Semaine du  14 au 20 juin 2006

Le référendum avant les législatives

L’agenda de l’angoisse

 

 
 
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 Le référendum avant les législatives

L’agenda de l’angoisse

L’insistance, la persévérance et la ténacité avec laquelle les dirigeants du FLN semblent vouloir faire aboutir leur projet de révision constitutionnelle avant la tenue les législatives suffisent à démontrer toute la force de la peur de l’échec qui les anime. Il y a là un lien de cause à effet que l’on peut établir avec les législatives de 2002 qui ont vu le parti revenir au rang de première force politique du pays et immédiatement plonger dans une crise historique. Depuis, le FLN n’est plus le même.

Quelle drôle de mésaventure que celle de Boualem Benhamouda. N’est-ce pas lui, à l’aide de quelques compagnons, qui aura mis hors circulation Abdelhamid Mehri et ses compagnons en imposant le retour de la ligne traditionnelle du parti, après la dérive du Contrat national ? N’est-ce pas lui, pas seul, c’est sûr, qui aura permis au FLN de se racheter malgré la faute collective de ses cadres que d’avoir voulu que le pouvoir négocie avec le Fis, qui aura permis aussi de revenir à la sagesse et aux bienfaits de la participation ? N’est-ce pas lui, en revanche, qui n’aura assuré, en définitive, qu’un travail d’intérimaire, une sorte de gardiennage, pour une succession de Mehri par son parfait disciple en la personne de Abdelaziz Belkhadem. Certes, Boualem Benhamouda aurait bien voulu que cela n’arrive jamais. Son soutien en sous main à Ali Benflis, pour prendre sa double revanche sur ce dernier (pour l’avoir exclu du cercle de la décision) et sur le chef de l’Etat qui ne lui pas manifesté autant d’égards que de souhait, n’aura pas cependant servi à éviter le pire. Aujourd’hui, le parti est de nouveau entre les mains de l’adversaire, quel dilemme ! Réveiller la crise qui a failli emporter le parti, ce qui revient à risquer le sabordage de son propre bateau, ou prendre son Belkhadem en patience ? Du temps de Benflis, au moins y avait-il une marge de manœuvre, quelque chose encore à tenter. Rien de tel aujourd’hui avec les batailles que Abdelaziz Belkhadem promet de remporter l’une après l’autre, à la recherche de la gloire d’antan et qui rendent si sourds les militants de l’arrière-pays, tous obnubilés par la marche vers la victoire qui se dessine déjà. A vrai dire, l’arrière-garde n’a d’autre choix que de suivre et d’attendre la suite des événements. Dans quelques jours, le FLN dans son ensemble sera enfin délivré de son angoisse collective tant la réponse attendue quant à l’issue du projet de révision constitutionnelle porte en elle tout l’avenir du parti. Un parti suspendu aux lèvres du chef de l’Etat, invité à disposer d’une offre certes concomitante, mais que l’on a pris le soin de rendre alléchante jusqu’à rendre presque impossible à refuser. Et assurément cet été sera celui du dernier virage avant la ligne droite pour le FLN, après une course aux obstacles des plus harassantes.

Après avoir été réduit à se faire dicter sa conduite par un RND qu’il ne considère pas plus qu’un démembrement rebelle, le FLN a du faire dos rond, accepté suffrage après suffrage de quotas indignes de sa stature et, pourtant, bien au-delà du mérite au regard du rôle qu’il a tenté de s’adjuger dans le feu des événements. Privé du soutien d’une famille révolutionnaire et des organisations de masse qui ont choisi de faire barrage au terrorisme, le FLN se serait irrémédiablement vidé de sa substance avec le choix de Liamine Zeroual de compter sur le RND en tant que parti présidentiel, n’était-ce le besoin de phagocyter l’alliance romaine et de récupérer une organisation qui a toujours constitué un appareil électoral de premier plan. Il y a eu surtout, par extraordinaire, le départ prématuré de celui-ci et l’avènement d’un autre Président qui, pour autant qu’il voulait gouverner au nom de tous les Algériens, ne pouvait cacher sa forte «sympathie» pour le FLN dont il n’a jamais quitté les rangs. Le plat froid sera mangé un peu plus tard, lorsque voulant confier au prétendument loyal Ali Benflis les commandes d’une organisation aux capacités nécessaires, Abdelaziz Bouteflika partageait de facto sa popularité inégalée avec le FLN qui en récoltera un vote majoritaire et salutaire lors des législatives et des locales de 2002. C’est à ce fait lourd que doit le FLN sa seconde chance, mais qu’il usera très vite dans une crise politique et organique aux effets encore palpables, épisode laborieusement surmonté, mais qui démontre une fois de plus que la tentation à l’opposition demeure encore très forte au sein du parti. A quel point est-elle encore présente ? L’avancée du FLN a-t-elle suffit à l’en débarrasser définitivement ?

On savait que le FLN n’est pas un parti comme les autres : sitôt mis hors du pouvoir qu’il entre déjà en décomposition. Telle a été son expérience catastrophique en 1994, telles ont été également les conséquences de l’aventure de Ali Benflis. Quelle délicate équation pour ce parti que de devoir désormais concilier ses deux courants. Quel autre remède, donc, que d’aller à l’assaut du pouvoir, puisque le pire serait surtout de ne rien faire et que l’unique voie est celle qui réconcilierait tout le monde ? Telle est, en résumé, la nouvelle ligne stratégique qu’incarne plus qu’un autre aujourd’hui Abdelaziz Belkhadem. La brèche ouverte par une politique de réconciliation nationale, encore floue au moment de son énoncé en fin 2004 par le président Bouteflika, brèche dans laquelle le FLN s’est engouffré sans se faire attendre, lui a donné l’opportunité inattendue de jouer un rôle de premier plan : être le porteur, au nom du chef de l’Etat, du projet d’amnistie générale parmi la société et s’en faire le principal relais. Certes, cela ne s’est pas fait sans le passage par une pénible phase de doute, mais le FLN n’a-t-il pas vu en l’acceptation par le chef de l’Etat de prendre la présidence du parti en janvier 2005, présidence honorifique fut-elle, un signe incontestable du destin ? La certitude était telle que le FLN échafaudait déjà un agenda qui ferait accoucher la réconciliation nationale achevée d’une révision constitutionnelle subséquente. On attribuera, d’ailleurs, à ce parti le fait d’avoir été le seul à permettre aux observateurs de faire le lien entre les deux projets, ne serait-ce que pour avoir évoqué prématurément la nécessité d’un troisième mandat et ce, à la veille du référendum du 29 septembre dernier. Son argumentaire se basait sur le fait qu’à nouvelle situation politique, une nouvelle loi fondamentale s’imposait de fait, citant en cela non seulement les différentes phases politique du pays, mais aussi les expériences d’autres pays qui, malgré la différence des causes et effets des processus de réconciliation nationale, ont tous fini par adopter de nouvelles constitutions.

On remarquera aujourd’hui, plusieurs mois après la mise en œuvre de la charte pour la paix et la réconciliation nationale, que le FLN a mis de coté ce type de discours. Il faut bien admettre que l’application de ladite charte a certes révélé l’intention réconciliatrice du président qui tient ainsi son engagement à tout tenter pour ramener la paix définitivement. Elle a également eu un effet, non mesuré pour l’heure, sur certains groupes armés. Elle a surtout permis de prendre en charge les familles les plus touchées par la crise sécuritaire et donner une solution à l’épineux dossier des disparus. On ne peut cependant pas soutenir avec aplomb que c’est pour autant que la situation politique a radicalement changé en Algérie. C’est parce que cette vérité est vraie que le FLN s’est rabattu sur d’autres arguments, peu convaincants il faut bien le dire. Il est question de la nature du régime, concept que son auteur A. Belkhadem ne juge pas nécessaire d’expliciter aux Algériens, ainsi que de blocages au programme  du Président, tous imputés à la seule existence d’un chef du gouvernement. Certains, comme Amar Saadani ont même sorti la nécessité d’en finir avec «le pouvoir occulte», avant de se faire taper sur les doigts par la hiérarchie. Le tout, pêle-mêle, renvoyant en définitive au besoin ressenti (par qui ?) de renforcer les pouvoirs du Président.

Mais est-ce exactement ce que traduit le projet de révision constitutionnelle élaboré par la commission interne du FLN ? Eh bien pas du tout ! A vrai dire (voir le document publié dans notre édition), celle-ci se limite tout juste, et il faut le souligner, à l’unification de l’Exécutif. Elle en fait un ensemble unique au centre duquel est placé le chef de l’Etat, mais ce n’est en vérité qu’un changement de forme. Dans le fond, les pouvoirs du Président sont réduits par rapport à ceux que lui confère l’actuelle constitution, dans la mesure où le Parlement et notamment l’APN seraient en mesure de censurer ministre par ministre, voire tout son gouvernement, sans même avoir à s’opposer frontalement au président de la république. En plus clair, il sera question d’un Président dont l’autorité est incontestable sur son exécutif, mais qui demeure entièrement dépendant du vote des députés.

Sans aller plus loin, on peut qualifier le texte du FLN de projet à très courte vue. Pareille constitution ne serait fonctionnelle, en fait, que dans un seul cas de figure, celui qui exige que le Président et la majorité parlementaire soient du même bord. A moins de cela, entendre par là que la majorité à l’APN serait éclatée ou que le Président soit d’un autre parti que celui de la majorité ou qu’il ne soit tout simplement d’aucun parti et ce serait déjà le blocage de tout le pays. Et en tout état de cause, il n’aurait servi à rien de changer la constitution puisque les blocages au programme présidentiel que l’on voulait lever au sein de l’Exécutif auront été déplacés vers le Parlement. Sans plus.

Il n’y a qu’une seule explication au fait que le FLN ait pondu un texte aussi paradoxal entre ses buts et sa déclinaison qu’incohérent dans le jeu institutionnel qu’il entend assoire. Et cette explication est que jamais la mouture du FLN n’aurait été de cette version si le parti ne disposait pas de la majorité absolue à l’APN. On peut même dire que si le FLN avait une autre situation, il aurait tout bonnement conçu un tout autre projet. Le fait est que la révision que veut imposer le parti de A. Belkhadem n’est valable que dans la situation politique actuelle. Il suffirait que les données changent pour que déjà l’on soit tous amenés à envisager une autre. Autant dire que si telle est la constitution que le FLN aurait voulu avoir tout de suite, elle n’est promise cependant à aucun avenir.

N’omettons pas de dire que l’autre donnée fondamentale qui a présidé à ce que la mouture du FLN soit ce qu’elle est tient du fait que le parti est quasiment assuré que le Président partage pleinement ses vues. Le projet lui sera transmis le 22 juin et déjà on lance ça et là des «souhaits» pour que le référendum sur la question se tienne avant la fin de l’année, entre octobre et novembre. Sauf que le FLN qui présente les choses comme un service qu’il rend à la nation et avant toute chose au Président Bouteflika, semble passer à coté de l’essentiel. C’est qu’une révision constitutionnelle n’est pas seulement une affaire de moment, mais de motif. Que cet élément vous manque et le niveau de participation populaire, véritable enjeu au demeurant, s’en trouve de fait compromis.

Si aujourd’hui, toutes les conditions semblent réunies pour passer à l’acte, surtout avec le départ de ce verrou d’Ahmed Ouyahia, le seul fait, par exemple, de demander au chef de l’Etat de proposer au peuple un projet national qui n’émanerait pas de lui, mais d’un parti censé être comme les autres au regard d’un Président au-dessus de la mêlée, pourrait suffire à provoquer une réaction populaire contraire à celle recherchée. Surtout quand il s’agit d’un parti qui ne peut pas nier le passif qui est le sien.

On devine aisément que le parti de Belkhadem n’est plus en mesure de reculer sur quoi que ce soit. Repêché en 2004 par le Président, rien ne lui tient plus à cœur que de se débarrasser de tous ses doutes et que ce dernier le rassure une bonne fois pour toutes. A tout cela, la réponse ne saurait tarder. Mieux vaut pour lui qu’elle vienne bien avant les législatives, tant que le FLN tient encore l’APN entre ses mains et qu’il reste encore en mesure d’en faire commerce.

Nabil Benali

 

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