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Tant va la cruche à l’eau...
Il a fallu finalement en venir à la menace de
poursuites judiciaires pour faire lâcher prise à la CNAG. Pendant des mois,
pourtant, elle a fait illusion, se dépensant sans compter dans le pays, comme
une organisation tout ce qu’il y a de plus officiel. De fait, pour passer à la
télévision aussi souvent, la première condition est d’être autorisé. Pas la
peine de détenir un titre légal pour cela, il suffit d’être bien en cours. Or la
faveur du Prince a de ces brusques retournements qui laissent son homme sur le
carreau sans même qu’il ait eu le temps de dire ouf ! C’est ainsi en général que
finissent les courtisans. Triste métier, mais qui trouve toujours des vocations
prêtes à tenter l’aventure. La commission de A. Smaïl n’est pas plus tôt tombée
que celle de N. Slimani, du même PRA, se félicite de la disgrâce qui s’est
abattue sur sa rivale, et se déclare à pied d’œuvre aussi longtemps que l’ordre
de se saborder ne lui est pas expressément adressé par la présidence de la
République. Histoire de dire haut et fort qu’il n’a de compte à rendre à
personne d’autre. Il n’a pas l’air de comprendre, le monsieur, que la
plaisanterie a assez duré comme çà, et que s’il voulait que ce soit dans ses
locaux que se produise la descente de police promise à son rival dans le cas où
ce dernier s’obstinerait, il ne pouvait pas faire mieux. Mais il y a tout lieu
de penser qu’il sera rappelé à l’ordre, et qu’il se le tiendra pour dit. Les
deux ailes du PRA, l’une comme l’autre d’une ambition sans commune mesure avec
le poids politique de leur formation dans son ensemble, auront alors tout loisir
de se réconcilier pour donner l’exemple à la nation, dans la mesure toutefois où
la justice ne retiendra aucun grief à leur encontre, vu qu’en agissant comme
elles ont fait, elles ont commis, aux dires du chef du gouvernement, quelques
délits.
Mais, leur sort finalement est de peu d’intérêt. La
véritable question qui se pose est de savoir si cette fin plutôt indigne indique
que le projet auquel elles se sont dévouées est différé, abandonné, ou s’il
reste la priorité du chef de l’Etat. Laquelle de ces trois possibilités est la
bonne ? En fait, il n’était pas nécessaire d’être dans le secret des dieux pour
deviner que cette commission est une fumisterie. On n’a pas idée en effet de
confier une tâche de cette importance à un parti quasi inexistant, quand on
dispose d’une très large majorité qui ne demande de plus qu’à vous servir. Si,
pourtant, on opère de cette façon, c’est sans doute parce qu’on n’est pas sûr de
son affaire. Pour bien comprendre de quoi il retourne, imaginons un peu que les
chose se soient passées comme elles auraient dû se passer. Au lieu donc d’une
commission de fortune naissant à la lisière du champ politique, on a un
engagement solennel des trois partis formant le gouvernement en faveur du
projet. Dans ce cas, évidement, la responsabilité du président de la République
est elle aussi pleinement engagée. Pas de grenouillage possible dans ce
scénario. Tout se passe alors dans la transparence et une légalité
irréprochables. Les formes sont alors respectées : un projet d’amnistie générale
est proposé à l’assentiment populaire directement, sans faux-semblants, sans
échappatoires. Dans les règles de l’art quoi, comme le veut la bonne gestion
d’un pays, comme il convient d’agir envers un peuple, quel qu’il soit, en tout
lieu et en tout temps. Comme le veulent aussi les lois de ce pays.
Mais, dira-t-on, justement, pourquoi n’a-t-on pas
procédé comme l’exige la bonne administration des affaires publiques ? Pourquoi
recourir à cette chose bizarre, à cette chose impossible de commission
autoproclamée nationale, portée qui plus est par une formation outrageusement
peu représentative ? La réponse est dans la question. En procédant dans
l’informel, on se réserve le droit de tout annuler si on voit les choses prendre
une tournure plutôt désagréable.
Le fait est qu’une amnistie générale nécessite un
préalable : la paix. Autrement, elle revient à une offre de paix. Or, pour faire
la paix il faut être au moins deux, et être disposés à se faire des concessions
mutuelles. Qui ne voit qu’on en est encore très loin dans le pays ?
M. Habili
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