Semaine du 15 au 21 Juin 2005

Sétif

Un aéroport en porte-à-faux

 

 
 
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Un aéroport en porte-à-faux

Embellie existentielle ou angélisme seraient mal venus si l’on ne prêtait aucun crédit aux déclarations et communiqués de la presse faisant état d’une restructuration en profondeur de l’aéroport de Sétif et de ses dépendances qui répondraient, désormais, à des critères techniques nouveaux en vue du décollage et de l’atterrissage de gros porteurs. L’aéroport de Aïn-Arnat, auquel on prête de folles ambitions – irréalisables compte tenu de multiples contraintes techniques – serait en mesure d’ouvrir des lignes extérieures prochainement, croit-on savoir. Faut-il décortiquer un excès de confiance en soi chez les partisans d’un aéroport auquel on veut bien associer tous les attributs d’un aéroport à vocation internationale ?

L’opportunité d’un tel aéroport est évidente si l’on s’abstient autant que possible d’extrapoler. Cela permettrait d’une part de répondre au souci de la communauté de rejoindre Sétif directement, sans aucune escale, et d’autre part de désengorger les aéroports voisins de Béjaïa, Batna et Constantine, qui voient leurs structures saturées et fonctionnent au-delà de leur capacité. Un des derniers tabous viendrait donc à tomber si l’utopie parvenait à devenir réalité.

L’aéroport de Sétif  sollicité tant par les nationaux que par notre communauté émigrée, serait un facteur novateur pour l’essor économique et touristique de toute une région (Bordj Bou-Arréridj, M’sila et Sétif) en même temps qu’il constituerait un gage pour l’essor d’une zone devenue primordiale et vitale, ainsi que pour rentabiliser le pôle économique et industriel de la capitale des Hauts-Plateaux. Le rêve tant caressé et justifié des Sétifiens de voir leur wilaya dotée, enfin, d’un aéroport aux normes internationales pour pouvoir recevoir de gros porteurs servirait à conférer à cet ouvrage stratégique sa pleine signification, sa dimension optimale et  sa vocation d’envergure internationale.

Cet aéroport, qui a tant fait couler d’encre, continue d’exacerber des passions quant à une nouvelle classification visant à transcender son exploitation, restrictive actuellement, pour le promouvoir à une échelle internationale.

Si l’extension de la plateforme aéroportuaire de Aïn-Arnat est une condition sine qua non pour l’exploitation en vue du décollage et de l’atterrissage de gros porteurs desservant des lignes internationales, elle demeure pourtant subordonnée à de nombreuses contraintes que l’administration a de la peine à surmonter. Qui pourrait nous assurer de la fiabilité de cet aéroport, ou plutôt de son extension, qui s’est toujours heurtée à des contraintes d’ordre technique ? Peut-être qu’après la mise en service de ce nouvel ouvrage d’envergure internationale, on pourrait estimer à leur juste valeur les possibilités cohérentes qu’il pourrait offrir en matière d’exploitation d’aéronefs de tout type avant de se prononcer sur l’éventualité d’ouvrir des lignes internationales, alors que seul Alger est desservi à partir de Sétif et vice-versa.

Aéroport et DTP

Est-ce que la direction des travaux publics de la wilaya de Sétif ne prend pas de risque en prolongeant les péripéties du projet d’extension de la piste de l’aéroport ? Cet aéroport se voulait de portée internationale depuis les années 1990, alors qu’on en est toujours au même point, en train de spéculer et de patauger en raison des décisions d’une administration en porte-à-faux qui s’obstine résolument à construire une structure à même d’assurer une compatibilité entre l’ouvrage et les intentions des décideurs, qui ne sont même pas convaincus du bien-fondé de l’étude et de la réalisation du prolongement de la piste.

De plus, en raison de problèmes géotechniques et hydrologiques,  la portance du sol serait-elle apte à permettre l’exploitation de cette infrastructure à son plein régime pour contenir des appareils de gros tonnage ? Nul n’est en mesure de le confirmer ou de l’infirmer tant que des essais ne sont pas effectués sur la partie de l’ouvrage construite sur un remblai compressible dont la mise en œuvre fait appel à une technologie sophistiquée qui paraît assez contraignante.

L’extension de la piste de 2 400 m de l’aéroport de Sétif a été confiée au bureau d’études SAETI (Société algérienne d’études d’infrastructures), basé à Alger, alors que ledit bureau n’a jamais levé les réserves relatives à l’extension de la piste ouest en décembre 1999, contrairement à ses engagements pourtant formels à ce sujet. Alors, pourquoi le choix de l’administration des travaux publics de Sétif s’est-il porté sur ce bureau alors qu’elle n’était pas sans ignorer des capacités réduites de ce bureau d’études techniques en matière d’études aéroportuaires et de son manque d’expérience dans ce domaine ? A moins qu’une tout autre raison occulte ait  justifié ce choix !

Nonobstant ce choix biscornu que rien ne pouvait justifier, il s’avère que dans des correspondances adressées au wali de Sétif, les différents directeurs des travaux publics qui se sont succédé ont insisté sur la nécessité de réduire les objectifs de l’aéroport de Aïn Arnat compte tenu des contraintes techniques difficilement surmontables et de relancer le dossier de l’aéroport international de Mezloug.

Les voies d’accès à l’aéroport

Accident de parcours malencontreux, cas de force majeure, faute imputable à la providence, impératifs d’ordre politique, pressions extérieures ou défaillance humaine : on constate un gâchis financier concernant la réalisation d’un chemin de wilaya reliant le carrefour situé juste avant la ville de Aïn Arnat à l’aéroport. Cette voie d’accès de 4 km a été construite – alors que l’administration des travaux publics n’était pas sans ignorer le projet d’extension de la piste à 2 400 m et plus tard à 3 200 m – supplantée par une autre étude, plus rationnelle, dont le tracé tiendra compte des servitudes liées à l’extension de la piste. Cet accès devrait être supprimé puisqu’il chevauche et empiète manifestement sur le tracé du prolongement de la piste conformément au projet d’extension. La polémique autour de cet aéroport n’en finit plus si l’on y ajoute, aujourd’hui, un investissement conséquent qui s’est désintégré en raison de la léthargie chronique d’une administration incapable de voir loin, se distinguant par une chasse aux vrais cadres volontairement aiguillés sur des voies de garage, des cadres marginalisés dont on se débarrasse sans état d’âme.  C’est ce que la direction des travaux publics de la wilaya de Sétif appelle faire preuve d’innovation et d’assainissement en profondeur d’une structure qui n’a jamais évolué, excepté dans la médiocrité et la routine.

Et là où le bât blesse, c’est lorsque la primauté du paternalisme et de l’absence de dialectique l’emporte avant toute autre considération, des pratiques qui ont débouché sur des études interminables à propos d’un aéroport toujours en cours de réalisation depuis des lustres.

L’administration a remédié tardivement en procédant à la rectification du tracé pour rejoindre la fin de l’ancienne voie, avant ou après le dalot reposant sur quatre buses et ce, afin d’éviter d’empiéter sur l’extension de la piste et du seuil décalé (dégagements aéronautiques). Le maître d’ouvrage, qui ne trouve rien à redire sur le gaspillage d’argent, débloque encore des capitaux pour réaliser la même voie d’accès, mais avec un large contournement pour se conformer aux plans techniques. On ne comprend pas pourquoi le ministère des Travaux publics n’a diligenté aucune enquête pour déterminer les responsabilités de chacun dans cette affaire et engager des poursuites dissuasives à l’encontre des instigateurs d’une bavure où les mis en cause se réfugient dans un alibi parfait en mettant en avant “le dommage collatéral” ou “l’irresponsabilité collective”.  Tout en étant offusqué, on se demande combien d’argent a été englouti pour la réalisation d’une voie d’accès qui n’a servi à rien, sinon à entretenir des illusions perdues. Tout le monde a vite déchanté devant les perspectives d’ouvrir cet aéroport qui desservirait des capitales européennes alors que la communauté émigrée croit toujours que cet aéroport sera ouvert au réseau international très bientôt. Pour mémoire, il n’est pas superflu de préciser que la mise en service de l’aéroport de Sétif en 2002 et le doublement de la RN5 (Sétif – El-Eulma) ont incontestablement renforcé les potentialités infrastructurelles de la wilaya, devenue une zone d’activité reconnue des plus importantes économiquement. Les capacités en matière d’infrastructure du complexe économique de Sétif  se consolideront indéniablement par l’extension de la piste principale de l’aéroport et la réalisation des travaux de doublement du tronçon de la RN5 reliant Sétif aux wilayas de Bordj Bou-Arréridj et Mila.

Un aéroport atrophié

L’incompatibilité du plan de masse de l’aéroport de Aïn-Arnat avec le plan d’urbanisme, du point de vue des servitudes de dégagements, restreint le nombre de solutions envisageables pour l’extension de la piste vers l’est. Toutefois, une analyse exhaustive a mis en évidence cinq variantes possibles pour le choix de l’emplacement du seuil décalé (seuil 27 avec une pente de la trouée comprise entre 2 et 3,33%), sans pour cela recourir à la démolition d’un nombre important de constructions.

L’étude d’impact sur l’environnement laisserait à désirer en raison des répercussions négatives et de nuisances préjudiciables pour l’homme.

Cet aéroport, qui était au centre de toutes les polémiques et de tous les enjeux politiques, stratégiques et économiques, a vu sa réalisation différée sine die car il a toujours été tributaire de décisions à vocations politique et militaire puisque la défense nationale a toujours voulu que l’exploitation de cet aéroport, qui jouxte une caserne, soit envisagée pour un usage mixte.

Tous ces facteurs corroborent que des interférences et facteurs extérieurs, qui ont maintenu le choix du site de cet aéroport à Aïn Arnat, répondent à des impératifs politiques et, dans une moindre mesure, militaires. Un choix controversé qui n’aura contribué qu’à prolonger indéfiniment le dossier d’autant plus que la topographie du terrain est loin de favoriser non l’extension de la piste.

La DTP aux abonnés absents

Il est incompréhensible que la commune et la direction des travaux publics de la wilaya de Sétif ne soient pas préoccupées par l’état lamentable de la voirie de cette ville. Nids de poules, chaussée défoncée et gravement endommagée, crevasses… telles sont les caractéristiques de la voirie de la ville de Sétif, qui laissent de marbre les autorités locales. 

Il est temps que le maître de l’ouvrage soit sensibilisé en lançant plusieurs appels d’offres afin que le chef-lieu de wilaya retrouve sa splendeur d’antan. Pour des raisons en rapport avec la commémoration du 60e anniversaire du massacre du 8 Mai 1945, les autorités locales ont procédé à des ravalements de façades, ont mobilisé des travailleurs et réquisitionné des engins des travaux publics afin de colmater les brèches et remettre en état les voies dont le revêtement bitumineux avait disparu, restant insensibles  cependant aux malfaçons flagrantes. Les autorités ont pris la décision de réhabiliter exclusivement les voies empruntées par les officiels algériens et étrangers à l’occasion de l’anniversaire du 8 Mai 1945.

N. Rahal

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