliards
de dollars ont été consommés dans l’assainissement des entreprises
vouées à la banqueroute.
Outre
le flou qui entoure le contenu de ce pacte, la manière avec laquelle
il va être adopté n’augure rien de positif. En vase clos, le
gouvernement, l’UGTA et, à un degré moindre, le patronat, se sont
accaparés le destin économique et social du pays. Ni les syndicats
autonomes (dont certains représentent des secteurs où la Centrale
n’a aucune présence), ni des institutions comme le Conseil national
économique et social (CNES) qui, pourtant, dispose des compétences
nécessaires pour discuter un tel projet et présenter une vision
homogène et élaborée d’un pacte économique et social, n’ont été
conviés à la réflexion.
Même
au sein de l’UGTA, le débat n’a jamais été amorcé à la base. A notre
connaissance, aucune assemblée générale n’a été organisée dans des
entreprises ou des sections de wilayas pour discuter du projet et
pour recueillir les propositions des travailleurs. D’ailleurs, les
« propositions » de l’UGTA, ne sont pas une moisson des idées issues
de débats organisés avec la base militante.
On
s’en doute bien que la proposition d’aller vers un week-end
« universel » ne figure pas parmi les préoccupations des
travailleurs qui ont d’autres soucis plus graves et plus urgents à
régler que de vouloir changer de repos hebdomadaire. Par contre, ce
qui est universel c’est le militantisme syndical, et c’est la
défense continue et acharnée des droits des travailleurs. Mais, cela
l’UGTA ne lui accorde pas ou peu d’intérêt.
Bien
évidemment, et malheureusement, le débat va être idéologiquement
orienté. Si l’on est contre le changement du week-end, c’est qu’on
est forcément islamiste. Alors que la question devrait être discutée
autrement. Quel est l’intérêt de basculer vers le samedi/dimanche ?
Une chose est certaine, c’est que tous les algériens vont déclarer
faire la prière pour bénéficier de la récrée du vendredi et,
pourquoi pas, s’éclipser pour avoir un long week-end.
Il y
a près de deux ans, et selon un quotidien arabophone, une « étude »
réalisée par l’UGTA avait conclu que les banques algériennes
perdaient plusieurs millions de dollars à cause du week-end. Quelle
trouvaille !
Si
l’on veut vraiment régler le « problème » du week-end, il faut alors
régler celui des décalages horaires quotidiens (atteignant et même
dépassant les 6 heures) entre l’Algérie et des zones lointaines du
globe terrestre comme le Japon, l’Australie, l’Indonésie, la Chine,
les Etats-Unis, le Canada, le Brésil…
En
fait, à l’ère de l’Internet et des technologies de l’information et
de la communication cette question est absolument absurde. Sinon,
comment font les banques japonaises pour traiter avec leurs
homologues américaines avec un décalage horaire de plus de 12
heures ? Les échanges économiques et commerciaux entre ces deux
nations s’en trouvent-ils freinés ou réduits pour autant ?
Il
faut dire qu’à ce jour, rare sont les opérateurs étrangers qui ont
posé le problème du week-end. Par contre, tous les opérateurs et les
investisseurs étrangers s’accordent pour désigner des problèmes
cruciaux qui retardent l’évolution de l’économie nationale, et
citent en premier lieu l’étouffante bureaucratie, puis
l’inefficacité du secteur bancaire.
Si
l’UGTA et le gouvernement peuvent faire quelque chose pour endiguer
ces deux phénomènes, ils auront réalisé l’opération du siècle.
Au
lieu de s’occuper de la question du week-end, l’UGTA devrait plutôt
s’intéresser aux sommes colossales des caisses sociales qui ont été
perdues dans la banque Khalifa. C’est là où elle peut donner aux
algériens une masse importante d’informations très utiles.
Mais,
qu’à cela ne tienne, si l’on veut changer de week-end, il faut un
débat sérieux, ouvert et franc sur les véritables intentions de ce
changement.
Comme
de coutume, le « Pacte économique et social » sera de toute façon
scellé. Et les pouvoirs publics vont certainement s’entêter à ne pas
vouloir élargir le débat sur une question qui n’intéresse pas
seulement l’unique « représentant des travailleurs » qu’ils se sont
désignés.
Le
risque, comme le soutien un des membres de la coalition des
syndicats autonomes (CNLS) est que ce pacte sera « voué à l’échec »
car « il n’est pas l’émanation des véritables acteurs de la société
civile » et que, par conséquent, il « n’engage que ses
signataires ».
Abdelkader Djalil
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