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Fin
de la légitimité historique
L’abolition des
privilèges ?
Un congrès de
l’Organisation nationale des moudjahidine particulièrement suivi,
alors que ce genre d’événement avait peu de chances d’attirer les
foules il y a quelques années encore.
Si l’ONM a tenu
son congrès après sept ans de statu quo, c’est pour un réveil en
fanfare. Le président de la République qui annonce la fin de la
légitimité historique a soustrait en fait l’argument de poids, voire
le fonds de commerce de nombreux membres de la famille
révolutionnaire qui ne voyaient leur avenir que sous forme de
pensions et de privilèges.
En fait, c’est
tout le sens de la reconnaissance de la patrie à ceux qui l’ont
libérée du joug colonial, galvaudé, transformé et adapté en fonction
des besoins qui est révélé de manière officielle si ce n’est avec la
solennité qui sied au discours d’un président de la République.
Ce discours
intervenait au moment où on s’apprêtait à revendiquer des pensions
de moudjahidine de 80 000 dinars, soit 20 000 dinars de plus que le
salaire d’un P-DG d’entreprise publique.
Entériner cette
demande aurait eu le plus mauvais effet dans l’opinion alors qu’elle
est encore sous le choc des demandes d’indemnités hallucinantes des
députés.
Il reste bien
entendu à se demander pourquoi des gens apparemment sensés allaient
demander un tel privilège, ou plutôt qu’est-ce qui a bien pu leur
faire croire qu’ils pouvaient revendiquer des pensions mirifiques
comparées au SNMG ou, pis encore, au filet social ?
Les mauvaises
habitudes ont la fâcheuse tendance d’être tenaces. La famille
révolutionnaire représentée par les moudjahidine, femmes et fils de
chouhada a revendiqué en permanence des privilèges au nom de la
libération du pays, confortés en cela par les références quasi
perpétuelles à la guerre de Libération dans tout ce qui touche à la
gestion des affaires du pays.
Souvenons-nous, le
parti au pouvoir a durant près de trente ans agi sous le sigle du
Front de libération nationale même si la libération a eu lieu en
1962.
Certes, le FLN n’a
été qu’un sigle, mais il a été aussi un symbole, si bien que toute
tentative de revendiquer une place dans la classe politique passait
forcément par la référence à la guerre de Libération nationale.
Certes, ce ne sont
pas toutes les femmes de chouhada ni tous les enfants de chouhada
qui ont eu droit aux privilèges, car il fallait aussi être coopté
dans le cadre des organisations de masse.
Durant les années
de parti unique, les associations de la société civile les plus
actives et les plus en vue ont été l’Organisation nationale des
enfants de chouhada, comme fut à un moment la Coopemad (Coopérative
des moudjahidine et ayants droit) un réceptacle de tout ce que
pouvait glaner la famille révolutionnaire.
Ainsi, les
licences de taxi, les licences de café, de restaurant ou de bar,
voire les autorisations d’ouverture de maison closes dans certaines
wilayas où elles sont encore tolérées ne sont accordées qu’aux
anciens moudjahidine, moudjahidate et ayants droit. On rappellera au
passage les priorités accordées en matière d’emploi, de logement,
d’attribution de lots de terrains à bâtir. Même pour importer un
véhicule, il vaut mieux avoir dans la famille un ancien moudjahid
reconnu – car là aussi il y a problème – ou une veuve de chahid ou
être soi-même fils de chahid, faute de quoi on aura à payer les 100
% de droits de douanes, ou bien il faudra acquérir la fameuse
dérogation des anciens moudjahidine au prix fort. Nombreux étaient
ceux qui n’ont jamais profité de ces largesses accordées par l’Etat,
mais ont préféré alimenter le marché informel, que ce soit dans
l’immobilier ou bien par la location des mêmes licences pour
certains commerces particuliers ou réglementés.
Ces aspects
triviaux des privilèges se verront confortés dans certains aspects
politiques à travers des textes de loi. On se rappelle que feu
Mahfoud Nahnah s’est vu refuser sa candidature à la présidence de la
République faute de pouvoir fournir une attestation de moudjahid. La
loi précise en effet que pour tous ceux nés avant 1949, ils se
doivent d’avoir participé à la lutte de Libération nationale.
Dans tout cela, il
y a surtout l’histoire glorieuse de la guerre de Libération
nationale qui est finalement troquée contre des privilèges sonnants
et trébuchants au détriment du travail de mémoire et d’écriture de
l’histoire.
Amine Esseghir
 
Faute de légitimité historique
verra-t-on la prochaine génération d’hommes politiques se référer à
leur unique parcours militant et à la seule légitimité des urnes ?
C’est probable, d’autant qu’on a vu dans certaines grandes
démocraties comme la France que l’action militante des combattants
de la libération durant la Seconde Guerre mondiale s’est dissoute
dans l’action militante proprement dite. Dès 1944, on ne parlait
plus des FFI et des FFL, les sigles sous lesquels se retrouvaient
les résistants. Pourtant, il ne fait aucun doute que jusque dans les
années 70, le parcours militant des hommes politiques comptait et on
a vu ainsi le général de Gaulle diriger le pays jusqu’en 1968 malgré
ses aller-retour au pouvoir.
L’homme n’a pu se forger une figure politique que dans la lutte
contre l’occupant allemand. Par ailleurs, on a vu à plusieurs
reprises que les doutes qui ont pu peser sur le parcours militant
de Mitterrand durant la période de la résistance ont pu susciter un
débat même si la référence au parcours révolutionnaire n’était pas
de mise. Mais tant qu’on n’a jamais prouvé sa collaboration avec le
gouvernement de Vichy ou avec les Allemands, l’honneur était sauf.
Il
reste que lorsqu’on observe le parcours du préfet Papon on comprend
que l’administration ne s’est pas embarrassée du passé de collabo de
Papon préfet de police en 1961 à Paris et à l’origine des ratonnades
du 17 octobre.
En
Algérie on a révélé l’affaire des magistrats faussaires, on a évoqué
la question des faux moudjahidine, mais a-t-on pour autant apuré le
contentieux historique de ces gens ? Certainement pas mais si on
annonce aujourd’hui la fin de la légitimité historique doit on
comprendre qu’il faudra aussi enterrer toute forme de débat sur
l’action de certains hauts responsables algériens durant la guerre
de Libération nationale ?
A. E.
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