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Mort
d’Al-Zarqaoui
La donne reste
inchangée en Irak
La mort d'Abou
Moussab Al-Zarqaoui va peut-être regonfler le moral du nouveau
gouvernement irakien et offrir un répit bienvenu à George W. Bush
dans sa dégringolade dans les sondages. Mais la disparition du
terroriste le plus médiatisé et recherché d'Irak risque de ne guère
modifier la donne de l'insurrection dans le pays. Au mieux,
l'élimination de cette figure de la guérilla sunnite pourrait offrir
une nouvelle chance à la coalition dans sa quête de trêve dans les
violences. Mais si cette dynamique ne donnait rien, la mort de
Zarqaoui n'aurait pas plus d'impact sur l'insurrection que la
capture de Saddam Hussein. Consciente de ce risque, la Maison
Blanche s'est bien gardée de parader, évitant les célébrations et
autre "mission accomplie" pour agir vite et engranger les fruits de
cette victoire acquise après des semaines de revers militaires,
payés au prix fort sur le plan humain.
"Nous pouvons nous
attendre à une poursuite des violences sectaires", a averti le
président George W. Bush, annonçant que les principaux responsables
américains se retrouveraient à Camp David à compter de lundi pour
préparer les prochaines étapes de la pacification de l'Irak.
Le décès de
Zarqaoui devrait faire remonter la cote du chef de l'Exécutif
américain, du moins temporairement. Il en a un besoin urgent, sa
gestion du dossier irakien n'étant approuvée que par 33% de ses
concitoyens, et son action à la tête du pays par seulement 35%,
selon un sondage AP-Ipsos. Cette enquête, réalisée cette semaine,
avant la mort du terroriste jordanien, fait apparaître que pour 59%
des Américains, les Etats-Unis ont eu tort d'engager la guerre en
Irak. Jamais ce pourcentage n'avait atteint un tel niveau dans un
sondage. De surcroît, plus de la moitié des personnes interrogées
(54%) ne croient pas en l'établissement d'un gouvernement stable et
démocratique en Irak.
Alimentée par la
mort de plus de 2 480 boys depuis le début des hostilités, la
méfiance des Américains à l'égard de cette guerre devenue un nouveau
bourbier est la première cause du plongeon de George W. Bush dans
les sondages. Elle donne aussi des frayeurs au camp républicain en
vue des élections de mi-mandat au Congrès. S'ils avaient pu choisir,
les stratèges du Parti républicain auraient opté pour une
élimination de Zarqaoui à la veille du scrutin de novembre. L'effet
pourrait en effet être de courte durée. Mais trois ans de guerre en
Irak ont rendu le chef de la Maison Blanche moins arrogant et
surtout plus prudent, ce que pourrait apprécier l'opinion. De l'avis
du secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, la mort du
maître terroriste ne fera que "ralentir" l'action de la guérilla.
Elle n'en représente pas moins un succès symbolique d'importance,
qui redonne l'initiative aux nouvelles autorités irakiennes et à
l'administration Bush.
Maintenant que
Zarqaoui est définitivement hors-jeu et qu'un gouvernement est en
place à Bagdad, certains responsables sunnites pourraient être
tentés de reprendre un dialogue entamé l'automne dernier, avant
d'être coulé par la terreur d'Al-Qaïda en Irak. Reste que le poids
de Zarqaoui au sein de la guérilla n'est peut-être pas celui que lui
ont prêté les responsables américains, toujours prompts à attirer
l'attention sur les atrocités de son groupe ultra radical, du
massacre de chiites à la décapitation d'otages occidentaux. En fait,
plus d'une dizaine de mouvements sunnites composeraient les rangs de
l'insurrection. Certains emploient les mêmes tactiques barbares que
le groupe de Zarqaoui, sans partager son objectif d'instauration
d'un califat islamique en Irak.
De l'avis
d'Anthony Ciorder, ancien analyste du Pentagone, "la guérilla ne
sera pas affectée parce que Al-Qaîda n'est qu'une entité visible et
extraordinairement brutale, dans un vaste ensemble composé de
différents mouvements insurgés".
Conclusion de
l'ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad : "La mort de Zarqaoui ne
mettra pas fin à la violence en Irak. Mais c'est un pas dans la
bonne direction."
Haut
Afghanistan
Le sud sombre
dans la guerre
Le sud de
l'Afghanistan s'enfonce dans la guerre, avec un soutien croissant de
la population aux taliban et la situation va vraisemblablement
empirer et les violences gagner une bonne partie du pays, un constat
fait par un groupe d'experts des questions de sécurité. "La nature
de l'instabilité (dans la province de Helmand) est passée d'une
rébellion dispersée à un état de violence prolongée et organisée qui
menace le nouvel Afghanistan jusque dans ses fondations", a souligné
à Londres Emmanuel Reinert, le directeur du Conseil de Senlis, un
groupe basé à Paris, Londres, Bruxelles et Kaboul. Au point que la
région pourrait connaître à l'avenir des niveaux de violence
comparables à ce qui se passe en Irak aujourd'hui, car les talibans
ont appris des insurgés irakiens, a-t-il dit.
"Il y a assurément
un transfert de technologie des guérillas en Irak avec ce qui se
passe à Helmand et Kandahar", a affirmé Emmanuel Reinert. "La
technique des attentats-suicide a été directement importée d'Irak,
même chose pour les décapitations, qui ne font pas partie de la
culture afghane, et pour les engins explosifs très sophistiqués,
(dont) certains sont activés à distance", a-t-il assuré.
M. Reinert a fait
état de plus d’une vingtaine d’attentats-suicide déjà comptabilisés
cette année, contre 17 l'an dernier et cinq en 2004. Sa mise en
garde vise particulièrement les troupes britanniques, qui se
déploient actuellement dans la province méridionale d'Helmand, l'une
des plus instables du pays et l'une des plus grosses productrices
d'opium du pays. "Les troupes britanniques vont devoir reprendre le
contrôle de la situation. Autrement tout le sud de l'Afghanistan va
être perdu au profit des talibans", a-t-il déclaré. L'armée
britannique "devra pour cela changer complètement d'approche cet
été. Ils devront adopter une attitude proche des gens, qui écoute et
réponde à leurs besoins, et qui prenne en compte la véritable
pauvreté des provinces".
Les Britanniques
doivent compter d'ici à juillet un peu plus de 3 000 soldats dans la
province de Helmand, dans le cadre de la Force internationale
d'assistance à la sécurité (Isaf) en Afghanistan, dont ils assurent
depuis début mai le commandement.
Selon M. Reinert,
l'approche militaire offensive adoptée par les troupes américaines
dans le sud afghan après l'invasion du pays en octobre 2001 a rendu
la population craintive et méfiante vis-à-vis des troupes
étrangères.
Huit habitants sur
dix dans le sud soutiennent désormais l'action des taliban, qui il y
a quatre ans étaient vus comme des oppresseurs, a souligné M.
Reinert. Selon lui, des parties entières de la province ont déjà été
prises par les islamistes.
De plus, la
pauvreté s'est aggravée depuis quatre ans et la lutte contre la
culture de l'opium et l'échec des plantations de remplacement ont
encore aggravé la situation, a-t-il expliqué, tandis que la
corruption des administrations locales est jugée aiguë par la
population locale, qui rejette les promesses de la communauté
internationale car celles-ci n'ont pas été tenues.
"On a tant promis
quand les taliban sont tombés et on a fait si peu", a résumé
Emmanuel Reinert.
"Helmand est un
avertissement sur ce que l'ensemble de l'Afghanistan pourrait
devenir si une approche différente n'est pas choisie dans les
prochains mois", a-t-il prévenu.
L'Institut
international d'études stratégiques avait lui aussi mis en garde le
mois dernier contre une détérioration de la situation en
Afghanistan, affirmant que 2006 serait une année "cruciale".
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