Semaine du 14 au 21  juin 2005

 

La trame du mercredi

Tant va la cruche à l’eau...

 

 
 
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Tant va la cruche à l’eau...

Il a fallu finalement en venir à la menace de poursuites judiciaires pour faire lâcher prise à la CNAG. Pendant des mois, pourtant, elle a fait illusion, se dépensant sans compter dans le pays, comme une organisation tout ce qu’il y a de plus officiel. De fait, pour passer à la télévision aussi souvent, la première condition est d’être autorisé. Pas la peine de détenir un titre légal pour cela, il suffit d’être bien en cours. Or la faveur du Prince a de ces brusques retournements qui  laissent son homme sur le carreau sans même qu’il ait eu le temps de dire ouf ! C’est ainsi en général que finissent les courtisans. Triste métier, mais qui trouve toujours des vocations prêtes à tenter l’aventure. La commission de A. Smaïl n’est pas plus tôt tombée que celle de N. Slimani, du même PRA, se félicite de la disgrâce qui s’est abattue sur sa rivale, et se déclare à pied d’œuvre aussi longtemps que l’ordre de se saborder ne lui est pas expressément adressé par la présidence de la République. Histoire de dire haut et fort qu’il n’a de compte à rendre à personne d’autre. Il n’a pas l’air de comprendre, le monsieur, que la plaisanterie a assez duré comme çà, et que s’il voulait que ce soit dans ses locaux que se produise la descente de police promise à son rival dans le cas où ce dernier s’obstinerait, il ne pouvait pas faire mieux. Mais il y a tout lieu de penser qu’il sera rappelé à l’ordre, et qu’il se le tiendra pour dit. Les deux ailes du PRA, l’une comme l’autre d’une ambition sans commune mesure avec le poids politique de leur formation dans son ensemble, auront alors tout loisir de se réconcilier pour donner l’exemple à la nation, dans la mesure toutefois où la justice ne retiendra aucun grief à leur encontre, vu qu’en agissant comme elles ont fait, elles ont commis, aux dires du chef du gouvernement, quelques délits.

Mais, leur sort finalement est de peu d’intérêt. La véritable question qui se pose est de savoir si cette fin plutôt indigne indique que le projet auquel elles se sont dévouées est différé, abandonné, ou s’il reste la priorité du chef de l’Etat. Laquelle de ces trois possibilités est la bonne ? En fait, il n’était pas nécessaire d’être dans le secret des dieux pour deviner que cette commission est une fumisterie. On n’a pas idée en effet de confier une tâche de cette importance à un parti quasi inexistant, quand on dispose d’une très large majorité qui ne demande de plus qu’à vous servir. Si, pourtant, on opère de cette façon, c’est sans doute parce qu’on n’est pas sûr de son affaire. Pour bien comprendre de quoi il retourne, imaginons un peu que les chose se soient passées comme elles auraient dû se passer. Au lieu donc d’une commission de fortune naissant à la lisière du champ politique, on a un engagement solennel des trois partis  formant le gouvernement en faveur du projet. Dans ce cas, évidement, la responsabilité du président de la République est elle aussi pleinement engagée. Pas de grenouillage possible dans ce scénario. Tout se passe alors dans la transparence et une légalité irréprochables. Les formes sont alors respectées : un projet d’amnistie générale est proposé à l’assentiment populaire directement, sans faux-semblants, sans échappatoires. Dans les règles de l’art quoi, comme le veut la bonne gestion d’un pays, comme il convient d’agir envers un peuple, quel qu’il soit, en tout lieu et en tout temps. Comme le veulent aussi les lois de ce pays.

Mais, dira-t-on, justement, pourquoi n’a-t-on pas procédé comme l’exige la bonne administration des affaires publiques ? Pourquoi recourir à cette chose bizarre, à cette chose impossible de commission autoproclamée nationale, portée qui plus est par une formation outrageusement peu représentative ? La réponse est dans la question. En procédant dans l’informel, on se réserve le droit de tout annuler si on voit les choses prendre une tournure plutôt désagréable.

Le fait est qu’une amnistie générale nécessite un préalable : la paix. Autrement, elle revient à une offre de paix. Or, pour faire la paix il faut être au moins deux, et être disposés à se faire des concessions mutuelles. Qui ne voit qu’on en est encore très loin dans le pays ?

M. Habili

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