Semaine du 15 au 21 décembre 2004

 

Fin de la légitimité historique

L’abolition des privilèges ?

 

 

 
 
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Fin de la légitimité historique

L’abolition des privilèges ?

Un congrès de l’Organisation nationale des moudjahidine particulièrement suivi, alors que ce genre d’événement avait peu de chances d’attirer les foules il y a quelques années encore.

Si l’ONM a tenu son congrès après sept ans de statu quo, c’est pour un réveil en fanfare. Le président de la République qui annonce la fin de la légitimité historique a soustrait en fait l’argument de poids, voire le fonds de commerce de nombreux membres de la famille révolutionnaire qui ne voyaient leur avenir que sous forme de pensions et de privilèges.

En fait, c’est tout le sens de la reconnaissance de la patrie à ceux qui l’ont libérée du joug colonial, galvaudé, transformé et adapté en fonction des besoins qui est révélé de manière officielle si ce n’est avec la solennité qui sied au discours d’un président de la République.

Ce discours intervenait au moment où on s’apprêtait à revendiquer des pensions de moudjahidine de 80 000 dinars, soit 20 000 dinars de plus que le salaire d’un P-DG d’entreprise publique.

Entériner cette demande aurait eu le plus mauvais effet dans l’opinion alors qu’elle est encore sous le choc des demandes d’indemnités hallucinantes des députés. 

Il reste bien entendu à se demander pourquoi des gens apparemment sensés allaient demander un tel privilège, ou plutôt qu’est-ce qui a bien pu leur faire croire qu’ils pouvaient revendiquer des pensions mirifiques comparées au SNMG ou, pis encore, au filet social ?

Les mauvaises habitudes ont la fâcheuse tendance d’être tenaces. La famille révolutionnaire représentée par les moudjahidine, femmes et fils de chouhada a revendiqué en permanence des privilèges au nom de la libération du pays, confortés en cela par les références quasi perpétuelles à la guerre de Libération dans tout ce qui touche à la gestion des affaires du pays.

Souvenons-nous, le parti au pouvoir a durant près de trente ans agi sous le sigle du Front de libération nationale même si la libération a eu lieu en 1962.

Certes, le FLN n’a été qu’un sigle, mais il a été aussi un symbole, si bien que toute tentative de revendiquer une place dans la classe politique passait forcément par la référence à la guerre de Libération nationale.

Certes, ce ne sont pas toutes les femmes de chouhada ni tous les enfants de chouhada qui ont eu droit aux privilèges, car il fallait aussi être coopté dans le cadre des organisations de masse.

Durant les années de parti unique, les associations de la société civile les plus actives et les plus en vue ont été l’Organisation nationale des enfants de chouhada, comme fut à un moment la Coopemad (Coopérative des moudjahidine et ayants droit) un réceptacle de tout ce que pouvait glaner la famille révolutionnaire.

Ainsi, les licences de taxi, les licences de café, de restaurant ou de bar, voire les autorisations d’ouverture de maison closes dans certaines wilayas où elles sont encore tolérées ne sont accordées qu’aux anciens moudjahidine, moudjahidate et ayants droit. On rappellera au passage les priorités accordées en matière d’emploi, de logement, d’attribution de lots de terrains à bâtir. Même pour importer un véhicule, il vaut mieux avoir dans la famille un ancien moudjahid reconnu – car là aussi il y a problème – ou une veuve de chahid ou être soi-même fils de chahid, faute de quoi on aura à payer les 100 % de droits de douanes, ou bien il faudra acquérir la fameuse dérogation des anciens moudjahidine au prix fort. Nombreux étaient ceux qui n’ont jamais profité de ces largesses accordées par l’Etat, mais ont préféré alimenter le marché informel, que ce soit dans l’immobilier ou bien par la location des mêmes licences pour certains commerces particuliers ou réglementés.

Ces aspects triviaux des privilèges se verront confortés dans certains aspects politiques à travers des textes de loi. On se rappelle que feu Mahfoud Nahnah s’est vu refuser sa candidature à la présidence de la République faute de pouvoir fournir une attestation de moudjahid. La loi précise en effet que pour tous ceux nés avant 1949, ils se doivent d’avoir participé à la lutte de Libération nationale.

Dans tout cela, il y a surtout l’histoire glorieuse de la guerre de Libération nationale qui est finalement troquée contre des privilèges sonnants et trébuchants au détriment du travail de mémoire et d’écriture de l’histoire.

Amine Esseghir

 

Faute de légitimité historique verra-t-on la prochaine génération d’hommes politiques se référer à leur unique parcours militant et à la seule légitimité des urnes ?

C’est probable, d’autant qu’on a vu dans certaines grandes démocraties comme la France que l’action militante des combattants de la libération durant la Seconde Guerre mondiale s’est dissoute dans l’action militante proprement dite. Dès 1944, on ne parlait plus des FFI et des FFL, les sigles sous lesquels se retrouvaient les résistants. Pourtant, il ne fait aucun doute que jusque dans les années 70, le parcours militant des hommes politiques comptait et on a vu ainsi le général de Gaulle diriger le pays jusqu’en 1968 malgré ses aller-retour au pouvoir.

L’homme n’a pu se forger une figure politique que dans la lutte contre l’occupant allemand. Par ailleurs, on a vu à plusieurs reprises que les doutes qui ont pu peser sur le parcours militant de Mitterrand durant la période de la résistance ont pu susciter un débat même si la référence au parcours révolutionnaire n’était pas de mise. Mais tant qu’on n’a jamais prouvé sa collaboration avec le gouvernement de Vichy ou avec les Allemands, l’honneur était sauf.

Il reste que lorsqu’on observe le parcours du préfet Papon on comprend que l’administration ne s’est pas embarrassée du passé de collabo de Papon préfet de police en 1961 à Paris et à l’origine des ratonnades du 17 octobre.

En Algérie on a révélé l’affaire des magistrats faussaires, on a évoqué la question des faux moudjahidine, mais a-t-on pour autant apuré le contentieux historique de ces gens ? Certainement pas mais si on annonce aujourd’hui la fin de la légitimité historique doit on comprendre qu’il faudra aussi enterrer toute forme de débat sur l’action de certains hauts responsables algériens durant la guerre de Libération nationale ?

A. E.

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