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La
trame du mercredi
Quelqu’un de
dispersé sur tous les fronts
Farouk Ksentini,
qui a occupé le devant de la scène à l’occasion de la journée
mondiale des droits de l’homme, a donné le sentiment, quelles que
soient les précautions de langage qu’il a pu prendre, de quelqu’un
qui savait à la perfection ce qu’il fallait entendre par la notion
d’amnistie générale lancée par le Président Bouteflika. Toute
personne, ayant prêté attention à ses interventions dans les médias
tout au long de la semaine dernière, conservera sans doute quelques
questions sans réponse à ce propos, mais elle aura tout de même
acquis une certitude : la mesure d’amnistie et le référendum
corrélatif sont des projets fin prêts qui passeront dans la réalité
relativement dans peu de temps. Farouk Ksentini pense qu’à son avis
le référendum se tiendra en mars ou en avril de l’année prochaine.
Quand c’est le président de la commission des droits de l’homme en
personne, un homme qu’une opinion commune donne pour un proche du
président de la République, qui fait cette estimation, il n’y a en
effet plus de doute à entretenir sur l’état d’avancement du projet.
De fait, lorsqu’on aborde n’importe quelle question par rapport au
délai qu’on s’accorde avant le passage à l’acte, c’est qu’on a déjà
vaincu ses hésitations, fait taire ses doutes, pris le dessus sur
les résistances qui jusque-là vous tenaient en échec. Pourtant, le
Président lui-même, lorsqu’il s’est déclaré pour la première fois
favorable à l’amnistie générale, dans son discours à l’occasion du
cinquantième anniversaire du 1er Novembre, ne faisait pas montre de
tant d’assurance. Il disait, certes, une préférence, il affirmait
qu’il était partisan de la mesure, mais il se gardait de laisser
entendre que sa décision sur ce point était déjà prise. Son objectif
explicite c’était d’ouvrir le débat sur une question dont il ne
pouvait ignorer la charge passionnelle. Il était impossible de
déceler dans ses propos le moindre indice révélant qu’en réalité
l’affaire était entendue, et que la phase de réalisation
commencerait bientôt. Il n’est pas jusqu’à Farouk Ksentini,
lui-même, pourtant pas toujours très circonspect dans ses
interventions, qui ne se dégage d’une question par trop directe en
disant qu’après tout il ne s’agit pour le moment que d’une
suggestion du Président, faite en vue du débat, et que pour ce qui
le concerne, il ignore encore les termes de ce dernier. Il ne sait
pas encore, par exemple, qui bénéficiera de la mesure, et à qui elle
sera refusée. Il croit savoir tout de même que la nouvelle ère
qu’elle ouvrira débutera bientôt, au plus tard le mois d’avril
prochain. Ce qui ne l’empêche pas d’avouer par la même occasion
qu’il n’a encore été destinataire d’aucun document sur le sujet, et
qu’il n’a été sollicité pour contribuer à l’élaboration d’aucun
projet d’amnistie, lui pourtant à qui il revient en quelque sorte de
droit d’être consulté en une matière qui touche de si près à son
domaine de compétence.
On le voit, il
n’est pas facile de se reconnaître dans des propos aussi
contradictoires. On est même parfois tenté d’en conclure que le
président de la commission des droits de l’homme n’en sait en
réalité pas plus long que le commun des mortels, et qu’il supplée
par des extrapolations de son cru le manque d’information dont il
est affecté à peu près au même degré que les journalistes qui se
relaient auprès de lui. Sa philosophie même de l’amnistie générale
n’est pas sans trahir quelque confusion. A l’évidence, il la conçoit
à partir du précédent de la concorde civile, qu’il étend jusqu’à
l’extrême de ce qu’il est honnêtement concevable sans perdre le
contrôle de la situation. Pour lui, l’amnistie générale ne diffère
de la concorde civile qu’en ceci qu’elle va plus loin dans la même
direction. A aucun moment, il n’a l’air de s’apercevoir qu’elle en
bouleverse les termes, qu’elle constitue une méthode différente dans
son principe comme dans ses conséquences. Il est par exemple
impossible de la lier à une quelconque limitation aux libertés
politiques au détriment des personnes appelées à en bénéficier.
Penser qu’un islamiste convaincu acceptera de faire de la politique
en laissant de côté la religion, car il voudrait d’abord se faire
amnistier, c’est tout simplement se bercer d’illusions. Et quand cet
islamiste est de plus un dirigeant politique, s’imaginer qu’on
puisse le transformer aussi radicalement rien qu’on lui promettant
l’impunité ou la levée de l’étroite surveillance dont il est
l’objet, c’est ou bien trop préjuger de soi, ou bien sous-estimer
gravement ce que le choc des idéologies veut dire dans une société
comme la nôtre
M. Habili
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