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Maroc, Algérie, Tunisie
“C’est le Sud qui finance le Nord”
Intéressante, l’étude publiée le 13 juin par le
Comité international pour l’annulation de la dette des pays pauvres (CADTM),
dans son volet consacré aux trois pays du Maghreb.
L’approche est nouvelle, mais aussi très
inquiétante sur l’avenir économique de la région.
Le Comité international pour l’annulation de la
dette du Tiers-Monde (CADTM), a demandé ce dimanche “l’annulation totale et
immédiate de la dette extérieure publique de tous les pays en développement, qui
est le principal obstacle à la satisfaction des besoins humains fondamentaux”.
Le CADTM, qui est un réseau international constitué
de membres et de comités locaux basés en Europe, en Afrique, en Amérique latine
et en Asie, a émis des réticences quant “à l’effet d’annonce” des déclarations
des ministres des Finances du G8 qui ont annoncé samedi “une annulation
historique” de la dette des pays pauvres. Selon le CADTM, “le coût de cette
opération s’élèverait pour les pays riches à environ 2 milliards de dollars par
an, à comparer aux 350 milliards de subventions agricoles et aux 700 milliards
des dépenses militaires du G8”.
Dans les 18 pays concernés ne vivent que 5% de la
population des Pays en développement (PED). Si la mesure est étendue dans les
années à venir à l’ensemble des 42 PPTE, cela ne concernerait encore que 11% de
la population des PED. “La majorité des habitants les plus pauvres de la planète
vivent dans d’autres PED. Au total, il y a 165 PED”, a ajouté le CADTM. Il a
estimé que “l’initiative de Londres ne peut résoudre ni le problème de la dette
ni celui de la pauvreté puisqu’elle ne porte que sur 2% de la dette extérieure
des pays en développement”. Pour ce comité, “l’annulation des dettes doit être
inconditionnelle. Les populations du Sud et leurs mouvements sociaux, les
Parlements des pays concernés sont en mesure d’exercer un contrôle sur
l’application de mesures d’annulation afin que celle-ci profite réellement à
ceux qui en ont besoin”.
La même ONG a publié une étude datée du 13 juin,
consacrée aux retombées négatives de l’endettement de l’Algérie, du Maroc et de
la Tunisie. Remontant aux années 1980, quand “les économies maghrébines se sont
retrouvées sous la coupe du FMI et, à l’instar de la majorité des pays du
Tiers-Monde”, elle rappelle comment les trois pays ont dû appliquer les
politiques néolibérales prônées par le consensus de Washington. Austérité
budgétaire (réduction des dépenses d’éducation), privatisations massives et
ouverture de l’économie aux investisseurs étrangers étaient au cœur de ces
programmes d’ajustement structurel.
“Toutes ces mesures, censées résoudre la crise, ont
été appliquées avec une violence extrême et ont entraîné la destruction
progressive du tissu économique et social.” Conséquences : les soulèvements
populaires et la répression qui s’en est suivie se sont multipliés dans la
région : en 1984 en Tunisie, suite au doublement du prix du pain et de la
semoule ; de graves émeutes dans le sud du pays ont été réprimées au prix de
plusieurs dizaines de morts. A Fès en 1990, la répression de violentes
manifestations de protestation contre l’application du plan d’ajustement
structurel a provoqué la mort d’une centaine d’étudiants.
Et les experts du CADTM de souligner que “plutôt
que de diminuer, comme le FMI l’avait promis, la dette extérieure publique
totale de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie a quasiment doublé entre 1980 et
2002, passant de 32,5 à 53,4 milliards de dollars”. Durant cette période, ces
pays ont pourtant remboursé 213 milliards de dollars, soit 7 fois la dette
qu’ils devaient en 1980 !
Plus grave encore, depuis 1998, le Maghreb connaît
“un transfert net négatif” sur la dette, c’est-à-dire qu’il rembourse plus que
ce qu’il ne reçoit en nouveaux prêts. Entre 1998 et 2002, ce transfert net
équivaut à 32 milliards de dollars. De la sorte, le Maghreb est un exportateur
net de capitaux.
En 2002, l’Aide publique au développement (APD) en
faveur du Maghreb s’élevait à 367 millions de dollars, alors que le paiement du
service de la dette (intérêts + capital) s’élevait à 9,3 milliards de dollars et
les rapatriement des profits des multinationales à 1,1 milliard de dollars.
“Tous ces chiffres montrent de manière évidente
que, contrairement à ce que l’on tend à croire, ce n’est pas le Nord qui aide le
Sud, mais bien l’inverse”, conclut l’étude, du moment que chaque année, le
Maghreb transfère des sommes considérables aux pays riches et aux institutions
multilatérales.
Il va sans dire que face à cette hémorragie
silencieuse de ressources, le système de l’endettement maintient les économies
de la région sous perfusion, et donc sous contrôle.
Pour l’heure, les gouvernements de la région, en
particulier ceux du Maroc et de l’Algérie, “se vantent de l’amélioration de
leurs indicateurs économiques externes (solvabilité, réserves de change...).
Mais les conditions de vie des populations se détériorent (en Algérie, 40 % de
la population vit en dessous du seuil de pauvreté, la moitié de la population
n’a pas accès aux soins de santé de base et le chômage atteint 29 %), les
privatisations se poursuivent, les ressources naturelles s’épuisent et une part
importante des revenus de la vente de ces ressources repart directement vers le
Nord au titre du remboursement d’une dette économiquement injuste, socialement
et écologiquement insoutenable”.
Pour le CADTM, les politiques néolibérales
appliquées de manière fidèle depuis maintenant plus de 20 ans par les
gouvernements du Maghreb, ont été destructrices d’un point de vue social et
humain et ont participé activement à l’exacerbation des violences et conflits
sociaux de l’ensemble de la région. “Les gouvernements du Nord, le FMI, mais
aussi les classes dominantes du Sud ont une grande responsabilité dans
l’aggravation de cette crise. Alors que les violations des droits humains se
poursuivent, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie se voient régulièrement félicités
par le FMI pour leur bonne gestion et leur bonne pratique.”
A titre de recommandation urgente, les experts du
CADTM considèrent essentiel de “mettre à l’ordre du jour la question de
l’annulation de la dette et de l’arrêt des politiques d’ajustement structurel”.
Dans cette optique, le premier Forum social méditerranéen, qui se tient du 16 au
19 juin à Barcelone, pourrait constituer un moment important de discussion sur
ce sujet.
Le poids de la dette et la néo-colonisation
économique dans les pays du Sud de la Méditerranée seront analysés en
profondeur. Il s’agira aussi et surtout de réfléchir et débattre ensemble afin
de définir des stratégies et des actions de lutte commune.
Un rendez-vous immanquable !
Nabil Benali
Haut
Algérie-Maroc
Le dégel n’a pas eu lieu
La conférence de presse de l’ambassadeur marocain à
Alger avait ceci de particulier qu’elle rappelait à l’opinion qu’entre l’Algérie
et le Maroc, ce n’est jamais la forme qui manque, encore que pour cette fois, le
diplomate a permis de dévoiler la nouvelle voie dans laquelle Rabat souhaite
entraîner Alger.
En accusant la presse de détenir une part de
responsabilité dans la tension permanente entre l’Algérie et le Maroc, S. E.
Mohamed Saïd Ben Ryane a laissé entendre que, n’était l’animosité des médias
algériens et leur travail de sape, les décideurs algériens auraient les coudées
franches pour se rapprocher plus facilement de Rabat et ce serait une chance
alors pour que les vieilles divergences en soient aplanies. Le diplomate,
pourtant en poste depuis quelques années, faisant postulat de l’idée que c’est
la presse algérienne qui fait l’opinion compatriote – ce qui reste encore et
toujours à démontrer – semble dire aussi que les journalistes algériens
gagneraient en noblesse du métier s’ils s’adressaient un peu plus à la
représentation diplomatique marocaine avant d’écrire sur les sujets communs,
cela inclut bien entendu le Sahara occidental. Il qualifie presque de “coupable”
la presse algérienne d’avoir épousé et défendu les mêmes points de vue que les
dirigeants politiques en matière de relations internationales. L’on serait
curieux de voir quel traitement serait réservé à une voix dissonante qui
s’aviserait, en terre marocaine, de dire autre chose que les positions
officielles au Maroc.
Le cas de la militante islamiste condamnée cette
semaine pour avoir exprimé une opinion qu’elle présentera comme “personnelle”
sur sa préférence pour la république plutôt que pour la monarchie est, en soi,
assez édifiant.
Toutefois, quitte à déplaire à certains, il ne faut
pas tenter de cacher le soleil avec un tamis uniquement parce que c’est le
voisin de l’ouest qui le dit : il arrive souvent que les médias algériens se
laissent entraîner dans ces polémiques devenues traditionnelles qui, du reste,
ne font en rien avancer la cause sahraouie. Il est une évidence pour le commun
des Algériens que ce dossier reste une question de décolonisation, perçue par
l’opinion comme en lien avec le principe de l’intangibilité des frontières et
sur lequel il est impossible de reculer, d’autant qu’il en est au Maroc qui
nourrissent encore des ambitions territoriales sur certaines régions de
l’Algérie. Et c’est pourquoi les lecteurs ne s’attardent pas trop sur ces
articles où il s’agit de “casser du Marocain” pour la bonne et simple raison que
dans le conscient collectif, les deux peuples n’en font qu’un.
Ce sont aussi des polémiques qui n’ajoutent pas non
plus à la marche démocratique ni au Maroc ni en Algérie. On ne peut pas
qualifier de sérieux ni de courageux surtout, les écrits – de part et d’autre –
qui dénoncent les atteintes aux droits de l’homme de l’autre coté de la
frontière, tout en se taisant sur ce qui se passe chez soi. Si pour des
impératifs de travail diplomatique et politique sans relâche, l’on peut
comprendre –comprendre seulement – pourquoi l’APS et la MAP, les agences de
presse officielles des deux Etats, se livrent à un exercice de dénigrement
mutuel qui dure depuis des années, l’on reste sans réponse sur l’attitude des
médias dits indépendants qui, globalement pris, n’œuvrent pas non plus à un
travail de fond ciblant l’intégration des économies et de la société civile des
pays maghrébins, obnubilés par la spécificité algérienne qui a tant fait perdre
de temps à tous.
Ce qui est intéressant, cela dit, c’est l’évocation
de l’ambassadeur d’un tel sujet, connu de tous sous toutes ses coutures. Il va
de soi que sous une forme d’humour noir, bien qu’adressée sous forme de reproche
acerbe, il n’avait pas moins d’autre visée que de culpabiliser les journalistes
algériens plus qu’autre chose.
Le diplomate marocain a, par ailleurs, rappelé que
son pays est pour la solution dans le cadre de l’ONU, sous une interprétation
naturellement autre que celle d’Alger, qu’il n’était pas responsable du maintien
de la fermeture des frontières, que les hommes d’affaires de son pays voudraient
bien investir en Algérie si ce problème venait à être réglé et, enfin, que le
royaume continue de croire en la nécessité de l’édification de l’UMA. Il a donné
le scoop, démenti, on le sait présentement, par Ahmed Ouyahia, sur la visite du
chef du gouvernement à Rabat le mois courant. Sans nous appesantir sur l’énigme
qui entoure ce malentendu diplomatique, il semble nécessaire de décrire son
contexte. Il est marqué par une escalade de la répression des autorités
marocaines contre les populations sahraouies à El-Ayoun.
Les territoires occupés du Sahara occidental sont
soumis, depuis une semaine, à un quadrillage militaire mais aussi médiatique,
avec le début de l’invasion marocaine du territoire ; plusieurs délégations
d’élus locaux, personnalités, représentants de la société civile espagnole et
journalistes se sont vu expulser du territoire non autonome par les forces
d’occupation. Il va sans dire que même si cela figurait dans son agenda,
l’acceptation par Ahmed Ouyahia de se rendre à Rabat aurait valu caution de la
répression marocaine, ce qui aurait été tout bonnement impossible. Tout comme
les responsables marocains, le fait est vérifiable, évitent de se rendre à Alger
quand des associations marocaines reprennent les démarches revendicatives à
propos des soldats détenus par le Polisario.
Or, il est déraisonnable de vouloir tenter de
sortir les Algériens de leur attitude de toujours : opposer à l’énervement
marocain “le sang-froid et la légalité” (pour paraphraser un observateur
averti).
En parallèle de l’effort médiatique soutenu pour
défendre les positions de Rabat sur le Sahara occidental, une campagne
diplomatique sans précédent est engagée pour faire valoir l’impossibilité de la
solution indépendantiste. C’est dans ce cadre qu’il faudra placer les dernières
déclarations du ministre marocain des AE faites à Jeune Afrique-L’Intelligent,
indiquant que le concept de l’autonomie dans le cadre de la souveraineté
nationale et de l’intégrité territoriale du Maroc est “une solution de compromis
démocratique et conforme à la légalité internationale”. Et c’est uniquement dans
ce cadre que Rabat est “disposé à négocier”.
Autant de pressions sur Alger qui, au lendemain du
sommet Bouteflika-Mohamed VI, se préparait à adopter une nouvelle approche des
relations bilatérales. Dans cette phase, il est définitivement acquis que la
mésentente entre les deux Etats sur le Sahara occidental, avec l’enjeu de
l’intangibilité des frontières pour l’Algérie et celui de l’avenir de la
monarchie pour le Maroc, est tellement profonde qu’il est impossible pour l’un
comme pour l’autre de jouer la comédie du dégel plus longtemps juste pour
rassurer la communauté internationale. Le retour à la case départ est consommé.
Avec cette certitude en prime.
Nabil Benali
Haut
Pauvres, les Algériens ?
12 millions d’Algériens vivent au seuil de la
pauvreté, tel est le résultat du rapport 2004 sur le développement humain dans
le monde arabe. Toujours selon ce rapport, 29,8% d’Algériens en âge de
travailler sont chômeurs.
Elaboré par une équipe indépendante d’intellectuels
arabes, ce rapport a été sponsorisé par le Programme des Nations unies pour le
développement (PNUD), en collaboration avec le Fonds arabe pour le développement
économique et social et le Programme du Golfe arabe pour les organisations de
développement des Nations unies.
Ce rapport a le mérite de mettre à nu une vérité
cruelle. Une vérité que l’on voudrait tant ne pas voir en face, mais qui, hélas,
est de jour en jour plus présente. Il faut le dire, la paupérisation gagne du
terrain à une vitesse déroutante, et les multiples SOS lancés à travers les
ondes de la radio par des personnes que la pauvreté contraint à demander de
l’aide, sont la preuve que beaucoup d’Algériens “survivent” difficilement.
Le pouvoir d’achat s’amenuise à tel point que les
familles qui, il y a quelques années, étaient à l’abri du besoin, sont
maintenant tout à fait pauvres. Y a-t-il un indice plus révélateur de cette
misère galopante, sinon ces mères de famille qui, à défaut de pouvoir faire
leurs courses à même les étals des marchés, fouillent les poubelles à la
recherche de quelques légumes encore consommables, qu’elles pourront accommoder
et en faire un plat chaud pour les enfants ?
Mais il faut croire que la misère n’épargne
personne. Les enfants aussi se mettent de la partie et ramènent, quand ils le
peuvent, de quoi apaiser une faim lancinante. Le terme n’a rien d’exagéré et la
scène vécue à la Foire internationale d’Alger est des plus poignantes. La météo
est au beau fixe ce jour-là. La FIA attire toujours autant de monde.
Professionnels en quête d’un nouveau projet, d’un partenariat ou d’une part de
marché et curieux qui se baladent d’un stand à l’autre, histoire de passer le
temps. Il est l’heure du déjeuner. Restaurants et fast-food affichent complet.
Il s’en échappe des odeurs appétissantes. Qui, dans cette effervescence, prête
attention à des gosses guère plus hauts que trois pommes, maigres, pauvrement
vêtus, qui lorgnent du côté des restaurants, les yeux avides et qui se ruent,
dès que des clients quittent une table, pour s’emparer des restes ? Le manège
dure tout le temps du déjeuner. Les serveurs qui les regardent s’éloigner, leur
trésor bien serré, sont habitués à ce spectacle. Mais peut-on jamais s’habituer
à ces regards d’enfants pleins de tristesse ?
Ces enfants qui ne mangent jamais à leur faim
depuis que l’entreprise nationale où travaillait leur père, en tant qu’ouvrier
qualifié, a été dissoute… Le père, qui était inscrit à la Caisse nationale du
chômage, n’a pu retrouver un emploi permanent. Il vivote au gré des jobs qu’on
lui propose : gardien, chauffeur, jardinier, courtier, peintre… mille métiers,
mille misères. L’argent qu’il gagne fond très vite. Les dépenses de la maison,
limitées au strict minimum, sont quand même incessantes. La mère, habile de ses
mains, roule le couscous ou confectionne des gâteaux pour celles qui les lui
demandent, mais ce n’est pas tous les jours qu’elle reçoit les commandes
intéressantes et le pécule qu’elle gagne ne fait pas vivre une famille de sept
personnes, surtout quand on sait que les charges (loyer, eau, électricité) sont
obligatoires. Quand le père travaillait encore, cette famille avait une
situation financière correcte, mais du jour au lendemain, elle s’est retrouvée
livrée aux incertitudes de la vie.
Un quotidien que partagent beaucoup d’autres qui
sont dans la même situation, car nombreux sont les travailleurs qui, après la
sécurité d’un salaire mensuel et d’une couverture sociale qui permettait de se
soigner et de faire soigner les siens, se sont retrouvés après la dissolution de
leur entreprise et leur mise au chômage, les mains vides.
Amel, Khadidja, Yacine, Omar… ils sont à peine âgés
de douze ans, mais sont déjà au fait des rigueurs de la vie. Sur le bord de
l’autoroute Alger-Zéralda, ils proposent aux automobilistes toutes sortes de
choses : fruits, poteries, fleurs artificielles, œufs, mais aussi et surtout du
pain fait maison, encore tout chaud. Ces enfants ne vont pas à l’école, non pas
qu’ils soient en vacances ; ils ont tout simplement arrêté d’y aller parce que
la précarité dans laquelle vivent leurs parents les oblige à gagner leur vie et
à participer activement aux dépenses familiales.
Quand on quitte l’autoroute pour accéder à la
commune de Hydra, la même scène se présente à nous. Des enfants, garçons et
filles, abrités sous le pont, proposent à qui veut en acheter du khobz tadjine ;
ils sont là tous les jours de l’année.
L’histoire de ces enfants, beaucoup de gens la
connaissent. Leurs familles viennent de Médéa, Ouled-Chebel, Bentalha…, elles
sont arrivées en catastrophe, laissant derrière elles la peur et la folie
meurtrière qui se sont abattues sur leurs régions, mais ils ont y ont laissé
biens, maisons, travail… Maintenant des baraques de fortune leur servent d’abri
et parce qu’ils n’ont pas de certificat de résidence, leurs enfants ne peuvent
fréquenter l’école.
Que fait-on pour ces gens qui croulent sous le
poids de la misère ? L’état dans lequel vivent ces familles signifie que la
prise en charge est inexistante ou alors épisodique et donc insuffisante. Le
Croissant-Rouge algérien, organisme dont la devise est “protéger la dignité
humaine”, fait ce qu’il peut pour apporter son aide aux démunis. Plus de 25 000
volontaires à travers le territoire national unissent leurs efforts pour
collecter les fonds, participer aux opérations traditionnelles de solidarité
telles que meïdet el-hilal, prendre en charge les sans-abri, sans oublier les
services de secours aux victimes des désastres naturels. Tout ceci est bien
beau, mais nous sommes loin du temps où les activités du Croissant-Rouge
algérien étaient incessantes, à commencer par les enquêtes menées chaque année
pour identifier les familles nécessiteuses et organiser la distribution des
denrées alimentaires : café, semoule, farine, sucre, légumes secs, huile… Tout
de qui permet à une famille de se nourrir sans avoir à tendre la main. Ces temps
bénis sont loin et désormais, le C-RA assure chaque ramadan meïdet el-hilal et
un couffin pour chaque famille.
Durant les mois durs de l’hiver, des couffins sont
distribués aux familles nécessiteuses, tandis que les bénévoles arpentent les
villes et villages pour donner un repas chaud aux malheureux qui ont élu
domicile dans la rue.
Avant, le C-RA prélevait toujours 5% sur toutes les
marchandises qui entraient au port, nous apprend un ancien de cette organisation
humanitaire. De la sorte, il y avait toujours de quoi aider les nécessiteux.
Cette pratique, hélas, n’a plus cours. Les enquêtes sur les ménages ne se font
plus. Les changements de staff qui interviennent trop souvent, nous
apprend-t-on, font que la continuité ne peut être assurée. L’élan de solidarité
est ainsi brisé, au grand dam de tous ceux que la pauvreté frappe de plein fouet
et qui auraient tant besoin d’un secours discret qui leur éviterait d’en arriver
à des situations encore plus désastreuses.
Khadidja Mohamed Bouziane
Haut
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