Semaine du 15 au 21 décembre 2004

 

L’Algérie célèbre la Journée internationale des droits de l’homme

L’engagement de Bouteflika

 

 

 
 
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L’Algérie célèbre la Journée internationale des droits de l’homme

L’engagement de Bouteflika

 

Chaque 10 du mois de décembre, le monde célèbre la Journée internationale des droits de l’homme. L’Algérie ne fait pas exception à cette règle établie. Sa presse également. Pour preuves, comptes rendus, interviews, commentaires et autres analyses sont publiés. Le jeudi 9 décembre, la veille de cette célébration, El Watan a ouvert le bal en publiant un dossier sur deux pages consacré à la question. “Algérie : le déficit démocratique”, tel est son titre. Le quotidien souligne que dans le cas de l’Algérie, la célébration “intervient dans un contexte particulier”.

 

Droits pluriels

Et pour cause, rappelle le rédacteur, “les acteurs et les défenseurs des droits de l’homme ne cachent pas leurs inquiétudes”. De son côté, un commentateur s’interroge : “Comment évoquer les droits de l’homme en une journée sans aborder la question des libertés fondamentales, de leur préservation et de leur élargissement constitutionnel à tous les aspects de la vie socioéconomique ?”. Pour El Watan “(…) l’extension de la défense des droits fondamentaux s’inscrit dans le prolongement de l’étape passée, des principes qui figurent bel et bien dans les dispositions de la Constitution de 1996”. Un constat qui amène un deuxième commentateur à affirmer qu’“il ne peut exister une démarche de défense efficace des droits de l’homme qu’avec une liberté d’expression sans entrave”. Toutefois, estime-t-il, “en Algérie, malheureusement, le processus de libération des médias s’est arrêté en plein milieu d’un passage à gué”. Pour preuve, rappelle-t-il, “les médias audiovisuels qui permettent de toucher et de sensibiliser des millions de téléspectateurs et d’auditeurs demeurent sous le contrôle des pouvoirs publics qui décident toujours en dernière instance de la manière dont doit être gérée la politique de l’information, y compris la forme dans laquelle doivent être donnés les faits”. Le Jeune Indépendant a également consacré deux pages au sujet dans son édition du jeudi 9 décembre. “Pas de progression en Algérie” est-il affirmé en une. Un constat fait à partir des déclarations du président de la Commission nationale consultative de promotion des droits de l’homme (CNCPDH). Ainsi est-il rappelé “un système judiciaire de très mauvaise qualité et des droits sociaux bafoués, aggravés par le problème des disparus, font que les droits de l’homme stagnent”.

 

Alors, progrès ou pas ?

Pourtant, ce même Farouk Ksentini cité par Liberté du samedi 11 décembre affirme qu’“il y a un progrès palpable en matière des droits de l’homme”. Laquelle des deux versions faut-il croire ? Reste que c’est justement le dossier des disparus qui fera la une de quelques quotidiens parus le samedi 11 décembre. Mais pouvait-il en être autrement du moment que c’est le président de la République qui a abordé la question ? “Nous éluciderons…”, telle est la promesse faite par Bouteflika aux familles et que La Nouvelle République a reprise en une de son édition du jour. Le quotidien rappelle que c’est “un problème épineux que le pays traîne tel un boulet, et dont le dossier n’est toujours pas ficelé en raison de la divergence de vues à son propos de la part des pouvoirs publics et des familles des disparus”. Selon le rédacteur “les deux parties n’étant pas d’accord sur le nombre exact”. Reste, rappelle La Nouvelle république, que “le président est conscient qu’une amnistie générale ne peut avoir lieu sans le règlement de la question”. Pour sa part, Le Maghreb reprend également l’engagement pris auprès des familles par le premier magistrat du pays. “Le sort des disparus sera élucidé”, est-il annoncé. C’est la preuve, est-il laissé entendre, que Bouteflika est “visiblement conscient de la question des droits de l’homme, indispensable à l’édification d’un Etat de droit et à l’instauration d’une vraie démocratie”. La Tribune estime que “ces propos tranchent avec l’impuissance affichée par le président de la République durant son premier mandat, à résoudre ce problème”.

 

La délivrance dans 18 mois

Le Jour d’Algérie annonce le délai à l’issue duquel le chef de l’Etat tiendra son engagement : “18 mois et le problème sera réglé”, est-il annoncé en une. Pour ce qui est de la situation des droits de l’homme, ce quotidien estime qu’elle oscille entre “des hauts et des bas”. Reste, estime le rédacteur, que “les défenseurs des droits de l’homme ont tendance à faire peu de cas des droits sociaux, économiques et culturels qui restent peu reluisants”. C’est pourquoi, est-il ajouté, “le chômage, la précarité sociale, le manque de logements et des soins insuffisants pour le plus grand nombre constituent des plaies que l’Etat doit juguler pour prétendre à une place respectable dans le domaine du respect des droits humains dans le monde”. Liberté, lui, a retenu du message adressé par Bouteflika à l’occasion de la célébration de la Journée internationale des droits de l’homme “les critiques” faites à l’institution présidée par Farouk Ksentini. Ainsi, selon Liberté, le Président lui “reproche son manque d’imagination et recommande à ses membres de développer un sens de l’écoute”. Revenant sur le bilan positif dressé par le président de la Commission des droits de l’homme, l’éditorialiste estime cependant que “les citoyens doivent encore patienter pour accéder au plein exercice de leurs droits et libertés car ces avancées que l’on nous décrit restent, pour l’essentiel, virtuelles”. Reste, poursuit Liberté, “qu’il s’agisse des disparus, de la justice ou des atteintes aux libertés individuelles et collectives, l’Etat, seul, ne peut entreprendre les réformes nécessaires ou les mesures adaptées, en admettant bien entendu que la volonté politique existe au préalable”. La solution est préconisée par l’éditorialiste. Elle consiste en “l’association de la collectivité avec ses organisations et formations politiques”. Elle viendra s’ajouter au “débat et la disponibilité des autorités”. Ils “sont l’unique voie pour en finir avec les agressions répétées contre les droits des citoyens”. Car, souligne le quotidien, “les textes et traités n’ont jamais construit une démocratie si les gouvernants y sont réfractaires”.

Nadia Kerraz

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