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Il ne fait aucun doute que la nature de
l’enseignement fait à présent partie des préoccupations de toutes les forces de
sécurité à travers le monde et l’ANP en particulier ne peut pas oublier que le
cauchemar algérien a commencé avec l’islamisation de l’école.
Le dernier remaniement ministériel a été
caractérisé pour le FLN par la perte de quatre portefeuilles au sein du
gouvernement dont un de souveraineté, celui des Affaires étrangères. Le coup est
d’autant plus rude que la structure politique apparente du pouvoir aurait dû au
contraire produire un tout autre scénario avec un renforcement des positions de
l’ancien parti unique au sein de l’Exécutif. Le fait que ce dernier continue à
détenir la majorité absolue des siéges au sein de la quasi-totalité des
assemblées élues du pays et que le président de la République soit en même temps
président du parti rend difficilement compréhensible ce recul, même s’il a été
obtenu en faveur d’hommes appartenant au premier cercle présidentiel, à l’image
de Hamid Temmar, Mourad Medelci et Mohamed Bedjaoui. Si nous y ajoutons le fait
que le FLN est le seul parti qui, sur la scène politique, épouse en totalité les
options réconciliatrices et même d’amnistie générale du chef de l’Etat, il y a
alors lieu de se poser des questions assez sérieuses sur la réalité des rapports
de force apparents et de se demander si nous ne devons pas changer complètement
de méthode pour mieux comprendre ce qui se passe dans notre pays. Tant il est
vrai que si le Président tenait autant à placer ses hommes de confiance au
gouvernement, il aurait pu le faire en éliminant des ministres issus du RND ou
du MSP sans avoir à affaiblir la formation politique la plus proche de lui.
Ce qui laisse à penser que ce remaniement obéit
moins à la volonté propre du président de la République qu’à des calculs et des
manœuvres collatérales tendant à affaiblir le FLN au sein de l’Exécutif et,
partant, à l’affaiblir lui-même. Le fait est que quelques semaines à peine après
ce remaniement ministériel, le projet d’amnistie générale connaît un sérieux
revers avec la mise en hibernation de la commission nationale du même nom et la
mise sous éteignoir de Ahmed Ben Bella qui devait constituer la locomotive de
toute l’entreprise. Une mise sous éteignoir qui intervient tout de même après
que l’Etat algérien ait déboursé des sommes astronomiques pour fêter le jubilé
d’un homme qui n’a jamais fait du football sa principale activité.
Cela dit, il faut également relever que le
secrétaire général du FLN et le président du MSP sont maintenus au gouvernement
en qualité de ministres d’Etat sans prérogatives particulières, dans la position
qui leur permet le mieux de renforcer leurs partis respectifs. Ce qui répond à
un calcul stratégique assez fin consistant à prendre acte de la faiblesse
politique de ces deux partis conservateurs et à leur donner le temps et les
moyens de regagner le terrain perdu pour affronter en meilleure posture les
échéances politiques à venir. Dont celle “d’une révision constitutionnelle pour
le début de l’année prochaine” semble être la plus importante, de l’aveu même
de Abdelaziz Belkhadem qui, dans une interview à Liberté du lundi 13 juin,
annonce franchement la couleur. Le tout sur fond de consolidation de l’alliance
entre le Président et son chef du gouvernement qui tend à devenir aujourd’hui
stratégique, sauf que cette alliance donne plus l’impression d’être basée sur
des affinités personnelles que sur une totale adhésion du RND aux objectifs
politiques du chef de l’Etat. Preuve en est le balancement épisodique de Ahmed
Ouyahia entre les desiderata de son chef et les positions stratégiques de son
parti, notamment sur la question de l’amnistie générale et sur celle, plus
concrète encore, des privatisations.
Et pas seulement, puisque nous enregistrons
également, au même moment, une décision de suppression de la filière islamique
dans l’enseignement secondaire qui va totalement à contre-courant de la tendance
à la réhabilitation du courant islamiste sur la scène politique, encouragée en
sous-main par des segments influents du pouvoir. Pour ne pas trop rester dans le
vague, il est possible de deviner sans grand risque de se tromper que cette
suppression est peut-être la seule demande politique sérieuse de l’armée qui,
pour avoir sincèrement et loyalement commencé à ne plus se permettre la moindre
interférence dans la gestion des affaires de la cité, n’en a pas moins de
grandes responsabilités en matière de sécurité nationale. Or il ne fait aucun
doute que la nature de l’enseignement fait à présent partie des préoccupations
de toutes les forces de sécurité à travers le monde et l’ANP en particulier ne
peut pas oublier que le cauchemar algérien a commencé avec l’islamisation de
l’école.
Evolution politique contrastée donc, mais qui
repose sur des ressorts bien plus solides qu’il n’y paraît, même si elle est
souvent contrariée par des calculs politiques étroits et des ambitions
difficiles à brider.
A. M.
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