Semaine du 15 au 21 décembre 2004

 

Formation, gestion et travail

 

 

 
 
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Formation, gestion et travail

Le simple bon sens voudrait que l’on songe d’abord à la maîtrise démographique grâce à une éducation permanente, par tous les moyens, des parents actuels et à venir, afin qu’ils soient enfin dans des conditions de vie leur permettant au moins de participer à l’orientation la plus adéquate et à l’accompagnement de chaque enfant dans le choix de sa formation librement consentie et dans toute la mesure du possible librement choisie, jusqu’à son autonomisation complète, dans l’harmonie familiale et sociale.

Professionnalisme et sous-développement

Les médias ont longtemps été inondés d’écrits inutilement alarmistes et surtout hors sujet, à propos de “l’échec scolaire en Algérie”.

La problématique est tout à fait ailleurs : Comment faire pour que chaque Algérien puisse avoir une profession ou un métier qu’il aime et grâce à l’exercice duquel il s’épanouit dans divers domaines et contribue favorablement à l’amélioration de la vie de la Cité ?

Comment faire en sorte que les handicapés sociaux et les assistés deviennent au plus vite une minorité infime, acceptable, maîtrisable et progressivement réversible, avant que le mal ne se cristallise ou n’explose ?

Le simple bon sens voudrait que l’on songe d’abord à la maîtrise démographique grâce à une éducation permanente, par tous les moyens, des parents actuels et à venir, afin qu’ils soient enfin dans des conditions de vie leur permettant au moins de participer à l’orientation la plus adéquate et à l’accompagnement de chaque enfant dans le choix de sa formation librement consentie et dans toute la mesure du possible librement choisie, jusqu’à son autonomisation complète, dans l’harmonie familiale et sociale.

Les mentalités sont à gérer dans le bon sens, grâce avant tout aux éléments les plus avancés et les plus conscients de la société, entre autres les anthropologues, sociologues, éducateurs professionnels, hommes du culte qualifiés, intellectuels imprégnés des diverses sciences sociales, écrivains, poètes, romanciers, dramaturges et artistes de divers horizons.

Tous les porteurs de sens humaniste et de sagesse, sans moralisme direct et simpliste, donc toutes les bonnes volontés sensibles à un devenir plus humain, – sans oublier les journalistes des différents médias, parmi les plus conscients de leurs responsabilités, pédagogiques entre autres –, devraient s’impliquer davantage dans la participation à la prise de conscience sociale

relative à la nécessité incontournable d’un métier ou profession pour tout citoyen afin d’espérer commencer à sortir du sous-développement.

C’est la seule voie de sortie véritable.

Sans vouloir diluer les responsabilités, il est clair que les hautes instances de l’Etat à elles seules ne peuvent pas grand-chose sans la participation effective et constructive de tous les concernés.

Les moyens de l’Etat permettent d’assurer la réalisation des infrastructures des différentes institutions dispensatrices d’instruction de base, de formation, d’éducation en général et de culture, ce qui n’est pas chose facile, ne serait-ce que pour le choix judicieux des priorités.

Le rôle de l’Etat est aussi d’assurer la résorption du retard intolérable dans la conception et l’élaboration de textes juridiques pour encadrer et gérer ces vastes domaines. Cette responsabilité relève évidemment en priorité et en fin de compte du pouvoir législatif, dans la mesure où il est représentatif de l’intelligentsia nationale et de la volonté populaire.

Les institutions étatiques ont donc pour charge, en plus des moyens infrastructurels et matériels de fonctionnement, celle de concevoir, adopter et veiller au suivi et à la mise en œuvre des meilleurs statuts possibles en faveur des travailleurs de l’intelligence et de la créativité, qui génèrent les perspectives intellectuelles, culturelles et psychologiques, influencent les mentalités de leurs contemporains et sont le levain du progrès social.

C’est dire que tout citoyen digne de ce nom, conscient de ses responsabilités familiales et sociales, est concerné en priorité par la nécessité absolue d’assumer sa propre prise en charge et celle des siens, au moins dans le choix d’une formation pour l’exercice d’une profession ou d’un métier socialement bénéfique et de développer, chez lui-même et chez ceux qu’il est chargé d’éduquer, le goût du travail et du travail bien fait.

Le degré de professionnalisme et de créativité dans la production des biens matériels, des services et de la culture au sein d’une société est, à l’évidence, le critère cardinal, objectif fiable, de l’état de son développement ou, à l’inverse, de son sous-développement.

L’instruction générale et les parchemins classiques ne sont plus des critères décisifs depuis déjà longtemps. À titre individuel, ils ne permettent plus d’accéder à l’emploi et au niveau de la nation, de se hisser au niveau de celles qui ont pris de l’avance et continuent, par le professionnalisme et l’organisation du travail, à creuser le fossé de la différence, à leur avantage et à notre détriment, grâce à l’échange inégal qualifié d’aide, monétaire et/ou alimentaire.

Maîtrise démographique et capacités sociales de gestion

Les pays émergents qui ont le mieux réussi ont commencé  par une mobilisation d’envergure pour stabiliser l’évolution démographique à un taux qui permette de perpétuer l’espèce sans l’accroître démesurément, au point qu’elle surpasse de loin les capacités familiales et sociales de gestion, d’éducation, de professionnalisation et donc de développement en général.

L’approche est donc nécessairement socioéconomique et politique globale.

Il ne s’agit pas seulement de bonne volonté ou de moralisme à l’égard du travail, encore moins d’une prétendue mise en adéquation des capacités économiques ou nutritionnelles avec le nombre d’habitants, comme le laissent entendre certaines idéologies populistes ou obscurantistes, en ne contribuant qu’à flatter le laisser-aller et le fatalisme.

Il s’agit en réalité de capacités éducationnelles au sens large du terme : formation, qualification, apprentissage d’un métier ou d’une profession, amour du travail bien fait, goût et recherche de la finition. Il s’agit de compétences managériales à tous les niveaux de la société pour gérer et articuler différents centres d’activité de quelque nature qu’ils soient.

La formation et l’éducation à tous les métiers socialement nécessaires, et pas seulement immédiatement utiles, sont seules à même d’ouvrir la voie aux sources abondantes et diverses de la moralité, citadinité, civisme, civilité, patriotisme etc.

La solution aux divers manquements ne réside certainement pas dans le “rabachage” moraliste inutile et redondant, mais dans la bonne approche des vrais problèmes et leur résolution concertée, programmée et orchestrée.

Peut-on imaginer quelque vertu que ce soit chez un individu qui ne saurait rien faire de ses mains ni de ses pieds, ni de sa tête ?

Il faut d’abord garantir, à chacun selon ses possibilités, les moyens adéquats de promotion de l’homme, de tout homme, au sens d’être humain, cela va sans dire, plutôt que de dénigrer le paresseux et le vaurien.

Dans cet esprit, si l’organisation sociale et ses capacités managériales ne sont pas aptes à absorber les compétences produites, incapables d’utiliser certains nationaux de très haut niveau, parfois de classe internationale, peut-on incriminer ces nationaux, victimes de cette non-intégration, voire de ce rejet de la société, et aller jusqu’à mettre en doute leur patriotisme, ce qui n’est pas fait pour l’améliorer si toutefois il était émoussé par la déception ?

Peut-on se lamenter vainement sur les déperditions, alors que chacun sait qu’elles sont essentiellement dues à la mauvaise gouvernance, à l’insuffisance criante du nombre de managers qualifiés et spécialisés à tous les niveaux et donc à l’insuffisance flagrante du nombre d’institutions produisant ces profils, à l’insuffisance de volonté politique clairvoyante et d’efforts réels de recourir aux rares compétences existantes en matière de gestion des ressources humaines, la seule richesse inépuisable ?

La complaisance fataliste et parfois voulue à l’égard de l’anarchie, source de tous les malheurs sociaux – et du bonheur d’une minorité grandissante de rapaces – ne peut qu’engendrer l’imprévision généralisée, l’injustice, le mécontentement et le risque de troubles sociaux.

Grâce à une progression démographique raisonnable, dont la nécessité est corroborée par les principes sacrés indiscutables :

“Chacun ne doit prendre en charge que ce qu’il est à même d’assumer” et de plus, “il vous veut l’épanouissement et non l’oppression”, les parents auraient des enfants espérés, attendus puis aimés et auraient mille possibilités de les aider à trouver assez tôt la meilleure voie pour construire sereinement leur avenir, grâce à la formation et au métier le plus adapté possible à chacun et aux besoins sociaux immédiats et futurs.

L’ampleur des moyens à mettre en œuvre n’est pas aussi colossale que celle sacrifiée à l’instruction générale classique sans horizon dans de trop nombreux cas.

Vieux examens et parchemins

Les examens classiques et passéistes à prétention sélective ne peuvent tout au plus que donner une indication sommaire sur le niveau du savoir et du savoir-faire ou des insuffisances des enseignants, de leur capacité à communiquer et à motiver les enseignés à ingurgiter des bribes éparses de matières dont ils ignorent presque totalement l’utilité et surtout la finalité, ayant été formés eux-mêmes sans pédagogie et au petit bonheur la chance.

Ces épreuves ne nous apprennent rien sur les potentialités réelles de l’apprenant, ses aptitudes et encore moins sur ses goûts intellectuels, ses aspirations, ce qu’il aimerait faire plus tard dans sa vie. Lui-même l’ignore, sauf rares exceptions, car il n’a pas été préparé à avoir des goûts et à savoir choisir ce qui lui convient le mieux et dont il n’a une vague idée qu’à travers ses notes, elles-mêmes tout à fait aléatoires et obéissant à des normes et critères artificiels, basés sur une échelle des valeurs dont la superficialité, pour ne pas dire l’inanité, ou parfois l’absurdité, ne sont plus à démontrer.

S’éloignant de plus en plus des systèmes archaïques de notation et d’examens, de nombreux systèmes scolaires plus “avancés” ont d’abord choisi une échelle d’appréciations allant de un à cinq ou six, puis ont renoncé à toutes les  formes de notation, entre autres pour leurs effets négatifs injustifiables et contreproductifs sur les apprenants (élèves, apprentis ou étudiants).

Le poids du passé analphabète et surtout sans métier

Les autorités publiques n’avaient pendant longtemps pour seul souci que d’instruire la masse d’analphabètes léguée par le colonialisme, mais au lieu d’en faire l’objet d’une mobilisation générale et constante jusqu’à résorption du malheur, elles ont préféré multiplier les écoles primaires, collèges moyens et lycées, pour produire en surnombre des “niveau bac”, donc des sans niveau ni métier ni profession et ont malencontreusement éludé les questions fondamentales des métiers et professions, du savoir-faire qui réponde aux besoins sociaux et détermine en grande partie le “savoir-être”.

Les heureux élus du hasard au baccalauréat, seul parchemin ouvrant droit à l’accès à “l’université”, sont généralement canalisés dans des branches redondantes et sans garantie d’insertion professionnelle et sociale ultérieure.

Il en est ainsi par exemple du Droit, dont le cou a été tordu avec le monolinguisme archaïque, sans esprit juridique, dépourvu d’esprit d’analyse et donc d’esprit tout court. Il a par ailleurs trop longtemps ignoré les spécialisations, vitales de tout temps, mais surtout à notre époque, si l’on veut se doter des moyens humains qui autorisent au moins l’espoir d’une quelconque justice.

La justice est un leurre ou un rêve inaccessible sans juges hautement qualifiés, spécialisés, en nombre suffisant, sévèrement sélectionnés, ayant une condition sociale qui les protège des tentations de corruption et par conséquent parfaitement contrôlés, recyclés et périodiquement renouvelés.

Pendant longtemps, il n’était pas possible de prévoir sérieusement un éventail complet de diverses orientations, l’on formait en gros et grossièrement, comme pour défricher une terre

vierge, dégrossir un corps social sorti des décombres de la nuit coloniale et des guerres, celles des autres, puis la sienne propre pour se libérer.

Il aurait pourtant fallu très tôt faire appel à toutes les compétences, y compris et pourquoi pas, étrangères, pour former des formateurs en matière d’orientation scolaire et professionnelle ainsi qu’en gestion des carrières.

De l’orientation scolaire à la gestion des ressources humaines

Le véritable échec scolaire a toujours été, en tout lieu et de tout temps, dans la capacité de sélection et d’orientation des enfants et des jeunes vers des filières à large spectre ouvrant la voie à toutes les possibilités en adéquation avec leurs potentialités et avec les besoins sociaux à la fois conjoncturels, à moyen et long terme.

La seule issue réside par conséquent dans le renforcement décisif, surtout qualitatif, des centres de sélection et d’orientation scolaire puis professionnelle, ainsi que dans la gestion de la ressource humaine, depuis le planning familial, le préscolaire, l’école, le collège – classique, technique, artistique ou sportif…– et le suivi de carrière y compris l’après-retraite.

Il n’est jamais trop tard pour bien faire, nombreux sont ceux qui l’ont compris et œuvrent dans cette voie, mais il faudrait en faire un leitmotiv national permanent, jusqu’à ce qu’apparaisse le bout du tunnel : l’extinction de l’anarchie dans “le monde du travail”.

Il est de même nécessaire de ne plus construire que des centres d’apprentissage pour tous les corps de métier. Il est même tout à fait urgent de transformer certains collèges et lycées traditionnels en collèges techniques ou écoles d’arts et métiers, de manière à constituer des orchestres complets de producteurs de biens et services et pas seulement de mauvais plumitifs.

Il n’est pas nécessaire de rappeler que cette vaste opération de salubrité publique doit être permanente et concerner toutes les institutions, entreprises et associations, dans un cadre planifié et souple, organisé et géré par des gestionnaires spécialisés et diligents, vigoureusement sélectionnés selon les normes communément admises. Elles existent.

Tout cela n’était certes pas possible dès le lendemain de la libération, mais il est plus que temps, assez tardif mais pas trop tard, de privilégier par-dessus tout la qualification des ressources humaines, la formation permanente et le suivi de carrière qui la sous-tend.

La généralisation de la gestion de la formation

Un véritable bond quantitatif et qualitatif est nécessaire en ce qui concerne le management à la fois spécialisé et diversifié, les compétences pédagogiques capables de transmettre le savoir et le savoir-faire, ainsi que les compétences en matière de sélection et d’orientation des ressources humaines, depuis la petite adolescence.

Il ne doit pas s’agir d’un vœu pieux, mais de volonté politique au niveau de tous les “décideurs”, c’est-à-dire, en réalité, de tous ceux qui travaillent selon un budget sur l’élaboration duquel ils ont un mot à dire, et ce mot devrait au moins concerner la prévision de la formation, avec ses diverses rubriques.

La société produirait tous les profils, dans toutes les spécialités nécessaires à son activité optimale et à son développement permanent, l’on mettrait en pratique l’adage : “A chacun son métier et les vaches seront bien gardées”.

Ce qu’il faudrait viser et atteindre, c’est réduire presque à néant le nombre d’agents sociaux

parasitaires, malades de fatalisme et recourant à celui-ci pour soulager leurs maux réels et imaginaires, victimes des conséquences d’une gestion insuffisante des métiers et professions en fonction des besoins sociaux.

Il faudrait donc à tout moment et en toute circonstance mettre l’accent sur la nécessité d’une bonne gestion des ressources humaines à tous les niveaux de l’activité sociale :

Tout commence au niveau parental et se poursuit en sa présence et avec son aide, puis vient le niveau scolaire avec le rôle des formateurs de base, observateurs et orienteurs, et au fur et à mesure, les sélectionneurs spécialisés, les tuteurs de stage, et enfin les utilisateurs : employeurs, élus locaux et nationaux, tous les demandeurs de compétences, manuelles et intellectuelles.

Dans ce processus général de maturation pour sortir du sous-développement, il doit y avoir évidemment un très grand nombre d’intervenants ayant des profils divers, car tout le devenir social est concerné. A titre d’exemple, le rôle des statisticiens est incontournable, il faut d’abord les former en nombre suffisant et y recourir judicieusement dans chaque institution pour mieux évaluer les prévisions, permettre le suivi et le contrôle, orchestrer l’évolution, depuis les plus petites unités, jusqu’au niveau central et enfin au niveau des “décideurs”, non pas au sens galvaudé des décideurs secrets ou imaginaires, mais de ceux qui ont la charge de gérer les biens publics, la ressource humaine étant le plus précieux de tous les biens.

Il est de plus en plus clair aujourd’hui, sauf pour ceux qui s’efforcent de ne pas voir, pour des raisons qui les concernent, raisons, déraisons ou intérêts qu’ils ne veulent surtout pas regarder en face, que les “décideurs” seront de plus en plus connus du public car ils ont été, ou auront été, démocratiquement élus en fonction de leurs objectifs de paix, de création d’emplois, de réalisation de logements et d’investissements structurants pour un développement véritable et durable.

A chacun son métier

Un excellent médecin a toutes les chances de faire un piteux gestionnaire d’hôpital. Du fait même qu’il a exclusivement consacré tous ses efforts à sa propre science et à son savoir-faire dans son propre métier, il ne pouvait évidemment pas se consacrer simultanément à un tout autre métier, extrêmement différent, au moins aussi complexe et aussi prenant que la gestion. Même s’il a reçu par ailleurs une formation en gestion, il sera d’abord médecin et il ne pourra pas changer véritablement de carrière, ce qui serait, à supposer qu’il y parvienne, une perte de temps et une faute inadmissible de gestion.

Une prévision globale et détaillée du devenir des enfants et des jeunes est absolument nécessaire, cela éviterait au moins de les livrer à une véritable loterie du “mektoub” où les perdants seraient légion, comme cela risque de se perpétuer si des mesures draconiennes ne sont pas prises partout et par tous.

A en juger par l’attitude à l’égard du travail et le peu de passion à l’endroit de la finition chez bon nombre d’habitants dits citoyens – ils le seront dans le futur, lorsque chacun aura et pratiquera son métier sans avoir le temps ni l’envie de nuire à autrui –, il est permis de penser sans risque de se tromper que les perfectionnistes font exception pour l’instant et qu’il serait temps de changer la problématique de la mise au travail et de prendre toutes les mesures qui convergent vers un changement catégorique de l’approche et du parcours en la matière.

 

Perspectives d’avenir

Les autorités concernées par la formation et la gestion des ressources humaines au niveau le plus élevé semblent enfin l’avoir compris, elles sont de plus en plus sensibles à l’importance vitale de l’enjeu et commencent à mettre en œuvre, en extrême urgence, toute une stratégie pratique pour parer au plus pressé, combler les plus larges déficits et envisager rationnellement l’avenir. Mieux vaut tard que jamais.

Et c’est cette politique de formation tous azimuts, notamment des gestionnaires, des élus locaux, des jeunes sans métier, qui réconciliera les Algériens avec le travail et avec eux-mêmes.

Ils auront progressivement acquis du savoir-faire et par là même plus de dignité, grâce à leurs efforts.

Il est vain et surtout onéreux et stupide de former en surnombre dans telle ou telle discipline ou spécialité. Cela ne peut que favoriser le chômage, dévaloriser les métiers en surnombre et favoriser l’exode des meilleurs éléments. Il est par contre nécessaire de former dans tous les domaines complémentaires les uns des autres pour produire des structures imbriquées entre elles et activant en symbioses harmonisées qui sont en permanence équilibrées par une gestion judicieusement orchestrée, créant une synergie de – et dans – toutes les activités sociales.

Les choses commencent à changer. Et le piston, que tout le monde répugne et décrie tout en l’utilisant abondamment, même quand il est inutile, disparaîtra lorsque chacun aura son métier avant d’avoir sa maison ou sa voiture tout en étant ignare et de mauvaise conduite.

La méritocratie devra s’imposer et se substituer à la médiocratie du piston et de la cooptation dite politique alors qu’elle n’est que tribale et clientéliste.

De la capacité de formation de producteurs et de cadres gestionnaires

Il est préférable de se poser une telle question pour évaluer les chances, les étapes et les délais pour sortir une bonne fois de la superstition et du sous-développement plutôt que de se demander combien le pays peut nourrir d’habitants.

Il serait dangereux de reprendre les assertions selon lesquelles “le pays peut nourrir” deux ou trois fois le nombre actuel de ses habitants.

Ce vocable misérabiliste devrait être banni, il ne peut que favoriser l’éclosion d’assistés supplémentaires et consolider la position des fatalistes qui voudraient encore plus de procréation et des populistes malintentionnés qui claironnent à qui veut les entendre que les ressources actuelles permettraient de mieux nourrir un bien plus grand nombre d’habitants, alors que ce nombre s’accroît dans l’absolu à une vitesse vertigineuse, malgré la baisse du taux de croissance, et ce, sans la moindre contrepartie équivalente.

Pour ces démagogues inconscients, les recettes pétrolières, comme si elles tombaient régulièrement du ciel, devraient être davantage affectées à la consommation en général, au lieu des investissements infrastructurels colossaux réalisés et/ou en cours de réalisation pour garantir l’avenir des générations futures.

Aucun Etat n’a à nourrir ses habitants comme s’il s’agissait de chatons abandonnés par leur mère. Par contre, tout Etat a l’obligation de garantir les conditions permettant de forger les cerveaux et les bras capables de subvenir dignement et largement à leurs propres besoins grâce à leur travail productif de qualité, dans tous les domaines, y compris culturels.

Il faudrait donc récompenser davantage la compétence professionnelle, la créativité, le bon travail d’artisan et d’artiste, le chercheur scientifique, le spécialiste, ne pas lésiner à lui offrir la plus grande considération avant qu’il n’aille la chercher ailleurs, chez ceux qui savent ce que rentabilité et professionnalisme veulent dire.

La charité nutritionnelle, sauf pour les estropiés, et encore, doit s’estomper et disparaître un jour, le plus vite sera le mieux, en fonction du rythme de création de vrais emplois productifs.

Si l’on veut à tout prix faire allusion aux richesses non exploitées du pays faute de travail, la formule selon laquelle “le pays est à même de nourrir” devrait alors être exprimée autrement, au conditionnel : “le pays pourrait nourrir”, en précisant clairement : “à condition que tout le monde travaille avec compétence et productivité, dans un cadre organisé et orchestré, selon des perspectives claires, démocratiquement admises”.

La formation requise pour accomplir tel métier précède le travail et accompagne sa réalisation, c’est l’évidence même.

Or, ce qui fait défaut, entre autres, dans notre pays, c’est surtout la compétence professionnelle, notamment managériale, et donc, entre autres, organisationnelle,  la capacité de répartir les tâches et responsabilités de manière équilibrée tout en les articulant entre elles, en les programmant en fonction d’objectifs élaborés et contrôlés en commun.

L’absence d’organisation fiable et de contrôle explique la dévalorisation du travail honnête au profit du piston, la prolifération de l’anarchie, des transactions douteuses et autres malversations.

L’on peut bien admettre, à vue d’œil, que le pays pourrait nourrir cent millions d’habitants du genre citoyens japonais ou allemands, ils ne sont d’ailleurs cités qu’à titre d’exemple car malgré leur exemplarité, chacun sait qu’ils n’ont pas l’exclusivité en la matière et nous n’avons rien à leur envier, si ce n’est leur organisation sociale conçue pour produire, selon un savoir- faire qui n’est pas tombé du ciel et qui développe une culture fondée sur la qualité du travail, rentable et rapidement achevé.

Sur le même territoire et avec les mêmes richesses naturelles, n’importe quelle nation consciente de la nécessité de qualifier et d’organiser tous ses habitants pour le travail productif  pourrait même nourrir davantage de citoyens.

Mais les problématiques opératoires, pour ce qui concerne nos sociétés, ne sont pas encore convenablement cernées.

Force est de constater que la complexité vient de ce que plusieurs facteurs convergents et imbriqués, s’ils sont réunis, correctement articulés et mis en œuvre, peuvent concourir à la réussite. Ces mêmes facteurs, malencontreusement surestimés ou sous-estimés, peuvent déterminer l’échec en cas d’inflation excessive, d’absence ou d’insuffisance grave de l’un ou de plusieurs d’entre eux, ou en cas de mauvaise articulation et orchestration.

Il en est ainsi par exemple du poids relatif dans une société donnée à une époque donnée de ses travailleurs dits manuels et intellectuels d’une part, de ses intellectuels proprement dits

d’autre part, ainsi que des rapports économiques et politiques qu’ils entretiennent entre eux et avec les autres fractions sociales, y compris les franges parasitaires et les clans spoliateurs, le tout dans un bain culturel déterminé par l’histoire.   

La question culturelle conjoncturellement déterminante

La mise au travail – permanent et productif – est avant tout liée à la formation dans les diverses branches complémentaires, mais elle est aussi, et probablement surtout, culturelle.

La motivation au travail concerne non seulement le monde du travail, de l’organisation et du management de toutes les activités sociales, mais l’éducation de l’homme vis-à-vis de lui-même et d’autrui, toute sa conception du monde, son idéologie, sa philosophie.

L’incompétence en gestion des ressources humaines, en gestion du travail et dans tous les domaines de nos contemporains, faute de formations adéquates et de sanction des abus de mauvaise gestion, ne permet en réalité de nourrir à peu près correctement que la moitié de la population actuelle et ce, évidemment, sans allusion à la culture qui ne peut se développer qu’avec l’épanouissement de la personnalité de vrais citoyens par le travail de qualité et la production nationale de vraies richesses.

L’instinct de l’homo consommateur sans contrepartie doit reculer devant la contrainte à se former pour travailler. Cette contrainte est vitale.

Le renforcement du développement de la culture ne peut avoir lieu que grâce aux demandeurs de culture, c’est-à-dire une population non obsédée par le casse-croûte, l’automobile et les gadgets de pacotille seulement et qui est donc à même de produire au moins l’équivalent monétaire de ce qu’elle consomme.

Il n’est plus possible pour longtemps d’éluder la question de la nécessité du développement et de la mise en œuvre d’une stratégie globale de l’éducation de tous les acteurs sociaux, de toutes les personnes, par la formation, la qualification et l’organisation qui précèdent toute mise au travail.

L’un des chantiers prioritaires consisterait à dénombrer ceux qui sont nourris et entretenus sans contrepartie, comme des nouveau-nés ou des handicapés, en d’autres termes, évaluer les dégâts pour ensuite avancer d’un premier pas salutaire.

Puis il conviendrait d’évaluer nos capacités actuelles d’encadrement et de gestion des perspectives nouvelles de réhabilitation de l’homme pour en faire un citoyen productif.

Une fois les handicaps et les gaps déterminés, il serait alors temps de définir des objectifs raisonnables à atteindre, avec des étapes et des délais de réalisation des axes d’activité convergents pour atteindre ces objectifs.

Un contrôle central puis décentralisé doit être mis en place pour alimenter les centres de décision et ceux de production de la formation. Les techniques de conception, de mise en œuvre, d’évaluation et de réussite des projets ne font pas défaut, ce sont les projets judicieux et les hommes pour les lancer qui manquent le plus.

Toute une stratégie de redéploiement des ressources humaines au niveau national doit être débattue par les intellectuels et chercheurs des diverses disciplines concernées, elles le sont toutes. Et des grands axes de développement des compétences, donc des personnes, concrètement mis en chantier, partout où cela s’impose, c’est-à-dire partout.

 

Djamel Belkaïd

Inspecteur principal des finances,

Ancien chef de division gestion,

Chargé de cours à l’université.

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