Semaine du 15 au 21 décembre 2004

 

La trame du mercredi

Quelqu’un de dispersé  sur tous les fronts

 

 

 
 
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La trame du mercredi

Quelqu’un de dispersé  sur tous les fronts

Farouk Ksentini, qui a occupé le devant de la scène à l’occasion de la journée mondiale des droits de l’homme, a donné le sentiment, quelles que soient les précautions de langage qu’il a pu prendre, de quelqu’un qui savait à la perfection ce qu’il fallait entendre par la notion d’amnistie générale lancée par le Président Bouteflika. Toute personne, ayant prêté attention à ses interventions dans les médias tout au long de la semaine dernière, conservera sans doute quelques questions sans réponse à ce propos, mais elle aura tout de même acquis une certitude : la mesure d’amnistie et le référendum corrélatif sont des projets fin prêts qui passeront dans la réalité relativement dans peu de temps. Farouk Ksentini pense qu’à son avis le référendum se tiendra en mars ou en avril de l’année prochaine. Quand c’est le président de la commission des droits de l’homme en personne, un homme qu’une opinion commune donne pour un proche du président de la République, qui fait cette estimation, il n’y a en effet plus de doute à entretenir sur l’état d’avancement du projet. De fait, lorsqu’on aborde n’importe quelle question par rapport au délai qu’on s’accorde avant le passage à l’acte, c’est qu’on a déjà vaincu ses hésitations, fait taire ses doutes, pris le dessus sur les résistances qui jusque-là vous tenaient en échec. Pourtant, le Président lui-même, lorsqu’il s’est déclaré pour la première fois favorable à l’amnistie générale, dans son discours à l’occasion du cinquantième anniversaire du 1er Novembre, ne faisait pas montre de tant d’assurance. Il disait, certes, une préférence, il affirmait qu’il était partisan de la mesure, mais il se gardait de laisser entendre que sa décision sur ce point était déjà prise. Son objectif explicite c’était d’ouvrir le débat sur une question dont il ne pouvait ignorer la charge passionnelle. Il était impossible de déceler dans ses propos le moindre indice révélant qu’en réalité l’affaire était entendue, et que la phase de réalisation commencerait bientôt. Il n’est pas jusqu’à Farouk Ksentini, lui-même, pourtant pas toujours très circonspect dans ses interventions, qui ne se dégage d’une question par trop directe en disant qu’après tout il ne s’agit pour le moment que d’une suggestion du Président, faite en vue du débat, et que pour ce qui le concerne, il ignore encore les termes de ce dernier. Il ne sait pas encore, par exemple, qui bénéficiera de la mesure, et à qui elle sera refusée. Il croit savoir tout de même que la nouvelle ère qu’elle ouvrira débutera bientôt, au plus tard le mois d’avril prochain. Ce qui ne l’empêche pas d’avouer par la même occasion qu’il n’a encore été destinataire d’aucun document sur le sujet, et qu’il n’a été sollicité pour contribuer à l’élaboration d’aucun projet d’amnistie, lui pourtant à qui il revient en quelque sorte de droit d’être consulté en une matière qui touche de si près à son domaine de compétence.

On le voit, il n’est pas facile de se reconnaître dans des propos aussi contradictoires. On est même parfois tenté d’en conclure que le président de la commission des droits de l’homme n’en sait en réalité pas plus long que le commun des mortels, et qu’il supplée par des extrapolations de son cru le manque d’information dont il est affecté à peu près au même degré que les journalistes qui se relaient auprès de lui. Sa philosophie même de l’amnistie générale n’est pas sans trahir quelque confusion. A l’évidence, il la conçoit à partir du précédent de la concorde civile, qu’il étend jusqu’à l’extrême de ce qu’il est honnêtement concevable sans perdre le contrôle de la situation. Pour lui, l’amnistie générale ne diffère de la concorde civile qu’en ceci qu’elle va plus loin dans la même direction. A aucun moment, il n’a l’air de s’apercevoir qu’elle en bouleverse les termes, qu’elle constitue une méthode différente dans son principe comme dans ses conséquences. Il est par exemple impossible de la lier à une quelconque limitation aux libertés politiques au détriment des personnes appelées à en bénéficier. Penser qu’un islamiste convaincu acceptera de faire de la politique en laissant de côté la religion, car il voudrait d’abord se faire amnistier, c’est tout simplement se bercer d’illusions. Et quand cet islamiste est de plus un dirigeant politique, s’imaginer qu’on puisse le transformer aussi radicalement rien qu’on lui promettant l’impunité ou la levée de l’étroite surveillance dont il est l’objet, c’est ou bien trop préjuger de soi, ou bien sous-estimer gravement ce que le choc des idéologies veut dire dans une société comme la nôtre

M. Habili

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