Semaine du  14 au 20 juin 2006

Mort d’Al-Zarqaoui 

La donne reste inchangée en Irak

Afghanistan

Le sud sombre dans la guerre

 

 
 
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Mort d’Al-Zarqaoui

La donne reste inchangée en Irak

La mort d'Abou Moussab Al-Zarqaoui va peut-être regonfler le moral du nouveau gouvernement irakien et offrir un répit bienvenu à George W. Bush dans sa dégringolade dans les sondages. Mais la disparition du terroriste le plus médiatisé et recherché d'Irak risque de ne guère modifier la donne de l'insurrection dans le pays. Au mieux, l'élimination de cette figure de la guérilla sunnite pourrait offrir une nouvelle chance à la coalition dans sa quête de trêve dans les violences. Mais si cette dynamique ne donnait rien, la mort de Zarqaoui n'aurait pas plus d'impact sur l'insurrection que la capture de Saddam Hussein. Consciente de ce risque, la Maison Blanche s'est bien gardée de parader, évitant les célébrations et autre "mission accomplie" pour agir vite et engranger les fruits de cette victoire acquise après des semaines de revers militaires, payés au prix fort sur le plan humain.

"Nous pouvons nous attendre à une poursuite des violences sectaires", a averti le président George W. Bush, annonçant que les principaux responsables américains se retrouveraient à Camp David à compter de lundi pour préparer les prochaines étapes de la pacification de l'Irak.

Le décès de Zarqaoui devrait faire remonter la cote du chef de l'Exécutif américain, du moins temporairement. Il en a un besoin urgent, sa gestion du dossier irakien n'étant approuvée que par 33% de ses concitoyens, et son action à la tête du pays par seulement 35%, selon un sondage AP-Ipsos. Cette enquête, réalisée cette semaine, avant la mort du terroriste jordanien, fait apparaître que pour 59% des Américains, les Etats-Unis ont eu tort d'engager la guerre en Irak. Jamais ce pourcentage n'avait atteint un tel niveau dans un sondage. De surcroît, plus de la moitié des personnes interrogées (54%) ne croient pas en l'établissement d'un gouvernement stable et démocratique en Irak.

Alimentée par la mort de plus de 2 480 boys depuis le début des hostilités, la méfiance des Américains à l'égard de cette guerre devenue un nouveau bourbier est la première cause du plongeon de George W. Bush dans les sondages. Elle donne aussi des frayeurs au camp républicain en vue des élections de mi-mandat au Congrès. S'ils avaient pu choisir, les stratèges du Parti républicain auraient opté pour une élimination de Zarqaoui à la veille du scrutin de novembre. L'effet pourrait en effet être de courte durée. Mais trois ans de guerre en Irak ont rendu le chef de la Maison Blanche moins arrogant et surtout plus prudent, ce que pourrait apprécier l'opinion. De l'avis du secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, la mort du maître terroriste ne fera que "ralentir" l'action de la guérilla. Elle n'en représente pas moins un succès symbolique d'importance, qui redonne l'initiative aux nouvelles autorités irakiennes et à l'administration Bush.

Maintenant que Zarqaoui est définitivement hors-jeu et qu'un gouvernement est en place à Bagdad, certains responsables sunnites pourraient être tentés de reprendre un dialogue entamé l'automne dernier, avant d'être coulé par la terreur d'Al-Qaïda en Irak. Reste que le poids de Zarqaoui au sein de la guérilla n'est peut-être pas celui que lui ont prêté les responsables américains, toujours prompts à attirer l'attention sur les atrocités de son groupe ultra radical, du massacre de chiites à la décapitation d'otages occidentaux. En fait, plus d'une dizaine de mouvements sunnites composeraient les rangs de l'insurrection. Certains emploient les mêmes tactiques barbares que le groupe de Zarqaoui, sans partager son objectif d'instauration d'un califat islamique en Irak.

De l'avis d'Anthony Ciorder, ancien analyste du Pentagone, "la guérilla ne sera pas affectée parce que Al-Qaîda n'est qu'une entité visible et extraordinairement brutale, dans un vaste ensemble composé de différents mouvements insurgés".

Conclusion de l'ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad : "La mort de Zarqaoui ne mettra pas fin à la violence en Irak. Mais c'est un pas dans la bonne direction."

 

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Afghanistan

Le sud sombre dans la guerre

Le sud de l'Afghanistan s'enfonce dans la guerre, avec un soutien croissant de la population aux taliban et la situation va vraisemblablement empirer et les violences gagner une bonne partie du pays, un constat fait par un groupe d'experts des questions de sécurité. "La nature de l'instabilité (dans la province de Helmand) est passée d'une rébellion dispersée à un état de violence prolongée et organisée qui menace le nouvel Afghanistan jusque dans ses fondations", a souligné à Londres Emmanuel Reinert, le directeur du Conseil de Senlis, un groupe basé à Paris, Londres, Bruxelles et Kaboul.  Au point que la région pourrait connaître à l'avenir des niveaux de violence comparables à ce qui se passe en Irak aujourd'hui, car les talibans ont appris des insurgés irakiens, a-t-il dit.

"Il y a assurément un transfert de technologie des guérillas en Irak avec ce qui se passe à Helmand et Kandahar", a affirmé Emmanuel Reinert. "La technique des attentats-suicide a été directement importée d'Irak, même chose pour les décapitations, qui ne font pas partie de la culture afghane, et pour les engins explosifs très sophistiqués, (dont) certains sont activés à distance", a-t-il assuré.

M. Reinert a fait état de plus d’une vingtaine d’attentats-suicide déjà comptabilisés cette année, contre 17 l'an dernier et cinq en 2004. Sa mise en garde vise particulièrement les troupes britanniques, qui se déploient actuellement dans la province méridionale d'Helmand, l'une des plus instables du pays et l'une des plus grosses productrices d'opium du pays. "Les troupes britanniques vont devoir reprendre le contrôle de la situation. Autrement tout le sud de l'Afghanistan va être perdu au profit des talibans", a-t-il déclaré. L'armée britannique "devra pour cela changer complètement d'approche cet été. Ils devront adopter une attitude proche des gens, qui écoute et réponde à leurs besoins, et qui prenne en compte la véritable pauvreté des provinces".

Les Britanniques doivent compter d'ici à juillet un peu plus de 3 000 soldats dans la province de Helmand, dans le cadre de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) en Afghanistan, dont ils assurent depuis début mai le commandement.

Selon M. Reinert, l'approche militaire offensive adoptée par les troupes américaines dans le sud afghan après l'invasion du pays en octobre 2001 a rendu la population craintive et méfiante vis-à-vis des troupes étrangères.

Huit habitants sur dix dans le sud soutiennent désormais l'action des taliban, qui il y a quatre ans étaient vus comme des oppresseurs, a souligné M. Reinert. Selon lui, des parties entières de la province ont déjà été prises par les islamistes.

De plus, la pauvreté s'est aggravée depuis quatre ans et la lutte contre la culture de l'opium et l'échec des plantations de remplacement ont encore aggravé la situation, a-t-il expliqué, tandis que la corruption des administrations locales est jugée aiguë par la population locale, qui rejette les promesses de la communauté internationale car celles-ci n'ont pas été tenues.

"On a tant promis quand les taliban sont tombés et on a fait si peu", a résumé Emmanuel Reinert.

"Helmand est un avertissement sur ce que l'ensemble de l'Afghanistan pourrait devenir si une approche différente n'est pas choisie dans les prochains mois", a-t-il prévenu.

L'Institut international d'études stratégiques avait lui aussi mis en garde le mois dernier contre une détérioration de la situation en Afghanistan, affirmant que 2006 serait une année "cruciale".

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