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Conseil national économique et social
Quand le CNES
tourne autour du pot
Le rapport de
conjoncture économique et sociale du premier semestre 2004 est
original sur un point : le CNES demande le retour à une certaine
planification. Pour le reste, il ne cesse de choisir prudemment ses
mots, ravalant les tendances “socialistes” de ses membres.
Vingt-cinquième
session du CNES et 25e rapport de conjoncture. Hormis quelques
“entorses” à la tradition du constat mitigé, le dernier rapport
n’aura pas été riche en enseignements : une économie
mono-exportatrice, fragilisée par les fluctuations du marché
pétrolier, consolidation des indicateurs macro-économiques, absence
de réformes structurelles, aggravation de la paupérisation, manque
de visibilité et de stratégie du champ économique, inquiétude du
monde du travail, impréparation aux grandes échéances (UE, OMC),
etc. Mais certains aspects du dernier rapport de conjoncture
méritent toutefois que l’on s’y attarde.
Le plus saillant
concerne l’interpellation du gouvernement sur l’inexistence du
Commissariat général à la planification et à la prospective, dont la
création est prévue par un vieux décret inappliqué à ce jour. Une
grande partie du travail des CNESistes a consisté, d’ailleurs, à
développer des arguments pour un retour à la planification
stratégique (la planification indicative, s’entend), en reprochant à
l’Exécutif de pécher par manque de projection à moyen et long terme.
C’est ce qu’il convient de penser également quand le CNES insiste
sur le fait que l’économie administrée et l’économie des marchés
financiers peuvent coexister.
Se défendant
d’avoir une approche théorique, les CNESistes ne s’alignent pas
moins sur les repères de la théorie de la convergence de W.K
Galbraith, comme le suggère leur incompréhension du maintien d’une
économie de transition qui, en définitive, n’arrive pas à asseoir
une économie de marché à force de buter sur le risque élevé d’un
coût social insoutenable.
Ils concluent le
chapitre de la politique économique à mettre en œuvre en s’enfonçant
dans la même impasse que le gouvernement. D’une part, il souligne
que le PNDA et le PRSE ont été les deux locomotives de la
croissance, en dehors du fait qu’ils aient réveillé les mécanismes
de régénérescence des systèmes sociaux. De l’autre, il rejoint
l’avis du FMI et du ministre des Finances en se posant la question
de savoir si l’Etat est en mesure de soutenir durablement cet
effort, bien qu’il avoue lui-même que les capacités financières de
l’Etat replacent ce dernier au rang de premier agent économique. La
somme de cette équation se résume chez le CNES par l’assise d’une
“bonne gouvernance”, ce fourre-tout que le CNES élude de définir ne
serait-ce que cursivement. L’on ne va pas au-delà d’une vague
recommandation sur “l’édification d’une société plus juste”, qui
sonne comme un slogan creux.
Se pose alors la
question de “la problématique d’utilisation des ressources”, le CNES
indiquant que “l’affectation des ressources est en contradiction
avec les desseins de la collectivité”. Une manière de dire, on
l’aura compris, qu’il n’est pas d’accord avec la politique des
revenus et, en gros, la répartition de la richesse nationale. Mais
que propose le CNES comme alternative ? Rien.
Chose étonnante,
le CNES a vivement tempéré ses avertissements sur l’étendue de la
pauvreté. Il le fait sans appuyer ce constat par des chiffres à même
de contredire ceux qu’il a utilisés pour tirer la sonnette d’alarme
lors de ses sessions antérieures. Son approche de la vérité sociale
se modifie dans son récent rapport et il note sans détour une
amélioration du pouvoir d’achat des ménages. Il en veut pour preuve
les deux hausses successives des salaires, sans s’appesantir sur
l’application du relèvement du SNMG dans le secteur public comme
dans le privé et les retombées de celles-ci. Il évoque aussi
l’augmentation du crédit à la consommation et celle de la capacité
d’épargne, sans donner ne serait-ce qu’un seul chiffre.
Il se contente,
par contre, de relever la hausse des importations en biens de
consommation et services pour déduire la hausse du pouvoir d’achat,
avec l’argument que le produit importé domine le marché local.
A aucun moment, il
n’explique plutôt la hausse des importations par le recul de la
production locale à répondre à la demande intérieure, ce qui est une
réalité, et il va sans dire qu’inclure l’épargne comme élément
d’estimation du pouvoir d’achat est en soi un amalgame, puisque
l’épargne est cette partie du revenu que l’on ne consomme pas. Et si
élévation du pouvoir d’achat il y a, les besoins sociaux sont tels,
en général, que tout revenu supplémentaire pour un ménage devrait
logiquement être réinjecté dans la consommation, même s’il prend la
forme du remboursement du crédit.
La légèreté du
constat est encore plus perceptible quand, quelques pages plus loin
dans son rapport, le CNES soutient que “l’épargne des ménages est
stérilisée au niveau bancaire” et que “les conditions de prêt
deviennent prohibitives”.
Une autre
contradiction, et non des moindres, peut être décelée dans le
rapport du CNES au chapitre de la politique monétaire.
En premier chef,
il est dit que le dinar s’est apprécié de 11,3% face au dollar et
que globalement, la monnaie nationale s’est appréciée de 1,2 % face
aux monnaies étrangères. On parle de ce fait d’une stabilité de
l’inflation au titre des retombées positives, mais qu’en revanche,
le produit de la fiscalité pétrolière a subi une baisse de 7,4 % par
rapport au premier semestre 2003, à cause de la baisse du dollar.
Malgré cela, le CNES accorde un satisfecit à “la politique du taux
de change” qui a limité les effets négatifs de ces fluctuations
monétaires.
Ce que le CNES se
garde de faire, par contre, c’est de nous dire pourquoi le dinar
accompagne plutôt le dollar dans sa baisse par rapport à l’euro et
non pas l’euro dans sa consolidation face au dollar. Car en sus du
manque à gagner sur les revenus pétroliers, c’est le service de la
dette qui a gagné en volume auprès des créanciers européens. Et il
reste, donc, ce mystère à élucider : à cause de la parité
euro-dollar, le commerce extérieur de l’Algérie, quelle que soit la
monnaie d’échange, aggrave les points faibles de son économie. En
réponse, les rédacteurs du rapport mettent en exergue la nécessité
de recourir à l’outil monétaire, mais excluent la restriction du
crédit ou la hausse des taux d’intérêt. Ils ne laissent que la seule
voie de la réévaluation du dinar, mais s’interdisent de la formuler
explicitement.
Les exemples
cités, tirés du dernier rapport du CNES, illustrent toute la
difficulté que le Conseil ressent à s’exprimer avec cohérence. Ce
dernier offre la nette impression d’être tiraillé par deux tendances
divergentes, libérale et socialiste, état qui se répercute sur son
travail d’analyse et de proposition et nuit à la qualité de son
travail, lequel semble à notre avis plutôt surmédiatisé, puisque
majoritairement inexploitable.
Prenons un autre
exemple, l’idée du pacte social auquel Mohamed Salah Mentouri ne
cesse d’appeler de tous ses vœux. S’il est repris dans son intitulé
par le gouvernement, l’UGTA et le patronat, aucune de ces
composantes de la tripartite ne lui donne un même contenu, si tant
est que le sujet soit abordé sérieusement par l’une ou l’autre des
parties.
Pour renforcer les
chances d’une telle initiative et voir les acteurs de la tripartite
débattre sur ce qu’il y a lieu de faire dans ce cadre, le CNES
aurait certainement mieux fait de produire une (ou sa) définition du
pacte social et un document défendant sa faisabilité, les modalités
de sa mise en place, les engagements de chacun et les échéances des
grandes étapes à franchir. A ce moment, la tripartite aura un
document de base sur lequel elle aura toute latitude de plancher et
de l’amender à sa convenance. D’autant que le CNES peut s’autosaisir
sur n’importe quelle question qui lui semble pertinente et
opportune, en dehors de l’examen des conjonctures économiques et
sociales.
Une telle
proposition du CNES, qui le sortirait des rapports qui se suivent et
se ressemblent, aurait au moins ceci d’avantageux qu’elle lui
permettrait d’être conséquent avec lui-même : le CNES a de tout
temps affirmé qu’aucun dépassement des contraintes structurelles ne
peut se faire sans un pacte social, une entente solide et durable
entre tous les partenaires sociaux. Et à notre sens, le Conseil de
Mentouri est tout indiqué pour faire le premier pas et montrer la
direction à suivre. Mais d’abord, que le CNES prenne le temps de se
remettre en cause, de mettre de l’ordre dans ses rangs et
d’harmoniser son approche. Un audit interne supervisé par le
président de l’institution nous semble plus qu’à l’ordre du jour,
une urgence.
Nabil Benali
Haut
Comment travaille le CNES ?
A la lecture du
rapport de conjoncture économique et sociale du premier semestre
2004, il y a de quoi se poser des question sur la méthodologie et,
partant, sur la crédibilité du travail du CNES.
Passons sur les
nombreuses fautes de frappe du rapport lui-même, et tenons-nous à
cette revendication du Conseil de Mohamed Salah Mentouri qui exige
(une nouvelle fois) la disponibilité de statistiques fiables, si
tant est que cela ne le concerne pas directement. Car il est de
notoriété que partout dans le monde, la référence en statistiques et
en données économiques et sociales, ce sont les CNES (existant dans
une vingtaine de pays au moins) ou leurs équivalents
institutionnels. Le nôtre puise son inspiration des auditions des
ministres du gouvernement et des responsables des plus hautes
instances chargées des dossiers économiques et sociaux.
Pour cette fois,
le CNES a dû se passer de la précieuse collaboration du ministre des
Finances, lequel trouve le temps de multiplier les apparitions
médiatiques, mais n’arrive pas à dégager dans son agenda un créneau
pour les CNESistes. C’est dire tout le besoin qu’il ressent
d’écouter leurs recommandations et conseils. Et comme le regrettent
ces derniers, M. Benachenhou n’a même pas daigné mettre à leur
disposition un document de travail, alors que c’est là une
obligation qu’il devrait honorer à l’égard d’une institution
dépendant directement du président de la République.
Pour revenir aux
chiffres, il y a comme une difficulté à assimiler les arguments du
CNES qui ne cesse d’avertir sur la vraisemblance ou le caractère
approximatif (voire incomplet) des données à sa disposition.
Exemple : le CNES
parle dans la page 5 de son rapport d’un volume de 520 millions de
dollars d’exportations hors hydrocarbures au premier semestre 2004
et de 460 millions de dollars (pour la même période), dans la page
20. On peut encore citer d’autres contradictions qui font qu’on ne
peut éviter de se poser la question de savoir si les membres de la
commission “Conjoncture” travaillent chacun de son côté pour
remettre un document aussi décousu au président du Conseil qui finit
par l’approuver, ou s’ils se tirent dans les pattes en puisant
chacun dans des sources différentes.
Et, plus loin
encore, quelle efficience y a-t-il à présenter des documents qui se
veulent de référence, mais dont les rédacteurs avouent qu’ils sont
fondés sur une base statistique peu crédible, à même de fausser le
plus rigoureux des traitements ?
N. B.
Haut
Le
CNES déplore l’absence de stratégie
Les raccourcis
dangereux
L’argument prend
parfois des raccourcis tellement étroits, faisant sortir de son lit
le concept qui, de ce fait, perd de son essence et donc de sa
portée. Les nouveaux en vogue, par la force de la mutation
économique comme “stratégie économique”, en sont les principales
victimes d’un discours souvent de conjoncture, versé dans
l’étroitesse de la vision, l’absence d’arguments transvase son
incapacité à proposer l’alternative dans le constat. La confusion
une fois trop répétée fait perdre de la crédibilité de ses
auteurs.
Le schéma tend à
s’uniformiser chez les observateurs de la vie économique : “Il y a
absence de stratégie économique”, s’accordent-ils, pour expliquer
les effets de la transition économique, dont l’impact sur le front
social décourage les plus optimistes d’entre eux. Les différents
partenaires du gouvernement observent le même discours, font le même
constat et s’arrêtent net sur le seuil d’ “il n’y a pas de vision
sur le long terme”. L’état d’avancement des réformes, dont il est
admis que ces dernières butent sur de réelles difficultés de
décollage, est condamné avec la sévérité du verdict “absence de
stratégie”, faisant de la sorte basculer dix ans dans l’inutilité
des différents programmes de préparation à cette mutation de
l’économie nationale. Si pour le partenaire social cela trouve
justification de par sa position dans la négociation sur les
questions relatives au monde du travail, le CNES, par contre,
n’ayant aucune raison de négocier son appréciation propre de la
situation, du fait qu’il jouit de la neutralité qui lui est accordée
par son statut d’institution consultative, semble prêter le flanc à
des remarques manquant de rigueur dans la réflexion. Cette
institution nous servira encore pour cette 25e session le constat de
toujours. Après le préambule comportant une reconnaissance des
données officielles, dont l’embellie financière, la consolidation
des équilibres économiques, la bonne tenue de la croissance dont
l’apport du PNDA et le PSRE est reconnu, le CNES se félicite des
“perspectives de croissance” tout en gardant sauf le doute sur la
démarche économique nationale en lui retirant des points pour raison
“d’absence de stratégie”. Le manque de rigueur prend tout son sens
quelques phrases plus tard, quand il est fait mention de la
situation économique externe, qui dessine parallèlement à la courbe
croissante du taux de croissance la courbe ascendante de la dette
extérieurr, accompagnée comme le souligne le CNES d’une accumulation
des réserves de change et ce, de manière constante et malgré les
aléas du marché pétrolier mondial et des taux de change.
“Le défaut de
stratégie”, soutient cette institution, se trouve dans la mise en
œuvre des politiques sectorielles dont le volet social où
l’investissement n’a pas beaucoup d’impact. Peu de progrès dans les
réformes économiques malgré l’urgence de la mondialisation ; il
s’agit selon toujours le CNES de privatisation, de modernisation et
de mise à niveau des infrastructures économiques du saut qualitatif
dans le système de gestion de management et d’organisation qui doit
porter le processus de transition.
Les politiques
économiques continuent d’être tournées beaucoup plus vers le court
terme, ce qui réduit la visibilité des moyens et occulte les
perspectives de sortie de crise.
C’est l’art de
coordonner des actions, de manœuvrer habilement pour atteindre un
but, la définition du concept de stratégie économique s’applique de
la même manière et comporte les mêmes ingrédients que celle suivie
en période de guerre, c’est dire la complexité du choix de vouloir
gagner “la guerre” économique confrontée aux dures lois de la
mondialisation. Pris séparément, les composants de “stratégie”
évoquent le Programme d’Ajustement Structurel (PAS) dont il a
découlé la fermeture de milliers d’entreprises publiques et des
centaines de milliers de travailleurs sans emploi ; c’est également
la douloureuse facture du rééchelonnement de la dette extérieure, le
tout sur fond de réussir le pari social.
Force est de
constater que la constance dans la démarche est maintenue, et de
l’avis de tous. Stratégiquement, l’on ne peut reprocher une mise en
cause du choix lui-même. Les différends accords internationaux
attestent de cette constance. Le partenaire social comme les autres
partenaires dans la tripartite restent les alliés de taille du
gouvernement dans sa quête de faire avancer l’économie dans le sens
d’une plus grande ouverture et sa conformité avec les lois de
l’économie mondiale. “Le mal indispensable” reste de ce fait un
principe sur lequel se rejoignent gouvernent et partenaire social
avec la promesse ferme d’y aller dans l’équilibre du dialogue et de
la concertation.
L’autre principe
de constance de la démarche étant reconnu de tous, apparaît
dans le maintien
des grands équilibres macroéconomiques. Le gouvernement, semble
rester fidèle à ses projections de croissance telles que réfléchies
au sortir du Programme d’Ajustement Structurel (PAS). La croissance
continue d’être au rendez-vous quand bien même dopée par des
facteurs exogènes comme le prix du baril, elle est accompagnée par
une maîtrise de l’inflation qui, même si elle a frôlé le taux de 4%
pour raison de dépenses publiques, reste de l’avis des observateurs
un facteur maîtrisé sans grande conséquence sur les grands
équilibres économiques. Le CNES rappelait il y quelques jours lors
de sa 25e session cette “légère reprise de l’inflation observée au
cours du premier semestre de l’année en cours” ; paradoxalement est
soulignée l’absence d’impact “atténué du fait de la hausse des
revenus qu’ont connue certaines catégories sociales et
professionnelles entre-temps”. Le bon point du CNES perd par
ailleurs de son efficacité quand il abordera le marché des
liquidités dont la situation des banques qui seraient en proie à des
excès de liquidités, ce qui pourrait se traduire selon cette
institution par des tensions inflationnistes. Alors, maîtrisée ou
pas, l’inflation ? Le CNES semble faire dans l’équilibrisme dans son
analyse en tentant de ménager les susceptibilités du gouvernement.
Quant à en arriver
à la conclusion qu’il y a absence de vision sur le long terme en
privilégiant le doute, les auteurs du texte d’évaluation de la
conjoncture négligent de prendre en ligne de compte bien d’autres
paramètres tout aussi déterminants dans l’élaboration de l’analyse
fiable, comme celui de la constance d’un autre paramètre qui est le
paiement de la dette extérieure. Cette dernière continue de
poursuivre, et de manière constante, sa courbe ascendante et ce,
depuis la fin du PAS.
L’entreprise
gagnait pourtant toute son importance en se consacrant à
l’appréciation de la mise en œuvre sur le terrain et le suivi des
différents programmes sectoriels dont l’application continue de
traîner en longueur. Les plus touchés sont ceux destinés au
développement social. Mais là encore, les disparités dans
l’exécution de ces programmes dépendent de trop peu, sinon pas du
tout, de l’absence de stratégie globale, du fait de leur financement
approprié, mais de leur mise en œuvre confrontée particulièrement à
une administration lourde et bureaucratique dans bien des cas. Le
CNES y a pourtant pensé en abordant les secteurs à la traîne, en
apposant de l’autre côté sa satisfaction quant à l’apport du PSRE
comme celui du PNDA, exemples de la dépense publique, mais aussi un
soutien important de l’Etat pour réussir la transition qui, par
excellence, confirme l’existence de la stratégie globale.
Samira Mana
Haut
L’économie de la connaissance
Le CNES lance le débat
L’économie, c’est la connaissance. Les
chiffres et les informations relatifs au commerce extérieur
(exportations et importations) de l’Algérie, à la santé des
entreprises nationales, à la place du secteur privé, à l’étendue du
secteur informel et à l’état d’avancement de la réforme bancaire
sont, certes, des données importantes et incontournables pour tout
observateur désireux de se faire une idée de la situation économique
du pays. Mais cette compréhension gagnerait à être plus complète
lorsqu’elle fournit en plus un tableau dressant l’état des
connaissances qui sont, en fait, la base de tout développement.
Pour sa 25e session plénière, le
Conseil national économique et social (CNES) a eu parfaitement
raison de s’autosaisir pour l’élaboration d’un rapport sur
“l’économie de la connaissance, facteur-clé du développement :
quelle stratégie pour l’Algérie ?”. D’ailleurs, compte tenu de
l’importance du sujet, certains estiment que “cela aurait mérité de
lui consacrer une session extraordinaire”.
Le rapport en question “fait le point
sur l’état d’avancement de l’économie de la connaissance en
Algérie”, de la comparer à d’autres pays, et de désigner “les
éléments qui pourraient contribuer à l’élaboration d’une “vision
Algérie de l’Economie Fondée sur la Connaissance (EFC)”.
L’étude montre que pour sortir de la
situation d’exportateur de ressources naturelles (pétrole et gaz),
l’Algérie et les pays qui sont dans une situation similaire doivent
accorder une importance accrue à la valorisation de l’acquisition du
savoir.
L’indice de l’économie de la
connaissance (KEI pour Knowledge Economy Index), calculé sur la
période 1995-2002 montre, selon le CNES, une “progression
significative” dans la moyenne des quatre “piliers” de l’indice, à
savoir l’“Incitation économique et régime
institutionnel”, l’“Education et ressources humaines”, le “Système
d’innovation” et les “Infrastructures d’information”, mais que cela
reste insuffisant par rapport aux défis.
Le rapport indique que l’Algérie a
connu une “évolution significative” en matière de réglementation, de
croissance du PIB, de développement humain et de taux
d’alphabétisation des adultes. Par contre, et vu leurs résultats,
l’enseignement secondaire et supérieur ainsi que des publications
scientifiques et techniques “ont peu contribué à approfondir le
degré de préparation à l’EFC”, indique le document du CNES. Les
Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) ont,
quant à elles, “beaucoup de chemin à parcourir malgré les progrès
accomplis”.
Parmi les variables étudiées, le CNES a
évalué à 0,04 le nombre de fournisseurs Internet pour 10 000
habitants, à 7,1 le nombre d’ordinateurs pour 1 000 habitants, à 104
le nombre de téléphones (fixe et mobile) par 1 000 hab., à 1 124
millions d’inscrits dans l’enseignement supérieur, à 11 319 le
nombre de chercheurs “impliqués directement dans la recherche et le
développement”, et à 0,19 le nombre de publications scientifiques
pour un million d’habitants.
La formation du capital humain
Dans le chapitre “capital humain et
développement”, et compte tenu des expériences de croissance
économique très marquantes du Japon et de la Corée du Sud, le
rapport du CNES estime qu’en cette période de redéploiement,
l’Algérie doit “anticiper les demandes de formation”, “s’intéresser
davantage à la qualité de l’éducation” et des programmes, et
accorder une importance particulière à la formation aux métiers. En
parallèle, les entreprises algériennes “doivent coopérer avec
l’Université et les Centres de recherche” afin d’améliorer leur
compétitivité.
Le document note que le passage de
l’Algérie vers un paysage économique dominé par le secteur privé ne
doit pas lui faire perdre de vue son rôle d’agent public “en charge
des dépenses d’éducation, de santé, de recherche et de
développement”.
En matière d’éducation, les rédacteurs
du rapport préconisent une “mise à niveau” de l’enseignement de base
à travers trois éléments qui sont : “la motivation de l’apprenant”,
de se préparer aux “besoins prévisibles de l’économie” en matière de
ressources humaines, et de réserver la bonne aux «nouvelles méthodes
de formation basées sur les nouvelles technologies, les médias et
les télécommunications».
Dans sa partie réservée à l’étude de la
formation médicale en Algérie, le rapport du CNES met en exergue des
dysfonctionnements rencontrés également dans les autres filières de
l’enseignement supérieur. Un accroissement prévisible de la
population estudiantine qui n’a pas été suivi d’une augmentation de
l’encadrement. Un sous-encadrement “rendu plus évident” avec la
multiplication des Centres hospitalo-universitaires. A cela, il faut
ajouter, “l’exode des enseignants” pour les motifs suivants :
“salaires insuffisants”, “manque de moyens”, “équipements
obsolètes”, “manque d’accès à l’informatique” et “absence de
documentation”.
Parmi les autres raisons invoquées pour
expliquer le départ des enseignants, durant les années 90, il y a le
“terrorisme”, “le refus pour certains d’effectuer le Service
national”, l’attrait du secteur médical privé pour des “raisons
strictement financières”.
Les rédacteurs du rapport relèvent
également, pour expliquer la faiblesse de l’encadrement, les
“obstacles dans la progression de carrière” invoquées par les
maîtres-assistants dont la faible disponibilité de directeurs de
thèse, le manque de documentation et le coût des travaux de
recherche. Le document note une aggravation du déséquilibre depuis
l’instauration du temps plein (au milieu des années 90, ndlr) car,
note-t-il, “seule une minorité de rang magistral respecte encore le
temps plein”.
Le CNES relève un déficit flagrant en
matière d’utilisation des techniques modernes de communication dans
le secteur de la formation médicale. “Dans un tel climat, indique le
rapport, la recherche ne peut que stagner”.
Culture et développement
Un des plus importants volets de cette
étude est consacré à la place de la culture dans l’acquisition du
savoir et de la connaissance. Les rédacteurs du rapport constatent
que “le manque d’affirmation des valeurs culturelles, du savoir et
de la connaissance dans toutes ses composantes, a eu pour
conséquences néfastes la substitution des modes de vie, de
comportement, de pensée, de réflexion et d’habitudes importés de
l’extérieur aux valeurs nationales authentiques. La disparité de ces
modèles a eu pour effet d’exacerber les clivages, de provoquer des
affrontements, d’attiser des attitudes d’intolérance qui constituent
autant d’entraves au développement général du pays”.
Par ailleurs, le rapport considère que
les pouvoirs publics ont fait des efforts importants pour aider au
développement du secteur de l’édition (exonération de taxes…) et de
la lecture publique (Bibliothèque El Hamma et autres espaces de
lecture). Néanmoins, le document insiste pour que soit relancé
l’effort de traduction en Algérie comme “vecteur de l’appropriation
du savoir”.
Aussi, et tout en louant les avancées
en matière d’aide et au développement de la recherche scientifique
dans le domaine des NTIC, le CNES estime plus que nécessaire de
doter le secteur de la recherche d’un “organe national directeur
permanent” dont la mise en place aurait permis, entre autres, de
“mettre à jour les programmes de recherche”, d’en “valoriser les
résultats”, “d’inciter au dépôt de brevets”, de “faciliter la
mobilité des chercheurs dans le secteur privé” et de “développer la
coopération internationale et le partenariat” dans ce domaine.
Noyé parmi les autres rapports du CNES
présentés lors de sa dernière session, le document sur “l’économie
de la connaissance, facteur-clé du développement : quelle stratégie
pour l’Algérie” est un excellent travail qui mérite un suivi
particulier et un débat approfondi dans l’ensemble des secteurs
concernés par la problématique étudiée. Il faut espérer que les
pouvoirs publics donnent une suite à ce document et étudient, en vue
de les appliquer, les recommandations pertinentes qui sont proposées
par les membres de la commission d’élaboration de ce rapport.
Abdelkader Djalil
Haut
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