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Formation, gestion et travail
Le simple bon sens
voudrait que l’on songe d’abord à la maîtrise démographique grâce à
une éducation permanente, par tous les moyens, des parents actuels
et à venir, afin qu’ils soient enfin dans des conditions de vie leur
permettant au moins de participer à l’orientation la plus adéquate
et à l’accompagnement de chaque enfant dans le choix de sa formation
librement consentie et dans toute la mesure du possible librement
choisie, jusqu’à son autonomisation complète, dans l’harmonie
familiale et sociale.
Professionnalisme et sous-développement
Les médias ont
longtemps été inondés d’écrits inutilement alarmistes et surtout
hors sujet, à propos de “l’échec scolaire en Algérie”.
La problématique
est tout à fait ailleurs : Comment faire pour que chaque Algérien
puisse avoir une profession ou un métier qu’il aime et grâce à
l’exercice duquel il s’épanouit dans divers domaines et contribue
favorablement à l’amélioration de la vie de la Cité ?
Comment faire en
sorte que les handicapés sociaux et les assistés deviennent au plus
vite une minorité infime, acceptable, maîtrisable et progressivement
réversible, avant que le mal ne se cristallise ou n’explose ?
Le simple bon sens
voudrait que l’on songe d’abord à la maîtrise démographique grâce à
une éducation permanente, par tous les moyens, des parents actuels
et à venir, afin qu’ils soient enfin dans des conditions de vie leur
permettant au moins de participer à l’orientation la plus adéquate
et à l’accompagnement de chaque enfant dans le choix de sa formation
librement consentie et dans toute la mesure du possible librement
choisie, jusqu’à son autonomisation complète, dans l’harmonie
familiale et sociale.
Les mentalités
sont à gérer dans le bon sens, grâce avant tout aux éléments les
plus avancés et les plus conscients de la société, entre autres les
anthropologues, sociologues, éducateurs professionnels, hommes du
culte qualifiés, intellectuels imprégnés des diverses sciences
sociales, écrivains, poètes, romanciers, dramaturges et artistes de
divers horizons.
Tous les porteurs
de sens humaniste et de sagesse, sans moralisme direct et simpliste,
donc toutes les bonnes volontés sensibles à un devenir plus humain,
– sans oublier les journalistes des différents médias, parmi les
plus conscients de leurs responsabilités, pédagogiques entre autres
–, devraient s’impliquer davantage dans la participation à la prise
de conscience sociale
relative à la
nécessité incontournable d’un métier ou profession pour tout citoyen
afin d’espérer commencer à sortir du sous-développement.
C’est la seule voie de sortie véritable.
Sans vouloir
diluer les responsabilités, il est clair que les hautes instances de
l’Etat à elles seules ne peuvent pas grand-chose sans la
participation effective et constructive de tous les concernés.
Les moyens de
l’Etat permettent d’assurer la réalisation des infrastructures des
différentes institutions dispensatrices d’instruction de base, de
formation, d’éducation en général et de culture, ce qui n’est pas
chose facile, ne serait-ce que pour le choix judicieux des
priorités.
Le rôle de l’Etat
est aussi d’assurer la résorption du retard intolérable dans la
conception et l’élaboration de textes juridiques pour encadrer et
gérer ces vastes domaines. Cette responsabilité relève évidemment en
priorité et en fin de compte du pouvoir législatif, dans la mesure
où il est représentatif de l’intelligentsia nationale et de la
volonté populaire.
Les institutions
étatiques ont donc pour charge, en plus des moyens infrastructurels
et matériels de fonctionnement, celle de concevoir, adopter et
veiller au suivi et à la mise en œuvre des meilleurs statuts
possibles en faveur des travailleurs de l’intelligence et de la
créativité, qui génèrent les perspectives intellectuelles,
culturelles et psychologiques, influencent les mentalités de leurs
contemporains et sont le levain du progrès social.
C’est dire que
tout citoyen digne de ce nom, conscient de ses responsabilités
familiales et sociales, est concerné en priorité par la nécessité
absolue d’assumer sa propre prise en charge et celle des siens, au
moins dans le choix d’une formation pour l’exercice d’une profession
ou d’un métier socialement bénéfique et de développer, chez lui-même
et chez ceux qu’il est chargé d’éduquer, le goût du travail et du
travail bien fait.
Le degré de
professionnalisme et de créativité dans la production des biens
matériels, des services et de la culture au sein d’une société est,
à l’évidence, le critère cardinal, objectif fiable, de l’état de son
développement ou, à l’inverse, de son sous-développement.
L’instruction
générale et les parchemins classiques ne sont plus des critères
décisifs depuis déjà longtemps. À titre individuel, ils ne
permettent plus d’accéder à l’emploi et au niveau de la nation, de
se hisser au niveau de celles qui ont pris de l’avance et
continuent, par le professionnalisme et l’organisation du travail, à
creuser le fossé de la différence, à leur avantage et à notre
détriment, grâce à l’échange inégal qualifié d’aide, monétaire et/ou
alimentaire.
Maîtrise
démographique et capacités sociales de gestion
Les pays émergents
qui ont le mieux réussi ont commencé par une mobilisation
d’envergure pour stabiliser l’évolution démographique à un taux qui
permette de perpétuer l’espèce sans l’accroître démesurément, au
point qu’elle surpasse de loin les capacités familiales et sociales
de gestion, d’éducation, de professionnalisation et donc de
développement en général.
L’approche est
donc nécessairement socioéconomique et politique globale.
Il ne s’agit pas
seulement de bonne volonté ou de moralisme à l’égard du travail,
encore moins d’une prétendue mise en adéquation des capacités
économiques ou nutritionnelles avec le nombre d’habitants, comme le
laissent entendre certaines idéologies populistes ou obscurantistes,
en ne contribuant qu’à flatter le laisser-aller et le fatalisme.
Il s’agit en
réalité de capacités éducationnelles au sens large du terme :
formation, qualification, apprentissage d’un métier ou d’une
profession, amour du travail bien fait, goût et recherche de la
finition. Il s’agit de compétences managériales à tous les niveaux
de la société pour gérer et articuler différents centres d’activité
de quelque nature qu’ils soient.
La formation et
l’éducation à tous les métiers socialement nécessaires, et pas
seulement immédiatement utiles, sont seules à même d’ouvrir la voie
aux sources abondantes et diverses de la moralité, citadinité,
civisme, civilité, patriotisme etc.
La solution aux
divers manquements ne réside certainement pas dans le “rabachage”
moraliste inutile et redondant, mais dans la bonne approche des
vrais problèmes et leur résolution concertée, programmée et
orchestrée.
Peut-on imaginer
quelque vertu que ce soit chez un individu qui ne saurait rien faire
de ses mains ni de ses pieds, ni de sa tête ?
Il faut d’abord
garantir, à chacun selon ses possibilités, les moyens adéquats de
promotion de l’homme, de tout homme, au sens d’être humain, cela va
sans dire, plutôt que de dénigrer le paresseux et le vaurien.
Dans cet esprit,
si l’organisation sociale et ses capacités managériales ne sont pas
aptes à absorber les compétences produites, incapables d’utiliser
certains nationaux de très haut niveau, parfois de classe
internationale, peut-on incriminer ces nationaux, victimes de cette
non-intégration, voire de ce rejet de la société, et aller jusqu’à
mettre en doute leur patriotisme, ce qui n’est pas fait pour
l’améliorer si toutefois il était émoussé par la déception ?
Peut-on se
lamenter vainement sur les déperditions, alors que chacun sait
qu’elles sont essentiellement dues à la mauvaise gouvernance, à
l’insuffisance criante du nombre de managers qualifiés et
spécialisés à tous les niveaux et donc à l’insuffisance flagrante du
nombre d’institutions produisant ces profils, à l’insuffisance de
volonté politique clairvoyante et d’efforts réels de recourir aux
rares compétences existantes en matière de gestion des ressources
humaines, la seule richesse inépuisable ?
La complaisance
fataliste et parfois voulue à l’égard de l’anarchie, source de tous
les malheurs sociaux – et du bonheur d’une minorité grandissante de
rapaces – ne peut qu’engendrer l’imprévision généralisée,
l’injustice, le mécontentement et le risque de troubles sociaux.
Grâce à une
progression démographique raisonnable, dont la nécessité est
corroborée par les principes sacrés indiscutables :
“Chacun ne doit
prendre en charge que ce qu’il est à même d’assumer” et de plus, “il
vous veut l’épanouissement et non l’oppression”, les parents
auraient des enfants espérés, attendus puis aimés et auraient mille
possibilités de les aider à trouver assez tôt la meilleure voie pour
construire sereinement leur avenir, grâce à la formation et au
métier le plus adapté possible à chacun et aux besoins sociaux
immédiats et futurs.
L’ampleur des
moyens à mettre en œuvre n’est pas aussi colossale que celle
sacrifiée à l’instruction générale classique sans horizon dans de
trop nombreux cas.
Vieux examens
et parchemins
Les examens
classiques et passéistes à prétention sélective ne peuvent tout au
plus que donner une indication sommaire sur le niveau du savoir et
du savoir-faire ou des insuffisances des enseignants, de leur
capacité à communiquer et à motiver les enseignés à ingurgiter des
bribes éparses de matières dont ils ignorent presque totalement
l’utilité et surtout la finalité, ayant été formés eux-mêmes sans
pédagogie et au petit bonheur la chance.
Ces épreuves ne
nous apprennent rien sur les potentialités réelles de l’apprenant,
ses aptitudes et encore moins sur ses goûts intellectuels, ses
aspirations, ce qu’il aimerait faire plus tard dans sa vie. Lui-même
l’ignore, sauf rares exceptions, car il n’a pas été préparé à avoir
des goûts et à savoir choisir ce qui lui convient le mieux et dont
il n’a une vague idée qu’à travers ses notes, elles-mêmes tout à
fait aléatoires et obéissant à des normes et critères artificiels,
basés sur une échelle des valeurs dont la superficialité, pour ne
pas dire l’inanité, ou parfois l’absurdité, ne sont plus à
démontrer.
S’éloignant de
plus en plus des systèmes archaïques de notation et d’examens, de
nombreux systèmes scolaires plus “avancés” ont d’abord choisi une
échelle d’appréciations allant de un à cinq ou six, puis ont renoncé
à toutes les formes de notation, entre autres pour leurs effets
négatifs injustifiables et contreproductifs sur les apprenants
(élèves, apprentis ou étudiants).
Le poids du
passé analphabète et surtout sans métier
Les autorités
publiques n’avaient pendant longtemps pour seul souci que
d’instruire la masse d’analphabètes léguée par le colonialisme, mais
au lieu d’en faire l’objet d’une mobilisation générale et constante
jusqu’à résorption du malheur, elles ont préféré multiplier les
écoles primaires, collèges moyens et lycées, pour produire en
surnombre des “niveau bac”, donc des sans niveau ni métier ni
profession et ont malencontreusement éludé les questions
fondamentales des métiers et professions, du savoir-faire qui
réponde aux besoins sociaux et détermine en grande partie le “savoir-être”.
Les heureux élus
du hasard au baccalauréat, seul parchemin ouvrant droit à l’accès à
“l’université”, sont généralement canalisés dans des branches
redondantes et sans garantie d’insertion professionnelle et sociale
ultérieure.
Il en est ainsi
par exemple du Droit, dont le cou a été tordu avec le monolinguisme
archaïque, sans esprit juridique, dépourvu d’esprit d’analyse et
donc d’esprit tout court. Il a par ailleurs trop longtemps ignoré
les spécialisations, vitales de tout temps, mais surtout à notre
époque, si l’on veut se doter des moyens humains qui autorisent au
moins l’espoir d’une quelconque justice.
La justice est un
leurre ou un rêve inaccessible sans juges hautement qualifiés,
spécialisés, en nombre suffisant, sévèrement sélectionnés, ayant une
condition sociale qui les protège des tentations de corruption et
par conséquent parfaitement contrôlés, recyclés et périodiquement
renouvelés.
Pendant longtemps,
il n’était pas possible de prévoir sérieusement un éventail complet
de diverses orientations, l’on formait en gros et grossièrement,
comme pour défricher une terre
vierge, dégrossir
un corps social sorti des décombres de la nuit coloniale et des
guerres, celles des autres, puis la sienne propre pour se libérer.
Il aurait pourtant
fallu très tôt faire appel à toutes les compétences, y compris et
pourquoi pas, étrangères, pour former des formateurs en matière
d’orientation scolaire et professionnelle ainsi qu’en gestion des
carrières.
De
l’orientation scolaire à la gestion des ressources humaines
Le véritable échec
scolaire a toujours été, en tout lieu et de tout temps, dans la
capacité de sélection et d’orientation des enfants et des jeunes
vers des filières à large spectre ouvrant la voie à toutes les
possibilités en adéquation avec leurs potentialités et avec les
besoins sociaux à la fois conjoncturels, à moyen et long terme.
La seule issue
réside par conséquent dans le renforcement décisif, surtout
qualitatif, des centres de sélection et d’orientation scolaire puis
professionnelle, ainsi que dans la gestion de la ressource humaine,
depuis le planning familial, le préscolaire, l’école, le collège –
classique, technique, artistique ou sportif…– et le suivi de
carrière y compris l’après-retraite.
Il n’est jamais
trop tard pour bien faire, nombreux sont ceux qui l’ont compris et
œuvrent dans cette voie, mais il faudrait en faire un leitmotiv
national permanent, jusqu’à ce qu’apparaisse le bout du tunnel :
l’extinction de l’anarchie dans “le monde du travail”.
Il est de même
nécessaire de ne plus construire que des centres d’apprentissage
pour tous les corps de métier. Il est même tout à fait urgent de
transformer certains collèges et lycées traditionnels en collèges
techniques ou écoles d’arts et métiers, de manière à constituer des
orchestres complets de producteurs de biens et services et pas
seulement de mauvais plumitifs.
Il n’est pas
nécessaire de rappeler que cette vaste opération de salubrité
publique doit être permanente et concerner toutes les institutions,
entreprises et associations, dans un cadre planifié et souple,
organisé et géré par des gestionnaires spécialisés et diligents,
vigoureusement sélectionnés selon les normes communément admises.
Elles existent.
Tout cela n’était
certes pas possible dès le lendemain de la libération, mais il est
plus que temps, assez tardif mais pas trop tard, de privilégier
par-dessus tout la qualification des ressources humaines, la
formation permanente et le suivi de carrière qui la sous-tend.
La
généralisation de la gestion de la formation
Un véritable bond
quantitatif et qualitatif est nécessaire en ce qui concerne le
management à la fois spécialisé et diversifié, les compétences
pédagogiques capables de transmettre le savoir et le savoir-faire,
ainsi que les compétences en matière de sélection et d’orientation
des ressources humaines, depuis la petite adolescence.
Il ne doit pas
s’agir d’un vœu pieux, mais de volonté politique au niveau de tous
les “décideurs”, c’est-à-dire, en réalité, de tous ceux qui
travaillent selon un budget sur l’élaboration duquel ils ont un mot
à dire, et ce mot devrait au moins concerner la prévision de la
formation, avec ses diverses rubriques.
La société
produirait tous les profils, dans toutes les spécialités nécessaires
à son activité optimale et à son développement permanent, l’on
mettrait en pratique l’adage : “A chacun son métier et les vaches
seront bien gardées”.
Ce qu’il faudrait
viser et atteindre, c’est réduire presque à néant le nombre d’agents
sociaux
parasitaires,
malades de fatalisme et recourant à celui-ci pour soulager leurs
maux réels et imaginaires, victimes des conséquences d’une gestion
insuffisante des métiers et professions en fonction des besoins
sociaux.
Il faudrait donc à
tout moment et en toute circonstance mettre l’accent sur la
nécessité d’une bonne gestion des ressources humaines à tous les
niveaux de l’activité sociale :
Tout commence au
niveau parental et se poursuit en sa présence et avec son aide, puis
vient le niveau scolaire avec le rôle des formateurs de base,
observateurs et orienteurs, et au fur et à mesure, les
sélectionneurs spécialisés, les tuteurs de stage, et enfin les
utilisateurs : employeurs, élus locaux et nationaux, tous les
demandeurs de compétences, manuelles et intellectuelles.
Dans ce processus
général de maturation pour sortir du sous-développement, il doit y
avoir évidemment un très grand nombre d’intervenants ayant des
profils divers, car tout le devenir social est concerné. A titre
d’exemple, le rôle des statisticiens est incontournable, il faut
d’abord les former en nombre suffisant et y recourir judicieusement
dans chaque institution pour mieux évaluer les prévisions, permettre
le suivi et le contrôle, orchestrer l’évolution, depuis les plus
petites unités, jusqu’au niveau central et enfin au niveau des
“décideurs”, non pas au sens galvaudé des décideurs secrets ou
imaginaires, mais de ceux qui ont la charge de gérer les biens
publics, la ressource humaine étant le plus précieux de tous les
biens.
Il est de plus en
plus clair aujourd’hui, sauf pour ceux qui s’efforcent de ne pas
voir, pour des raisons qui les concernent, raisons, déraisons ou
intérêts qu’ils ne veulent surtout pas regarder en face, que les
“décideurs” seront de plus en plus connus du public car ils ont été,
ou auront été, démocratiquement élus en fonction de leurs objectifs
de paix, de création d’emplois, de réalisation de logements et
d’investissements structurants pour un développement véritable et
durable.
A chacun son
métier
Un excellent
médecin a toutes les chances de faire un piteux gestionnaire
d’hôpital. Du fait même qu’il a exclusivement consacré tous ses
efforts à sa propre science et à son savoir-faire dans son propre
métier, il ne pouvait évidemment pas se consacrer simultanément à un
tout autre métier, extrêmement différent, au moins aussi complexe et
aussi prenant que la gestion. Même s’il a reçu par ailleurs une
formation en gestion, il sera d’abord médecin et il ne pourra pas
changer véritablement de carrière, ce qui serait, à supposer qu’il y
parvienne, une perte de temps et une faute inadmissible de gestion.
Une prévision
globale et détaillée du devenir des enfants et des jeunes est
absolument nécessaire, cela éviterait au moins de les livrer à une
véritable loterie du “mektoub” où les perdants seraient légion,
comme cela risque de se perpétuer si des mesures draconiennes ne
sont pas prises partout et par tous.
A en juger par
l’attitude à l’égard du travail et le peu de passion à l’endroit de
la finition chez bon nombre d’habitants dits citoyens – ils le
seront dans le futur, lorsque chacun aura et pratiquera son métier
sans avoir le temps ni l’envie de nuire à autrui –, il est permis de
penser sans risque de se tromper que les perfectionnistes font
exception pour l’instant et qu’il serait temps de changer la
problématique de la mise au travail et de prendre toutes les mesures
qui convergent vers un changement catégorique de l’approche et du
parcours en la matière.
Perspectives d’avenir
Les autorités
concernées par la formation et la gestion des ressources humaines au
niveau le plus élevé semblent enfin l’avoir compris, elles sont de
plus en plus sensibles à l’importance vitale de l’enjeu et
commencent à mettre en œuvre, en extrême urgence, toute une
stratégie pratique pour parer au plus pressé, combler les plus
larges déficits et envisager rationnellement l’avenir. Mieux vaut
tard que jamais.
Et c’est cette
politique de formation tous azimuts, notamment des gestionnaires,
des élus locaux, des jeunes sans métier, qui réconciliera les
Algériens avec le travail et avec eux-mêmes.
Ils auront
progressivement acquis du savoir-faire et par là même plus de
dignité, grâce à leurs efforts.
Il est vain et
surtout onéreux et stupide de former en surnombre dans telle ou
telle discipline ou spécialité. Cela ne peut que favoriser le
chômage, dévaloriser les métiers en surnombre et favoriser l’exode
des meilleurs éléments. Il est par contre nécessaire de former dans
tous les domaines complémentaires les uns des autres pour produire
des structures imbriquées entre elles et activant en symbioses
harmonisées qui sont en permanence équilibrées par une gestion
judicieusement orchestrée, créant une synergie de – et dans – toutes
les activités sociales.
Les choses
commencent à changer. Et le piston, que tout le monde répugne et
décrie tout en l’utilisant abondamment, même quand il est inutile,
disparaîtra lorsque chacun aura son métier avant d’avoir sa maison
ou sa voiture tout en étant ignare et de mauvaise conduite.
La méritocratie
devra s’imposer et se substituer à la médiocratie du piston et de la
cooptation dite politique alors qu’elle n’est que tribale et
clientéliste.
De la capacité
de formation de producteurs et de cadres gestionnaires
Il est préférable
de se poser une telle question pour évaluer les chances, les étapes
et les délais pour sortir une bonne fois de la superstition et du
sous-développement plutôt que de se demander combien le pays peut
nourrir d’habitants.
Il serait
dangereux de reprendre les assertions selon lesquelles “le pays peut
nourrir” deux ou trois fois le nombre actuel de ses habitants.
Ce vocable
misérabiliste devrait être banni, il ne peut que favoriser
l’éclosion d’assistés supplémentaires et consolider la position des
fatalistes qui voudraient encore plus de procréation et des
populistes malintentionnés qui claironnent à qui veut les entendre
que les ressources actuelles permettraient de mieux nourrir un bien
plus grand nombre d’habitants, alors que ce nombre s’accroît dans
l’absolu à une vitesse vertigineuse, malgré la baisse du taux de
croissance, et ce, sans la moindre contrepartie équivalente.
Pour ces
démagogues inconscients, les recettes pétrolières, comme si elles
tombaient régulièrement du ciel, devraient être davantage affectées
à la consommation en général, au lieu des investissements
infrastructurels colossaux réalisés et/ou en cours de réalisation
pour garantir l’avenir des générations futures.
Aucun Etat n’a à
nourrir ses habitants comme s’il s’agissait de chatons abandonnés
par leur mère. Par contre, tout Etat a l’obligation de garantir les
conditions permettant de forger les cerveaux et les bras capables de
subvenir dignement et largement à leurs propres besoins grâce à leur
travail productif de qualité, dans tous les domaines, y compris
culturels.
Il faudrait donc
récompenser davantage la compétence professionnelle, la créativité,
le bon travail d’artisan et d’artiste, le chercheur scientifique, le
spécialiste, ne pas lésiner à lui offrir la plus grande
considération avant qu’il n’aille la chercher ailleurs, chez ceux
qui savent ce que rentabilité et professionnalisme veulent dire.
La charité
nutritionnelle, sauf pour les estropiés, et encore, doit s’estomper
et disparaître un jour, le plus vite sera le mieux, en fonction du
rythme de création de vrais emplois productifs.
Si l’on veut à
tout prix faire allusion aux richesses non exploitées du pays faute
de travail, la formule selon laquelle “le pays est à même de
nourrir” devrait alors être exprimée autrement, au conditionnel :
“le pays pourrait nourrir”, en précisant clairement : “à condition
que tout le monde travaille avec compétence et productivité, dans un
cadre organisé et orchestré, selon des perspectives claires,
démocratiquement admises”.
La formation
requise pour accomplir tel métier précède le travail et accompagne
sa réalisation, c’est l’évidence même.
Or, ce qui fait
défaut, entre autres, dans notre pays, c’est surtout la compétence
professionnelle, notamment managériale, et donc, entre autres,
organisationnelle, la capacité de répartir les tâches et
responsabilités de manière équilibrée tout en les articulant entre
elles, en les programmant en fonction d’objectifs élaborés et
contrôlés en commun.
L’absence
d’organisation fiable et de contrôle explique la dévalorisation du
travail honnête au profit du piston, la prolifération de l’anarchie,
des transactions douteuses et autres malversations.
L’on peut bien
admettre, à vue d’œil, que le pays pourrait nourrir cent millions
d’habitants du genre citoyens japonais ou allemands, ils ne sont
d’ailleurs cités qu’à titre d’exemple car malgré leur exemplarité,
chacun sait qu’ils n’ont pas l’exclusivité en la matière et nous
n’avons rien à leur envier, si ce n’est leur organisation sociale
conçue pour produire, selon un savoir- faire qui n’est pas tombé du
ciel et qui développe une culture fondée sur la qualité du travail,
rentable et rapidement achevé.
Sur le même
territoire et avec les mêmes richesses naturelles, n’importe quelle
nation consciente de la nécessité de qualifier et d’organiser tous
ses habitants pour le travail productif pourrait même nourrir
davantage de citoyens.
Mais les
problématiques opératoires, pour ce qui concerne nos sociétés, ne
sont pas encore convenablement cernées.
Force est de
constater que la complexité vient de ce que plusieurs facteurs
convergents et imbriqués, s’ils sont réunis, correctement articulés
et mis en œuvre, peuvent concourir à la réussite. Ces mêmes
facteurs, malencontreusement surestimés ou sous-estimés, peuvent
déterminer l’échec en cas d’inflation excessive, d’absence ou
d’insuffisance grave de l’un ou de plusieurs d’entre eux, ou en cas
de mauvaise articulation et orchestration.
Il en est ainsi
par exemple du poids relatif dans une société donnée à une époque
donnée de ses travailleurs dits manuels et intellectuels d’une part,
de ses intellectuels proprement dits
d’autre part,
ainsi que des rapports économiques et politiques qu’ils
entretiennent entre eux et avec les autres fractions sociales, y
compris les franges parasitaires et les clans spoliateurs, le tout
dans un bain culturel déterminé par l’histoire.
La question
culturelle conjoncturellement déterminante
La mise au travail
– permanent et productif – est avant tout liée à la formation dans
les diverses branches complémentaires, mais elle est aussi, et
probablement surtout, culturelle.
La motivation au
travail concerne non seulement le monde du travail, de
l’organisation et du management de toutes les activités sociales,
mais l’éducation de l’homme vis-à-vis de lui-même et d’autrui, toute
sa conception du monde, son idéologie, sa philosophie.
L’incompétence en
gestion des ressources humaines, en gestion du travail et dans tous
les domaines de nos contemporains, faute de formations adéquates et
de sanction des abus de mauvaise gestion, ne permet en réalité de
nourrir à peu près correctement que la moitié de la population
actuelle et ce, évidemment, sans allusion à la culture qui ne peut
se développer qu’avec l’épanouissement de la personnalité de vrais
citoyens par le travail de qualité et la production nationale de
vraies richesses.
L’instinct de
l’homo consommateur sans contrepartie doit reculer devant la
contrainte à se former pour travailler. Cette contrainte est vitale.
Le renforcement du
développement de la culture ne peut avoir lieu que grâce aux
demandeurs de culture, c’est-à-dire une population non obsédée par
le casse-croûte, l’automobile et les gadgets de pacotille seulement
et qui est donc à même de produire au moins l’équivalent monétaire
de ce qu’elle consomme.
Il n’est plus
possible pour longtemps d’éluder la question de la nécessité du
développement et de la mise en œuvre d’une stratégie globale de
l’éducation de tous les acteurs sociaux, de toutes les personnes,
par la formation, la qualification et l’organisation qui précèdent
toute mise au travail.
L’un des chantiers
prioritaires consisterait à dénombrer ceux qui sont nourris et
entretenus sans contrepartie, comme des nouveau-nés ou des
handicapés, en d’autres termes, évaluer les dégâts pour ensuite
avancer d’un premier pas salutaire.
Puis il
conviendrait d’évaluer nos capacités actuelles d’encadrement et de
gestion des perspectives nouvelles de réhabilitation de l’homme pour
en faire un citoyen productif.
Une fois les
handicaps et les gaps déterminés, il serait alors temps de définir
des objectifs raisonnables à atteindre, avec des étapes et des
délais de réalisation des axes d’activité convergents pour atteindre
ces objectifs.
Un contrôle
central puis décentralisé doit être mis en place pour alimenter les
centres de décision et ceux de production de la formation. Les
techniques de conception, de mise en œuvre, d’évaluation et de
réussite des projets ne font pas défaut, ce sont les projets
judicieux et les hommes pour les lancer qui manquent le plus.
Toute une
stratégie de redéploiement des ressources humaines au niveau
national doit être débattue par les intellectuels et chercheurs des
diverses disciplines concernées, elles le sont toutes. Et des grands
axes de développement des compétences, donc des personnes,
concrètement mis en chantier, partout où cela s’impose, c’est-à-dire
partout.
Djamel Belkaïd
Inspecteur principal des finances,
Ancien chef de division gestion,
Chargé de cours à l’université.
Haut
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