Semaine du 15 au 21 juin 2005

 

Gouvernance à géométrie variable

 

Deux ou trois exemples parmi d’autres

Dans une conjoncture économique des plus favorables

Ça coince toujours !

Y a-t-il une volonté de faire redémarrer l’économie ?

 

 
 
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  Gouvernance à géométrie variable

Deux ou trois exemples parmi d’autres

La personne qui s’appliquerait à dresser la liste des cas récents de mauvaise gouvernance de la part des dirigeants du pays, encourt le risque de s’atteler à une tâche sans fin, tant la matière est abondante. En fait, sur les quinze dernières années, il n’existe, tout bien considéré, qu’un seul domaine où l’Algérie a remporté un succès difficilement contestable, c’est dans la lutte contre le terrorisme.

Cette victoire ne peut absolument pas être revendiquée par les seuls gouvernants, où qu’ils se situent, auxquels du reste peut être adressé le reproche d’avoir manqué de lucidité comme de détermination devant la montée de l’islamisme porteur de violence extrême. Si tout le pouvoir était en 1991 entre les mains de Chadli Bendjedid et de son chef du gouvernement, Mouloud Hamrouche, l’Algérie serait aujourd’hui sous le joug théocratique, ou bien elle aurait déjà éclaté en autant de morceaux qu’il y a de féodalités latentes. Réduit à ses seules forces, le régime n’aurait jamais été capable de vaincre l’insurrection armée islamiste, d’une ampleur sans le précédent dans le monde musulman. Il faut d’ailleurs le reconnaître : personne ne conteste le fait que cette victoire soit due à une mobilisation populaire aux formes les plus diverses. C’est ainsi que le discours officiel fait toujours place à la dimension populaire revêtue par la lutte antiterroriste. Politiquement, il est essentiel que soit sans cesse rappelé le fait qu’en dernier ressort, c’est le peuple algérien qui a brisé la déferlante intégriste. Que s’il s’en était seulement tenu à l’attitude de neutralité, à laquelle on l’appelait de différents de côtés, c’en était fini de l’establishment. C’est pourquoi d’ailleurs ce dernier n’a pas d’autre choix que celui d’œuvrer à l’approfondissement de la démocratie, pour autant qu’il veuille rester sur la trajectoire qui lui a permis de surmonter une crise mortelle. Or, il ne semble pas que son programme soit d’accélérer la démocratisation. Le gouvernement Ouyahia, auquel il ne s’agit pas non plus d’imputer toutes les tares du pays, n’a de toute évidence aucune envie de travailler dans ce but. Cela signifie en fait que le président Bouteflika, homme de la continuité comme il se définit lui-même, n’envisage pas de réformer les institutions dans le sens d’un meilleur équilibre des pouvoirs. Il ne donne pas le sentiment de quelqu’un qui comprend que l’aspiration démocratique est, en Algérie, irrésistible, et qu’il est juste possible de l’entraver, en aucune façon de l’annihiler. En perdant du temps, comme il le fait, il donne sans le vouloir un programme à celui ou à ceux qui lui succèderont, qui auront ainsi pour tâche principale de déboutefliker, ce qui revient pour l’essentiel à reprendre le processus démocratique où il l’a pour sa part arrêté, afin de le relancer.

Sur un tout autre plan, les gouvernants paraissent également en panne de projet. Bien entendu, ils s’appliquent à donner le sentiment de savoir exactement ce qu’il y a lieu de faire dans ce domaine, mais avec un tel manque de conviction qu’ils ne font guère illusion. Ils sont dépourvus de politique économique. Les bons chiffres dont ils font état ne sont pas imputables à une action dont ils seraient responsables, mais en tout et pour tout à la bonne conjoncture pétrolière. Le programme de soutien à la relance ne peut tenir lieu de politique économique, c’est pourtant à ce titre qu’on tente de le “vendre” à l’opinion. Quand on investit en équipements collectifs des milliards de dollars par an sur une longue période, on distribue des revenus, ce qui se traduit inévitablement par une croissance notable du PIB. Cela ne signifie pas pour autant qu’on a initié une relance durable, enclenché une dynamique susceptible à la fois de se poursuivre et de monter en puissance dans les années à venir. Sans compter que distribuer des revenus, c’est aussi accroître la demande des biens de consommation, qui ne sont pas produits dans le pays même. De ces dépenses, ce sont essentiellement les entreprises étrangères qui profiteront. Sur les 55 milliards de dollars que ce plan va coûter, combien seront transférés à l’étranger, au titre des bénéfices des entreprises engagées et à celui de la corruption inévitable? Il ne fait pas de doute que ce sera la plus grosse part qui sortira à terme du pays.

Pour autant, dire que ce gouvernement ne dispose pas d’une politique économique, ne signifie pas qu’il est libre de toute idéologie. C’est au contraire parce qu’il a son idée toute faite sur ce qui doit être accompli pour surmonter les difficultés actuelles qu’il décide de concentrer son effort sur le développement des infrastructures. Ses choix d’ouverture sur le marché mondial lui commandent en effet de s’atteler prioritairement à réunir les meilleures conditions dans le but d’attirer les investissements étrangers, qui, eux, sont censés créer la richesse tout en intégrant le pays dans l’économie-monde. Dans cette optique, il ne faut surtout rien entreprendre de nature à dissuader les investisseurs de venir. Il convient au contraire de construire tous les “ponts et chaussées” que les entreprises étrangères seront amenées à emprunter dans le cours de leurs affaires, et d’attendre que toute cette bonne volonté les persuadent de venir “prendre des risques” chez nous. Les réserves importantes de change dont dispose le pays n’étant pas la moindre des infrastructures à faire valoir auprès d’elles.

L’ex-ministre des finances, A. Benachenhou, faisait, semble-t-il, de cette méthode pratiquement une religion. C’est ainsi qu’il la croyait applicable dans la construction même des infrastructures. En quoi il exagérait – ou plutôt il rêvait. Comme on le lui signifiait, il a exprimé le désir de s’en aller – à moins qu’on ait anticipé sa démission en le limogeant sous couvert de remaniement gouvernemental. Son départ, en tout cas, n’a pas entraîné de révision plus ou moins déchirante en la matière.

Ahmed Ouyahia manque rarement une occasion de renouveler l’engagement du gouvernement à s’en tenir à la lettre du programme économique à ses yeux d’autant plus excellent qu’il est celui du président de la République. Même les choses auxquelles il s’est opposé dans un passé pas si lointain, il les reprend aujourd’hui à son compte sur un ton sans réplique, destiné sans doute à effacer des mémoires des propos contrastant fortement avec ceux qu’il tient aujourd’hui. C’est le cas, par exemple, de l’amnistie générale, alors même que le projet n’est pas encore sorti au grand jour, et qu’il y a des raisons de penser qu’il ne passera pas dans la réalité. Il serait difficile en effet de trouver un meilleur exemple de politique incohérente, et cependant présumant à ce point d’elle-même. Pourtant, le président Bouteflika joue ici sa carte maîtresse, celle dont dépend pour l’essentiel son destin politique. Il veut être l’homme qui a réconcilié les Algériens entre eux, celui qui a rétabli la paix sur l’ensemble du territoire national, et, subsidiairement, ou principalement, changer la Constitution sur la lancée de ce Grand Œuvre, afin de rester au pouvoir au-delà de 2009. Or il fait dépendre ce programme de la compréhension que peut en avoir un courant politique, sans avoir à concéder à celui-ci la contrepartie qu’il escompte en retour, à savoir l’abandon de l’action terroriste contre sa réhabilitation, autrement dit le retour sur la scène politique légale. Le Président semble avoir cru qu’il suffisait de promettre la vie sauve aux terroristes encore en activité pour qu’ils s’empressent de déposer les armes et de réintégrer la société.

Les islamistes radicaux, qui se répartissent entre plusieurs rameaux, les uns armés et les autres non, qui marchent peut-être séparément mais qui, sûrement, frappent ensemble, ne l’entendent de toute évidence pas de cette oreille. Ils n’accepteront à la rigueur de déposer les armes que dans le cas où on leur donne la garantie de pouvoir faire de la politique comme des citoyens à part entière. Le président Bouteflika n’a jamais dit qu’il irait jusque-là. Il lui est déjà arrivé au contraire de déclarer que cette réhabilitation était hors de question. Dans ces conditions, le projet d’amnistie générale, dont on continue de nous rebattre les oreilles, n’a pas la moindre chance d’aboutir.

M. Habili

 

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Dans une conjoncture économique des plus favorables

Ça coince toujours !

Dans une conjoncture des plus favorables en matière économique, la mauvaise gestion, la non-gouvernance et l’absence de prévisions précises laissent place à l’incertitude et au sentiment d’être berné par de beaux discours.

“Tout est  à l’arrêt, on  ne voit rien venir”, rouspète Salah B. “Depuis la dernière élection on attend des jours meilleurs, et en attendant, on tourne en rond quand ce n’est pas à vide.” Cet industriel met en évidence l’aspect conjoncturel de la gestion économique du pays. “Au début de 2004, on nous a demandé d’attendre après l’élection présidentielle, puis après les élections, on nous a demandé d’attendre la rentrée sociale, puis on nous a dit après le ramadan… Cette fois, on nous dit après la Foire. Ce n’est pas comme cela qu’on va travailler ou faire évoluer les entreprises.” Mauvaise conjoncture politique, mauvais augures, mauvaises conjonctions des astres… au moment où le pays affiche des signaux au vert et des rentrées considérables en devises, la machine économique semble toujours bloquée. A cause des incidences politiques, des mauvaises habitudes. Pour Salah B. comme pour d’autres, le million de logements, le plan de soutien à la relance économique, les grands chantiers sont des données bien réelles que ne traduit pas la réalité qu’ils vivent.

Dominique P. est Français. Il errait à la 38e Foire internationale d’Alger alors qu’il prépare un projet de partenariat depuis une année dans l’industrie des peintures. “Je ne comprend pas pourquoi ça coince”, se demande-t-il, l’air perdu. Pour lui, de toute façon, si ça ne se décante pas cette fois-ci, il ira voir ailleurs.

Dans le cas de Dominique P., le partenaire privé algérien est prêt, les structures existent, le marché est connu mais les lenteurs administratives font que le projet tarde à voir le jour. “Il m’a fallu trois mois pour apprendre que le transfert des bénéfices en devises se fait au prorata de l’investissement réalisé en devises”, explique-t-il. Pour lui, une telle information devrait être disponible sur un site Internet : “On n’a pas besoin de faire le tour des administrations pour le savoir.”

Ce qui le gêne, c’est la contradiction qui existe entre le discours et les faits. “Les difficultés liées aux systèmes bancaire et fiscal ne me gênent pas plus que cela, je peux m’y adapter”, indique-t-il.

A force de fréquenter ses futurs partenaires, ceux-ci lui ont fait aussi des confidences : la bureaucratie, le clientélisme, la corruption passive ou effective… de tout cela, Dominique P. est devenu expert.

Rien ne va

En fait, si l’Algérie a besoin de séduire, elle a usé de tous les moyens de tous les appâts. Le travail de longues années est certainement en train de donner ses fruits. Après l’incertitude liée aux aspects sécuritaire et politique, c’est l’embellie financière qui est en train de reprendre le dessus et on s’intéresse de plus en plus à l’Algérie. Mais il s’agit de transformer l’essai et, à ce jeu, l’Algérie est en train de perdre du temps.

Si l’Etat met en évidence les potentialités et les possibilités, ces mêmes possibilités semblent coincées dans les couloirs des bureaux d’une administration lente et phagocytée par les mauvaises habitudes. Les réformes nécessaires entreprises, parfois en voie de l’être, laissent un arrière-goût d’insatisfaction chez nombre d’entrepreneurs désirant investir en Algérie, chez qui prévaut le “on reviendra plus tard”.

“Il faut avoir du souffle”, confie Ali B., entrepreneur représentant une entreprise française voulant distribuer des solutions industrielles pour l’agro-alimentaire. Cette entreprise ne veut pas de partenaire, elle veut s’installer, produire et vendre directement. Après une expérience avec un distributeur algérien, cette fois l’entreprise va acquérir ses propres locaux. Ali B. compte, au mieux, être opérationnel à la fin de l’année 2005. “Ailleurs, j’aurai mis tout cela en place en quelques mois.” Mais s’il vient en Algérie, c’est parce que “c’est ici qu’il y a de l’argent à faire”, déclare-t-il sans ambages.

Quant aux difficultés rencontrées, ce sont toujours les mêmes : “La banque est vieille, l’administration est lente et le fisc vous prend toujours pour un escroc.” Et puis, il y a le reste, la corruption à tous les niveaux. “Il faut glisser la pièce partout ou promettre quelque chose au chef de service.” A-t-il cédé au chantage, Ali dit que non et résiste aux mauvaises habitudes. “On essaye de contourner les blocages avec les gens de bonne volonté.” Finalement, tout ne va pas si mal !

Preuve de bonne volonté

Des ripoux partout. Et c’est au delà des difficultés de l’administration et du maquis légal le principal obstacle et le principal piège. Mais si on constate la mise en branle de l’appareil judiciaire contre les ripoux, cela ne va pas sans rappeler les campagnes du milieu des années 1990 qui ont surtout mis en évidence la précipitation et le zèle mis à envoyer des cadres en prison avec des dossiers vides et pour se voir obligés de les réhabiliter quelques années plus tard.

Cette fois, au moment où la justice se saisit de dossiers, on enregistre surtout une sorte de “top ten” des personnalités et hauts fonctionnaires condamnés ou en attente de procès.

L’ancien wali d’Oran, condamné à huit ans de prison, est passé aux yeux de l’opinion pour du “menu fretin” alors qu’on lui reproche la distribution de logements sans respect de la réglementation. Au même moment, le wali de Blida est démis de ses fonctions alors que son fils et plusieurs de ses collaborateurs sont placés sous mandat de dépôt ; un ancien gouverneur de la Banque d’Algérie, des membres de la commission bancaire et un conseiller de la Présidence sont mis en examen et cela renvoie à une sorte de remake d’une opération “manu pulite” (mains propres).

Ces “rafles” dans l’administration interviennent au moment où le chef du gouvernement reconnaît le laxisme qui a prévalu dans les années 1990 et qui n’est plus de mise. Concomitamment, jamais l’Algérie n’a été  désignée comme pays où règne la corruption. Finalement, est-ce que les mauvaises notes des ONG et autres organismes onusiens poussent les pouvoirs publics à faire le ménage, ou bien est-ce que seule prévaudra la preuve de bonne volonté aux yeux du monde ? Autrement dit, l’Exécutif ne pratique pas le laxisme ; des lois sont édictées et des moyens humains et matériels déployés pour réduire l’ampleur de la corruption dans l’administration, principalement et parmi  le personnel politique.

Sans préjuger de l’aboutissement de ces affaires, il est clair qu’au moment où l’Algérie veut séduire des partenaires étrangers, elle a grand besoin de se défaire de sa réputation de “pays de corrompus”.

Mais s’il y a campagne, est-ce que seule la prison ou l’opération coup de poing mettra un terme à cette corruption ? A-t-on diagnostiqué les raisons et surtout les mécanismes (mentaux et administratifs) qui font que la commission dans la passation de marchés publics, le service rendu moyennant cadeaux et le bon droit reconnu après rétrocession d’avantages financiers soient devenus la règle ? Si des études ou des réflexions existent, elles sont hors d’atteinte de l’opinion.

Amine Esseghir

 

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Y a-t-il une volonté de faire redémarrer l’économie ?

Ils ont tort, ceux qui pensent que la puissance économique et militaire de l’Occident est la source de leur suprématie. Ce n’est pas l’économie qui fait l’homme, mais plutôt le contraire.

C’est l’organisation et la clarté dans les idées et les objectifs qui font qu’un pays accède au rang des grands de ce monde.

Dans un pays comme l’Algérie, “tout” concours à créer une importante dynamique économique génératrice de bien-être social. Enfin, “tout” sauf la clairvoyance politique de nos dirigeants. Avec 46 milliards de réserves de change, des millions de bras qui ne demandent qu’à travailler et des dizaines de milliers de chantiers qui n’attendent qu’à être entamés, l’Algérie reste au stade des pays strictement importateurs. Un pays qui a la chance (ou le malheur, à vrai dire) de disposer de réserves pétrolières et gazières qui permettent à ses gouvernants (à tous les niveaux) de durer sans pour autant mériter.

Le pays vit “grâce” à la cohorte de dizaines de milliers d’importateurs contre quelques centaines à peine d’exportateurs qui ne vont pas tarder à se reconvertir dans l’import, s’ils ne l’ont pas déjà fait. C’est le cas, notamment, de Saïdal (une fierté nationale dans le domaine du médicament) qui se voit obligée de recourir à l’importation (en partie) de produits finis pour ne pas devoir mettre la clé sous le paillasson. La (non) politique de l’Etat dans le secteur du médicament illustre parfaitement l’engagement de nos gouvernants dans la “bonne gouvernance” qu’on se contente d’évoquer officiellement qu’à l’occasion de séminaires et de journées d’études nationales ou internationales.

Avec un volume d’importation qui ne cesse d’augmenter depuis quelques années pour culminer à près d’un milliard de dollars en 2004, l’Algérie a montré qu’elle n’accorde aucune importance, ou très peu, à ce secteur vital. L’Etat s’était même payé le luxe de rester “neutre” dans le combat mené, il y a quelques années, par Saïdal pour obliger un partenaire à assumer ses engagements pour le lancement de la fabrication d’un produit aussi stratégique que l’insuline. Et au lieu de profiter de son aisance financière pour relancer ce secteur en venant en aide (pourquoi pas ?) à une entreprise comme Saïdal – ou même à  des sociétés privées qui se sont lancées dans la fabrication du médicament et pas seulement dans son importation – elle laisse le champ libre aux importateurs. Mais jusqu’à quand ?

L’on se rendra peut-être compte, lorsque les quelques dizaines de milliards de dollars de réserves de change se seront évaporées et lorsque le prix du baril de pétrole dégringolera (inévitablement), que le pays aurait dû investir dans certains secteurs névralgiques, sources d’importantes dépenses d’importation, pour assurer ses arrières et ne pas compter uniquement sur ses ressources énergétiques. Rappelez-vous que l’une des critiques de la période de Chadli Bendjedid (années 1980) était le “désinvestissement de l’Etat” qu’on considère être la source des malheurs économiques vécus durant les années 1990.

Il ne s’agit nullement de revenir à l’effort industriel des années 1970 en injectant des milliards de dollars dans la création de grandes entreprises qui font semblant de produire et de distribuer une rente, mais l’Algérie ne peut pas rater l’occasion qui se présente à elle, financièrement s’entend (en attendant d’améliorer les conditions politiques et les libertés publiques), pour cibler les domaines où l’Etat doit consentir des investissements productifs en aidant aussi bien les entreprises publiques performantes que celles relevant du secteur privé qui ont montré leur sérieux à asseoir une tradition industrielle au lieu de recourir à l’importation de produits de consommation.

Il est hors de question de se cacher derrière l’orthodoxie libérale pour justifier le non-recours à l’investissement sérieux et se contenter de débourser des dizaines de milliards de dollars en achetant des biens d’équipement ou des services qui, à terme, ne feront que gonfler artificiellement le taux de croissance économique sans pour autant assurer à l’Algérie une véritable base industrielle innovante et un savoir-faire qui résisteront aux fluctuations du prix du pétrole. Par ailleurs, il ne faut surtout pas injecter de l’argent dans des entreprises moribondes dans le seul but de faire vivre un collectif de “représentants” de travailleurs, pour s’acheter une “paix sociale” somme toute artificielle.

Le colloque sur la mondialisation, organisé par le quotidien El Khabar, a montré, à travers les interventions d’experts – y compris américains – qu’une économie durable ne se construit pas uniquement sur des projets d’équipement mais par la multiplication de petites et moyennes entreprises (PME) qui, dans les pays développés, créent des millions d’emplois, et en dotant leurs communautés respectives d’assises technologiques.

Comme, par ailleurs, l’hésitation et la tergiversation des pouvoirs publics à prendre des décisions en faveur de certains chantiers ont sérieusement ralenti la bonne marche de l’économie nationale. L’exemple de l’autoroute Est-Ouest confirme cette règle. Après avoir, pendant des années, refusé de financer ce projet en annonçant que la réalisation de cet ouvrage aura lieu dans le cadre d’un “BOT” (le constructeur prend en charge toutes les dépenses contre une concession qui lui sera accordée pour une durée de 30 ans), voilà que les pouvoirs publics reviennent subitement sur leur décision et décident de débourser plus de 7 milliards de dollars. Alors qu’en décembre 2003, le ministre des Travaux publics avait annoncé que son département planchait sur l’étude d’une trentaine de propositions émanant de groupes internationaux qui, disaient-on, étaient intéressés par la construction de cette autoroute.

Peut importe qui va la construire, l’essentiel étant que l’instabilité dans la décision économique (ou politique) a fait perdre à l’Algérie de précieuses années. C’est à se demander, d’ailleurs, si le délai annoncé (2009) pour l’accomplissement des 1 216 kilomètres de l’autoroute ne va pas être, lui aussi, revu à la hausse.

Le manque de prise sur l’économie  malgré une situation financière très avantageuse, et l’absence d’une véritable stratégie de développement ciblant les secteurs prioritaires révèlent-elle l’incapacité pour les dirigeants algériens d’être efficaces ? Oui, jusqu’à preuve du contraire !

Faut-il être “algéro-pessimiste” pour le penser ? Pas du tout. C’est, malheureusement, une appréciation qui tend à se généraliser, y compris chez nos partenaires économiques étrangers.

La dernière critique en date est venue de l’ambassadeur de Corée du Sud à Alger qui, lors du forum d’El Moudjahid, a montré pourquoi les Algériens étaient incapables de mener des expériences de développement. Il a eu raison de nous rappeler que son pays a commencé sa bataille pour le développement à la même période que l’Algérie mais, il a ajouté : “Nous avons beaucoup mieux réussi que vous.”

De tous les exemples qu’il a cités, un seul aurait pu suffire : la comparaison entre les secteurs de la pêche des deux pays valait son pesant d’or. “Pour une longueur de côtes pratiquement identique en Algérie et en Corée, vous avez réalisé 140 000 tonnes en 2004 au moment où nous avons réalisé plus de deux millions de tonnes de poisson”, a déclaré Park Dae-Won. Une manière de dire que les Algériens ne sont capables que de pomper du pétrole (d’ailleurs, même dans ce domaine, ils ont besoin de compagnies étrangères pour forer plus profond !) au lieu de redoubler d’ingéniosité pour diversifier leurs sources de revenus.

D’ailleurs, pour donner matière à espérer, l’ambassadeur de Corée a distribué aux journalistes un document dans lequel on peut lire que “l’Algérie de 2028” sera celle du “défi relevé” mais à la manière coréenne, puisqu’il est question de booster l’économie nationale à travers des projets et des idées bien définies. Dès 2010, y est-il écrit, “l’Algérie commença à exporter des articles uniques Hi Tech qui comblaient les besoins d’une population de 38 millions et exportait même en Europe en osant concurrencer les produits coréens et japonais”.

“Pour arriver à cette phase, a ajouté l’ambassadeur de Corée comme pour indiquer le chemin à suivre, il a fallu surmonter certains obstacles. Avant tout, l’industrialisation du pays nécessitait le retour des cerveaux algériens résidant à l’étranger. Ils étaient partis car ils réclamaient, à juste titre, plus de considération en termes de budget de recherche, de statut et de rémunération.”...

Abdelkader Djalil

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