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Le
référendum avant les législatives
L’agenda de
l’angoisse
L’insistance, la
persévérance et la ténacité avec laquelle les dirigeants du FLN
semblent vouloir faire aboutir leur projet de révision
constitutionnelle avant la tenue les législatives suffisent à
démontrer toute la force de la peur de l’échec qui les anime. Il y a
là un lien de cause à effet que l’on peut établir avec les
législatives de 2002 qui ont vu le parti revenir au rang de première
force politique du pays et immédiatement plonger dans une crise
historique. Depuis, le FLN n’est plus le même.
Quelle drôle de
mésaventure que celle de Boualem Benhamouda. N’est-ce pas lui, à
l’aide de quelques compagnons, qui aura mis hors circulation
Abdelhamid Mehri et ses compagnons en imposant le retour de la ligne
traditionnelle du parti, après la dérive du Contrat national ?
N’est-ce pas lui, pas seul, c’est sûr, qui aura permis au FLN de se
racheter malgré la faute collective de ses cadres que d’avoir voulu
que le pouvoir négocie avec le Fis, qui aura permis aussi de revenir
à la sagesse et aux bienfaits de la participation ? N’est-ce pas
lui, en revanche, qui n’aura assuré, en définitive, qu’un travail
d’intérimaire, une sorte de gardiennage, pour une succession de
Mehri par son parfait disciple en la personne de Abdelaziz Belkhadem.
Certes, Boualem Benhamouda aurait bien voulu que cela n’arrive
jamais. Son soutien en sous main à Ali Benflis, pour prendre sa
double revanche sur ce dernier (pour l’avoir exclu du cercle de la
décision) et sur le chef de l’Etat qui ne lui pas manifesté autant
d’égards que de souhait, n’aura pas cependant servi à éviter le
pire. Aujourd’hui, le parti est de nouveau entre les mains de
l’adversaire, quel dilemme ! Réveiller la crise qui a failli
emporter le parti, ce qui revient à risquer le sabordage de son
propre bateau, ou prendre son Belkhadem en patience ? Du temps de
Benflis, au moins y avait-il une marge de manœuvre, quelque chose
encore à tenter. Rien de tel aujourd’hui avec les batailles que
Abdelaziz Belkhadem promet de remporter l’une après l’autre, à la
recherche de la gloire d’antan et qui rendent si sourds les
militants de l’arrière-pays, tous obnubilés par la marche vers la
victoire qui se dessine déjà. A vrai dire, l’arrière-garde n’a
d’autre choix que de suivre et d’attendre la suite des événements.
Dans quelques jours, le FLN dans son ensemble sera enfin délivré de
son angoisse collective tant la réponse attendue quant à l’issue du
projet de révision constitutionnelle porte en elle tout l’avenir du
parti. Un parti suspendu aux lèvres du chef de l’Etat, invité à
disposer d’une offre certes concomitante, mais que l’on a pris le
soin de rendre alléchante jusqu’à rendre presque impossible à
refuser. Et assurément cet été sera celui du dernier virage avant la
ligne droite pour le FLN, après une course aux obstacles des plus
harassantes.
Après avoir été
réduit à se faire dicter sa conduite par un RND qu’il ne considère
pas plus qu’un démembrement rebelle, le FLN a du faire dos rond,
accepté suffrage après suffrage de quotas indignes de sa stature et,
pourtant, bien au-delà du mérite au regard du rôle qu’il a tenté de
s’adjuger dans le feu des événements. Privé du soutien d’une famille
révolutionnaire et des organisations de masse qui ont choisi de
faire barrage au terrorisme, le FLN se serait irrémédiablement vidé
de sa substance avec le choix de Liamine Zeroual de compter sur le
RND en tant que parti présidentiel, n’était-ce le besoin de
phagocyter l’alliance romaine et de récupérer une organisation qui a
toujours constitué un appareil électoral de premier plan. Il y a eu
surtout, par extraordinaire, le départ prématuré de celui-ci et
l’avènement d’un autre Président qui, pour autant qu’il voulait
gouverner au nom de tous les Algériens, ne pouvait cacher sa forte
«sympathie» pour le FLN dont il n’a jamais quitté les rangs. Le plat
froid sera mangé un peu plus tard, lorsque voulant confier au
prétendument loyal Ali Benflis les commandes d’une organisation aux
capacités nécessaires, Abdelaziz Bouteflika partageait de facto sa
popularité inégalée avec le FLN qui en récoltera un vote majoritaire
et salutaire lors des législatives et des locales de 2002. C’est à
ce fait lourd que doit le FLN sa seconde chance, mais qu’il usera
très vite dans une crise politique et organique aux effets encore
palpables, épisode laborieusement surmonté, mais qui démontre une
fois de plus que la tentation à l’opposition demeure encore très
forte au sein du parti. A quel point est-elle encore présente ?
L’avancée du FLN a-t-elle suffit à l’en débarrasser définitivement ?
On savait que le
FLN n’est pas un parti comme les autres : sitôt mis hors du pouvoir
qu’il entre déjà en décomposition. Telle a été son expérience
catastrophique en 1994, telles ont été également les conséquences de
l’aventure de Ali Benflis. Quelle délicate équation pour ce parti
que de devoir désormais concilier ses deux courants. Quel autre
remède, donc, que d’aller à l’assaut du pouvoir, puisque le pire
serait surtout de ne rien faire et que l’unique voie est celle qui
réconcilierait tout le monde ? Telle est, en résumé, la nouvelle
ligne stratégique qu’incarne plus qu’un autre aujourd’hui Abdelaziz
Belkhadem. La brèche ouverte par une politique de réconciliation
nationale, encore floue au moment de son énoncé en fin 2004 par le
président Bouteflika, brèche dans laquelle le FLN s’est engouffré
sans se faire attendre, lui a donné l’opportunité inattendue de
jouer un rôle de premier plan : être le porteur, au nom du chef de
l’Etat, du projet d’amnistie générale parmi la société et s’en faire
le principal relais. Certes, cela ne s’est pas fait sans le passage
par une pénible phase de doute, mais le FLN n’a-t-il pas vu en
l’acceptation par le chef de l’Etat de prendre la présidence du
parti en janvier 2005, présidence honorifique fut-elle, un signe
incontestable du destin ? La certitude était telle que le FLN
échafaudait déjà un agenda qui ferait accoucher la réconciliation
nationale achevée d’une révision constitutionnelle subséquente. On
attribuera, d’ailleurs, à ce parti le fait d’avoir été le seul à
permettre aux observateurs de faire le lien entre les deux projets,
ne serait-ce que pour avoir évoqué prématurément la nécessité d’un
troisième mandat et ce, à la veille du référendum du 29 septembre
dernier. Son argumentaire se basait sur le fait qu’à nouvelle
situation politique, une nouvelle loi fondamentale s’imposait de
fait, citant en cela non seulement les différentes phases politique
du pays, mais aussi les expériences d’autres pays qui, malgré la
différence des causes et effets des processus de réconciliation
nationale, ont tous fini par adopter de nouvelles constitutions.
On remarquera
aujourd’hui, plusieurs mois après la mise en œuvre de la charte pour
la paix et la réconciliation nationale, que le FLN a mis de coté ce
type de discours. Il faut bien admettre que l’application de ladite
charte a certes révélé l’intention réconciliatrice du président qui
tient ainsi son engagement à tout tenter pour ramener la paix
définitivement. Elle a également eu un effet, non mesuré pour
l’heure, sur certains groupes armés. Elle a surtout permis de
prendre en charge les familles les plus touchées par la crise
sécuritaire et donner une solution à l’épineux dossier des disparus.
On ne peut cependant pas soutenir avec aplomb que c’est pour autant
que la situation politique a radicalement changé en Algérie. C’est
parce que cette vérité est vraie que le FLN s’est rabattu sur
d’autres arguments, peu convaincants il faut bien le dire. Il est
question de la nature du régime, concept que son auteur A. Belkhadem
ne juge pas nécessaire d’expliciter aux Algériens, ainsi que de
blocages au programme du Président, tous imputés à la seule
existence d’un chef du gouvernement. Certains, comme Amar Saadani
ont même sorti la nécessité d’en finir avec «le pouvoir occulte»,
avant de se faire taper sur les doigts par la hiérarchie. Le tout,
pêle-mêle, renvoyant en définitive au besoin ressenti (par qui ?) de
renforcer les pouvoirs du Président.
Mais est-ce
exactement ce que traduit le projet de révision constitutionnelle
élaboré par la commission interne du FLN ? Eh bien pas du tout ! A
vrai dire (voir le document publié dans notre édition), celle-ci se
limite tout juste, et il faut le souligner, à l’unification de
l’Exécutif. Elle en fait un ensemble unique au centre duquel est
placé le chef de l’Etat, mais ce n’est en vérité qu’un changement de
forme. Dans le fond, les pouvoirs du Président sont réduits par
rapport à ceux que lui confère l’actuelle constitution, dans la
mesure où le Parlement et notamment l’APN seraient en mesure de
censurer ministre par ministre, voire tout son gouvernement, sans
même avoir à s’opposer frontalement au président de la république.
En plus clair, il sera question d’un Président dont l’autorité est
incontestable sur son exécutif, mais qui demeure entièrement
dépendant du vote des députés.
Sans aller plus
loin, on peut qualifier le texte du FLN de projet à très courte vue.
Pareille constitution ne serait fonctionnelle, en fait, que dans un
seul cas de figure, celui qui exige que le Président et la majorité
parlementaire soient du même bord. A moins de cela, entendre par là
que la majorité à l’APN serait éclatée ou que le Président soit d’un
autre parti que celui de la majorité ou qu’il ne soit tout
simplement d’aucun parti et ce serait déjà le blocage de tout le
pays. Et en tout état de cause, il n’aurait servi à rien de changer
la constitution puisque les blocages au programme présidentiel que
l’on voulait lever au sein de l’Exécutif auront été déplacés vers le
Parlement. Sans plus.
Il n’y a qu’une
seule explication au fait que le FLN ait pondu un texte aussi
paradoxal entre ses buts et sa déclinaison qu’incohérent dans le jeu
institutionnel qu’il entend assoire. Et cette explication est que
jamais la mouture du FLN n’aurait été de cette version si le parti
ne disposait pas de la majorité absolue à l’APN. On peut même dire
que si le FLN avait une autre situation, il aurait tout bonnement
conçu un tout autre projet. Le fait est que la révision que veut
imposer le parti de A. Belkhadem n’est valable que dans la situation
politique actuelle. Il suffirait que les données changent pour que
déjà l’on soit tous amenés à envisager une autre. Autant dire que si
telle est la constitution que le FLN aurait voulu avoir tout de
suite, elle n’est promise cependant à aucun avenir.
N’omettons pas de
dire que l’autre donnée fondamentale qui a présidé à ce que la
mouture du FLN soit ce qu’elle est tient du fait que le parti est
quasiment assuré que le Président partage pleinement ses vues. Le
projet lui sera transmis le 22 juin et déjà on lance ça et là des
«souhaits» pour que le référendum sur la question se tienne avant la
fin de l’année, entre octobre et novembre. Sauf que le FLN qui
présente les choses comme un service qu’il rend à la nation et avant
toute chose au Président Bouteflika, semble passer à coté de
l’essentiel. C’est qu’une révision constitutionnelle n’est pas
seulement une affaire de moment, mais de motif. Que cet élément vous
manque et le niveau de participation populaire, véritable enjeu au
demeurant, s’en trouve de fait compromis.
Si aujourd’hui,
toutes les conditions semblent réunies pour passer à l’acte, surtout
avec le départ de ce verrou d’Ahmed Ouyahia, le seul fait, par
exemple, de demander au chef de l’Etat de proposer au peuple un
projet national qui n’émanerait pas de lui, mais d’un parti censé
être comme les autres au regard d’un Président au-dessus de la
mêlée, pourrait suffire à provoquer une réaction populaire contraire
à celle recherchée. Surtout quand il s’agit d’un parti qui ne peut
pas nier le passif qui est le sien.
On devine aisément
que le parti de Belkhadem n’est plus en mesure de reculer sur quoi
que ce soit. Repêché en 2004 par le Président, rien ne lui tient
plus à cœur que de se débarrasser de tous ses doutes et que ce
dernier le rassure une bonne fois pour toutes. A tout cela, la
réponse ne saurait tarder. Mieux vaut pour lui qu’elle vienne bien
avant les législatives, tant que le FLN tient encore l’APN entre ses
mains et qu’il reste encore en mesure d’en faire commerce.
Nabil Benali
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