Semaine du 15 au 21 décembre 2004

 

Conseil national économique et social

Quand le CNES tourne autour du pot

Comment travaille le CNES ?

Le CNES déplore l’absence de stratégie

Les raccourcis dangereux

L’économie de la connaissance

Le CNES lance le débat

 

 

 
 
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Conseil national économique et social

Quand le CNES tourne autour du pot

Le rapport de conjoncture économique et sociale du premier semestre 2004 est original sur un point : le CNES demande le retour à une certaine planification. Pour le reste, il ne cesse de choisir prudemment ses mots, ravalant les tendances “socialistes” de ses membres.

Vingt-cinquième session du CNES et 25e rapport de conjoncture.  Hormis quelques “entorses” à la tradition du constat mitigé, le dernier rapport n’aura pas été riche en enseignements : une économie mono-exportatrice, fragilisée par les fluctuations du marché pétrolier, consolidation des indicateurs macro-économiques, absence de réformes structurelles, aggravation de la paupérisation, manque de visibilité et de stratégie du champ économique, inquiétude du monde du travail, impréparation aux grandes échéances (UE, OMC), etc. Mais certains aspects du dernier rapport de conjoncture méritent toutefois que l’on s’y attarde.

Le plus saillant concerne l’interpellation du gouvernement sur l’inexistence du Commissariat général à la planification et à la prospective, dont la création est prévue par un vieux décret inappliqué à ce jour. Une grande partie du travail des CNESistes a consisté, d’ailleurs, à développer des arguments pour un retour à la planification stratégique (la planification indicative, s’entend), en reprochant à l’Exécutif de pécher par manque de projection à moyen et long terme. C’est ce qu’il convient de penser également quand le CNES insiste sur le fait que l’économie administrée et l’économie des marchés financiers peuvent coexister.

Se défendant d’avoir une approche théorique, les CNESistes ne s’alignent pas moins sur les repères de la théorie de la convergence de W.K Galbraith, comme le suggère leur incompréhension du maintien d’une économie de transition qui, en définitive, n’arrive pas à asseoir une économie de marché à force de buter sur le risque élevé d’un coût social insoutenable.

Ils concluent le chapitre de la politique économique à mettre en œuvre en s’enfonçant dans la même impasse que le gouvernement. D’une part, il souligne que le PNDA et le PRSE ont été les deux locomotives de la croissance, en dehors du fait qu’ils aient réveillé les mécanismes de régénérescence des systèmes sociaux. De l’autre, il rejoint l’avis du FMI et du ministre des Finances en se posant la question de savoir si l’Etat est en mesure de soutenir durablement cet effort, bien qu’il avoue lui-même que les capacités financières de l’Etat replacent ce dernier au rang de premier agent économique. La somme de cette équation se résume chez le CNES par l’assise d’une “bonne gouvernance”, ce fourre-tout que le CNES élude de définir ne serait-ce que cursivement. L’on ne va pas au-delà d’une vague recommandation sur “l’édification d’une société plus juste”, qui sonne comme un slogan creux.

Se pose alors la question de “la problématique d’utilisation des ressources”, le CNES indiquant que “l’affectation des ressources est en contradiction avec les desseins de la collectivité”. Une manière de dire, on l’aura compris, qu’il n’est pas d’accord avec la politique des revenus et, en gros, la répartition de la richesse nationale. Mais que propose le CNES comme alternative ? Rien.

Chose étonnante, le CNES a vivement tempéré ses avertissements sur l’étendue de la pauvreté. Il le fait sans appuyer ce constat par des chiffres à même de contredire ceux qu’il a utilisés pour tirer la sonnette d’alarme lors de ses sessions antérieures. Son approche de la vérité sociale se modifie dans son récent rapport et il note sans détour une amélioration du pouvoir d’achat des ménages. Il en veut pour preuve les deux hausses successives des salaires, sans s’appesantir sur l’application du relèvement du SNMG dans le secteur public comme dans le privé et les retombées de celles-ci. Il évoque aussi l’augmentation du crédit à la consommation et celle de la capacité d’épargne, sans donner ne serait-ce qu’un seul chiffre.

Il se contente, par contre, de relever la hausse des importations en biens de consommation et services pour déduire la hausse du pouvoir d’achat, avec l’argument que le produit importé domine le marché local.

A aucun moment, il n’explique plutôt la hausse des importations par le recul de la production locale à répondre à la demande intérieure, ce qui est une réalité, et il va sans dire qu’inclure l’épargne comme élément d’estimation du pouvoir d’achat est en soi un amalgame, puisque l’épargne est cette partie du revenu que l’on ne consomme pas. Et si élévation du pouvoir d’achat il y a, les besoins sociaux sont tels, en général, que tout revenu supplémentaire pour un ménage devrait logiquement être réinjecté dans la consommation, même s’il prend la forme du remboursement du crédit.

La légèreté du constat est encore plus perceptible quand, quelques pages plus loin dans son rapport, le CNES soutient que “l’épargne des ménages est stérilisée au niveau bancaire” et que “les conditions de prêt deviennent prohibitives”.

Une autre contradiction, et non des moindres, peut être décelée dans le rapport du CNES au chapitre de la politique monétaire.

En premier chef, il est dit que le dinar s’est apprécié de 11,3% face au dollar et que globalement, la monnaie nationale s’est appréciée de 1,2 % face aux monnaies étrangères. On parle de ce fait d’une stabilité de l’inflation au titre des retombées positives, mais qu’en revanche, le produit de la fiscalité pétrolière a subi une baisse de 7,4 % par rapport au premier semestre 2003, à cause de la baisse du dollar. Malgré cela, le CNES accorde un satisfecit à “la politique du taux de change” qui a limité les effets négatifs de ces fluctuations monétaires.

Ce que le CNES se garde de faire, par contre, c’est de nous dire pourquoi le dinar accompagne plutôt le dollar dans sa baisse par rapport à l’euro et non pas l’euro dans sa consolidation face au dollar. Car en sus du manque à gagner sur les revenus pétroliers, c’est le service de la dette qui a gagné en volume auprès des créanciers européens. Et il reste, donc, ce mystère à élucider : à cause de la parité euro-dollar, le commerce extérieur de l’Algérie, quelle que soit la monnaie d’échange, aggrave les points faibles de son économie. En réponse, les rédacteurs du rapport mettent en exergue la nécessité de recourir à l’outil monétaire, mais excluent la restriction du crédit ou la hausse des taux d’intérêt. Ils ne laissent que la seule voie de la réévaluation du dinar, mais s’interdisent de la formuler explicitement.

Les exemples cités, tirés du dernier rapport du CNES, illustrent toute la difficulté que le Conseil ressent à s’exprimer avec cohérence. Ce dernier offre la nette impression d’être tiraillé par deux tendances divergentes, libérale et socialiste, état qui se répercute sur son travail d’analyse et de proposition et nuit à la qualité de son travail, lequel semble à notre avis plutôt surmédiatisé, puisque majoritairement inexploitable.

Prenons un autre exemple, l’idée du pacte social auquel Mohamed Salah Mentouri ne cesse d’appeler de tous ses vœux. S’il est repris dans son intitulé par le gouvernement, l’UGTA et le patronat, aucune de ces composantes de la tripartite ne lui donne un même contenu, si tant est que le sujet soit abordé sérieusement par l’une ou l’autre des parties.

Pour renforcer les chances d’une telle initiative et voir les acteurs de la tripartite débattre sur ce qu’il y a lieu de faire dans ce cadre, le CNES aurait certainement mieux fait de produire une (ou sa) définition du pacte social et un document défendant sa faisabilité, les modalités de sa mise en place, les engagements de chacun et les échéances des grandes étapes à franchir. A ce moment, la tripartite aura un document de base sur lequel elle aura toute latitude de plancher et de l’amender à sa convenance. D’autant que le CNES peut s’autosaisir sur n’importe quelle question qui lui semble pertinente et opportune, en dehors de l’examen des conjonctures économiques et sociales.

Une telle proposition du CNES, qui le sortirait des rapports qui se suivent et se ressemblent, aurait au moins ceci d’avantageux qu’elle lui permettrait d’être conséquent avec lui-même : le CNES a de tout temps affirmé qu’aucun dépassement des contraintes structurelles ne peut se faire sans un pacte social, une entente solide et durable entre tous les partenaires sociaux. Et à notre sens, le Conseil de Mentouri est tout indiqué pour faire le premier pas et montrer la direction à suivre. Mais d’abord, que le CNES prenne le temps de se remettre en cause, de mettre de l’ordre dans ses rangs et d’harmoniser son approche. Un audit interne supervisé par le président de l’institution nous semble plus qu’à l’ordre du jour, une urgence.

Nabil Benali

 

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Comment travaille le CNES ?

A la lecture du rapport de conjoncture économique et sociale du premier semestre 2004, il y a de quoi se poser des question sur la méthodologie et, partant, sur la crédibilité du travail du CNES.

Passons sur les nombreuses fautes de frappe du rapport lui-même, et tenons-nous à cette revendication du Conseil de Mohamed Salah Mentouri qui exige (une nouvelle fois) la disponibilité de statistiques fiables, si tant est que cela ne le concerne pas directement. Car il est de notoriété que partout dans le monde, la référence en statistiques et en données économiques et sociales, ce sont les CNES (existant dans une vingtaine de pays au moins) ou leurs équivalents institutionnels. Le nôtre puise son inspiration des auditions des ministres du gouvernement et des responsables des plus hautes instances chargées des dossiers économiques et sociaux.

Pour cette fois, le CNES a dû se passer de la précieuse collaboration du ministre des Finances, lequel trouve le temps de multiplier les apparitions médiatiques, mais n’arrive pas à dégager dans son agenda un créneau pour les CNESistes. C’est dire tout le besoin qu’il ressent d’écouter leurs recommandations et conseils. Et comme le regrettent ces derniers, M. Benachenhou n’a même pas daigné mettre à leur disposition un document de travail, alors que c’est là une obligation qu’il devrait honorer à l’égard d’une institution dépendant directement du président de la République.

Pour revenir aux chiffres, il y a comme une difficulté à assimiler les arguments du CNES qui ne cesse d’avertir sur la vraisemblance ou le caractère approximatif (voire incomplet) des données à sa disposition.

Exemple : le CNES parle dans la page 5 de son rapport d’un volume de 520 millions de dollars d’exportations hors hydrocarbures au premier semestre 2004 et de 460 millions de dollars (pour la même période), dans la page 20. On peut encore citer d’autres contradictions qui font qu’on ne peut éviter de se poser la question de savoir si les membres de la commission “Conjoncture” travaillent chacun de son côté pour remettre un document aussi décousu au président du Conseil qui finit par l’approuver, ou s’ils se tirent dans les pattes en puisant chacun dans des sources différentes.

Et, plus loin encore, quelle efficience y a-t-il à présenter des documents qui se veulent de référence, mais dont les rédacteurs avouent qu’ils sont fondés sur une base statistique peu crédible, à même de fausser le plus rigoureux des traitements ?

N. B.

 

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Le CNES déplore l’absence de stratégie

Les raccourcis dangereux

L’argument prend parfois des raccourcis tellement étroits, faisant sortir de son lit le concept qui, de ce fait, perd de son essence et donc de sa portée. Les nouveaux en vogue, par la force de la mutation économique comme “stratégie économique”, en sont les principales victimes d’un discours souvent de conjoncture, versé dans l’étroitesse de la vision, l’absence d’arguments transvase son incapacité à proposer l’alternative dans le constat.  La confusion une fois trop répétée fait perdre de la crédibilité de ses  auteurs.     

Le schéma tend à s’uniformiser chez les observateurs de la vie économique : “Il y a absence de stratégie économique”, s’accordent-ils, pour expliquer les effets de la transition économique, dont l’impact sur le front social décourage les plus optimistes d’entre eux. Les différents partenaires du gouvernement observent le même discours, font le même constat et s’arrêtent net sur le seuil d’ “il n’y a pas de vision sur le long terme”. L’état d’avancement des réformes, dont il est admis que ces dernières butent sur de réelles difficultés de décollage, est condamné avec la sévérité du verdict “absence de stratégie”, faisant de la sorte basculer dix ans dans l’inutilité des différents programmes de préparation à cette mutation de l’économie nationale. Si pour le partenaire social cela trouve justification de par sa position dans la négociation sur les questions relatives au monde du travail, le CNES, par contre, n’ayant aucune raison de négocier son appréciation propre de la situation, du fait qu’il jouit de la neutralité qui lui est accordée par son statut d’institution consultative, semble prêter le flanc à des remarques manquant de rigueur dans la réflexion. Cette institution nous servira encore pour cette 25e session le constat de toujours. Après le préambule comportant une reconnaissance des données officielles, dont l’embellie financière, la consolidation des équilibres économiques, la bonne tenue de la croissance dont l’apport du PNDA et le PSRE est reconnu, le CNES se félicite des “perspectives de croissance” tout en gardant sauf le doute sur la démarche économique nationale en lui retirant des points pour raison “d’absence de stratégie”. Le manque de rigueur prend tout son sens quelques phrases plus tard, quand il est fait mention de la situation économique externe, qui dessine parallèlement à la courbe croissante du taux de croissance la courbe ascendante de la dette extérieurr, accompagnée comme le souligne le CNES d’une accumulation des réserves de change et ce, de manière constante et malgré les aléas du marché pétrolier mondial et des taux de change.

“Le défaut de stratégie”, soutient cette institution, se trouve dans la mise en œuvre des politiques sectorielles dont le volet social où l’investissement n’a pas beaucoup d’impact. Peu de progrès dans les réformes économiques malgré l’urgence de la mondialisation ; il s’agit selon toujours le CNES de privatisation, de modernisation et de mise à niveau des infrastructures économiques du saut qualitatif dans le système de gestion de management et d’organisation qui doit porter le processus de transition.

Les politiques économiques continuent d’être tournées beaucoup plus vers le court terme, ce qui réduit la visibilité des moyens et occulte les perspectives de sortie de crise.

C’est l’art de coordonner des actions, de manœuvrer habilement pour atteindre un but, la définition du concept de stratégie économique s’applique de la même manière et comporte les mêmes ingrédients que celle suivie en période de guerre, c’est dire la complexité du choix de vouloir gagner “la guerre” économique confrontée aux dures lois de la mondialisation. Pris séparément, les composants de “stratégie” évoquent le Programme d’Ajustement Structurel (PAS) dont il a découlé la fermeture de milliers d’entreprises publiques et des centaines de milliers de travailleurs sans emploi ; c’est également la douloureuse facture du rééchelonnement de la dette extérieure, le tout sur fond de réussir le pari social.

Force est de constater que la constance dans la démarche est maintenue, et de l’avis de tous. Stratégiquement, l’on ne peut reprocher une mise en cause du choix lui-même. Les différends accords internationaux attestent de cette constance. Le partenaire social comme les autres partenaires dans la tripartite restent les alliés de taille du gouvernement dans sa quête de faire avancer l’économie dans le sens d’une plus grande ouverture et sa conformité avec les lois de l’économie mondiale. “Le mal indispensable” reste de ce fait un principe sur lequel se rejoignent gouvernent et partenaire social avec la promesse ferme d’y aller dans l’équilibre du dialogue et de la concertation.

L’autre principe de constance de la démarche étant reconnu de tous, apparaît

dans le maintien des grands équilibres macroéconomiques. Le gouvernement, semble rester fidèle à ses projections de croissance telles que réfléchies au sortir du Programme d’Ajustement Structurel (PAS). La croissance continue d’être au rendez-vous quand bien même dopée par des facteurs exogènes comme le prix du baril, elle est accompagnée par une maîtrise de l’inflation qui, même si elle a frôlé le taux de 4% pour raison de dépenses publiques, reste de l’avis des observateurs un facteur maîtrisé sans grande conséquence sur les grands équilibres économiques. Le CNES rappelait il y quelques jours lors de sa 25e session cette “légère reprise de l’inflation observée au cours du premier semestre de l’année en cours” ; paradoxalement est soulignée l’absence d’impact “atténué du fait de la hausse des revenus qu’ont connue certaines catégories sociales et professionnelles entre-temps”. Le bon point du CNES perd par ailleurs de son efficacité quand il abordera le marché des liquidités dont la situation des banques qui seraient en proie à des excès de liquidités, ce qui pourrait se traduire selon cette institution par des tensions inflationnistes. Alors, maîtrisée ou pas, l’inflation ? Le CNES semble faire dans l’équilibrisme dans son analyse en tentant de ménager les susceptibilités du gouvernement. 

Quant à en arriver à la conclusion qu’il y a absence de vision sur le long terme en privilégiant le doute, les auteurs du texte d’évaluation de la conjoncture négligent de prendre en ligne de compte bien d’autres paramètres tout aussi déterminants dans l’élaboration de l’analyse fiable, comme celui de la constance d’un autre paramètre qui est le paiement de la dette extérieure. Cette dernière continue de poursuivre, et de manière constante, sa courbe ascendante et ce, depuis la fin du PAS.

L’entreprise gagnait pourtant toute son importance en se consacrant à l’appréciation de la mise en œuvre sur le terrain et le suivi des différents programmes sectoriels dont l’application continue de traîner en longueur. Les plus touchés sont ceux destinés au développement social. Mais là encore, les disparités dans l’exécution de ces programmes dépendent de trop peu, sinon pas du tout, de l’absence de stratégie globale, du fait de leur financement approprié, mais de leur mise en œuvre confrontée particulièrement à une administration lourde et bureaucratique dans bien des cas. Le CNES y a pourtant pensé en abordant les secteurs à la traîne, en apposant de l’autre côté sa satisfaction quant à l’apport du PSRE comme celui du PNDA, exemples de la dépense publique, mais aussi un soutien important de l’Etat pour réussir la transition qui, par excellence, confirme l’existence de la stratégie globale.

Samira Mana

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L’économie de la connaissance

Le CNES lance le débat

L’économie, c’est la connaissance. Les chiffres et les informations relatifs au commerce extérieur (exportations et importations) de l’Algérie, à la santé des entreprises nationales, à la place du secteur privé, à l’étendue du secteur informel et à l’état d’avancement de la réforme bancaire sont, certes, des données importantes et incontournables pour tout observateur désireux de se faire une idée de la situation économique du pays. Mais cette compréhension gagnerait à être plus complète lorsqu’elle fournit en plus un tableau dressant l’état des connaissances qui sont, en fait, la base de tout développement.

Pour sa 25e session plénière, le Conseil national économique et social (CNES) a eu parfaitement raison de s’autosaisir pour l’élaboration d’un rapport sur “l’économie de la connaissance, facteur-clé du développement : quelle stratégie pour l’Algérie ?”. D’ailleurs, compte tenu de l’importance du sujet, certains estiment que “cela aurait mérité de lui consacrer une session extraordinaire”.

Le rapport en question “fait le point sur l’état d’avancement de l’économie de la connaissance en Algérie”, de la comparer à d’autres pays, et de désigner “les éléments qui pourraient contribuer à l’élaboration d’une “vision Algérie de l’Economie Fondée sur la Connaissance (EFC)”.

L’étude montre que pour sortir de la situation d’exportateur de ressources naturelles (pétrole et gaz), l’Algérie et les pays qui sont dans une situation similaire doivent accorder une importance accrue à la valorisation de l’acquisition du savoir.

L’indice de l’économie de la connaissance (KEI pour Knowledge Economy Index), calculé sur la période 1995-2002 montre, selon le CNES, une “progression significative” dans la moyenne des quatre “piliers” de l’indice, à savoir  l’“Incitation économique et régime institutionnel”, l’“Education et ressources humaines”, le “Système d’innovation” et les “Infrastructures d’information”, mais que cela reste insuffisant par rapport aux défis.

Le rapport indique que l’Algérie a connu une “évolution significative” en matière de réglementation, de croissance du PIB, de développement humain et de taux d’alphabétisation des adultes. Par contre, et vu leurs résultats, l’enseignement secondaire et supérieur ainsi que des publications scientifiques et techniques “ont peu contribué à approfondir le degré de préparation à l’EFC”, indique le document du CNES. Les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) ont, quant à elles, “beaucoup de chemin à parcourir malgré les progrès accomplis”.

Parmi les variables étudiées, le CNES a évalué à 0,04 le nombre de fournisseurs Internet pour 10 000 habitants, à 7,1 le nombre d’ordinateurs pour 1 000 habitants, à 104 le nombre de téléphones (fixe et mobile) par 1 000 hab., à 1 124 millions d’inscrits dans l’enseignement supérieur, à 11 319 le nombre de chercheurs “impliqués directement dans la recherche et le développement”, et à 0,19 le nombre de publications scientifiques pour un million d’habitants.

La formation du capital humain

Dans le chapitre “capital humain et développement”, et compte tenu des expériences de croissance économique très marquantes du Japon et de la Corée du Sud, le rapport du CNES estime qu’en cette période de redéploiement, l’Algérie doit “anticiper les demandes de formation”, “s’intéresser davantage à la qualité de l’éducation” et des programmes, et accorder une importance particulière à la formation aux métiers. En parallèle, les entreprises algériennes “doivent coopérer avec l’Université et les Centres de recherche” afin d’améliorer leur compétitivité.

Le document note que le passage de l’Algérie vers un paysage économique dominé par le secteur privé ne doit pas lui faire perdre de vue son rôle d’agent public “en charge des dépenses d’éducation, de santé, de recherche et de développement”.

En matière d’éducation, les rédacteurs du rapport préconisent une “mise à niveau” de l’enseignement de base à travers trois éléments qui sont : “la motivation de l’apprenant”, de se préparer aux “besoins prévisibles de l’économie” en matière de ressources humaines, et de réserver la bonne aux «nouvelles méthodes de formation basées sur les nouvelles technologies, les médias et les télécommunications».

Dans sa partie réservée à l’étude de la formation médicale en Algérie, le rapport du CNES met en exergue des dysfonctionnements rencontrés également dans les autres filières de l’enseignement supérieur. Un accroissement prévisible de la population estudiantine qui n’a pas été suivi d’une augmentation de l’encadrement. Un sous-encadrement “rendu plus évident” avec la multiplication des Centres hospitalo-universitaires. A cela, il faut ajouter, “l’exode des enseignants” pour les motifs suivants : “salaires insuffisants”, “manque de moyens”, “équipements obsolètes”, “manque d’accès à l’informatique” et “absence de documentation”.

Parmi les autres raisons invoquées pour expliquer le départ des enseignants, durant les années 90, il y a le “terrorisme”, “le refus pour certains d’effectuer le Service national”, l’attrait du secteur médical privé pour des “raisons strictement financières”.

Les rédacteurs du rapport relèvent également, pour expliquer la faiblesse de l’encadrement, les “obstacles dans la progression de carrière” invoquées par les maîtres-assistants dont la faible disponibilité de directeurs de thèse, le manque de documentation et le coût des travaux de recherche. Le document note une aggravation du déséquilibre depuis l’instauration du temps plein (au milieu des années 90, ndlr) car, note-t-il, “seule une minorité de rang magistral respecte encore le temps plein”.

Le CNES relève un déficit flagrant en matière d’utilisation des techniques modernes de communication dans le secteur de la formation médicale. “Dans un tel climat, indique le rapport, la recherche ne peut que stagner”.

Culture et développement

Un des plus importants volets de cette étude est consacré à la place de la culture dans l’acquisition du savoir et de la connaissance. Les rédacteurs du rapport constatent que “le manque d’affirmation des valeurs culturelles, du savoir et de la connaissance dans toutes ses composantes, a eu pour conséquences néfastes la substitution des modes de vie, de comportement, de pensée, de réflexion et d’habitudes importés de l’extérieur aux valeurs nationales authentiques. La disparité de ces modèles a eu pour effet d’exacerber les clivages, de provoquer des affrontements, d’attiser des attitudes d’intolérance qui constituent autant d’entraves au développement général du pays”.

Par ailleurs, le rapport considère que les pouvoirs publics ont fait des efforts importants pour aider au développement du secteur de l’édition (exonération de taxes…) et de la lecture publique (Bibliothèque El Hamma et autres espaces de lecture). Néanmoins, le document insiste pour que soit relancé l’effort de traduction en Algérie comme “vecteur de l’appropriation du savoir”.

Aussi, et tout en louant les avancées en matière d’aide et au développement de la recherche scientifique dans le domaine des NTIC, le CNES estime plus que nécessaire de doter le secteur de la recherche d’un “organe national directeur permanent” dont la mise en place aurait permis, entre autres, de “mettre à jour les programmes de recherche”, d’en “valoriser les résultats”, “d’inciter au dépôt de brevets”, de “faciliter la mobilité des chercheurs dans le secteur privé” et de “développer la coopération internationale et le partenariat” dans ce domaine.

Noyé parmi les autres rapports du CNES présentés lors de sa dernière session, le document sur “l’économie de la connaissance, facteur-clé du développement : quelle stratégie pour l’Algérie” est un excellent travail qui mérite un suivi particulier et un débat approfondi dans l’ensemble des secteurs concernés par la problématique étudiée. Il faut espérer que les pouvoirs publics donnent une suite à ce document et étudient, en vue de les appliquer, les recommandations pertinentes qui sont proposées par les membres de la commission d’élaboration de ce rapport.

Abdelkader Djalil

 

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