Semaine du 15 au 21 juin 2005

 

Maroc, Algérie, Tunisie

“C’est le Sud qui finance le Nord”

Algérie-Maroc

Le dégel n’a pas eu lieu

Pauvres, les Algériens ?

 

 
 
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“C’est le Sud qui finance le Nord”

Intéressante, l’étude publiée le 13 juin par le Comité international pour l’annulation de la dette des pays pauvres (CADTM), dans son volet consacré aux trois pays du Maghreb.

L’approche est nouvelle, mais aussi très inquiétante sur l’avenir économique de la région.

Le Comité international pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde (CADTM), a demandé ce dimanche “l’annulation totale et immédiate de la dette extérieure publique de tous les pays en développement, qui est le principal obstacle à la satisfaction des besoins humains fondamentaux”.

Le CADTM, qui est un réseau international constitué de membres et de comités locaux basés en Europe, en Afrique, en Amérique latine et en Asie, a émis des réticences quant “à l’effet d’annonce” des déclarations des ministres des Finances du G8 qui ont annoncé samedi “une annulation historique” de la dette des pays pauvres. Selon le CADTM, “le coût de cette opération s’élèverait pour les pays riches à environ 2 milliards de dollars par an, à comparer aux 350 milliards de subventions agricoles et aux 700 milliards des dépenses militaires du G8”.

Dans les 18 pays concernés ne vivent que 5% de la population des Pays en développement (PED). Si la mesure est étendue dans les années à venir à l’ensemble des 42 PPTE, cela ne concernerait encore que 11% de la population des PED. “La majorité des habitants les plus pauvres de la planète vivent dans d’autres PED. Au total, il y a 165 PED”, a ajouté le CADTM. Il a estimé que “l’initiative de Londres ne peut résoudre ni le problème de la dette ni celui de la pauvreté puisqu’elle ne porte que sur 2% de la dette extérieure des pays en développement”. Pour ce comité, “l’annulation des dettes doit être inconditionnelle. Les populations du Sud et leurs mouvements sociaux, les Parlements des pays concernés sont en mesure d’exercer un contrôle sur l’application de mesures d’annulation afin que celle-ci profite réellement à ceux qui en ont besoin”.

La même ONG a publié une étude datée du 13 juin, consacrée aux retombées négatives de l’endettement de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie. Remontant aux années 1980, quand “les économies maghrébines se sont retrouvées sous la coupe du FMI et, à l’instar de la majorité des pays du Tiers-Monde”, elle rappelle comment les trois pays ont dû appliquer les politiques néolibérales prônées par le consensus de Washington. Austérité budgétaire (réduction des dépenses d’éducation), privatisations massives et ouverture de l’économie aux investisseurs étrangers étaient au cœur de ces programmes d’ajustement structurel.

“Toutes ces mesures, censées résoudre la crise, ont été appliquées avec une violence extrême et ont entraîné la destruction progressive du tissu économique et social.” Conséquences : les soulèvements populaires et la répression qui s’en est suivie se sont multipliés dans la région : en 1984 en Tunisie, suite au doublement du prix du pain et de la semoule ; de graves émeutes dans le sud du pays ont été réprimées au prix de plusieurs dizaines de morts. A Fès en 1990, la répression de violentes manifestations de protestation contre l’application du plan d’ajustement structurel a provoqué la mort d’une centaine d’étudiants.

Et les experts du CADTM de souligner que “plutôt que de diminuer, comme le FMI l’avait promis, la dette extérieure publique totale de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie a quasiment doublé entre 1980 et 2002, passant de 32,5 à 53,4 milliards de dollars”. Durant cette période, ces pays ont pourtant remboursé 213 milliards de dollars, soit 7 fois la dette qu’ils devaient en 1980 !

Plus grave encore, depuis 1998, le Maghreb connaît “un transfert net négatif” sur la dette, c’est-à-dire qu’il rembourse plus que ce qu’il ne reçoit en nouveaux prêts. Entre 1998 et 2002, ce transfert net équivaut à 32 milliards de dollars. De la sorte, le Maghreb est un exportateur net de capitaux.

En 2002, l’Aide publique au développement (APD) en faveur du Maghreb s’élevait à 367 millions de dollars, alors que le paiement du service de la dette (intérêts + capital) s’élevait à 9,3 milliards de dollars et les rapatriement des profits des multinationales à 1,1 milliard de dollars.

“Tous ces chiffres montrent de manière évidente que, contrairement à ce que l’on tend à croire, ce n’est pas le Nord qui aide le Sud, mais bien l’inverse”, conclut l’étude, du moment que chaque année, le Maghreb transfère des sommes considérables aux pays riches et aux institutions multilatérales.

Il va sans dire que face à cette hémorragie silencieuse de ressources, le système de l’endettement maintient les économies de la région sous perfusion, et donc sous contrôle.

Pour l’heure, les gouvernements de la région, en particulier ceux du Maroc et de l’Algérie, “se vantent de l’amélioration de leurs indicateurs économiques externes (solvabilité, réserves de change...). Mais les conditions de vie des populations se détériorent (en Algérie, 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, la moitié de la population n’a pas accès aux soins de santé de base et le chômage atteint 29 %), les privatisations se poursuivent, les ressources naturelles s’épuisent et une part importante des revenus de la vente de ces ressources repart directement vers le Nord au titre du remboursement d’une dette économiquement injuste, socialement et écologiquement insoutenable”.

Pour le CADTM, les politiques néolibérales appliquées de manière fidèle depuis maintenant plus de 20 ans par les gouvernements du Maghreb, ont été destructrices d’un point de vue social et humain et ont participé activement à l’exacerbation des violences et conflits sociaux de l’ensemble de la région. “Les gouvernements du Nord, le FMI, mais aussi les classes dominantes du Sud ont une grande responsabilité dans l’aggravation de cette crise. Alors que les violations des droits humains se poursuivent, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie se voient régulièrement félicités par le FMI pour leur bonne gestion et leur bonne pratique.”

A titre de recommandation urgente, les experts du CADTM considèrent essentiel de “mettre à l’ordre du jour la question de l’annulation de la dette et de l’arrêt des politiques d’ajustement structurel”. Dans cette optique, le premier Forum social méditerranéen, qui se tient du 16 au 19 juin à Barcelone, pourrait constituer un moment important de discussion sur ce sujet.

Le poids de la dette et la néo-colonisation économique dans les pays du Sud de la Méditerranée seront analysés en profondeur. Il s’agira aussi et surtout de réfléchir et débattre ensemble afin de définir des stratégies et des actions de lutte commune.

Un rendez-vous immanquable !

Nabil Benali

 

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Algérie-Maroc

Le dégel n’a pas eu lieu

La conférence de presse de l’ambassadeur marocain à Alger avait ceci de particulier qu’elle rappelait à l’opinion qu’entre l’Algérie et le Maroc, ce n’est jamais la forme qui manque, encore que pour cette fois, le diplomate a permis de dévoiler la nouvelle voie dans laquelle Rabat souhaite entraîner Alger.

En accusant la presse de détenir une part de responsabilité dans la tension permanente entre l’Algérie et le Maroc, S. E. Mohamed Saïd Ben Ryane a laissé entendre que, n’était l’animosité des médias algériens et leur travail de sape, les décideurs algériens auraient les coudées franches pour se rapprocher plus facilement de Rabat et ce serait une chance alors pour que les vieilles divergences en soient aplanies. Le diplomate, pourtant en poste depuis quelques années, faisant postulat de l’idée que c’est la presse algérienne qui fait l’opinion compatriote – ce qui reste encore et toujours à démontrer – semble dire aussi que les journalistes algériens gagneraient en noblesse du métier s’ils s’adressaient un peu plus à la représentation diplomatique marocaine avant d’écrire sur les sujets communs, cela inclut bien entendu le Sahara occidental. Il qualifie presque de “coupable” la presse algérienne d’avoir épousé et défendu les mêmes points de vue que les dirigeants politiques en matière de relations internationales. L’on serait curieux de voir quel traitement serait réservé à une voix dissonante qui s’aviserait, en terre marocaine, de dire autre chose que les positions officielles au Maroc.

Le cas de la militante islamiste condamnée cette semaine pour avoir exprimé une opinion qu’elle présentera comme “personnelle” sur sa préférence pour la république plutôt que pour la monarchie est, en soi, assez édifiant.

Toutefois, quitte à déplaire à certains, il ne faut pas tenter de cacher le soleil avec un tamis uniquement parce que c’est le voisin de l’ouest qui le dit : il arrive souvent que les médias algériens se laissent entraîner dans ces polémiques devenues traditionnelles qui, du reste, ne font en rien avancer la cause sahraouie. Il est une évidence pour le commun des Algériens que ce dossier reste une question de décolonisation, perçue par l’opinion comme en lien avec le principe de l’intangibilité des frontières et sur lequel il est impossible de reculer, d’autant qu’il en est au Maroc qui nourrissent encore des ambitions territoriales sur certaines régions de l’Algérie. Et c’est pourquoi les lecteurs ne s’attardent pas trop sur ces articles où il s’agit de “casser du Marocain” pour la bonne et simple raison que dans le conscient collectif, les deux peuples n’en font qu’un.

Ce sont aussi des polémiques qui n’ajoutent pas non plus à la marche démocratique ni au Maroc ni en Algérie. On ne peut pas qualifier de sérieux ni de courageux surtout, les écrits – de part et d’autre – qui dénoncent les atteintes aux droits de l’homme de l’autre coté de la frontière, tout en se taisant sur ce qui se passe chez soi. Si pour des impératifs de travail diplomatique et politique sans relâche, l’on peut comprendre –comprendre seulement – pourquoi l’APS et la MAP, les agences de presse officielles des deux Etats, se livrent à un exercice de dénigrement mutuel qui dure depuis des années, l’on reste sans réponse sur l’attitude des médias dits indépendants qui, globalement pris, n’œuvrent pas non plus à un travail de fond ciblant l’intégration des économies et de la société civile des pays maghrébins, obnubilés par la spécificité algérienne qui a tant fait perdre de temps à tous.

Ce qui est intéressant, cela dit, c’est l’évocation de l’ambassadeur d’un tel sujet, connu de tous sous toutes ses coutures. Il va de soi que sous une forme d’humour noir, bien qu’adressée sous forme de reproche acerbe, il n’avait pas moins d’autre visée que de culpabiliser les journalistes algériens plus qu’autre chose.

Le diplomate marocain a, par ailleurs, rappelé que son pays est pour la solution dans le cadre de l’ONU, sous une interprétation naturellement autre que celle d’Alger, qu’il n’était pas responsable du maintien de la fermeture des frontières, que les hommes d’affaires de son pays voudraient bien investir en Algérie si ce problème venait à être réglé et, enfin, que le royaume continue de croire en la nécessité de l’édification de l’UMA. Il a donné le scoop, démenti, on le sait présentement, par Ahmed Ouyahia, sur la visite du chef du gouvernement à Rabat le mois courant. Sans nous appesantir sur l’énigme qui entoure ce malentendu diplomatique, il semble nécessaire de décrire son contexte. Il est marqué par une escalade de la répression des autorités marocaines contre les populations sahraouies à El-Ayoun.

Les territoires occupés du Sahara occidental sont soumis, depuis une semaine, à un quadrillage militaire mais aussi médiatique, avec le début de l’invasion marocaine du territoire ; plusieurs délégations d’élus locaux, personnalités, représentants de la société civile espagnole et journalistes se sont vu expulser du territoire non autonome par les forces d’occupation. Il va sans dire que même si cela figurait dans son agenda, l’acceptation par Ahmed Ouyahia de se rendre à Rabat aurait valu caution de la répression marocaine, ce qui aurait été tout bonnement impossible. Tout comme les responsables marocains, le fait est vérifiable, évitent de se rendre à Alger quand des associations marocaines reprennent les démarches revendicatives à propos des soldats détenus par le Polisario.

Or, il est déraisonnable de vouloir tenter de sortir les Algériens de leur attitude de toujours : opposer à l’énervement marocain “le sang-froid et la légalité” (pour paraphraser un observateur averti).

En parallèle de l’effort médiatique soutenu pour défendre les positions de Rabat sur le Sahara occidental, une campagne diplomatique sans précédent est engagée pour faire valoir l’impossibilité de la solution indépendantiste. C’est dans ce cadre qu’il faudra placer les dernières déclarations du ministre marocain des AE faites à Jeune Afrique-L’Intelligent, indiquant que le concept de l’autonomie dans le cadre de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale du Maroc est “une solution de compromis démocratique et conforme à la légalité internationale”. Et c’est uniquement dans ce cadre que Rabat est “disposé à négocier”.

Autant de pressions sur Alger qui, au lendemain du sommet Bouteflika-Mohamed VI, se préparait à adopter une nouvelle approche des relations bilatérales. Dans cette phase, il est définitivement acquis que la mésentente entre les deux Etats sur le Sahara occidental, avec l’enjeu de l’intangibilité des frontières pour l’Algérie et celui de l’avenir de la monarchie pour le Maroc, est tellement profonde qu’il est impossible pour l’un comme pour l’autre de jouer la comédie du dégel plus longtemps juste pour rassurer la communauté internationale. Le retour à la case départ est consommé. Avec cette certitude en prime.

Nabil Benali

 

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Pauvres, les Algériens ?

12 millions d’Algériens vivent au seuil de la pauvreté, tel est le résultat du rapport 2004 sur le développement humain dans le monde arabe. Toujours selon ce rapport, 29,8% d’Algériens en âge de travailler sont chômeurs.

Elaboré par une équipe indépendante d’intellectuels arabes, ce rapport a été sponsorisé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), en collaboration avec le Fonds arabe pour le développement économique et social et le Programme du Golfe arabe pour les organisations de développement des Nations unies.

Ce rapport a le mérite de mettre à nu une vérité cruelle. Une vérité que l’on voudrait tant ne pas voir en face, mais qui, hélas, est de jour en jour plus présente. Il faut le dire, la paupérisation gagne du terrain à une vitesse déroutante, et les multiples SOS lancés à travers les ondes de la radio par des personnes que la pauvreté contraint à demander de l’aide, sont la preuve que beaucoup d’Algériens “survivent” difficilement.

Le pouvoir d’achat s’amenuise à tel point que les familles qui, il y a quelques années, étaient à l’abri du besoin, sont maintenant tout à fait pauvres. Y a-t-il un indice plus révélateur de cette misère galopante, sinon ces mères de famille qui, à défaut de pouvoir faire leurs courses à même les étals des marchés, fouillent les poubelles à la recherche de quelques légumes encore consommables, qu’elles pourront accommoder et en faire un plat chaud pour les enfants ?

Mais il faut croire que la misère n’épargne personne. Les enfants aussi se mettent de la partie et ramènent, quand ils le peuvent, de quoi apaiser une faim lancinante. Le terme n’a rien d’exagéré et la scène vécue à la Foire internationale d’Alger est des plus poignantes. La météo est au beau fixe ce jour-là. La FIA attire toujours autant de monde. Professionnels en quête d’un nouveau projet, d’un partenariat ou d’une part de marché et curieux qui se baladent d’un stand à l’autre, histoire de passer le temps. Il est l’heure du déjeuner. Restaurants et fast-food affichent complet. Il s’en échappe des odeurs appétissantes. Qui, dans cette effervescence, prête attention à des gosses guère plus hauts que trois pommes, maigres, pauvrement vêtus, qui lorgnent du côté des restaurants, les yeux avides et qui se ruent, dès que des clients quittent une table, pour s’emparer des restes ? Le manège dure tout le temps du déjeuner. Les serveurs qui les regardent s’éloigner, leur trésor bien serré, sont habitués à ce spectacle. Mais peut-on jamais s’habituer à ces regards d’enfants pleins de tristesse ?

Ces enfants qui ne mangent jamais à leur faim depuis que l’entreprise nationale où travaillait leur père, en tant qu’ouvrier qualifié, a été dissoute… Le père, qui était inscrit à la Caisse nationale du chômage, n’a pu retrouver un emploi permanent. Il vivote au gré des jobs qu’on lui propose : gardien, chauffeur, jardinier, courtier, peintre… mille métiers, mille misères. L’argent qu’il gagne fond très vite. Les dépenses de la maison, limitées au strict minimum, sont quand même incessantes. La mère, habile de ses mains, roule le couscous ou confectionne des gâteaux pour celles qui les lui demandent, mais ce n’est pas tous les jours qu’elle reçoit les commandes intéressantes et le pécule qu’elle gagne ne fait pas vivre une famille de sept personnes, surtout quand on sait que les charges (loyer, eau, électricité) sont obligatoires. Quand le père travaillait encore, cette famille avait une situation financière correcte, mais du jour au lendemain, elle s’est retrouvée livrée aux incertitudes de la vie.

Un quotidien que partagent beaucoup d’autres qui sont dans la même situation, car nombreux sont les travailleurs qui, après la sécurité d’un salaire mensuel et d’une couverture sociale qui permettait de se soigner et de faire soigner les siens, se sont retrouvés après la dissolution de leur entreprise et leur mise au chômage, les mains vides.

Amel, Khadidja, Yacine, Omar… ils sont à peine âgés de douze ans, mais sont déjà au fait des rigueurs de la vie. Sur le bord de l’autoroute Alger-Zéralda, ils proposent aux automobilistes toutes sortes de choses : fruits, poteries, fleurs artificielles, œufs, mais aussi et surtout du pain fait maison, encore tout chaud. Ces enfants ne vont pas à l’école, non pas qu’ils soient en vacances ;   ils ont tout simplement arrêté d’y aller parce que la précarité dans laquelle vivent leurs parents les oblige à gagner leur vie et à participer activement aux dépenses familiales.

Quand on quitte l’autoroute pour accéder à la commune de Hydra, la même scène se présente à nous. Des enfants, garçons et filles, abrités sous le pont, proposent à qui veut en acheter du khobz tadjine ; ils sont là tous les jours de l’année.

L’histoire de ces enfants, beaucoup de gens la connaissent. Leurs familles viennent de Médéa, Ouled-Chebel, Bentalha…, elles sont arrivées en catastrophe, laissant derrière elles la peur et la folie meurtrière qui se sont abattues sur leurs régions, mais ils ont y ont laissé biens, maisons, travail… Maintenant des baraques de fortune leur servent d’abri et parce qu’ils n’ont pas de certificat de résidence, leurs enfants ne peuvent fréquenter l’école.

Que fait-on pour ces gens qui croulent sous le poids de la misère ? L’état dans lequel vivent ces familles signifie que la prise en charge est inexistante ou alors épisodique et donc insuffisante. Le Croissant-Rouge algérien, organisme dont la devise est “protéger la dignité humaine”, fait ce qu’il peut pour apporter son aide aux démunis. Plus de 25 000 volontaires à travers le territoire national unissent leurs efforts pour collecter les fonds, participer aux opérations traditionnelles de solidarité telles que meïdet el-hilal, prendre en charge les sans-abri, sans oublier les services de secours aux victimes des désastres naturels. Tout ceci est bien beau, mais nous sommes loin du temps où les activités du Croissant-Rouge algérien étaient incessantes, à commencer par les enquêtes menées chaque année pour identifier les familles nécessiteuses et organiser la distribution des denrées alimentaires : café, semoule, farine, sucre, légumes secs, huile… Tout de qui permet à une famille de se nourrir sans avoir à tendre la main. Ces temps bénis sont loin et désormais, le C-RA assure chaque ramadan meïdet el-hilal et un couffin pour chaque famille.

Durant les mois durs de l’hiver, des couffins sont distribués aux familles nécessiteuses, tandis que les bénévoles arpentent les villes et villages pour donner un repas chaud aux malheureux qui ont élu domicile dans la rue.

Avant, le C-RA prélevait toujours 5% sur toutes les marchandises qui entraient au port, nous apprend un ancien de cette organisation humanitaire. De la sorte, il y avait toujours de quoi aider les nécessiteux. Cette pratique, hélas, n’a plus cours. Les enquêtes sur les ménages ne se font plus. Les changements de staff qui interviennent trop souvent, nous apprend-t-on, font que la continuité ne peut être assurée. L’élan de solidarité est ainsi brisé, au grand dam de tous ceux que la pauvreté frappe de plein fouet et qui auraient tant besoin d’un secours discret qui leur éviterait d’en arriver à des situations encore plus désastreuses.

Khadidja Mohamed Bouziane

  

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