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Le
prix du statu quo
Mettons de côté la
politique et parlons de son nerf. Par exemple, la polémique a été
tellement biaisée autour de la hausse des salaires que la véritable
question que l’opinion est en droit de se poser s’en est trouvé très
rapidement évacuée. Il faut bien admettre que ce dossier n’aura été
qu’un prétexte saisi par le FLN pour mettre la pression sur un chef
du gouvernement qui a commis la maladresse de considérer que
pareille revendication sociale était illégitime. Un prétexte qui,
combiné à d’autres, a fini par pousser Ahmed Ouyahia dans ses
derniers retranchements, l’obligeant malgré ses convictions à lâcher
du lest et à se départir du triptyque salaire, croissance,
compétitivité.
C’est dans cet
ordre d’idées qu’il a été amené à s’entendre avec l’UGTA et le
patronat sur le principe d’une augmentation des revenus et qu’il a
dû instruire les responsables du secteur public économique pour
opérer des ajustements salariaux suivant les performances propres à
chaque entreprise. Bien évidemment, ce n’est pas à lui qu’il
appartiendra de recueillir les dividendes de la voie ainsi tracée.
Et maintenant que la hausse des salaires est acquise, il ne reste au
nouveau chef du gouvernement qu’à formaliser son officialisation
qu’il prendra soin d’enrober de l’habillage le plus acceptable qui
soit, puisqu’il faut d’emblée exclure qu’il faille s’attendre à une
hausse importante et de nature à relever un pouvoir d’achat laminé.
Cela est d’autant plus une obligation à laquelle il ne peut se
soustraire qu’il devra en concéder l’annonce au profit du chef de
l’Etat. On parle déjà de l’avancement de la tenue de la tripartite,
malgré l’absence de consensus sur le véritable ordre du jour et qui
n’est autre que le statut de la Fonction publique. Qu’à cela ne
tienne. L’empressement de Abdelaziz Belkhadem à vouloir coûte que
coûte concrétiser une promesse dont il est à l’origine est
suffisamment grand, ravivé qu’il est par sa charge de réunir les
conditions du bon déroulement des prochaines échéances électorales,
qu’il s’agisse des législatives de 2007 ou du référendum autour de
la révision constitutionnelle promis pour l’automne prochain.
En tout état de
cause et quels que soient le niveau de la hausse des salaires, les
circonstances qui l’entourent ou les objectifs qui la sous-tendent,
on ne peut faire l’impasse sur la nécessité de s’interroger quant
aux lendemains d’une décision qui semble plus tenir du politique que
de la justesse économique.
Qu’est-ce qu’il y
aura de changé pour le commun des Algériens lorsque le revenu sera
relevé de quelques centaines de dinars, alors que le coût de la vie
suit depuis plusieurs années une courbe ascendante qui n’est pas
près de s’inverser ?
L’inflation,
certes maîtrisée, demeure en constante progression pour se
stabiliser à près de 2% par an. Mais comparée aux quinze dernières
années, soit depuis le plafonnement volontaire des salaires, période
où elle avait frôlé les 30%, l’inflation a connu une croissance de
très loin supérieure au revenu par habitant. Le fait est si
manifeste qu’il serait plus judicieux, aujourd’hui, de parler de
rattrapage des salaires que de hausse au sens propre du terme. Car
pendant que l’indice général des n’a eu de cesse de monter, le
gouvernement n’a concédé que deux hausses du SNMG, le faisant passer
de 6 000 à 8 000 puis à 10 000 dinars, avec cette nuance de taille
que la seconde augmentation n’a pu être appliquée dans le secteur
public à cause du fameux 87 bis, alors qu’il est de notoriété que le
privé fait exactement ce qu’il veut chez lui, là où le travail au
noir est pratique courante.
A son arrivée au
pouvoir, trouvant une situation financière assainie et un cadre
macroéconomique stabilisé, le président Bouteflika a eu le bon sens
de compter sur le budget de l’Etat à la recherche de la relance en
tant que suite logique pour l’économie. L’approche keynésienne
consistant à agir sur la demande a certes eu des effets limités, en
l’absence de réformes structurelles, mais elle a surtout permis de
s’apercevoir que l’Algérie pouvait parfaitement se passer du
monétarisme consistant en la compression permanente de la demande
pour disposer de perspectives meilleures, à l’ombre d’un champ
économique décrispé.
Le premier plan de
relance a remis sur rails l’entreprise de reconstruction du pays et
a été une bouffée d’oxygène pour bon nombre de sociétés à la dérive.
Mais il ne s’agissait que d’un plan de 7 milliards de dollars, dont
le bilan n’a toujours pas été fait. On n’en sait malheureusement pas
davantage sur le second effort de l’Etat, de pas moins de 60
milliards de dollars et qui n’a plus que deux ans pour concrétiser
ses différents programmes.
Il est étonnant,
cela dit, de savoir avec quelle vigueur le FMI et la Banque mondiale
se sont opposés à ce plan alors qu’il constitue le seul programme
économique dont dispose le pays, sous prétexte bien sûr que l’Etat
n’est pas en mesure de soutenir durablement une dépense pareille. En
revanche, leur soutien et leur assistance sont nettement plus
marqués s’agissant du remboursement anticipé de la dette extérieure,
ce qui jette le doute par ailleurs sur l’état des capacités
financières du pays par rapport à ses objectifs. Sommes-nous pour
autant privés des instruments d’une croissante forte et surtout
effective ? On ne saurait le dire. Ce qui est assuré, c’est que les
réformes économiques n’avancent vers aucune direction. Il suffit de
constater que les mêmes problèmes sont là, se posant en les mêmes
termes : la protection sociale des Algériens est déficitaire, le
chômage est important alors que trouver du travail ne prémunit
toujours de l’exclusion, les entreprises reculent chaque jour dans
leur propre marché local alors que l’investissement continue d’être
majoritaire en dehors de la privatisation. C’est dans ce contexte
que l’on compte opérer une légère hausse des salaires et tout
indique que ce ne sera qu’une montagne accouchant d’une souris.
Nabil Benali
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