Semaine du  7 au 13 juin 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Néo-RND contre néo-FLN ?

 

 
 
 Editorial

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Le prix du statu quo

Mettons de côté la politique et parlons de son nerf. Par exemple, la polémique a été tellement biaisée autour de la hausse des salaires que la véritable question que l’opinion est en droit de se poser s’en est trouvé très rapidement évacuée. Il faut bien admettre que ce dossier n’aura été qu’un prétexte saisi par le FLN pour mettre la pression sur un chef du gouvernement qui a commis la maladresse de considérer que pareille revendication sociale était illégitime. Un prétexte qui, combiné à d’autres, a fini par pousser Ahmed Ouyahia dans ses derniers retranchements, l’obligeant malgré ses convictions à lâcher du lest et à se départir du triptyque salaire, croissance, compétitivité.

C’est dans cet ordre d’idées qu’il a été amené à s’entendre avec l’UGTA et le patronat sur le principe d’une augmentation des revenus et qu’il a dû instruire les responsables du secteur public économique pour opérer des ajustements salariaux suivant les performances propres à chaque entreprise. Bien évidemment, ce n’est pas à lui qu’il appartiendra de recueillir les dividendes de la voie ainsi tracée. Et maintenant que la hausse des salaires est acquise, il ne reste au nouveau chef du gouvernement qu’à formaliser son officialisation qu’il prendra soin d’enrober de l’habillage le plus acceptable qui soit, puisqu’il faut d’emblée exclure qu’il faille s’attendre à une hausse importante et de nature à relever un pouvoir d’achat laminé. Cela est d’autant plus une obligation à laquelle il ne peut se soustraire qu’il devra en concéder l’annonce au profit du chef de l’Etat. On parle déjà de l’avancement de la tenue de la tripartite, malgré l’absence de consensus sur le véritable ordre du jour et qui n’est autre que le statut de la Fonction publique. Qu’à cela ne tienne. L’empressement de Abdelaziz Belkhadem à vouloir coûte que coûte concrétiser une promesse dont il est à l’origine est suffisamment grand, ravivé qu’il est par sa charge de réunir les conditions du bon déroulement des prochaines échéances électorales, qu’il s’agisse des législatives de 2007 ou du référendum autour de la révision constitutionnelle promis pour l’automne prochain.

En tout état de cause et quels que soient le niveau de la hausse des salaires, les circonstances qui l’entourent ou les objectifs qui la sous-tendent, on ne peut faire l’impasse sur la nécessité de s’interroger quant aux lendemains d’une décision qui semble plus tenir du politique que de la justesse économique.

Qu’est-ce qu’il y aura de changé pour le commun des Algériens lorsque le revenu sera relevé de quelques centaines de dinars, alors que le coût de la vie suit depuis plusieurs années une courbe ascendante qui n’est pas près de s’inverser ?

L’inflation, certes maîtrisée, demeure en constante progression pour se stabiliser à près de 2% par an. Mais comparée aux quinze dernières années, soit depuis le plafonnement volontaire des salaires, période où elle avait frôlé les 30%, l’inflation a connu une croissance de très loin supérieure au revenu par habitant. Le fait est si manifeste qu’il serait plus judicieux, aujourd’hui, de parler de rattrapage des salaires que de hausse au sens propre du terme. Car pendant que l’indice général des n’a eu de cesse de monter, le gouvernement n’a concédé que deux hausses du SNMG, le faisant passer de 6 000 à 8 000 puis à 10 000 dinars, avec cette nuance de taille que la seconde augmentation n’a pu être appliquée dans le secteur public à cause du fameux 87 bis, alors qu’il est de notoriété que le privé fait exactement ce qu’il veut chez lui, là où le travail au noir est pratique courante.

A son arrivée au pouvoir, trouvant une situation financière assainie et un cadre macroéconomique stabilisé, le président Bouteflika a eu le bon sens de compter sur le budget de l’Etat à la recherche de la relance en tant que suite logique pour l’économie. L’approche keynésienne consistant à agir sur la demande a certes eu des effets limités, en l’absence de réformes structurelles, mais elle a surtout permis de s’apercevoir que l’Algérie pouvait parfaitement se passer du monétarisme consistant en la compression permanente de la demande pour disposer de perspectives meilleures, à l’ombre d’un champ économique décrispé.

Le premier plan de relance a remis sur rails l’entreprise de reconstruction du pays et a été une bouffée d’oxygène pour bon nombre de sociétés à la dérive. Mais il ne s’agissait que d’un plan de 7 milliards de dollars, dont le bilan n’a toujours pas été fait. On n’en sait malheureusement pas davantage sur le second effort de l’Etat, de pas moins de 60 milliards de dollars et qui n’a plus que deux ans pour concrétiser ses différents programmes.

Il est étonnant, cela dit, de savoir avec quelle vigueur le FMI et la Banque mondiale se sont opposés à ce plan alors qu’il constitue le seul programme économique dont dispose le pays, sous prétexte bien sûr que l’Etat n’est pas en mesure de soutenir durablement une dépense pareille. En revanche, leur soutien et leur assistance sont nettement plus marqués s’agissant du remboursement anticipé de la dette extérieure, ce qui jette le doute par ailleurs sur l’état des capacités financières du pays par rapport à ses objectifs. Sommes-nous pour autant privés des instruments d’une croissante forte et surtout effective ? On ne saurait le dire. Ce qui est assuré, c’est que les réformes économiques n’avancent vers aucune direction. Il suffit de constater que les mêmes problèmes sont là, se posant en les mêmes termes : la protection sociale des Algériens est déficitaire, le chômage est important alors que trouver du travail ne prémunit toujours de l’exclusion, les entreprises reculent chaque jour dans leur propre marché local alors que l’investissement continue d’être majoritaire en dehors de la privatisation. C’est dans ce contexte que l’on compte opérer une légère hausse des salaires et tout indique que ce ne sera qu’une montagne accouchant d’une souris.

Nabil Benali

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